KHALIFAT DE HAROUN ER-RACHID Traduction française de Ibn al-Tiqtaqa de son « Kitab al-Fakhri ».

Publié le Mis à jour le

 

 

Le calife Abbasside Haroun al-Rashid
Le calife Abbasside Haroun al-Rashid

 

V. — KHALIFAT DE HAROUN ER-RACHID[353] Traduction française de Ibn al-Tiqtaqa de son « Kitab al-Fakhri ».

HAROUN RACHID fut reconnu khalife en l’année 170, et il est compté au nombre des khalifes qui se sont le plus distingués par leur mérite, leur éloquence, leur science et leur générosité.

Pendant toute la durée de son règne, il se passa peu d’années dans lesquelles il ne s’acquittât du pèlerinage de la Mecque, ou ne fît la guerre aux infidèles : il faisait alternativement ces deux actes religieux.

On dit que ses prières journalières s’élevaient jusqu’à cent rékas,[354] et qu’il fit le pèlerinage à pied, ce que n’a pratiqué aucun autre khalife. Quand il s’acquittait du pèlerinage, il se faisait accompagner de cent jurisconsultes et de leurs fils ; et lorsqu’il ne s’en acquittait point lui-même, il le faisait faire par trois cents personnes qu’il habillait richement, et qu’il défrayait généreusement. Sa conduite, en général, ressemblait beaucoup à celle du khalife Mansour, mais il n’imitait pas sa parcimonie[355] : au contraire, on ne vît jamais un khalife plus généreux.

Aucune bonne action ne demeurait, avec lui, sans récompense ; et la récompense ne se faisait jamais attendre longtemps. Il aimait la poésie et les poètes, et avait beaucoup d’inclination pour les hommes qui cultivaient la littérature et la jurisprudence. Il détestait les disputes en matière de religion. Il aimait à être loué, surtout par des poètes d’un talent supérieur, et il les comblait de bienfaits.

Pièce d'échec du Khorassan de l'époque Abbasside représentant Haroun al-Rashid
Pièce d’échec du Khorassan de l’époque Abbasside représentant Haroun al-Rashid

Asmaï[356] raconte le fait suivant. Rachid donnait un jour un grand festin, et avait fait orner magnifiquement les salles destinées à cette fête : pendant le festin, il fit venir le poète Abou’latahia, et lui ordonna de dépeindre en vers cette scène voluptueuse. Le poète commença ainsi :

« Vis longtemps au gré de tes désirs et dans une santé parfaite, à l’ombre des palais les plus élevés. »

Fort bien ! s’écria Rachid : voyons la suite. Le poète continua :

« Que, le matin et le soir, tout ce qui t’entoure s’empresse à satisfaire tes désirs. «

A merveille ! dit le khalife ; continue. Le poète reprit :

« Au jour cependant où les hoquets et le râle de la mort retentiront avec effort entre les parois de la poitrine oppressée, hélas ! tu ne connaîtras que trop que toutes ces jouissances n’étaient qu’une illusion. »

Rachid fondit en larmes ; ce que voyant Fadhl, fils de Yahya, il dit au poète : Le prince t’a mandé pour que tu le divertisses, et tu l’as jeté dans le chagrin. Laissez-le, reprit Rachid ; il nous a vus dans l’aveuglement, il n’a pas voulu nous y plonger encore davantage.[357]

Ce prince se conduisait avec une sorte de respect envers les savants. Abou-Moawia,[358] surnommé l’Aveugle, l’un des hommes les plus doctes de son temps, racontait que mangeant un jour chez le khalife, ce prince lui versa de l’eau sur les mains, et lui dit : Abou-Moawia, savez-vous quel est celui qui vous a donné à laver ? Il lui répondit qu’il l’ignorait. Rachid lui ayant appris que c’était lui-même, Abou-Moawia lui dit : Prince, c’est sans doute pour faire honneur à la science que vous agissez de la sorte. Vous avez dit vrai, lui répondit Rachid.

Le califat abbasside sous Haroun al-Rashid et son fils al-Mamun ver l'an 800
Le califat abbasside sous Haroun al-Rashid et son fils al-Mamun ver l’an 800

Ce fut sous son règne qu’arriva la révolte de Yahya,[359] fils d’Abdallah, fils de Hasan, fils de Hasan, fils d’Ali, fils d’Abou-Taleb, que nous allons raconter.

Yahya, fils d’Abd-Allah, avait conçu de vives alarmes de la fin tragique de ses deux frères, An-Naf az- Zakiyya [c’est-à-dire, l’Ame pure] et Ibrahim, dont le dernier avait été tué à Bakhamrâ ; et il s’était retiré dans le Daïlem. Les habitants de ce pays, ayant cru trouver en lui toutes les qualités qui caractérisent un imam, le reconnurent pour leur souverain.

Une grande foule de gens se rassemblèrent de différentes provinces auprès de lui, et il se trouva à la tête d’un parti considérable. Rachid, alarmé de ces mouvements, fit marcher contre lui une armée de 50.000 hommes, et mit à leur tête Fadhl, fils de Yahya, auquel il donna le gouvernement du Djordjan, du Tabaristan, de Reï et autres contrées.

Fadhl partit avec son armée ; mais il mit en œuvre, pour amener Yahya, fils d’Abd-Allah, à des dispositions pacifiques, les caresses et les menaces, la crainte et l’espérance. Il y réussit effectivement ; et Yahya consentit à se soumettre, exigeant seulement pour sa sûreté, des lettres de sauvegarde écrites de la main du khalife, et souscrites par les personnages les plus considérables entre les kadis, les jurisconsultes et les descendants de Haschem.

Rachid consentit avec joie à tout ce qu’il demanda : il écrivit, de sa propre main, un sauf-conduit dans les termes tes plus forts, le fit souscrire par les kadis, les jurisconsultes et les principaux des Hachémites, et le lui envoya en l’accompagnant de riches présents.

Yahya se rendit à la cour avec Fadhl ; et Rachid le traita d’abord avec toute sorte d’égards et de marques de bienveillance ; mais ensuite il le tint prisonnier près de lui, et consulta les jurisconsultes pour savoir s’il pouvait enfreindre la sauvegarde qu’il lui avait donnée. Les uns[360] soutinrent que l’acte était valide et devait être exécuté ; mais le khalife disputa contre leur avis : les autres[361] le jugèrent nul, et en conséquence Rachid l’annula, et fit mourir Yahya, malgré un grand prodige qui eut lieu en sa faveur. Voici quel fut ce prodige.

Un homme de la famille de Zobeïr, fils d’Awwam,[362] étant venu trouver Rachid, lui fit de mauvais rapports contre Yahya ; il l’accusa d’avoir cabale de nouveau et cherché à se former un parti, depuis l’amnistie que lui avait accordée le khalife. Ce prince ayant fait tirer Yahya du lieu où il était détenu, le fit comparaître devant lui avec son accusateur, et le questionna sur la vérité des crimes qu’on lui imputait.

Le Mashriq sous le Calife Abbasside Haroun al-Rashid
Le Mashriq sous le Calife Abbasside Haroun al-Rashid

Yahya assura que cela était faux ; et comme le dénonciateur persistait à soutenir sa dénonciation, Yahya lui dit : Eh bien, si ce que tu dis est vrai, affirme-le avec serment. L’accusateur commença à dire : Par le Dieu qui recherche les coupables et qui les punit infailliblement ; et il allait achever la formule de serment, lorsque Yahya l’interrompit, et lui dit : Laisse-là cette formule de serment ; car Dieu ne se hâte point de punir l’homme qui le glorifie. Il lui proposa de jurer par la formule qu’on appelle serment de renonciation[363] ; elle consiste dans ces mots, que dit celui qui jure : Je renonce à avoir aucune part au secours de la puissance et de la force du Très Haut, et je veux être laissé à ma propre puissance et à mes propres Jones, si telle chose est comme ceci ou comme cela. Le dénonciateur frémit en entendant cette formule : Quel serment extraordinaire est-ce là ! dit-il ; et il refusa de le prononcer.

Que signifie ce refus, lui dit Rachid, et que pouvez-vous craindre de cette formule de serment, si ce que vous dites est vrai ! Cet homme se détermina en conséquence à prêter le serment requis ; mais à peine était-il sorti de l’audience du khalife, qu’ayant heurté du pied contre quelque chose, il se tua. Quelques auteurs disent seulement qu’il mourut avant la fin de ce jour-là. On l’emporta pour l’enterrer, et on descendit le corps dans la fosse ; mais quand on voulut la combler en y rejetant la terre, on n’en put venir à bout, la terre se retirant d’elle-même a mesure qu’on la jetait.

On reconnut que c’était un prodige surnaturel, et l’on s’en alla après avoir fait au-dessus de la fosse une espèce de tait. Le poète[364] Abou-Faras ben-Hamdan a fait allusion à cet événement dans son poème nommé Mimiyya, en disant :

« O toi qui t’efforces de jeter un voile sur tous les crimes des descendants d’Abbas, comment déguiseras-tu la perfidie dont Rachid a usé envers Yahya !

» Le coupable descendant de Zobeïr[365] a reçu le juste prix de ses calomnies ; et les soupçons que ses discours avaient jetés sur le fils de Fatima, ont été entièrement dissipés. »

Malgré un prodige si frappant, Yahya fut mis à mort d’une manière cruelle dans le lieu où il était détenu.

Le règne de Rachid est assurément un des plus beaux et des plus féconds en événements : jamais l’Etat ne jouit de plus de splendeur et de prospérité, et les bornes de l’empire des khalifes ne furent jamais plus reculées.

La plus grande partie de l’univers était soumise aux lois de ce prince, et payait les impôts à son trésor ; l’Egypte même formait une province de son empire, et celui qui la gouvernait n’était qu’un de ses lieutenants. Jamais la cour d’aucun khalife ne réunit un aussi grand nombre de savants, de poètes, de jurisconsultes, de grammairiens, de kadis, d’écrivains, de gens de plaisir et de musiciens ; Rachid les récompensent généreusement, et les comblait tous de bienfaits et de distinctions.

Ce prince lui-même était un homme de beaucoup de talent, bon poète, versé dans la connaissance de l’histoire, des antiquités, et des monuments de la poésie qu’il pouvait citer dans l’occasion : il avait un goût exquis, un discernement sûr, et se conciliait le respect de tous, grands et petits.

Ce fut Rachid qui fit prendre Moussa,[366] fils de Djafar, et qui le fit conduire à Bagdad dans une litière couverte, et renfermer dans l’hôtel de Sindi, fils de Schahik ; ensuite Moussa y fut mis à mort, et le khalife fit courir le bruit qu’il avait fini ses jours d’une mort naturelle. Cet événement mérite d’être raconté plus en détail.

RECIT DU MEURTRE DE MOUSSA, FILS DE DJAFAR

Des abbassides dans des représentations arabe d'époque abbassides
Des abbassides dans des représentations arabe d’époque abbassides

Moussa, fils de Djafar, avait été desservi auprès de Rachid par un de ses proches qui avait conçu de l’envie contre lui : cet homme dit au khalife que certaines gens payaient à Moussa le quint de leurs propriétés, et le regardaient comme le légitime imam, et que Moussa lui-même avait formé le projet de lever l’étendard de la révolte. Ces discours souvent répétés firent sur Rachid une impression fâcheuse, et lui donnèrent quelques alarmes.

Il récompensa le dénonciateur en lui accordant une somme dont le paiement fut assigné sur la recette des provinces. Mais ce malheureux ne jouit jamais du fruit de son crime ; car avant que les fonds sur lesquels il devait être payé fussent arrivés, il fut atteint d’une maladie violente dont il mourut.

Cette même année, Rachid fit le pèlerinage des lieux saints ; et quand il fut venu à Médine, il fit prendre Moussa, fils de Djafar, et se fit conduire dans une litière couverte a Bagdad : là Moussa fut détenu prisonnier dans la demeure de Sindi,[367] fils de Schahik. Rachid, qui était à Rakka, donna ordre de le faire mourir ; ce qui fut exécuté secrètement : ensuite on appela un certain nombre de notaires[368] à Carkh,[369] pour leur faire voir son corps, feignant qu’il était mort de mort naturelle.

Rachid mourut à Toûs. Il était en marche pour soumettre Rafi,[370] fils de Leïth, fils de Nasr, fils de Sayyar, qui avait secoué le joug de l’obéissance, s’était emparé de Samarcande, avait tué le gouverneur de cette ville, et avait acquis, par cette conquête, une augmentation de forces qui le rendait formidable. En conséquence, Rachid s’était déterminé à marcher en personne contre lui ; mais la mort le surprit à Toûs en l’année 193 (= 808 de J. C.).

La court du calife Abbasside Haroun al Rashid
La court du calife Abbasside Haroun al Rashid

VIZIRS D’HAROUN RACHID.

Rachid étant devenu khalife, conféra la charge de vizir à Yahya, fils de Khaled, fils de Barmek : Yahya lui servait de secrétaire avant son avènement au trône ; ce fut là le principe de la grande fortune de la maison des Barmékides, dont nous allons raconter les commencements et la fin tragique.

La famille des Barmékides faisait originairement profession du magisme : quelques-uns d’entre eux ayant embrassé l’islamisme, ils furent depuis ce temps-là bons musulmans. Nous avons parlé du ministère de leur aïeul Khaled, fils de Barmek, en traçant l’histoire du règne de Mansour, et nous allons nous occuper ici des autres personnes de cette même famille qui exercèrent la charge de vizir. Mais avant d’entrer dans ce détail, nous dirons quelques mots propres à faire connaître en général l’excellence de cette maison.

La famille des Barmékides fut à son siècle ce qu’est une aigrette sur le front, une couronne sur la tête. Leurs actions généreuses passèrent en proverbe : on se rendait de toutes parts à leur cour ; toutes les espérances reposaient sur eux.

La fortune leur prodigua ses faveurs les plus rares[371] et les combla de ses dons. Yahya et ses fils étaient comme des astres brillants, de vastes océans, des torrents auxquels rien ne résiste, des pluies bienfaisantes. Tous les genres de connaissances et de talents se trouvaient réunis en foule auprès d’eux, et les hommes de mérite y recevaient un accueil distingué. Le monde fut vivifié sous leur administration, et l’empire porté au plus haut point de splendeur. Ils étaient le refuge des affligés, la ressource des malheureux ; et c’est d’eux que le poète Abou-Nowasa dit :

« Lorsque le monde vous aura perdus, ô fils de Barmek, on cessera de voir les routes couvertes de voyageurs, au lever de l’aurore, et au coucher de l’astre du jour. »

YAHYA, FILS DE KHALID, VIZIR DE RACHID.

Dinar abbasside
Dinar abbasside

Rachid étant devenu khalife, prit pour vizir Yahya,[372] fils de Khaled, fils de Barmek, qui l’avait servi, avant son avènement au trône, en qualité de secrétaire, de lieutenant et de vizir. Yahya, chargé de tout le fardeau du gouvernement, apporta dans l’exercice de son ministère, les talents et les soins les plus distingués : il mit les frontières en état de défense, et répara tout ce qui manquait à leur sûreté ; il remplit le trésor public, fit fleurir toutes les provinces, augmenta et porta au plus haut point l’éclat du trône ; enfin, seul, il fit face à toutes les affaires de l’empire.

C’était un ministre éloquent, sage, instruit, ferme, d’un bon conseil ; habile administrateur, qui savait tenir avec fermeté tout ce qui dépendait de lui, et se rendre supérieur aux affaires dont il était chargé. Par sa générosité et sa libéralité, il rivalisait avec les vents bienfaisants qui amènent les nuages dont les eaux fécondent la terre : son éloge était dans toutes les bouches. Il joignait à la douceur et à une conduite pleine de vertu, une majesté imposante qui commandait le respect.

Un poète a dit à son sujet :

« Jamais on ne me verra mettre la main dans celle de Yahya : si je le faisais, je perdrais tout ce que je possède.

» Qu’un avare touche seulement dans la paume de sa main de Yahya, son avarice aussitôt se changera en une générosité sans bornes. »

Rien ne fait mieux connaître la sage prudence de Yahya, que l’avis qu’il donna au khalife Hadi. Ce prince avait intention de priver son frère Haroun de la succession au khalifat qui lui avait été assurée, et de faire reconnaître son propre fils Djafar pour son successeur immédiat.

Yahya, qui était alors secrétaire de Haroun, avait espérance de devenir vizir si son maître parvenait un jour au khalifat. Hadi l’ayant pris à part, lui donna 20.000 pièces d’or, et lui fit part de son projet.

Jarre présenté à Charlemagne (742-814) par le calife abbasside Haroun al-Rashid (766-809), le créteur semblerais byzantin, conservé au trésor de l'abbey de Saint Maurice dans le Valais en Suisse
Jarre présenté à Charlemagne (742-814) par le calife abbasside Haroun al-Rashid (766-809), le créateur semblerais byzantin, conservé au trésor de l’abbey de Saint Maurice dans le Valais en Suisse

Yahya lui représenta que s’il agissait ainsi, il donnerait à ses sujets la funeste leçon d’enfreindre leurs engagements et de mépriser leurs serments, et qu’ils pourraient s’enhardir au point d’imiter son exemple : si au contraire, ajouta-t-il, vous conservez à votre frère Haroun son droit reconnu au khalifat, et que vous vous contentiez de déclarer Djafar pour successeur au trône après Haroun, la disposition que vous aurez faite en faveur de votre fils sera plus solide, et son exécution plus certaine.

Hadi abandonna pour quelque temps son projet ; mais ensuite, l’affection paternelle l’emportant, il fit appeler de nouveau Yahya, et lui demanda encore une fois ce qu’il en pensait. Prince, lui dit Yahya, si, après avoir dépouillé votre frère de son droit au trône, et lui avoir substitué votre fils Djafar, vous venez à mourir, laissant ce prince encore enfant et hors d’état par son âge de gouverner, croyez-vous que la possession de la couronne lui soit bien assurée, et que la famille de Haschem consente à l’avoir pour souverain et le reconnaisse pour khalife !

Non pas, dit Hadi.

Eh bien ! reprit Yahya, laissez donc laces projets, pour mieux assurer l’exécution de vos vœux.

Quand même Mahdî n’aurait pas appelé au trône votre frère Haroun, vous devriez le faire reconnaître vous-même pour votre successeur, afin que l’empire ne sorte point de la maison de votre père.[373] Hadi approuva son conseil ; et Rachid regarda toujours cette action de Yahya comme un des services les plus signalés qu’il en eût reçus.

Passons aux traits de la générosité de Yahya. Lorsque Rachid renversa la famille des Barmékides, et entreprit d’anéantir jusqu’à leur nom, il fit défense, dit-on, à tous les poètes de composer des élégies sur leur disgrâce, et ordonna que l’on punît ceux qui contreviendraient à cette défense. Un jour, un des soldats de la garde, passant auprès de quelques édifices ruinés et abandonnés, aperçut un homme debout qui tenait à la main un papier : c’était une complainte sur la ruine de la maison des Barmékides, que cet homme récitait en versant des larmes. Le soldat l’arrêta, et le conduisit au palais de Rachid : il raconta toute l’aventure au khalife, qui se fit amener le coupable ; et après s’être convaincu, par son propre aveu, de la vérité de la dénonciation : Ne savais-tu pas, lui dit-il, que j’avais défendu de réciter aucune complainte sur la famille des Barmékides ; certes, je te traiterai comme tu le mérites. Prince, répartit cet homme, si tu le permets, je te conterai mon histoire ; quand tu l’auras entendue, agis comme bon te semblera. Rachid lui ayant permis de parler, il dit : J’étais un des moindres commis de Yahya, fils de Khaled ; un jour il me dit :

Il faut que tu me donnes à manger chez toi. Seigneur, lui répondis-je, je suis bien au-dessous d’un si grand honneur, et ma maison n’est pas propre à vous recevoir. Il faut absolument, dit Yahya, que cela soit ainsi. En ce cas, repris-je, vous voudrez bien m’accorder quelque délai pour que je prenne les arrangements convenables et que je dispose ma maison ; après quoi vous ferez ce qu’il vous plaira. Là-dessus il voulut savoir quel délai je désirais : je lui demandai d’abord un an ; et ce délai lui ayant paru excessif, je le priai de m’accorder quelques mois. Il y consentit ; et aussitôt je m’occupai à disposer ma maison et à préparer tout ce qui était nécessaire pour le recevoir. Quand tous les préparatifs furent achevés, j’en fis part au vizir, qui me promit de venir le lendemain même. Retourné chez moi, je m’empressai de préparer à boire et à manger, et de tenir prêt tout ce dont on pouvait avoir besoin.

Les régions clef du califat central Abbasside al-Khurassan, al-Iraq, al-Fars, al-Jazira, Armenia , al-sham, al-Misr (egypte) et al- Ifriqiya, (hors Abbasside : al Maghreb Idrisides et al-Andalus Omeyyades)
Les régions clef du califat central Abbasside al-Khurassan, al-Iraq, al-Fars, al-Jazira, Armenia , al-sham, al-Misr (egypte) et al- Ifriqiya, (hors Abbasside : al Maghreb Idrisides et al-Andalus Omeyyades)

Le lendemain, le vizir se rendit effectivement chez moi avec ses deux fils Djafar et Fadhl, et un petit nombre de ses plus intimes amis.

A peine fut-il descendu de cheval, ainsi que ses fils, qu’il m’adressa la parole, et, m’appelant par mon nom, il me dit :

Un tel, dépêche-toi de me faire servir quelque chose, car j’ai grand appétit. Fadhl me dit que son père aimait beaucoup les poulets rôtis, et m’engagea à lui faire présenter ceux que j’avais préparés ; je le fis : et quand le vizir eut mangé, il se leva, se mit à parcourir la maison, et me demanda de la lui faire voir toute entière. Seigneur, lui dis-je, vous venez de la voir ; je n’en ai point d’autre que cela.

Vraiment si, me répondit-il, tu en as une autre. J’eus beau l’assurer au nom de Dieu que je n’en possédais point d’autre, il fit venir un maçon, et lui ordonna de percer une porte dans le mur. Le maçon se mettant en devoir d’exécuter cet ordre, je dis au vizir : Seigneur, peut-on se permettre de faire une ouverture pour pénétrer dans la maison de ses voisins, après que Dieu a commandé de respecter les droits du voisinage.

N’importe, dit-il ; et quand le maçon eut fait l’ouverture, il y passa avec ses fils. Je les suivis, et nous entrâmes dans un jardin délicieux, bien planté, et arrosé par des jets d’eau : dans ce jardin étaient des pavillons, et des salles ravissantes ornées de toute sorte de meubles et de tapis, et servies par des esclaves de l’un et de l’autre sexe, le tout d’une beauté parfaite.

Cette maison, me dit alors le vizir, et tout ce que tu vois, est à toi. Je m’empressai de lui baiser les mains, et de faire des vœux pour lui ; et je compris alors que du jour même où il m’avait proposé pour la première fois de le recevoir chez moi, il avait fait acheter le terrain voisin de mon logis, y avait fait construire une belle maison, et l’avait fait meubler et orner de toute sorte de choses, sans que j’en susse rien. Je voyais bien que l’on y bâtissait, mais je croyais que c’était quelqu’un de mes voisins qui faisait faire ces travaux.

Guerrier Arabe Anatolien Abbasside  ( garde des frontières)
Guerrier Arabe Anatolien Abbasside ( garde des frontières) source osprey

 

Yahya adressant ensuite la parole à son fils Djafar, lui dit :

« Voilà bien une maison et des domestiques ; mais avec quoi fournira-t-il à leur entretien ! »

Je lui donne, répondit Djafar, une telle métairie avec toutes ses dépendances, et je lui en passerai contrat.

Fort bien ! dit le vizir en se retournant vers Fadhl son autre fils ; mais jusqu’à ce qu’il ait reçu quelque revenu de ces terres, où trouvera-t-il de quoi fournir à sa dépense ?

Je lui dois 10.000 pièces d’or, répondit Fadhl, et je les ferai porter chez lui. Dépêchez-vous l’un et l’autre, reprit Yahya, de satisfaire aux engagements que vous avez contractés envers lui.

Djafar me fit effectivement une donation de la métairie, et Fadhl fit porter chez moi la somme qu’il m’avait promise ; en sorte que je me trouvai tout d’un coup riche, et dans une grande aisance.

Je gagnai dans la suite, avec ces premiers fonds, de grandes richesses dont je jouis encore aujourd’hui.

Aussi, prince des croyants, je n’ai manqué, Dieu le sait, aucune occasion de chanter leurs louanges et de faire des vœux pour eux, afin de satisfaire à ce que je dois à leur générosité ; mais jamais je ne pourrai m’en acquitter entièrement. Si tu veux me faire mourir pour cela, fais ce qu’il te plaira. Rachid, attendri, le laissa aller, et rendit à chacun la liberté de pleurer sur la fin tragique des fils de Barmek. !

Rachid, dit-on, fit une fois le pèlerinage, accompagné de Yahya, fils de Khaled, et des deux fils de Yahya, Fadhl et Djafar. Quand ils furent arrivés à Médine, le khalife y tint une audience publique avec Yahya, et ils distribuèrent de l’argent au peuple. Les deux fils de Rachid, Amin, assisté de Fadhl, fils de Yahya, et Mamoun, assisté pareillement de Djafar, en firent autant chacun de leur côté ; en sorte qu’il, se fit cette année trois distributions publiques ; et elles furent si abondantes, qu’elles passèrent en proverbe, et que cette année fut nommée l’année des trois distributions, Ces largesses jetèrent une grande aisance dans les familles, et un poète dit à ce sujet :

« Nous avons reçu dans nos murs les fils de Barmek, sur lesquels reposent toutes les espérances. O renommée ravissante ! ô aspect enchanteur !

» Chaque année ils s’éloignent de leurs foyers : tour à tour ils portent la guerre aux ennemis de la religion, ou ils visitent l’antique et vénérable[374] monument de la maison sainte.

» Quand Yahya, Fadhl et Djafar honorent de leur présence les vallées de la Mecque, un nouveau soleil se lève sur l’horizon de cette cité.

» Bagdad alors est enveloppée des ténèbres de leur absence ; et la nuit qui couvrait la ville sainte, se dissipe aux rayons de ces astres, capables d’éclipser l’éclat de trois lunes dans leur plein.

» Leurs mains n’ont été créées que pour répandre des bienfaits, et leurs pieds que pour être élevés sur les chaires de nos temples.

» Quand Yahya entreprend quelque chose, toutes les difficultés s’aplanissent : il n’est plus besoin qu’aucun autre s’en mêle ou y mette la main.[375] »

On rapporte de Yahya le mot suivant : Jamais aucun homme ne m’a adressé la parole que je n’aie éprouvé pour fui un sentiment de respect ; son discours fini, mon respect s’est accru, ou s’est entièrement évanoui. Il disait aussi : Les promesses sont les filets des hommes généreux ; elles leur servent à s’assurer les louanges des gens d’honneur. Lorsqu’il devait monter à cheval, il préparait des bourses qui contenaient chacune deux cents pièces d’argent ; et il les distribuait à ceux qui se présentaient à sa rencontre.

FADHL,[376] FILS DE YAHYA.

civilization_v_kindle__al_rashid_of_the_arabs_by_enethrin-d6h4a7x

Fadhl fut distingué entre tous ses contemporains par sa libéralité, et doit être compté parmi les hommes les plus généreux que la terre ait portés.

Il avait été allaité par la mère de Rachid,[377] et Rachid avait sucé le lait de la mère de Fadhl, ce qui a donné lieu au poète Merwan,[378] fils d’Abou-Hafsa, de lui adresser ces vers :

« Il ne te faut point d’autre gloire que d’avoir tété le noble sein qui a nourri le khalife.

» Tu es en tous lieux l’honneur de Yahya, comme Yahya rend illustre en tous lieux le nom de Khaled.[379] »

Rachid lui ayant donné le gouvernement du Khorasan, le poète Abou’lhaul[380] qui avait fait auparavant des poésies satiriques contre lui, vint le trouver, et lui réciter des vers dans lesquels il chantait ses louanges et s’excusait de sa faute.

« La colère de Fadhl s’est avancée, semblable à un nuage épais qui, au milieu des ténèbres de la nuit, roule un abîme d’eaux prêtes à fondre sur nos têtes, et renferme dans ses flancs les foudres et les éclairs.

« Quel sommeil peut goûter le malheureux qui a placé sa couche auprès du lieu qu’habite un lion aux crins fauves !

» Je n’ai pas commis contre Fadhl, fils de Yahya, des fautes dignes d’attirer sur moi la haine de ce fils de Khaled.

» Fais-moi don de tes bonnes grâces ; je ne te demande point d’autre bienfait. Quant aux faveurs auxquelles tu m’avais accoutumé, tu peux me les accorder ou me les refuser, comme il le plaira. »

Je n’entends point, lui répondit Fadhl, que tu sépares mes bonnes grâces de mes bienfaits ; ces deux choses sont inséparables : si tu veux les recevoir conjointement, je te les accorde ; sinon, renonce aux unes comme aux autres. Ensuite il lui fit des présents et lui rendit sa faveur.

Voici un trait singulier, rapporté par Ishak Mausili,[381] fils d’Ibrahim. J’avais élevé, dit-il, une jeune fille d’une grande beauté ; je lui avais donné toute sorte de talents et l’avais fait instruire avec beaucoup de soins, en sorte qu’elle était parvenue a un rare mérite.

Je l’offris alors à Fadhl, fils de Yahya, qui me dit : Ishak, Il est venu un ambassadeur du vice-roi d’Egypte pour me demander quelque chose ; j’exigerai de lui qu’il me fasse présent de cette fille : garde-la donc chez toi ; je la lui demanderai, et je lui dirai que je veux absolument l’avoir.

Sans doute il ira te trouver et la marchandera : garde-toi de la lui donner à moins de 50.000 pièces d’or. Je retournai donc chez moi avec cette fille ; et l’ambassadeur du vice-roi d’Egypte vint en effet me la demander.

Je la lui fis voir ; et quand il l’eut vue, il m’en offrit d’abord 10.000 pièces d’or et doubla ensuite la somme ; sur mon refus, il m’en offrit 30.000. Je ne pus me contenir quand j’entendis cette offre, et j’acceptai le marché. Je lui livrai la fille, et il me compta la somme dont nous étions convenus. Le lendemain j’allai trouver Fadhl ; et dès qu’il me vit, il me demanda combien j’a vois vendu mon esclave. Trente mille pièces d’or, fui répondis-je.

Ne t’avais-je pas défendu précisément, me dit-il, de la donner pour moins de 50.000 ! Je fui répondis :

Certes, vous m’êtes plus cher que mon père et ma mère ! mais, en vérité, quand j’ai entendu prononcer le mot 30.000, je n’ai pas pu tenir bon plus longtemps.

Eh bien ! me dit-il en riant, l’empereur grec m’a aussi fait demander quelque chose par son ambassadeur ; je lui imposerai de même la condition de me donner cette esclave, et je lui indiquerai ta demeure : prends-la donc et reconduis-la chez toi ; mais quand il viendra faire prix avec toi, garde-toi bien de la livrer à moins de 50.000 pièces d’or

Je m’en retournai donc avec la fille ; et l’ambassadeur de l’empereur grec étant venu pour en traiter avec moi, je lui en demandai le prix convenu avec Fadhl. Il se récria, disant que c’était beaucoup trop cher, et m’en offrit 30.000 pièces d’or : je succombai encore a la tentation d’accepter une si belle offre ; le marché fut conclu, je livrai l’esclave et en touchai le prix. Le lendemain, Fadhl me voyant entrer chez lui, me fit la même question que la première fois ; et sur la réponse que je lui fis que j’avais donné mon esclave pour 30.000 pièces d’or, il m’adressa les mêmes reproches. Seigneur, lui dis-je, que Dieu daigne détourner sur moi tous les malheurs qui pourraient menacer vos jours ! mais, en vérité, au mot 30.000, toute ma force m’a abandonné.[382]cavalier abbasside avec bannière d irak 9 ou 9 eme siècle histoire islamique

Il se mita rire, et me dit : Reprends encore ton esclave et emmène-la : demain tu verras venir l’ambassadeur du souverain du Khorasan ; tâche de faire bonne contenance, et ne la lui donne pas pour moins de 50.000 pièces d’or.

Tout se passa comme Fadhl me l’avait annoncé ; et l’ambassadeur étant venu marchander mon esclave, je lui demandai les 50.000 pièces d’or. C’est trop cher, me dit-il, je vous en donnerai 30.000. Pour cette fois je me fis violence et refusai ses offres. Alors il m’en proposa 40.000. Je pensai devenir fou de joie, et je ne pus m’empêcher de les accepter. Il me compta l’argent, et reçut de moi la jeune fille. Le lendemain je me présentai devant Fadhl, qui me demanda des nouvelles de mon marché.

Seigneur, lui dis-je, j’ai vendu mon esclave 40.000 pièces d’or. Au nom de Dieu, en m’en entendant offrir 40.000 pièces, peu s’en est fallu que je ne devinsse fou. Grâces à vos bontés, que je ne saurais reconnaître, cette fille m’a valu 100.000 pièces d’or : je n’ai plus rien à souhaiter ; que Dieu vous récompense comme vous le méritez ! Alors Fadhl se fit amener cette fille, et me la présentant, il me dit : Prends ton esclave et emmène-la. Je dis alors : Cette fille est une source incomparable de bonheur. En conséquence, je lui donnai la liberté, et je l’épousai : et c’est d’elle que j’ai eu mes enfants.[383]

On rapporte encore de Fadhl un autre trait du même genre. Mohammed,[384] fils d’Ibrahim surnommé l’Imam, fils de Mohammed, fils d’Ali, fils d’Abd-Allah, fils d’Abbas, vint un jour trouver Fadhl, fils de Yahya, apportant un écrin qui renfermait des bijoux.

Mon revenu, lui dit-il, ne peut suffire à mes besoins ; je suis accablé de dettes, et je dois déjà plus d’un million de pièces d’argent. Je rougirais de faire part de ma situation à qui que ce soit, et je n’ose m’adresser à aucun négociant pour qu’il me prête cette somme, quoique j’aie à donner en gage un objet qui peut en répondre. Vous avez des négociants qui font des affaires avec vous ; empruntez, je vous prie, de l’un d’eux, la somme dont j’ai besoin, et donnez-lui en gage l’effet que voici. Volontiers, lui dit Fadhl : mais pour le succès de cette négociation, il faut que vous passiez la journée chez moi. Mohammed y consentit.

Fadhl prit alors l’écrin, qui était scellé du cachet de Mohammed ; il le fit reporter chez Mohammed avec un million de pièces d’argent, et fit prendre de son intendant une reconnaissance de la remise qui lui en avait été faite. Mohammed cependant était demeuré chez Fadhl, et y resta tout ce jour-là. Quand il fut retourné chez lui, il trouva l’écrin, et, en outre, un million de pièces d’argent ; ce qui lui causa une joie extrême. Le lendemain il courut, de grand matin, chez son bienfaiteur, pour le remercier. Il apprit que Fadhl s’était rendu lui-même de bonne heure au palais de Rachid : il alla l’y trouver ; mais Fadhl, instruit de son arrivée, sortit promptement par une autre porte, et se rendit chez son père. Mohammed l’y suivit bientôt ; Fadhl lui échappa encore eh sortant par une autre porte, et retourna à son hôtel.

Mohammed y alla aussi ; et ayant enfin trouvé Fadhl, il lui témoigna sa reconnaissance, et lui dit qu’il s’était empressé de sortir dès le matin pour le remercier de son bienfait. J’ai pensé, reprit Fadhl, à votre situation, et j’ai réfléchi que la somme que j’ai fait porter chez vous hier pourra bien payer vos dettes, mais que vos besoins se renouvelant, il vous faudra en contracter de nouvelles, et que vous en serez bientôt accablé comme auparavant : cela m’a fait prendre le parti d’aller trouver ce matin le khalife ; je lui ai exposé votre état, et j’ai encore obtenu pour vous un autre million de pièces d’argent.[385]

Lorsque vous vous êtes présenté à la porte du palais du khalife, je suis sorti par une autre porte ; et j’en ai encore fait autant quand vous êtes venu chez mon père, parce que je voulais que l’argent fût remis chez vous avant de vous recevoir ; en ce moment, cette somme est portée à votre demeure.

Comment, lui dit alors Mohammed, pourrai-je reconnaître tant de bienfaits ! Je n’ai aucun moyen de vous témoigner ma gratitude : tout ce que je puis faire, c’est de m’engager sous les serments les plus sacrés, et sous peine de perdre toutes mes femmes et tous mes esclaves, et d’être obligé à faire le pèlerinage de la Mecque par forme de réparation à ne jamais faire ma cour, et à ne demander quelque grâce que ce soit, à personne autre que vous.

Mohammed prit en effet cet engagement sous les serments les plus inviolables ; il en fit un acte, qu’il écrivit de sa propre main, et fit souscrire par plusieurs témoins, et par lequel il promettait de ne faire jamais la cour à personne autre que Fadhl, fils de Yahya. La famille des Barmékides ayant été disgraciée, et Fadhl, fils de Rébi, leur ayant succédé dans la charge de vizir, Mohammed se trouva dans le besoin : on lui conseilla de s’adresser à Fadhl, fils de Rébi, et d’aller le trouver ; mais, fidèle à son serment, il n’en voulut rien faire, et, jusqu’à sa mort, il n’alla ni rendre ses hommages, ni faire sa cour à qui que ce fût.

DJAFAR,[386] FILS DE YAHYA, LE BARMÉKIDE.

al mansur calife abbasside

Djafar, fils de Yahya, était un homme distingué par son éloquence, son jugement, sa finesse, son discernement, sa générosité et la douceur de son caractère. Rachid aimait mieux sa compagnie que celle de son frère Fadhl, parce que Djafar avait une humeur et des manières douces et faciles, au lieu que Fadhl était d’un caractère fâcheux et difficile. Rachid dit un jour à Yahya : D’où vient que dans le public on appelle Fadhl le petit vizir, et qu’on ne donne pas aussi ce nom à Djafar ! C’est, lui dit Yahya, que Fadhl me sert de lieutenant. Eh bien, reprit Rachid, donne à Djafar un département dans l’administration, de même que tu as délégué certaines affaires à Fadhl. Yahya lui répondit : Son assiduité à vous faire la cour et à se tenir auprès de vous ne lui permet pas de se charger des soins de l’administration. Cependant Yahya lui confia la surintendance du palais du khalife, et depuis ce temps on l’appela, comme son frère, le petit vizir.

le shatraj ou jeu d'échec furent  popularisé dès l'époque d'Haroun al-Rashid
le shatraj ou jeu d’échec furent popularisé dès l’époque d’Haroun al-Rashid

Rachid dit un jour à Yahya : Je voudrais ôter le ministère du sceau à Fadhl pour le donner a Djafar ; mais je n’ose lui écrire à ce sujet ; écris-lui donc toi-même. Yahya écrivit en conséquence à son fils Fadhl, en ces termes : Le prince des croyants, dont Dieu daigne augmenter la puissance, t’ordonne d’ôter ton anneau de la main droite pour le mettre à la main gauche. Fadhl lui fit cette réponse : J’ai obéi à l’ordre que le prince m’a donné au sujet de mon frère.

Je ne crois pas être privé d’une faveur lorsqu’elle passe à mon frère, et je ne pense pas avoir perdu une place quand il en est investi. Djafar, à la vue de cette réponse, s’écria : Dieu soit loué du mérite qu’il a accordé à mon frère ! Il joint à une grande finesse d’esprit, des talents éminents ; il est doué d’une raison exquise, et il s’exprime avec une élégance sans pareille.

 

On raconte de Djafar, fils de Yahya, l’aventure suivante[387] : Voulant un jour se divertir et passer le temps à boire, il avait résolu de se tenir enfermé chez lui, et avait assemblé ses camarades de plaisir avec lesquels il vivait familièrement.

Ils étaient donc réunis dans une salle bien décorée, et tous vêtus d’habits de différentes couleurs; car ils avoient coutume, quand ils étaient en débauche, de prendre des habits rouges, jaunes et verts. Or, Djafar avait donné ordre au concierge de son hôtel de ne laisser entrer qui que ce fût, excepté un de ses compagnons de plaisir qui n’était point arrivé en même temps que les autres, et qui se nommait Abd-almélic, fils de Sâlih.[388] Ils se mirent alors à boire ; les coupes pleines de vin passaient de main en main, et la salle retentissait du son des instruments de musique, lorsqu’un homme, des proches parents du khalife, se présenta à la porte de Djafar pour conférer avec lui de quelques affaires.

Il se nommait Abd-almélic,[389] fils de Sâlih, fils d’Ali, fils d’Abd-Allah, fils d’Abbas. C’était un homme de mœurs austères, et rigide observateur des bienséances et de la religion. Rachid avait voulu plusieurs fois l’engager à prendre part à ses parties de débauche et à boire avec lui ; il lui avait même offert beaucoup d’argent pour vaincre sa répugnance, sans jamais avoir pu obtenir de lui cette complaisance.

Lorsqu’il se présenta, dans la circonstance dont nous parlons, à la porte de Djafar, le concierge, trompé par sa ressemblance des noms, s’imagina que c’était là Abd-almélic, fils de Sâlih, que Djafar lui avait ordonné d’introduire, en lui défendant d’admettre aucun autre que lui ; il lui ouvrit donc, et Abd-almélic entra dans la salle où était Djafar.

Le vizir, en le voyant, fut entièrement déconcerté ; il se douta bien que l’erreur du concierge venait de la ressemblance des noms. Abd-almélic devina aussi la méprise du concierge ; et s’apercevant que Djafar rougissait, il prit un air ouvert, en disant : Ne vous gênez point à cause de moi ; que l’on me donne aussi un de ces habits de fête.

On lui présenta un habit de couleur, et, s’en étant revêtu, il s’assit et se mit à causer familièrement et à badiner avec Djafar ; puis il dit : Donnez-moi donc aussi à boire. On lui présenta un grand verre, et l’ayant bu, il dit : Faites-moi grâce d’un second, car je n’ai pas l’habitude de cette boisson ; puis il continua à prendre part librement à la conversation et à la joie des convives, jusqu’à ce que Djafar se fût déridé, et fût revenu de l’embarras où l’avait jeté cette surprise. La conduite d’Abd-almélic fit grand plaisir à Djafar, qui lui demanda quelle était l’affaire qui l’avait amené. Trois choses, lui répondit Abd-almélic, dont je souhaite que vous parliez au khalife.

Bannière du Califat Abbasside de Baghdad
Bannière du Califat Abbasside de Baghdad

D’abord, je voudrais qu’il acquittât les dettes que j’ai contractées, et qui montent à un million de pièces d’argent[390] ; en second lieu, je désirerais, pour mon fils, un gouvernement qui lui attirât de la considération ; et enfin, je veux vous prier de faire épouser à mon fils[391] la fille du khalife : elle est sa cousine, et il n’est pas indigne de sa main.

Tombe de Zubayda femme du calife Haroun al-Rashid  786-809 (Baghdad)
Tombe de Zubayda femme du calife Haroun al-Rashid 786-809 (Baghdad)

Dieu a rempli tous vos vœux, lui répondit Djafar : la somme que vous désirez va être, à l’instant même, portée chez vous ; j’ai donné à votre fils le gouvernement d’Egypte, et je lui ai déjà assuré pour épouse une telle princesse,[392] fille du khalife, avec telle et telle dot. Vous pouvez donc vous retirer avec l’aide de Dieu. Abd-almélic, retourné chez lui, y trouva l’argent qui l’avait devancé ; et, le lendemain, Djafar se rendit chez Rachid, et lui apprit toute l’aventure, et comment il avait promis à Abd-almélic, pour son fils, le gouvernement d’Egypte, et lui avait accordé la main de la princesse. Rachid, fort surpris, ratifia ces promesses ; et Djafar ne sortit point du palais que le khalife n’eût fait dresser les patentes de nomination de ce jeune homme à ce gouvernement, et n’eût fait rédiger le contrat de mariage en présence des kadis et des notaires.

Il y avait, dit-on, entre le vizir Djafar et le vice-roi d’Egypte, une inimitié réciproque, et chacun d’eux évitait d’avoir aucun rapport avec l’autre. Dans cet état de choses, un particulier s’avisa de contrefaire, sous le nom de Djafar, une lettre adressée au gouverneur d’Egypte, par laquelle Djafar lui marquait que le porteur de cette lettre était un de ses meilleurs amis qui avait voulu se procurer le plaisir de voir l’Egypte, et qu’en conséquence il le priait de lui faire l’accueil le plus favorable. Cette recommandation était conçue en termes très pressants. Muni de cette lettre, il se rendit en Egypte, et la présenta au gouverneur de cette province, qui, l’ayant lue, en fut fort surpris, et en eut une extrême joie. Cependant, il ne laissa pas de concevoir quelques doutes, et d’avoir des soupçons sur son authenticité. Il fit donc au porteur de la lettre l’accueil le plus gracieux ; il lui assigna un magnifique hôtel pour son logement, et eut le plus grand soin de fournir à tous ses besoins : mais en même temps il envoya la lettre à son chargé d’affaires à Bagdad, en lui marquant qu’elle lui avait été présentée par un des amis du vizir ; que néanmoins, doutant qu’elle fût véritablement écrite par le vizir, il voulait qu’il prît là-dessus des informations, et qu’il s’assurât si l’écriture de la lettre était effectivement celle de Djafar.

La prétendue lettre de Djafar était jointe à celle du vice-roi. Quand l’homme d’affaires du gouverneur les eut reçues, il alla trouver l’intendant du vizir, lui conta l’aventure, et lui fit voir la lettre. Celui-ci l’ayant prise de ses mains, la porta à Djafar, à qui il fit part en même temps de ce qu’il venait d’apprendre.

Djafar la lut, et, reconnaissant l’imposture, il montra la lettre à un certain nombre de personnes de sa cour et de ses subalternes qui se trouvaient chez lui, et leur dit : Est-ce là mon écriture. Après l’avoir considérée, ils déclarèrent tous qu’ils ne la reconnaissaient point, et que c’était une lettre contrefaite.

Alors il leur conta toute l’affaire ; leur dit que l’auteur de cette lettre était en ce moment auprès du vice-roi d’Egypte, et que celui-ci n’attendait qu’une réponse pour savoir à quoi s’en tenir sur son compte : puis il leur demanda quel était leur avis, et comment ils pensaient que l’on dût traiter ce faussaire.

Les uns furent d’avis qu’il fallait le faire mourir, pour couper court à une pareille perfidie, et empêcher que qui que ce fût n’osât suivre son exemple ; d’autres voulaient qu’on lui coupât la main qui avait commis ce faux ; quelques-uns opinèrent qu’il suffisait de lui faire donner la bastonnade, et de le laisser aller ; enfin, ceux dont l’avis était le plus modéré voulaient qu’on se contentât, pour toute punition, de le frustrer du fruit de son crime ; qu’on instruisît le vice-roi d’Egypte de son imposture, pour qu’il n’eût aucun égard à la prétendue recommandation : il serait, disaient-ils, assez puni d’avoir fait le voyage de Bagdad en Egypte, et d’être contraint, après un si grand trajet, à revenir sans en avoir tiré aucun profit. Quand ils eurent fini de parler, Djafar leur dit : Grand Dieu, n’y a-t-il donc parmi vous personne qui soit capable de discernement ! Vous savez l’inimitié et l’opposition mutuelle que le vice-roi d’Egypte et moi nous avions l’un pour l’autre, et vous n’ignorez pas qu’un sentiment de hauteur et d’amour-propre nous empêchait respectivement de faire le premier pas pour une réconciliation ; Dieu a lui-même suscité un homme qui nous a ouvert les voies d’un accommodement, nous a procuré l’occasion de lier une correspondance, et a mis fin à cette inimitié.

Faudra-t-il que, pour récompense du service important qu’il nous a rendu, nous lui fassions subir les peines que vous proposez . En même temps il prit une plume et écrivit au vice-roi d’Egypte, sur le dos de la lettre : Comment, par Dieu, avez-vous pu douter que ce fût là mon écriture ! Cette lettre est écrite de ma main, et cet homme est de mes amis : je désire que vous le combliez de bienfaits, et que vous me le renvoyiez promptement ; car je soupire après son retour, et sa présence ici m’est nécessaire.

Le vice-roi d’Egypte ayant reçu la lettre avec la réponse du vizir, qui était écrite au dos, ne se sentit pas de joie : il n’oublia rien de ce qui pouvait être agréable a cet homme, lui donna une grande somme d’argent, et le combla de riches présents. Cet homme étant donc retourné à Bagdad dans la situation la plus brillante, se présenta a l’audience de Djafar, et baisa la terre en pleurant. Qui es-tu, mon ami, lui demanda Djafar ! Seigneur, lui répondit-il, je suis votre serviteur, votre ouvrage ; je suis ce malheureux faussaire, ce menteur impudent. Djafar connaissant qui il était, le reçut d’un air gracieux, le fit asseoir devant lui, et lui demanda des nouvelles de sa situation et combien il avait reçu du vice-roi d’Egypte ; et sur la réponse qu’il lui fit, qu’if en avait reçu cent mille pièces d’or, il lui témoigna du regret de ce qu’il n’avait pas reçu davantage, et lui dit : Demeure avec moi, afin que je double cette somme. En effet cet homme s’attacha au service de Djafar pendant quelque temps, et y amassa une somme égale à celle qu’il avait gagnée dans son voyage d’Egypte.

La gloire de la famille des Barmékides alla toujours en augmentant, et elle ne cessa de prendre de nouveaux accroissements, jusqu’à l’instant où la fortune les abandonna entièrement. Voici une anecdote qui fut comme le premier pronostic de leur chute ; elle a été rapportée par le médecin Bakhtischou,[393] qui s’exprimait en ces termes. J’entrai un jour, dit-il, dans l’appartement de Rachid ; il était alors assis dans le palais nommé Kasr-alkhould,[394] à Bagdad ; les Barmékides logeaient de l’autre côté du Tigre,[395] en face du palais, et il n’y avait entre eux et le palais du khalife que la largeur du fleuve. Rachid, remarquant la multitude de chevaux qui étaient arrêtés devant leur hôtel, et la foule qui se pressait à la porte de Yahya, fils de Khaled, se mit à dire : Que Dieu récompense Yahya ; il s’est chargé seul de tout l’embarras des affaires, et, en me soulageant de ce soin, if m’a laissé se temps de me livrer aux plaisirs. Quelque temps après, je me trouvai de nouveau chez lui ; il commençait déjà à ne plus voir les Barmékides du même œil : regardant donc par les fenêtres de son palais, et observant la même affluence de chevaux que la première fois, il dit : Yahya s’est emparé seul de toutes les affaires ; il me les a toutes enlevées : c’est vraiment lui qui exerce se khalifat, et je n’en ai que le nom. Je connus dès lors, ajoutait Bakhtischou,[396] qu’ils tomberaient dans la disgrâce, ce qui arriva effectivement peu après cela.

Voyons quelles furent les causes de cette catastrophe, et de quelle manière elle arriva. Les historiens se partagent à ce sujet en diverses opinions. Suivant un premier récit, Rachid ne pouvait se passer un instant de la compagnie de sa sœur Abbasa,[397] ni de celle de Djafar. Comme cependant la bienséance ne permettait pas que le vizir vît la princesse, Rachid résolut de la lui faire épouser, pour qu’elle pût honnêtement se trouver avec lui sans être voilée, mais à condition qu’il ne prétendrait jamais user envers elle des droits d’un époux. Ce mariage ainsi fait, Djafar et Abbasa se trouvaient fréquemment ensemble : ils étaient jeunes l’un et l’autre ; et comme il arrivait souvent que Rachid les quittait et les laissait seuls,Djafar ne se renferma pas dans les bornes que Rachid lui avait prescrites[398] : la princesse devint enceinte, et mit au monde deux jumeaux.[399] Elle eut beau tenir la chose secrète, Rachid découvrit le mystère ; et ce fut là la cause de la ruine des Barmékides.

D’autres attribuent cet événement tragique à une cause bien différente. Le khalife, dit-on, avait chargé Djafar de faire mourir un homme qui descendait d’Abou Taleb.[400] Djafar ne pouvant se résoudre à s’acquitter de cette commission, laissa aller ce malheureux. Rachid, que des malveillants instruisirent de la conduite de Djafar, lui demanda ce qu’il avait fait de cet homme. Djafar répondit qu’il était en prison. En ferais-tu serment sur ma vie, lui demanda Rachid ! Djafar devina qu’il était trahi, et répondit au prince : Non, certes ; le vrai est que je l’ai laissé aller, parce que j’ai reconnu qu’on n’avait aucun reproche fondé à lui faire. Rachid dit alors à Djafar : J’approuve ce que tu as fait ; mais quand celui-ci fut sorti, il dit : Que Dieu m’extermine si je ne te fais mourir ! Ce fut par suite de cela qu’arriva la disgrâce de cette maison. Enfin il y a d’autres historiens qui disent que les ennemis des Barmékides, et entre autres Fadhl, fils de Rébi, ne cessaient de les desservir auprès de Rachid : ils revenaient sans cesse à la charge, et lui disaient que toute l’autorité était concentrée dans leurs mains, et qu’ils attiraient à eux toutes les richesses de l’Etat : ils firent tant qu’il en prit de l’ombrage, et les extermina. On attribue encore leur ruine aux manières fières et orgueilleuses de Djafar et de Fadhl, fils de Yahya, manières que les rois ne sauraient supporter. On dit aussi que Yahya faisant un jour le tour de la Ka’abah, on l’entendit faire cette prière : « Mon Dieu, si c’est ton bon plaisir de me dépouiller de toutes les faveurs dont tu m’as comblé, de mes gens, de mes biens, de mes enfants, fais comme il te plaira ; je n’excepte que Fadhl, mon fils. » Après avoir ainsi prié, il se retira ; mais quand il eut fait quelques pas, il revint, et dit : « Mon Dieu, c’est une chose indigne, qu’un homme comme moi fasse quelque réserve avec toi ; et Fadhl aussi, mon Dieu, j’y consens. » Peu après arriva leur disgrâce.[401]

786 809 Haroun al Rashid Dinar Madinat alSalam Baghdad

Enfin, il y a d’autres historiens qui disent que les ennemis des Barmékides, et entre autres Fadl, fils de Rabi’,[402] ne cessaient de les desservir auprès de Rachid: ils revenaient sans cesse à la charge, et lui disaient que toute l’autorité était concentrée entre leurs mains, et qu’ils attiraient à eux toutes les richesses de l’Etat; ils firent tant qu’il en prit de l’ombrage et les extermina. On attribue encore leur ruine aux manières fières et orgueilleuses de Djafar et de Fadl, fils de Yahya, manières que les rois ne sauraient supporter. On dit aussi que Yahya, fils de Khalid, faisant un jour le tour de la Ka’ba, on l’entendit faire cette prière : « Mon Dieu ! si c’est ton bon plaisir de me dépouiller de toutes les faveurs dont tu m’as comblé, de mes gens, de mes biens, de mes enfants, fais comme il te plaira; je n’excepte que Fadl, mon fils. » Après avoir ainsi prié, il se retira; mais quand il eut fait quelques pas, il revint et dit : « Mon Dieu ! c’est une chose indigne, qu’un homme comme moi fasse quelque réserve avec toi; et Fadl aussi, mon Dieu! j’y consens.[403] » Peu après, arriva leur disgrâce de la part de Rachid. Djafar fut tué, et tous ses parents furent arrêtés de la manière que nous allons raconter.

Rachid avait fait, cette année-là, le pèlerinage de la Mecque ; à son retour, il se rendit, par eau, de Hira à Anbar, et se mit à faire débauche. Djafar, de son côté, monta à cheval pour prendre le plaisir de la chasse[404] : tantôt il s’amusait à boire, tantôt il prenait d’autres divertissements ; et cependant il recevait, pendant toute la route, des présents que Rachid lui envoyait. Il avait près de lui le médecin Bakhtischou, et le poète Abou-Zaccar l’aveugle,[405] qui le divertissait en chantant. Le soir étant venu, Rachid appela l’eunuque Mesrour,[406] qui était ennemi de Djafar, et lui dit : Va trouver Djafar, et apporte-moi sa tête : ne t’avise pas de me faire aucune objection. Mesrour vint donc trouver Djafar, et entra brusquement auprès de lui sans s’être fait annoncer. En ce moment même Abou-Zaccar chantait ce vers :

« Ne t’éloigne pas : il n’est point d’homme que la mort ne vienne visiter le soir ou le matin. »

Mesrour étant entré, Djafar lui dit : Ta visite me fait plaisir, mais je vois avec peine que tu sois entré sans ma permission. Le sujet qui m’amène, lui dit Mesrour, est d’une haute importance : soumets-toi à ce que le prince des croyants exige de toi. Djafar tomba aux pieds de Mesrour et les embrassa en disant : Retourne, je te prie, vers le prince des croyants ; c’est le vin qui lui a fait donner cet ordre : laisse-moi, ajouta-t-il, rentrer chez moi, et faire mon testament. Rentrer chez toi, reprit Mesrour, est une chose impossible ; pour ton testament, tu peux le faire comme tu le jugeras à propos. Djafar ayant donc fait son testament, Mesrour le conduisit au lieu où était alors Rachid ; puis il entra avec lui dans une tente, et lui ayant coupé la tête, il la porta sur un bouclier à Rachid ; il lui porta aussi le corps enveloppé dans un morceau de cuir. Alors Rachid envoya quelques-uns de ses gens pour arrêter le père et les frères de Djafar, tous les gens de sa maison et ses amis ; il les fit enfermer à Rakka, et extermina toute leur famille. L’historiographe Amrani rapporte à ce sujet un trait bien frappant. J’ai ouï, dit-il, raconter par un certain homme, qu’étant entré dans les bureaux du diwan, il avait jeté les yeux sur les registres d’un des employés, et y avait lu ces mots : Pour une khila donnée a Djafar, fis de Yahya, 400.000 pièces d’or ; et qu’étant retourné, peu de jours après, dans le même bureau, il avait lu dans le même registre, au-dessous de cet article : Nafte et roseaux peur brûler le corps de Djafar, fis de Yahya, 10 kirrat : ce qui lui avait causé une grande surprise.

FADHL, FIS DE RÉBI, QUI ÉTAIT CHAMBELLAN DE RACHID,

SUCCÈDE AUX BARMÉKIDES DANS LA PLACE DE VIZIR.

Nous avons parlé ailleurs de Rébi, père de Fadhl. Pour Fadhl, il avait exercé la charge de chambellan sous les khalifes Mansour, Mahdî, Hadi, et auprès de Rachid lui-même.

Quand ce prince eut renversé la maison des Barmékides, il mit Fadhl à leur place.

C’était un homme adroit, et qui connaissait parfaitement tout ce qui concerne les rois, et ce qui convient à leur rang.

Quand il fut devenu vizir, il se livra avec passion à la culture des lettres : il rassembla près de lui un grand nombre de savants, et acquit en peu de temps les connaissances qu’il désirait avoir en ce genre. Au nombre des poètes qui lui étaient entièrement dévoués, se trouvait Abou-Nowas.

Voici un vers de ce poète sur la famille de Rébi :

« Abbas, lorsque le foyer de la guerre est allumé, est un lion au regard menaçant ; Fadhl est la vertu même ; Rébi est le printemps dans toute sa fraîcheur. »

Fadhl conserva la charge de vizir jusqu’à la mort de Rachid.

Ce prince étant mort à Tous, Fadhl rassembla l’armée et les bagages, et retourna à Bagdad.

Le mausolée ou ce trouve la tombe du calife Abbasside Haroun al-Rashid a Tus au Khirassan ( Iran)
Le mausolée ou ce trouve la tombe du calife Abbasside Haroun al-Rashid a Tus au Khirassan ( Iran)

FIN DE L’HISTOIRE DU KHALIFAT D’HAROUN RACHID.

 

[353] La traduction du KHALIFAT D’HAROUN RACHID est tirée de S. de Sacy, Chrestomathie arabe, I, 1826. Elle a d’ailleurs été reprise par le traducteur de l’ouvrage de façon quasiment identique aux notes près.

[354] La rak’a, comme on le sait, est une série de mouvements, comme la station debout (al-qiyâm), la prosternation (as-soudjoûd), l’inclinaison du corps (ar-roukoû’) accompagnés de la récitation de passages coraniques. Deux ou plusieurs de ces rak’as, selon les cas, composent une prière. Voy. notre trad. de Wancharisi dans Archives marocaines, t. XII. p. 33, Cf. Sacy,Chrestomathie arabe, I, p. 34, note 3.

[355] Mansour était, comme on sait, d’une avarice sordide.

[356] Voy. sur ce littérateur, plus haut, et aussi les indications données par S. de Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 34, note 5.

[357] Cette anecdote est donnée textuellement par Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 151.

[358] La vie de ce moraliste, mort en 195 de l’Hégire (= 898), est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 5860, f° 222 v° ; Cf. Kitab al-aghâni, V, 52, 54 ; Ibn Qotaiba, Kitab al-Ma’ârif: d’après ce dernier auteur, le véritable nom d’Abou Mouâwiya était Muhammad, fils de Khâzim ; voy. Sacy. Chrestom. arabe, I, 35.

[359] Sur ce personnage, voy. Kitab al-aghâni, XII, 17-18 ; XVII, 43: XX, 72 ; Massoudi, Prairies d’or, VI, 193, 300-301. Cf. Sacy, Chrestomathie arabe, I, 35-36 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 85, 119.

[360] C’est, dit Ibn al-Athir (Chronicon, VI, 85), le jurisconsulte Muhammad, fils de Hasan. Ce jurisconsulte ne peut être que Chaibâni, le fameux disciple d’Abou Hanifa et d’Abou Yousouf Yakoub. Il mourut en 189 = 805 de J.-C). Cf. Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 171 et sq.; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, n° 578; de Hammer-Purgstall, Litt. Gesch. der Araber, III, 113 ; Barbier de Meynard, Notice sur Mohammed ben Hasan Cheibani jurisconsulte Hanéfite, in-8 (tirage à part du J. A. P., 1852)

[361] C’est le qâdî Abou-l-Bakhtari. Cf. Ibn al-Athir, loc. cit. Sur ce fameux jurisconsulte († 200= 801 de J.-C), voy. l’intéressante notice d’Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 796, voy. aussi de Hammer-Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, 111, 409 et Cf. IV, 130 et Kitab al-aghâni, VII, 157.

[362] Sur ce personnage, voy. ci-dessus, et Cf. Sacy, op. cit., pp. 36-37.

[363] D’après une sentence attribuée à l’imâm ‘alîde Djafar as-Sâdiq, celui qui se sert du serment de renonciation, même pour affirmer la vérité, Dieu sera en colère contre lui pondant quarante jours. Cf. le passasse du Livre des Druzes, cité par S. de Sacy, Chrestomathie arabe, I, 37, note 15.

[364] Ce poète était le cousin du célèbre prince d’Alep, Sayf ad-Daula, à la cour duquel vivait le fameux poète Moulanabbi. Abou Firas fut nommé gouverneur de Manbidj par son cousin. Né en 320 (= 932, il mourut en 357 (= 968). Voy. la bibliographie dans Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 89; Cl. Muafît, Hist. de la Litt. arabe, p. 94 ; de Hammer-Purgstall, Litt. Gesch. der Araber, V, 49 et 734 ; Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de la Bibliothèque nationale, n° 5860, f° 234 v°; Sacy, Chrestomathie arabe, I, 37-38.

[365] Ce descendant de Zoubair ne serait autre que son arrière-petit-fils, ‘Abd Allah, fils de Mous’ab, fils de Zoubair. Cf. le passage d’un manuscrit sur la généalogie des ‘Alides, cité par Sacy,Chrestomathie arabe. I, 36-37, et Massoudi, Prairies d’or, VI, 296. D’après ces deux auteurs, l’Alide qui fut tué dans ces circonstances, fut non pas Yahya, mais son frère Moussa, surnommé al-Djaun et fils comme lui d’’Abd Allah al-Mahd (le Pur). Le nom de Moussa a donné lieu à une autre confusion. Le personnage de ce nom a été pris pour un autre Moussa, fils non pas d’’Abd Allah al-Mahd, mais de Djafar As-Sâdiq et surnommé Al-Kâzim. Cet ‘Alide a été aussi tué par Rachid, ainsi qu’on le verra plus loin.

[366] C’est l’imâm qu’on appelait Moussa al-h’âzini. La biographie de ce malheureux ‘Alide est donnée par Ibn Khallikan, Wafayât, tnl. Wüstenfeld, notice 756. Cf. aussi Kitab al-aghâni, XVIII, 29 et 61 ; Massoudi, Prairies d’or, VI, 309 et suiv. ; VII, 115, 117: Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 112. D’autres historiens prétendent que l’Alide qui fui tué est Moussa, fils d’Abd Allah, Al-Mahd, surnommé Al-Djaun, ou encore Yahya, frère dudit Moussa. La vérité, comme le raconte Al-Fakhrî, est que Haroun er-Rachid fit tuer Yahya et Moussa al-Kâzim. Cf. Sacy, Chrestomathie arabe, I, 36-37, note 14.

[367] Cet officier est celui-là même qui, lors de la disgrâce des Barmékides.

[368] Sur les notaires, voy. la note de Sacy, Chrestomathie, I, 38 et sq., où l’on trouve, avec sa traduction, le passage bien connu des Prolégomènes, d’Ibn Khaldoun, sur ces fonctionnaires.

[369] Karkh était, comme on le sait, un quartier excentrique de Bagdad, qui fut au début un grand marché, et qui devint, par la suite, le quartier habité par les chi’ites. Certains historiens affirment que l’on n’y voyait presque jamais de sunnites. Sous le règne de Mousta’sim (voy. plus loin), les troupes de ce khalife entrèrent dans ce quartier, sous prétexte d’y rétablir la tranquillité, et y commirent tous les excès imaginables. Nous avons beaucoup de renseignements sur ce quartier. Il suffit de renvoyer le lecteur aux sources: notamment à la note magnifique de Sacy, Chr. arabe, I, 66 et suiv. ; Yakout. Mou’djam, IV, 225; Al-Khâtib al-Baghdadi. Introduction topographique, éd. et trad. G. Salmon. p. 98 et suiv.

[370] Rafi’ s’était révolté dans le Khorasan, avec son frère. Massoudi, Prairies d’or, VI, 357 et suiv. rapporte les paroles que Rachid mourant adressa au frère de Rafi’, auquel il fit subir ensuite, devant lui, le dernier supplice. Cette révolte est également racontée dans les notes sur Aboulféda, Annales Moslemici. II, 654. Cf. Sacy, Chrestomathie ar., I, p. 41, note 22. Après la mort de Haroun er-Rachid, Rafi’ rentra dans l’obéissance et reconnut l’autorité de Mamoun sur le Khorasan. Cf. S.kcy, loc. cit. Ce même Rafi’ se serait révolté de nouveau, sous le règne de Mou’tadid, en 279 de l’Hégire (= 892 de J.-C). Cf. Massoudi, op. cit., t. VIII. p. 139. Mais cela est impossible: Rafi’ n’a pas pu vivre environ cent ans encore après la mort de Rachid. Ibn Khaldoun, III, 336; éd. Caire.

[371] Littéralement: les fragments de ses entrailles. Sur cette expression, voir la note de Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 42, note 24.

[372] La biographie de ce vizir est donnée avec beaucoup de détails intéressants par Ibn Khallikan (Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 816), qui a dû puiser à la même source que notre auteur, c’est-à-dire à l’Histoire des vizirs, de Souli.

[373] Ce récit semble copié textuellement d’Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 65 et suiv. Cf. le récit de Massoudi, Prairies d’or, VI, 280 et suiv.

[374] La Ka’abah. — Sacy (loc. cit.) a rendu le mot « par « vénérable ». Je crois que ce sens ne convient pas ici et que le poète fait visiblement allusion aux voiles.

[375] L’auteur de ces vers, qui sont donnés avec d’autres par le Kitab al-aghâni, XVII, 25 et par Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 816, se nomme lux Mounâdzir. Voy. sur ce poèteKitab al-aghâni, pp. 9-30; Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, pp. 553-555.

[376] Voy. aussi la notice que lui consacre Ibn Khallikan, Wafayât, notice 538, et Kitab al-aghâniIndex, 546-547.

[377] Khaizourân. voy. ci-dessus.

[378] Ce poète était d’origine juive. Poète estimé à Bagdad, il excellait dans la louange. Ses élégies en l’honneur de Fadl, fils de Yahya ai-Barmakî, et de Ma’n, fils de Zâ’ida, étaient très goûtées. Mais il était d’une avarice proverbiale, et ses biographes rapportent à ce sujet d’amusantes anecdotes. Né en 103 (= 721), il fut étranglé en 181 (= 797). Voy. la bibliographie dans Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 74. Cf. aussi Cl. Huart, Hist. de la Litt. arabe, I, pp. 68-69 ; de Hammer-Purgstall, Litteraturgesch. der Arab., III, 551 ; Kitab al-aghâni, IX, 36, 78 ; Aboulféda,Annales Moslemici, II, 77 ; Sacy, Chrestomathie arabe, I, 45-46 ; Massoudi, Prairies d’orIndex, p. 193 ; Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, pp. 481-482.

[379] Le père de Yahya. Voy. ci-dessus. Ces deux vers sont donnés par Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, loc. cit.

[380] Sacy (loc. cit.) dit n’avoir trouvé aucun renseignement sur ce poète. En dehors de la citation d’Ibn Khallikan (Wafayât, notice 538), que Sacy a connue, toutes les recherches que j’ai faites moi-même sont restées vaines. Je me demande s’il ne s’agit pas plutôt ici d’Abou-l-Ghoûl, qui vivait aussi à cette époque et qui est cité par Massoudi, Prairies d’or, VI, 361-362, comme étant un des panégyristes des Barmékides. Sur ce poète, on peut voir Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum. 256-257 ; Kitab al-aghâni, V, 171 ; de Hammer-Purgsïall, Litteratur Geschichte der Araber, II, 586 ; Cf. aussi I, 493.

[381] Sur ce fameux musicien, voyez la longue et intéressante notice du Kitab al-aghâni, V, pp. 52-131 ; Cl. Huart, Hist. de la Litt. arabe, pp. 77-78 ; de Hammer, Litt. Gesch. der Arab., IV, 731 ; Brockelmann, Geschichte der arabischen Litteratur, I, 78, et voy. aussi les références données par Sacy, Chrestomathie arabe. I, 467.

[382] Littéralement : Tous mes membres sont tombés en défaillance.

[383] Cette anecdote est donnée avec quelques variantes de détails, par le Kitab al-aghâni, V, 21 et sq. Seulement, le héros en serait non Ishaq al-Mausili, mais son père Ibrahim. La confusion serait venue, je crois, de ce que cette anecdote a été racontée par Ishaq lui-même.

[384] Sur ce personnage, voy. Massoudi, Prairies d’or, VI, 161 ; IX, 64-67. de Muhammad est, comme le dit le texte, le fils de l’imâm Ibrahim, qui fut mis à mort en l’année 130 de l’Hégire, par ordre de Marvân II, le dernier khalife omeyade. Cf. Aboulféda, AnnalMoslemici, I, 473-477; Massoudi, Prairies d’or, VI, 66-78 et Index, p. 166; Sacy. Chrestomathie arabe, I, 47, note 44. Cf. ci-dessus, pp. 220 et 231.

[385] La somme de 100 millions, comme le voudrait l’édition, serait exagérée.

[386] Voyez la très intéressante notice que lui consacre Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 131 ; aussi Kitab al-aghâniIndex, pp. 270-271 ; Massoudi, Prairies d’or, VI, 386 et suiv., etc.

[387] Cette anecdote est racontée dans le Kitab al-aghâni, V, 118-119, et par Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 131, p. 37.

[388] Fils de Nahrân, dit Ibn Khallikan, loc. cit.

[389] Sur ce personnage voyez le passage du Kitab al-aghâni, cité ci-dessus, et aussi les autres passages auxquels renvoie l’Index, page 457. Sa biographie est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 2066, f° 263 v°. Cf. Massoudi, Prairies d’orIndex, p. 99 ; Ibn Khallikan, loc. cit. Sur son arrestation et sa mort, voy. Ibn al-Athir,Chronicon, VI, 123-125 et 177-179.

[390] Ibn Khallikan (loc. cit.) dit quatre millions.

[391] Ce fils se nommait Ibrahim. Voy. Ibn Khallikan; loc. cit.

[392] Elle se nommait ‘Aliya. Ibidem.

[393] Nous avons transcrit ce nom d’après la vocalisation du manuscrit arabe. Sur le personnage, voyez plus loin. La prononciation régulière serait Bokhtyéchoû’.

[394] Le Palais de l’éternité. Ce nom lui a été donné par imitation du nom du Paradis Djannat al-khould (le Jardin de l’Eternité). Cf. Coran. XXV, 16 et XLI, 28. Il fut bâti par le khalife Mansour, sur la rive droite du Tigre et demeura la résidence des khalifes jusque vers les années 265 à 270, sous le règne de Mou’lamid, qui transporta sa résidence au Palais dit Qasr al-Hasani, sur la rive gauche du Tigre. Il fut le séjour de prédilection surtout d’Haroun er-Rachid, d’Amin, qui y fut assiégé et de Mamoun, du moins pendant un certain temps (Voy. Yakout, Mou’djam, I, 810). Il s’élevait sur l’emplacement d’un ancien couvent chrétien, sur un monticule dominant toute la vallée. Les auteurs arabes vantent le site qui s’étendait au pied de ce château et la pureté de l’air dans cet endroit. La construction en fut commencée en l’année 158 de l’Hégire (al-Khâtib al-Baghdadi, Histoire de Baghdâd ; Introduct. topographique, éd. et trad. Salmon, pp. 98-99 En l’année 368 de l’Hégire, le grand vizir des Bouyides, ‘Adoud ad-Daula. y construisit l’hôpital qui porte son nom de Bimârisbân al-‘Adoudi. Cf. Yakout, Mou’djam, II. 459. Depuis, tout le quartier prit le nom deKhould. Comme on le voit, ce palais n’a pas disparu aussitôt après la mort du khalife Amin, comme l’a cru M. Le Strange. Description of Mesopotamia and Bagdad, p. 291. Sur la description de ce palais, voyez encore Massoudi. Prairies d’or, VI, p. 431 ; Sacy, Chrestomathie arabe. I, 53-54.

[395] Les Barmékides avaient là leur palais, à l’endroit où s’éleva plus tard le palais des khalifes qu’on appela le Tadj. Cf. Yakout, Mou’djam, I, 809. Ce palais était surtout la résidence de Yahya et de son fils Djafar, mais les Barmékides avaient d’autres palais.

[396] Lui, son fils et plusieurs de ses descendants furent des médecins célèbres, attachés à la cour des khalifes. Voy. de Hammer. Litt. Gesch. der Araber, III, 277; IV, 336; Kitab al-aghâni, IX, l. 106, 110; Massoudi, Prairies d’or. VII, 98-99; VIII, 174 ; Brockelmann, Geschichte der arabischen Litt., I, 236, 483; Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 2066. f° 301 recto ; Sacy. Chrestom. arabe, I, p. 53, note 50.

[397] Sur cette princesse, voy. le Kitab al-aghâni, XV, 79, et XX, 82-38 ; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 181 ; Massoudi, Prairies d’or. VI, 887-891 et 893. Une intéressante biographie de cette princesse est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 2066, f° 18 r°.

[398] On sait avec quelle ardeur Ibn Khaldoun, dans ses Prolégomènes, a essayé de détruire cette légende, que rapportent cependant un très grand nombre d’historiens arabes. Voy. le passage en question d’Ibn Khaldoun, apud Sacy, Chrest. Arabe, I. p. 871 et suiv.

[399] Ibn Khallikan (loc. cit.), Massoudi (Prairies d’or. VI, 391), Ibn al-Athir (Chronicon, VI, 118-119) ne font mention que d’un seul enfant. Je ne sais pas où Ibn at-Tiqtaqâ a pu puiser ce renseignement ; le reste de son récit est conforme à Ibn al-Athir, son guide habituel.

[400] Ce descendant d’Abou Thâlib serait Yahya, fils d’Abd-Allah, fils de Hasan, fils d’Ali. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 119.

[401] Ce récit est conforme à celui d’Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 119.

[402] Le vizir qui succéda aux Barmékides.

[403] Ce récit est textuellement copié d’Ibn al- Athir, op. cit., VI, pp. 119

[404] L’édition du texte arabe porte ici une grave lacune qui détruit entièrement le sens de ce passage… Mais on peut à la rigueur conserver ces deux mots dont le sujet serait Rachid. Le sens serait : « De retour à Anbar, Rachid se mit à boire. Djafar de son côté, etc. » Le récit ci-dessus se trouve aussi dans le Kitab al-aghâni, VI, 212 et XI, 54-55, et dans Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 131, p. 42.

[405] Ce malheureux poète et chanteur était très dévoué aux Barmékides, au point qu’en voyant Mansour mettre à mort Djafar le Barmékide, il le supplia de l’unir à lui par la mort. Cf. Kitab al-aghâni. V, 212-213. Voy. aussi l’Index de cet ouvrage et de Hammer-Purgstall, Litteratur. gesch. der Araber, III, 769 ; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 131, p. 42 ; Massoudi, Prairies d’or. VI, 395; Ibn al-Athir, op. cit., VI, 121.

[406] Sur ce chef des eunuques, voy. le Kitab al-aghâni. IX, 54-55 et Index, p. 624 : Massoudi. Prairies d’or. VI, 323, 333, 335, 408-409.

 tiré du livre « al-fakhri » de Ibn al-Tiqtaqa ( 1302) lui-meme tiré d’Ibn al-Athir

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s