AL-DJANADI LES QARMATES AU YÉMEN Akhbâr al-Qaramita bi’l Yaman EXTRAIT DE SON OUVRAGE KITAB AL-SULUK

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Armées Hamdanide (chiite) vassale des abbassides 10e et 11e siècles: 1) Cavalier Arabe, 2) arménien fantassin sectaire »Paulican» 3) Chef de raid Qarmati l’homme à la chamelle .

A l’époque d’As’ad ibn Ya’fur, les Karmathes apparurent dans le Yémen, ‘Ali Ibn Fadl dans le pays de Yafi et Mansour ibn Hasan, connu sous le nom de Mansour al-Yaman.[3]

Je vais donc maintenant raconter brièvement leur histoire, ainsi que l’a racontée par Abou ‘Abd Allah Muhammad ibn Malik ibn Abi ‘l-Kaba’il, juriste au Yémen et Sunnite éclairé.

C’était l’une des personnes qui avaient rejoint la secte des Karmathes à l’époque d’al-Sulayhi[4] et il avait acquis une connaissance parfaite de sa personnalité.

En devenant convaincu de la dépravation des doctrines Karmathes, il les avait abjurées et il composa un célèbre traité,[5] dans lequel il décrivit les principes sur lesquels ils étaient basés, démontrant leur cruauté et prévenant ses lecteurs de leurs tromperies.

‘Ali Ibn Fadl, dit-il, était un Arabe de la tribu nommée al-Ahdun (Ajdun?), qui fait remonter sa descendance à partir de Dhu Hadan (Dhu Djadan?).[6]

C’était un Shiite de la secte Dodekite.

Il fit un pèlerinage à La Mecque et de là il continua avec une caravane de pèlerins en Iraq, pour visiter le tombeau de Husayn (le fils d’’Ali).[7] En y arrivant il commença à se lamenter et à pousser des hauts cris, en disant :

« J’aurais voulu (être) un de tes compagnons, ô fils du Prophète, quand des foules de méchants se dressèrent contre toi! »

Maïmoun était responsable du mausolée et son fils ‘Obeïd lui servait d’assistant.[8] Quand ils virent l’état d’esprit d’Ibn Fadl, ils voulurent le prendre à leur service.

Maïmoun lui parla en privé pour annoncer à Ibn Fadl que son fils ‘Obeïd était destiné à être le fondateur d’une dynastie, qui serait l’héritage de ses descendants, mais que cela ne pourrait survenir qu’au Yémen, après avoir été préparé par certains de ses envoyés (da’ys).[9]

« Cela peut effectivement s’accomplir au Yémen, répondit Ibn Fadl, car dans la conduite des affaires tous ces gens sont vraiment ingénus. »

Maïmoun lui ordonna de rester et d’attendre jusqu’à ce qu’il eût organisé l’affaire.

Maïmoun était à l’origine un Juif qui enviait l’Islam.

Salamiya ville d'ou est partie la doctrine Ismaélienne et sa propagande en Syrie (sham) , la photo fut prise en 2008 ils accueilles l'imam des ismaéliens l'Agha Khan
Salamiya ville d’ou est partie la doctrine Ismaélienne et sa propagande en Syrie (sham) , la photo fut prise en 2008 ils accueilles l’imam des ismaéliens l’Agha Khan

 

Dans le but de protéger sa propre religion, il s’était ouvertement converti à l’Islam et se consacrait au soin du tombeau de Husayn à Kerbala.[10] Il était natif de Salamiyah, une ville de Syrie, et prétendait descendre de la famille d’’Ali.

La plupart des Alides déniaient ses prétentions et Dieu voit tout.

Ibn Malik pense qu’il était Juif.

Une certaine personne, originaire de Karbala, se lia d’amitié avec Maïmoun. On la connaissait sous le nom de Mansour, fils de (Husayn fils de?) Zadan, fils de Haushab, fils d’al-Faraj, fils d’al-Mubarak, un descendant d’Akil fils d’Abou Talib.

Son grand-père Zadan était un Dodekite Shi’ah et un des hommes importants de Kufah ; il nomma ses fils pour s’occuper du tombeau de Husayn.

Quand Maïmoun arriva, il s’attacha à Mansour, [et percevant] ses éminentes qualités et son aptitude à commander, il rechercha son amitié et sa compagnie.

Maïmoun était un homme doté d’un potentiel remarquable, qu’il employait à la conduite de ses projets.

Il était très au fait de la science des étoiles et il devint évident pour lui que Mansour était destiné à régner et qu’il devait être un des propagateurs des revendications de son fils.

Quand Ibn Fadl arriva et se lia avec lui, Maïmoun comprit qu’il avait trouvé celui qu’il recherchait, Ibn Fadl étant natif du Yémen, très au courant du pays et de ses gens.

Maïmoun, en parlant à Mansour lui dit : « O Abou’l-Kasira, en vérité la soumission à la loi de Dieu appartient au Yémen, la sagesse appartient au Yémen, la fondation de toutes choses est là, tous les grands événements ont leur commencement au Yémen et le résultat subsistera tant que son étoile brillera.[11]

Je suis d’avis que vous et notre ami ‘Ali ibn Fadl partiez pour le Yémen.

Vous demanderez à son peuple de reconnaître l’autorité de mon fils et vous obtiendrez dans ce pays le pouvoir et la souveraineté. »

Mansour avait beaucoup appris de Maïmoun sur les manières grâce auxquelles on pouvait arriver à ses fins.

Il agréa à sa proposition.

Maïmoun le fit rencontrer d’Ibn Fadl et, chacun étant en présence de l’autre, il leur fit accepter un accord réciproque et chargea solennellement chacun d’eux de se comporter correctement avec son compagnon. Le récit de Mansour est le suivant :

« Quand Maïmoun décida de nous envoyer au Yémen, il nous exhorta et nous instruisit.

Il me pria, à mon arrivée, de celer mes objectifs, afin qu’ils puissent être plus sûrement atteints.

En répétant deux fois le nom de Dieu, il me chargea de prendre en charge de mon compagnon, pour le protéger, d’agir avec justice envers lui, et de lui enseigner la pratique de la droiture.

L'antique ville de Shibam dans la région de Hadramawt , dont la toute première occupation humaine remonte à l'époque préislamique, étais peuplé de sédentaires qahtanites souvent en lutte avec les arabes adnanites qaysites nomades et ils furent intégrées dans les armées Rashidun sous le calife Abu Bakr as-Sidiq radi Allah anhu, cela a eu pour conséquance une prépodérence des yéménites dans les armées arabes rashidun et omeyyade ,
L’antique ville de Shibam dans la région de Hadramawt , dont la toute première occupation humaine remonte à l’époque préislamique, étais peuplé de sédentaires qahtanites souvent en lutte avec les arabes adnanites qaysites nomades et ils furent intégrées dans les armées Rashidun sous le calife Abu Bakr as-Sidiq radi Allah anhu, cela a eu pour conséquence une prépondérance des yéménites dans les armées arabes rashidun et  omeyyade.

 

« Il est l’un de ceux, ajouta-t-il, prévu pour une haute destinée, et pourtant je ne peux malgré tout me libérer de toute inquiétude à son égard. »

Puis se tournant vers Ibn Fadl, il lui dit: « Au nom de Dieu ! Au nom de Dieu ! je te charge de te comporter justement avec ton compagnon. Respecte-le, reconnais ce qui lui est dû et obéis-lui. Son savoir est plus grand que le tien, et plus vaste que le mien. Si tu ne tiens pas compte de son autorité, tu seras privé d’un guide sûr. »

Il nous dit adieu, et nous voyageâmes avec les pèlerins pour atteindre la Mecque. Nous effectuâmes les rites du pèlerinage puis nous continuâmes avec les pèlerins du Yémen et atteignirent Ghulafikah.[12]

Nous nous quittâmes après nous être mutuellement promis de ne pas nous oublier l’un l’autre, et nous être promis de nous tenir mutuellement informés de nos actions.

Je continuai et arrivai à al-Djanad, alors sous la coupe d’al-Dja’fari, qui l’avait conquise et arrachée des mains d’Ibn Ya’fur.

 L'édification de la mosquée du Vendredi remonte au IXe-Xe siècle et le château date du XIIIe siècle, mais la toute première occupation humaine remonte à l'époque préislamique. Shibam devint la capitale de l'Hadramaout après la destruction en 300 après J.-C. de l'ancienne capitale Shabwa, qui se trouvait plus à l'ouest le long du wadi
L’édification de la mosquée du Vendredi remonte au IXe-Xe siècle et le château date du XIIIe siècle, mais la toute première occupation humaine remonte à l’époque préislamique. Shibam devint la capitale de l’Hadramaout après la destruction en 300 après J.-C. de l’ancienne capitale Shabwa, qui se trouvait plus à l’ouest le long du wadi

Le Cheikh Maïmoun m’avait solennellement recommandé de ne commencer à accomplir ma mission nulle part ailleurs que dans l’endroit nommé ‘Aden-La’ah,[13] car, disait-il, c’est la ville où tes talents trouveront leur terrain et où tu dois accomplir tes projets.

Je ne connaissais pas l’endroit, et arrivai à ‘Aden-Abyan.

Je me renseignai alors auprès des gens qui auraient pu aller à ‘Aden-La’ah et l’on m’indiqua que c’était dans le voisinage de Hajjah.

J’ai ensuite demandé aux natifs de l’endroit qui auraient pu y aller, et l’on m’indiqua certaines personnes qui y étaient allées pour commercer.

Je fis leur connaissance, fréquentai leur société et parvint à gagner leur amitié.

Je leur dis que j’étais un homme consacré à l’étude, que j’avais entendu dire qu’ils étaient originaires d’un pays montagneux, et que je désirais le visiter en leur compagnie. Ils me souhaitèrent la bienvenue, et quand ils partirent, je les accompagnai.

En route je les amusai par des récits de traditions.

Je leur demandai de respecter l’obligation de la prière, et ils suivirent l’exemple.

A mon arrivée à La’ah, je me renseignai sur la ville principale, et fut dirigé vers elle.

Je m’y rendis pour fréquenter assidûment certaines de ses mosquées.

Je me consacrai à l’adoration de Dieu, et un grand nombre de personnes s’attachèrent à moi.

 

Lorsque je m’aperçus que leur affection pour moi était bien profonde, je les informai que j’étais venu dans leur pays sans autre but que celui de les appeler à reconnaître le Mahdi annoncé par le Prophète, que Dieu le bénisse, et à le couvrir de salutations de paix.

Je m’arrangeai pour qu’un grand nombre d’entre eux me jurât fidélité, et ils commencèrent à me payer l’aumône légale.

Quand j’eus accumulé en ma possession une somme considérable, je leur dis qu’il était nécessaire que je possède un endroit de protection, où les aumônes pourraient être déposées en toute sécurité et constitueraient un trésor pour les musulmans.

‘Aïn Muharram fut donc construite dans ce but.

La forteresse appartenait à un peuple connu sous le nom de Banou ‘l-‘Ad’a, et là je fis disparaître le grain et l’argent accumulés par devers moi.[14]

Lorsque je me rendis à la forteresse, emportant avec moi mes biens, cinq cents hommes, qui avaient juré d’être fidèles m’accompagnèrent, apportant avec eux leurs biens et leurs familles.

Je les exhortai ouvertement alors vers’Obeïd Allah le Mahdi, fils du Cheikh Maïmoun, et le peuple, sans exception, se montra disposé à coopérer.

En prenant possession de la montagne de Maswar,[15] al-Mansour adopta l’utilisation des tambours et des normes.

Il réunit trente batteurs, et en quelque lieu qu’il alla, le bruit pouvait être entendu très loin.

Al-Hawwali (Ibn Ya’fur) possédait une forteresse sur la montagne de Maswar, sous la responsabilité d’un gouverneur, des mains duquel le lieu avait été arraché par al-Mansour.

Ce dernier, voyant que son autorité était établie en toute sécurité, écrivit à Maïmoun pour l’informer qu’il avait surmonté toute opposition.

Il lui envoya des présents magnifiques et des objets de valeur.

Ce fut pendant l’année 902 (290 AH). Maïmoun, aux nouvelles qui lui parvinrent, et en recevant ces présents, dit à son fils ‘Obeïd (Allah):

« Voici maintenant ta suprématie reconnue, mais mon désir est qu’elle doit être publiquement proclamée seulement pour l’Afrique du Nord.[16] »

Il envoya ensuite[17] Abou ‘Abd Allah al-Husayn, fils de Ahmad, fils de Muhammad, fils de Zacharie, connu sous le nom de as-Shiya’y (le Shiite) et originaire de Sanaa, en Afrique du Nord, et lui ordonna de manipuler son peuple et de le soumettre à son fils ‘Obeïd (Allah).

Comme prévu Abou ‘Abd Allah sortit faire ce qu’on lui avait ordonné.

Le fondateur de la dynastie des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi , ces proches et son armée en Ifriqiya (Peinture Tunisienne)
Le fondateur de la dynastie des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi , ces proches et son armée en Ifriqiya (Peinture Tunisienne)

 

C’était un homme d’un remarquable potentiel, l’un de ceux dont les noms, en raison de leurs talents dans la manière de gouverner, devinrent proverbiaux.

Sa tâche ne s’acheva qu’en l’an 908 (296 AH), quand il écrivit au Mahdi pour l’informer que le peuple reconnaissait son autorité ; il lui permit alors de venir. ‘Obeïd (Allah), surnommé le Mahdi, se hâta de partir, et arriva dans la province d’Afrique.

Abou ‘Abd Allah était entré en possession de l’autorité suprême ; il la remit au Mahdi lors de son arrivée. Son frère le lui reprocha en disant: « Ce que tu as fait est mal ! le pouvoir suprême était dans tes mains, et tu l’as donné à un autre ! »

Il continua à répéter ces mots jusqu’à ce qu’ils impressionnent l’esprit de son frère. Abou ‘Abd Allah décida de trahir le Mahdi, mais ce dernier fut informé de ce qui se tramait.

Il fut rempli de crainte, et envoya vers son rival un séide, qui tua le même jour Abou ‘Abd Allah et son frère, le quinzième jour de Djamad al-Akhir de l’année 910 (298 AH).

Cet homme, ‘Abd Allah (‘Obeïd Allah) surnommé le Mahdi,[18] fut l’ancêtre des souverains d’Afrique du Nord qui, depuis, tinrent l’Egypte. Ibn Khallikan dit, touchant au pedigree des Obeïdites, qu’ils étaient les descendants d’’Obeïd Allah, et que certaines personnes les nommaient Alides, reconnaissant ainsi leurs prétentions. Et Dieu est omniscient.[19]

Dans le résumé qui précède, j’ai exposé la montée en puissance des Karmathes au Yémen, les événements dans lesquels Mansour, homme au jugement singulièrement avisé, fut impliqué, et ses objectifs.

L’histoire d’Ibn Fadl va maintenant être racontée plus longuement, afin de faire connaître ses actions et ses aventures. Sa généalogie et son lieu de naissance ont déjà été mentionnés.

Ceux qui ont compilé l’histoire de sa vie rapportent que, quand il se sépara de Mansour à Ghulafikah, ainsi qu’on l’a dit précédemment, il grimpa sur les montagnes et alla vers Djanad.

De là, il atteignit Abyan, à ce moment-là sous la coupe d’un homme de la tribu des Asbah, nommé Muhammad ibn Abi ‘l-‘Ula. D’Abyan il se rendit au pays de Yafi.

Il trouva un pot-pourri des personnes les plus viles de l’humanité. Il se retira dans les vallées, et se consacra à l’adoration de Dieu.

Le peuple lui apportait sa nourriture, qu’il mangeait très peu, et uniquement des mains de ceux qui crurent en lui.

Ils peuplèrent les sommets des montagnes[20] et, l’admirant, ils lui demandèrent de demeurer parmi eux.

Pendant longtemps, il refusa.

Mais ils persistèrent dans leur requête ; il leur dit alors que ce qui l’empêchait de venir chez eux était leur désobéissance aux ordres qu’ils avaient reçus de respecter la pratique de la justice, leur négligence aux interdictions de faire du mal et de se livrer aux boissons enivrantes et à la méchanceté.

Ils jurèrent de lui être fidèles et d’obéir à ses ordres, après quoi il promit qu’ils en seraient récompensés.

Ils commencèrent alors à recueillir et à lui verser l’aumône légale et la dîme, et d’importantes sommes s’amassèrent dans ses mains.

Il attaqua Abyan, tua le chef de la province, déclara le pays et tout ce qu’il contenait butin légitime pour ses disciples, et prit possession d’une grande quantité de richesse.

Il marcha ensuite sur Mudhaykhirah,[21] une grande ville sur le mont Raymah, qui était sous la domination du Dja’farite.[22]

Il l’attaqua à plusieurs reprises ; ses efforts furent couronnés de succès, et le prince fut tué.[23]

Son pays fut déclaré butin licite, et les femmes furent réduites à la captivité.

 

Ibn Malik a fourni, dans son traité, dans tous les détails de ces événements, mais ils ne sont pas nécessaires au but de ce livre et peuvent être reportés à un autre endroit.

La mosquée al-Jannad à At Ta'izzīyah, Muḩāfaz̧at Ta'izz, au Yémen
La mosquée al-Jannad à At Ta’izzīyah, Muḩāfaz̧at Ta’izz, au Yémen

Ibn Fadl ayant atteint al-Mudhaykhirah en fut satisfait.

Il y définit ses doctrines au grand jour et fit de la ville le siège de son gouvernement.

Peu de temps après, il se déclara prophète, et comme tel il proclama pour ses disciples, la légitimité du vin, et des relations sexuelles avec filles et sœurs.

Il alla vers Djanad à la saison du festival, le premier jeudi de Rajab. Il monta en chaire et récita les versets bien connus dont le texte suivant est une copie:

Prend le tambourin, ô jeune fille, danse, chante ta plus belle chanson et réjouis-toi.

Le prophète de la ligne de Hashim a disparu. Mais un autre a surgi, celui de la lignée de Ya’rub.

Chaque prophète a sa loi. Écoutez maintenant la loi de cet autre prophète.

Il nous a libérés de la sujétion à la prière et des jeûnes. Tu ne souffriras plus jamais sous leur fardeau.

Quand les autres prient, nul besoin de se lever, quand ils jeûnent, mange et bois.

Ne cherche ni la route entre Safa et Marwah,[24] ni à visiter la tombe de Yathrib.[25]

Ne refuser pas le mariage à ton plus proche, tout en consentant à celui avec un étranger.

Comment peux-tu être fidèle à l’inconnu, et interdite à ton père ?

La plante n’appartient-elle pas à celui qui l’a entretenue, arrosée quand elle était encore improductive?

Le vin est aussi légitime que les eaux du ciel, et son utilisation est désormais consacrée par la loi.[26]

Gouvernorat d'Ibb Yemen région de
Gouvernorat d’Ibb au Yemen

L’autorité d’Ibn Fadl acquit plus de force et de stabilité.

Il conquit Mikhlaf Dja’far et Djanad, puis se détermina à attaquer Sanaa, à cette époque sous la domination de As’ad ibn Ibrahim ibn Ya’fur. Il marcha par la route de Dhamar et s’empara de la forteresse de Hirran. Son gouverneur et la plupart des gens acceptèrent les doctrines de la nouvelle secte. Le reste se réfugia chez As’ad ibn Ya’fur. Celui-ci apprenant la puissance des forces de son ennemi s’enfuit, et Ibn Fadl entra dans Sanaa le jeudi, le troisième du mois de Ramadan de l’année 299 AH.[27]

Au moment de son arrivée, des pluies extrêmement abondantes tombaient. Ibn Fadl descendit à la mosquée et ferma les canaux prévus pour véhiculer l’eau. Il ordonna qu’on lui amenât les femmes, capturés à Sanaa et ailleurs, et il monta au minaret. Les femmes furent jetées à l’eau nues et sans voiles sur le visage et, quant à celles qui trouvèrent grâce à ses yeux, il les fit venir au minaret et les déshonora.

On dit que de nombreuses vierges connurent ce sort.

L’eau stagna dans la mosquée.

Elle remplit le bâtiment jusqu’au plafond, et ses traces peuvent encore se voir de nos jours.

Le fait est mentionné par le Kadi Surayy (ibn Ibrahim), dont la vie sera racontée ci-après (parmi d’autres biographies de juristes).

Ibn Fadl se rasa alors le crane, et cent mille personnes suivirent son exemple.

Il ordonna la destruction de la maison d’Ibn ‘Anbasah, s’attendant à y trouver une grosse somme d’or, mais on ne trouva que dix mille dinars, bien qu’Ibn ‘Anbasah fut l’un des hommes de premier plan de Sanaa, qui avaient fui la ville avec As’ad. En apprenant la destruction de sa maison, il tomba malade et mourut.

Lorsque Mansour entendit parler de la capture de Sanaa par Ibn Fadl, il fut rempli de joie.

Il vint le voir et ils se rencontrèrent et se réjouirent l’un l’autre. Ibn Fadl, alla ensuite vers Haraz[28] et assiégea al-Mahjam, dont il s’empara. Là il se rendit à al-Kadra et la prit de même.

Il atteignit ensuite Zabid, à cette époque sous le règne d’Abou ‘l-Djaysh Ishak fils d’Ibrahim, fils de Muhammad qui était venu de Bagdad au Yémen.

On dit qu’Abou ‘l-Djaysh s’enfuit de Zabid ; selon d’autres, il combattit et fut tué par Ibn Fadl. Zabid fut déclarée butin légitime.

Les femmes devinrent captives, et les historiens rapportent que près de quatre mille vierges furent capturées, en plus des mères et des enfants. Ibn Fadl partit alors avec son armée pour al-Mudhaykhirah, par la route d’al-Mirad (?), une montagne à l’est de Zabid.

En arrivant à un endroit nommé al-Madahis, ou al-Mashakhis,[29] il ordonna à ses crieurs de proclamer une halte. En conséquence sa troupe s’arrêta et on lui ordonna de se rassembler.

Après s’être réunis autour de lui, Ibn Fadl leur parla, en disant: « Vous savez que vous n’êtes venus que dans le seul but de lutter pour promouvoir la cause de Dieu.

Vous avez capturé un grand nombre des femmes d’al-Hassib, mais je ne peux pas leur faire confiance avec vous, de peur qu’elles vous fascinent par leur attrait et vous détournent de la guerre sainte.[30] Que chacun, donc, tue les femmes qui l’ont accompagné. »

Ils obéirent. Les traces de sang de leurs victimes furent visibles pendant de nombreuses années, et c’est pour cela que l’endroit fut nommé al-Madahis ou al-Mashakhis. En arrivant à al-Mudhaykhirah, Ibn Fadl ordonna la fermeture des routes de circulation, en particulier les routes des pèlerins.

« Faites un pèlerinage, dit-il, à Al-Harf, un endroit près d’al-Mudhaykhirah, et accomplissez les cérémonies mineures à ath-Thalathi (?). » Ce dernier lieu est une vallée à proximité d’Al-Harf.[31] »

Quand Ibn Fadl vit que son pouvoir sur le Yémen était solidement établi, il se dégagea de ses allégeances envers ‘Obeïd (Allah) ibn Maïmoun, cause qu’il s’était jusque-là engagé à soutenir. Il écrivit pour informer son collègue Mansour. Celui-ci répondit, lui faisant des reproches en disant:

« Comment peux-tu renoncer à l’autorité de celui par qui seul tu as acquis tout ce qui est bon, et comment peux-tu arrêter la propagation d’une suprématie. As-tu oublié les engagements conclus entre vous deux? et as-tu oublié les injonctions identiques qu’il a placé sur nous pour agir ensemble en harmonie ? »

Ibn Fadl ne l’écouta pas, mais écrivit encore une fois, en disant:

« Mon cas est celui d’Abou Sa’id al-Djannabi[32] ! C’est une mauvaise chose en lui qu’il se soit proclamé lui-même chef suprême ! Si tu ne viens pas à moi ici pour te soumettre, je te ferai une guerre ouverte. »

Lorsque Mansour lut ces mots, il fut convaincu de la trahison d’Ibn Fadl.

Il monta sur le Mont Maswar et s’occupa à renforcer ses ouvrages. « J’ai enrichi cette montagne, dit-il, uniquement contre ce rebelle insolent et contre ses semblables, car j’ai perçu sur sa figure le mal qui était en lui, lorsque nous nous sommes rencontrés à Sanaa. »

Peu de temps après l’envoi de sa lettre, Ibn Fadl s’apprêta à attaquer Mansour.

Il rassembla pour ce faire dix mille hommes, les meilleurs de son armée.

Il partit de Mudhaykhirah et atteignit Shibam.[33] Des batailles successives furent menées entre ses troupes et celles de Mansour.

Il entra ensuite dans le district de La’ah et il monta sur le Mont Djamimah, un mot dont la première lettre est mue par la voyelle a.

C’est le même que le mont Fa’ish, près de Maswar, et il appartenait à une tribu connue sous le nom de Banu Muntab.[34]

Pendant huit mois, il assiégea Mansour sans succès. Cette longue situation statique lui devint pénible, et Mansour reçut des informations dans ce sens.

Il envoya des propositions de paix, mais Ibn Fadl répondit qu’il ne serait pas d’accord, à moins que Mansour ne lui envoyât son fils pour rester avec lui, soumis à son autorité. Il ne fallait pas, dit-il, qu’on pût l’imaginer comme étant parti sans atteindre ses fins, car on devait faire savoir et répandre parmi le peuple, l’idée qu’il avait quitté Mansour de bonne grâce et non par impuissance.

Mansour accéda à ses exigences. Il vint, accompagné d’un de ses fils, jusqu’à Ibn Fadl, qui lui mit au cou un collier d’or.[35]

A son retour à al-Mudhaykhirah, Ibn Fadl concentra ses efforts sur la législation des choses interdites par la loi pour inculquer la liberté de faire ce qui est interdit. Il construisit un grand bâtiment, dans lequel il avait l’habitude de rassembler la plupart de ses sectateurs, hommes et femmes, parés d’ornements et de parfums. Le lieu était éclairé par des bougies et les invités se divertissaient les uns les autres en conversant de la façon la plus attrayante et plaisante.

Puis les lumières s’éteignaient et chaque homme posait ses mains sur une femme, et après l’avoir attrapée, il ne la quittait pas, même si leur degré de parenté l’interdisait. Parfois, il arrivait que le sortd’un homme ne lui plût pas, soit en raison de l’âge de sa partenaire, soit pour un motif semblable.

Il pouvait chercher à lui échapper, mais elle ne lui permettait aucune excuse. Ibn Malik rapporte qu’une femme très âgée tomba sous la coupe d’un certain homme.

Sana'a au Yémén
Sana’a au Yémén

 

En découvrant le fait qu’il voulait s’éclipser, elle lui dit: « Du budda min dhi hukmu ‘l-Amir. »

Du est le négatif de certains dialectes du Yémen, et dhi est utilisé pour le pronom relatif illadhi.

La phrase signifie donc: « Il ne peut échapper à ce qui est une ordonnance de l’émir, » c’est-à-dire, d’Ibn Fadl.

Ces pratiques sont des plus honteuses et perverses, et elles sont désavouées par tous ceux qui suivent les doctrines de l’Ismaïlisme.

Ce sont des choses qu’on ne peut prouver contre personne si ce n’est Ibn Fadl. Je me suis renseigné auprès de plusieurs personnes, afin d’obtenir d’elles des informations exactes sur les doctrines de la secte.

Elles ont condamné ces méfaits, et je les ai tous trouvé d’accord pour considérer qu’’Ali Ibn Fadl était un athée, tout en considérant Mansour al-Yaman comme l’un des hommes les plus distingués et les plus dignes de leur secte.

Ces opinions sont conformes avec les conclusions auxquelles je suis arrivé moi-même, et elles sont fermement établies dans mon esprit.

Lorsqu’Ibn Fadl à la suite de sa partialité pour al-Mudhaykhirah en fit son lieu de résidence, il nomma As’ad ibn Ya’fur, déjà mentionné, comme son adjoint à Sanaa. Il n’était pas convaincu qu’Asad s’était vraiment rallié à lui, et, au contraire, il craignait une trahison.

Il fit donc de lui son adjoint à Sanaa. As’ad était, en effet, vivement désireux de venger les musulmans, et il était également plein de méfiance et de ressentiment contre Ibn Fadl.

Il séjourna rarement à Sanaa, par crainte d’une attaque soudaine.

Ibn Djarir dit que les lettres d’Ibn Fadl à As’ad commençaient toujours comme cela: « De celui qui a étalé les plaines de la terre et les a étendues comme un tapis, qui fait trembler des montagnes et les a fermement enracinées, ‘Ali Ibn Fadl, à son esclave As’ad. » Rien à l’exception de ces propos ne suffit à le déclarer coupable d’athéisme, Dieu puisse nous en préserver !

Alors qu’As’ad agissait en adjoint d’Ibn Fadl, survint un étranger, qui déclara être un chérif natif de Bagdad. Il devint l’associé et le compagnon d’As’ad. On dit qu’il fut envoyé par le souverain de Bagdad pour organiser la mort d’Ibn Fadl, et il demeura avec As’ad pendant un certain temps.

Cet homme, qui était chirurgien, avait une parfaite connaissance de la thérapeutique, il était hautement qualifié dans les saignées, dans la guérison des plaies et dans l’administration de remèdes bénéfiques.

Percevant la grande crainte d’As’ad à l’égard d’Ibn Fadl, il dit au prince:

« J’ai décidé d’offrir ma vie à Dieu, et en aumône aux musulmans, que je peux délivrer de ce tyran.

Promets-moi maintenant que si je reviens à toi, tu partageras avec moi la souveraineté acquise. »

As’ad donna son consentement, l’étranger s’équipa pour sa tâche et quitta le prince, résidant alors à al-Djauf, au pays de Hamdan, avec une terreur permanente d’Ibn Fadl.[36]

L’étranger voyagea jusqu’à ce qu’il atteigne al-Mudhaykhirah. Là, il rechercha la société des fonctionnaires les plus en vue et les plus importants de l’État.

Il les assista, les saigna, et leur administra des remèdes de guérison et des régimes.[37] On le signala à Ibn Fadl élogieusement en décrivant les compétences il avait fait preuve, qui, disait-on, était telles que les services de son auteur ne pouvaient servir à personne, si ce n’est Ibn Fadl ou ses égaux.

Un certain jour Ibn Fadl souhaita être saigné.

Il demanda l’étranger, qu’on lui fit venir. Le médecin, après avoir été convoqué, s’appliqua du poison sur ses propres cheveux au devant de sa tête, ayant une chevelure très épaisse. Entré en présence d’Ibn Fadl, on lui ordonna de se dévêtir et de mettre d’autres vêtements prévus à cet effet.

Ibn Fadl, lui ordonna ensuite de se rapprocher pour effectuer l’opération. Il obéit, et s’assit en face de lui.

Il produisit ensuite la lancette et, la plaçant entre ses lèvres, il aspira, pour montrer qu’elle était libre de tout poison. Puis il l’essuya sur ses cheveux à l’endroit où il avait mis du poison, qui se colla à la lancette. Puis, il saigna son patient de l’une des veines de la main, et après avoir lié la plaie, il se hâta de partir. Eloignant ses craintes par les éloges qu’il avait rendu à Dieu, il quitta immédiatement d’al-Mudhaykhirah, se hâtant de rejoindre As’ad ibn Ya’fur.

Lorsqu’Ibn Fadl se fut reposé pendant un certain temps, il commença à ressentir les effets du poison. Il se rendit compte qu’il avait été trompé par le phlébotomiste et lui ordonna de revenir, mais l’homme fut introuvable.

Le désir d’Ibn Fadl de le capturer s’accrut, et il ordonna de le poursuivre partout où il aurait pu aller, afin de le ramener.

Des soldats le cherchèrent dans divers endroits, jusqu’à ce que l’un d’eux capture le médecin dans le Wadi Sahul, près de la mosquée connue sous le nom de Kaynan.[38] Il ne voulut pas se rendre, mais se défendit et fut tué. Son tombeau se trouve à cet endroit. C’est une mosquée pour la prière commune, pourvue d’un minaret.

Elle est très visitée, et les bénédictions gratifient ceux qui y ont recours. Je l’ai visitée en l’an 696.[39]

La mort du médecin fut bientôt suivie de celle d’Ibn Fadl, dans la nuit du jeudi quinzième Rabi’u ‘l-Akhir de l’an 303.[40] Les musulmans souffrirent durant les épreuves de son usurpation, pendant une période de dix-sept ans.

Lorsque As’ad entendit parler de sa mort, il se réjouit, comme tous les gens du Yémen, d’une joie excessive. Ils écrivirent à As’ad lui demandant d’attaquer Mudhaykhirah, et de détruire la domination des Karmathes.

Il y consentit et rassembla une grande force à Sanaa et dans ses environs. A son arrivée à Mikhlaf Djafar, il fut rejoint par ses habitants, ainsi que par les gens de Djanad et d’al-Ma’afir, et l’armée marcha sur al-Mudhaykhirah.

Ibn Fadl laissait un fils connu sous le nom d’al-Ghafai, en raison d’une blancheur sur l’iris de ses yeux. As’ad assiégea al-Mudhaykhirah avec ses troupes. Il campa sur le mont Thauman, que j’ai mentionné précédemment, en parlant d’al-Djafari.

Il est maintenant connu sous le nom de Montagne de Khawlan, parce qu’elle est habitée par les Arabes de cette tribu , connue sous le nom de Banu ‘l-Bim (?).

L’armée resta à cet endroit, et chaque fois que les troupes sortaient de la ville, les musulmans les battaient. Cela eut lieu à chaque fois, jusqu’à ce que l’ennemi fut complètement découragé et humilié. As’ad bâtit alors des mangonneaux, grâce auxquels la plupart des maisons de la ville furent détruites, et finalement il prit la place par la force des armes.

Le fils d’’Ali Ibn Fadl comme beaucoup de ses partisans, les membres de sa famille et les personnes qui avaient embrassé sa secte, et qu’As’ad put trouver, furent mis à mort. Ses filles, au nombre de trois, furent capturées.

As’ad en choisit une, nommée Mu’adhah, qu’il donna à son neveu Kahtan, jusqu’à ce qu’elle engendra ‘Abd Allah, dont il sera fait mention après. Ses deux sœurs furent laissées comme butin à deux chefs.

Le siège d’Al-Mudhaykhirah par les musulmans dura une année entière, et on dit que pendant tout ce temps As’ad n’enleva jamais ses armes ni ne se défit de son glaive.

La domination des Karmathes disparut de Mikhlaf Djafar, et al-Mudhaykhirah resta en ruines depuis cette période jusqu’à présent.

Quant à Mansour, il continua dans la condition décrite ci-dessus, mais (contrairement à Ibn Fadl), il fut un dirigeant efficace qui se réjouissait de l’exécution d’œuvres bienfaisantes, la trace en est donc restée.

Il ne quitta pas le district de La’ah, et il mourut avant Ibn Fadl, en l’an 302, [41] après avoir transmis ses pouvoirs à un fils du nom de Hasan et à un de ses disciples, nommé ‘Abd Allah ibn al-‘Abbas as-Shawiry.

Mansour avait une confiance particulière en cet homme, et l’avait envoyé en mission avec des lettres et des présents pour le Mahdi (‘Obeïd Allah), à qui as-Shawiry s’est personnellement connu, et dont il gagna aussi l’estime.

Mansour, présumant sa mort prochaine, fit venir ces deux personnes et leur dit: « Je vous charge tous deux de la responsabilité de notre royaume. Prenez soin de le préserver, et ne cessez pas de propager l’autorité d’Obeïd (Allah) ibn Maïmoun.

Nous sommes l’un des arbres que sa famille a planté, et si nous n’avions pas aussi fait appel à leurs droits et à leur autorité, nous n’aurions pu aboutir à nos fins.

Votre devoir sera de communiquer, par lettres, avec notre Imam le Mahdi, et de ne rien décider par vous-même sans le consulter.

Je n’ai gagné la souveraineté que nous possédons ni par de grandes richesses, ni avec l’aide d’une multitude d’hommes.

Je suis venu dans ce pays contre son gré, et j’ai atteint les résultats que vous connaissez, sous les bons auspices du Mahdi, dont la bonne nouvelle de l’arrivée fut donnée par le Prophète, que Dieu vous bénisse et vous donne des salutations de paix. »

Il répétait souvent ces mots devant des multitudes de gens.

Restitution de la ville de Mahdia à l'époque quant elle étais la capitale fatimide 'après les récits des géographes et historiens arabes
Restitution de la ville de Mahdia en Tunisie, à l’époque quant elle étais la capitale fatimide ‘après les récits des géographes et historiens arabes

A la mort de Mansour, as-Shawiry, exécuteur de sa volonté, écrivit au Mahdi, résidant alors à Mahdiyah, l’informant de l’événement et indiquant que le bureau du Da’y restait en suspens, attendant ses ordres.

Mais il envoya également l’assurance qu’il était prêt à exercer les fonctions de Da’y avec loyauté et fidélité, exception faite des fils de Mansour.

On confia la lettre à l’un de ces derniers.

Il partit en voyage, et en arrivant à al-Mahdiyah il remit la lettre, dont il ne connaissait pas le contenu.

Le Mahdi connaissait as-Shawiry, venu le voir à de nombreuses reprises avec des missives de Mansour.

Il l’estimait très qualifié pour remplir la fonction de Da’y, et craignait que le fils de Mansour ne se montra pas à la hauteur.

Le Mahdi répondit qu‘il agréait à la nomination du seul as-Shawiry, et le fils de Mansour retourna au Yémen trompé dans son attente.

Mais il cacha sa déception et remit la lettre du Mahdi.

Lui et ses frères continuèrent à entretenir des relations amicales avec as-Shawiry qui, de son côté, leur montra honneur et respect.

Il ne les empêcha pas de venir librement le voir.

Ils purent entrer en sa présence chaque fois qu’ils le désirèrent, sans l’intervention d’un chambellan.

Enfin, celui qui avait été envoyé au Mahdi s’approcha de lui, et saisissant une occasion où as-Shawiry n’était pas sur ses gardes, il le tua.

Il se rendit maître du pays, et rassemblant la population de chaque district, il les prit à témoin qu’il avait abjuré la secte de son père, pour rejoindre celle des sunnites.

Les gens l’écoutèrent avec satisfaction, le récompensèrent de leur amour et se soumirent à son autorité.

L’un de ses frères, du nom de Djafar, vint à lui. Djafar condamna la conduite de son frère et la lui reprocha, mais son frère ne voulut rien entendre.

Djafar le laissa en colère et s’en alla vers le Mahdi à Kairouan.

Il constata qu’Obeïd Allah était mort et qu’il avait été remplacé par son fils al-Ka’im (bi amr Illah).[42]

Ces événements s’étaient passés en l’an 933 (322 AH).

Le fils de Mansour resta avec le nouveau Khalife.

Pendant ce temps son frère massacra les membres de la secte de son père, et les chassa, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun auprès de lui, à part ceux dont les principes religieux étaient tenus secrets.

Seul un petit nombre continua à habiter dans le pays et ils correspondaient avec la famille d’Obeïd (Allah), fils de Maïmoun à Kairouan.

Alors le fils de Mansour, se rendit de Maswar jusqu’à Aïn ‘Muharram, déjà mentionné précédemment, et où il y avait un homme de la famille d’al-‘Arja, sultans de ce pays.

Le fils de Mansour (avant de partir) nomma un adjoint au Maswar, un homme nommé Abd ibn Ibrahim al-Majid (al-Hamid?) As-Shiya’y.

C’était un héritier des Banu ‘l-Muntab, d’après lesquels Maswar tire son nom et il est appelé al-Muntab.

Quand le fils de Mansour atteignit Aïn Muharram, Ibn al-‘Arja l’attaqua soudainement et le tua.

Ibn ‘Abd al-Hamid, en entendant cela [tarda à Maswar et se proclama souverain du district].

Les membres et les femmes de la famille de Mansour qui étaient avec lui, s’enfuirent au mont al-Hashab[43] (Bani A’shab), mais ils furent attaqués par les gens, qui les volèrent, les pillèrent et les tuèrent.

Ibn al-‘Arja et Ibn ‘Abd al-Hamid arrivèrent à un accord entre eux et se partagèrent le pays.

Ibn ‘Abd al-Hamid abjura les doctrines de Mansour.

Il fit construire une mosquée, dans laquelle il plaça une chaire, et la khotba y fut récitée au nom du Khalife des ‘Abbassides.

Il débusqua les Karmathes partout où il pouvait entendre parler d’eux, jusqu’à ce qu’ils fussent presque entièrement exterminés, et seul un petit nombre continua à survivre dans le quartier de Maswar, en tenant les doctrines de leur secte secrètes et reconnaissant pour chef un homme connu sous le nom d’Ibn at-Tufayl.

Il fut tué par Ibrahim l’Aghlabide.

Mais après la mort de ce dernier et pendant le règne du fils d’Ibrahim al-Muntab, un homme nommé Ibn Rahim (Ibn Djuftam?) succéda à at-Tufayl dans la fonction de Da’y ; c’était un homme de caractère ferme.

Sa résidence fut tenue secrète de peur qu’al-Muntab ou d’autres sunnites puissent mettre la main sur lui, mais il correspondit avec toute la famille du Mahdi tandis qu’ils étaient à Kairouan puis en Egypte.

Ce fut à son époque qu’al-Mu’izz fils de (al-Mansour billah fils de), d’al-Ka’im fils du Mahdi (‘Obeïd Allah) vint en Egypte et construisit Le Caire, qui devint son lieu de résidence.[44]

Lorsqu’Ibn Djuftam sentit sa mort proche, il désigna parmi ses sectateurs un homme appelé Youssouf ibn al-Asad (?).

Ibn Djuftam mourut quand al-Hakim (petit-fils d’al-Mu’izz) était sur le trône au Caire (996-1020 ou 386-411 AH).

[45] Ibn al-Asad travailla secrètement à promouvoir la suprématie d’al-Hakim, et la reconnut lui-même jusqu’à ce qu’il sache que sa fin était proche ; il nomma alors comme successeur un homme du nom de Suleyman (lire Amir) ibn ‘Abd Allah ar-Rawahy, originaire du district de Shibam.

C’était un homme d’une très grande richesse ; il en fit usage en séduisant le peuple et en protégeant ses propres partisans de la persécution. Si une personne pensait le mettre à mort, il lui disait:

« Je suis un musulman et je témoigne qu’il n’existe d’autre dieu que Dieu.

Comment pourriez-vous alors verser mon sang ou saisir mes biens légitimement ? »

Alors on le laissait continuer son chemin.

A l’approche de la mort, il nomma pour successeur Ali fils de Mohammed le Sulayhite.

La famille de ce dernier était originaire d’al-Ahraj (al-Akhruj),[46] et était membre de la communauté de Shi’ahs de Haraz.

 

Notes du traducteur:

[1] Le nom complet de l’ouvrage est : Al-sulûk fî tabaqât al-‘ulamâ wa-l-mulûk.

[2] Né en 1121, exécuté sur ordre de Saladin en 1174. Sa biographie est assez bien connue, tout comme celle d’Ibn Khaldoun.

[3] Certains mots sont, je pense, omis ici dans le texte, mais le sens général du passage est assez évident.

Il est assez difficile d’arriver aux noms exacts des deux personnages qui jouent un rôle si important dans l’histoire des Karmathes, ou Ismaélites, au Yémen. Ibn Fadl est appelé Muhammad par Ibn Khaldoun, de même que par Ibn al-Athir, et probablement aussi par d’autres auteurs dont je n’ai pas les œuvres sous la main. D’autre part, il est appelé Ali non seulement par Omarah, mais aussi par Djanadi, Khazraji, etc., par Massoudi et par l’auteur de la bastir.

Dans le cas de son compagnon, les écarts entre les différents noms qui lui sont attribuées sont encore plus grands.

 

Mais en lui attribuant Mansour, comme s’il s’agissait d’un nom propre, Djanadi et Khazraji se sont autorisés à être induits en erreur, du fait que l’émissaire ismaélite fut connu sous le nom de Mansour al-Yaman, c’est-à-dire, « qui était assisté de Dieu au Yémen », ce qui signifie en outre, « celui qui a été victorieux ou qui a triomphé au Yémen ». Khazraji lui donne le nom du fils de Husayn Mansour.

L’auteur du Dastour (Dastour al-monaddjimin, livre astronomique) l’appelle Abou ‘l-Kasim, al-Faraj ibn Hasan ibn Haushab ibn al-Kufi (originaire de Koufa) Zadan. Dans Makrizi (vol. I, p 349) nous lisons Abû l-Kasim al-Husayn ibn Faraj ibn Haushab al-Kufi; dans Ibn ‘l-Athir (vol. VIII, p. 22.), Rustam ibn al-Husayn (ou al-Hasan) ibn Haushab ibn Dadhan an-Najjar.

La différence entre les deux derniers mentionnés est quelque peu singulière, car la comparaison des deux passages relatifs à Ibn Haushab montre clairement que les deux auteurs ont emprunté, directement ou indirectement, à une seule et même source.

Dans Makrizi, on peut remarquer que le mot kharraba, ruiner ou dévaster, a été substitué à tort à haratha, labourer, avec pour conséquence de détruire le sens de la phrase.

[4] Voici quelques extraits de la vie d’Ali-Sulaihi, traduits d’Ibn Khallikan, Biographical Dictionary, t. II, p. 344, éd. de Slane, 1843. « Abû l-Hasan Ali Ibn Muhammad Ibn Ali-Sulaihi, chef de la révolte au Yémen, était le fils d’un cadi de cette province, qui professait la doctrine sunnite et exerçait la plus grande influence sur sa propre famille et toutes les personnes relevant de sa juridiction …

En l’an 429 AH (1037-8), il commença sa révolte en occupant le sommet de Machar, l’une des plus hautes montagnes du Yémen …

En l’an 455 AH (1063) son quartier-général fut établi à Sanaa, où il fit bâtir un certain nombre de palais …

Sa tête fut coupée sur place avec sa propre épée, et il fut tué ainsi que tous les autres membres de sa famille.

Cela eut lieu le 12 du mois de Zu ‘l-Kaada, AH 473 (avril 1081). »

[5] Kashf asrar al-Batiniyya wa-akhbâr al-Qaramita.

[6] Il y a ici divergence entre les déclarations d’al-Djanadi et de Khazraji quant à la généalogie d’Ibn Fadl, d’autant plus sensible, que les deux auteurs tirent évidemment leurs informations sur les Karmathes du Yémen de la même source, c’est-à-dire d’Ibn Malik, auteur mentionné dans le texte.

Dans Khazraji aucune mention de Dhu Jadan. Ibn al-Athir, c’est peut-être à remarquer, dit qu’Ibn Fadl fut membre d’une famille, originaires d’al-Djanad. Al-Khazraji dit simplement qu’Ibn Fadl descendait de Khanfar, fils de Saba, fils de Safi (Sayfi?), fils de Zur’ah (Himyar le jeune), fils de Saba les plus jeunes.

La tribu ou famille de Khanfar est mentionnée par al-Hamdani (p. 204, l. 10), et ailleurs (p. 53, l. 19) le même auteur nous dit que Khanfar était le nom d’une ville dans l’Abyan.

[7] A Kerbala.

[8] Il est bien sûr tout à fait hors de question de supposer qu’Ibn Fadl et Ibn Haushab furent envoyés au Yémen par Maïmoun, ou qu’Obeïd Allah le Mahdi était son fils.

‘Abd Allah, fils de Maïmoun, le véritable auteur de la conspiration Ismaélite, était peut-être encore en vie quand les deux émissaires furent envoyés, mais le professeur de Goeje montre que c’est sans doute le fils d’Abdullah Ahmad qui organisa la mission au Yémen. Obeïd Allah doit avoir été, à cette époque, dans l’enfance. Il mourut en 933 (322 AH), à l’âge de 63 ans, selon Ibn al-Athir.

[9] L’orthographe actuelle est plutôt dâ’î(s) ; cela signifie : Missionnaire, « propagandiste » religieux.

[10] Je traduis ce passage avec beaucoup d’hésitation. Des points diacritiques ici, comme dans tout le livre, sont généralement absents.

[11] Ces mots sont basés sur la parole traditionnelle du Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Ils sont cités dans les œuvres de Khazraji conservées à la Bibliothèque de Leiden, et aussi dans le livre d’ar-Razi du British Museum.

[12] Al-Khazraji ajoute ici qu’Ibn Fadl et Ibn Haushab arrivèrent au Yémen peu de temps après l’assassinat de Muhammad ibn Ya’fur, un événement qu’al-Djanadi nous a été relaté, sur l’autorité d’Ibn al-Djauzi, comme ayant eu eut lieu le premier mois de 892 (279 AH).

Le prof. de Goeje arrive à la conclusion que la mission Ismaélite fut envoyée au Yémen en 879 (266 AH), date en accord avec Makrizi et avec l’auteur du Dastour. Ce dernier indique que les deux missionnaires furent envoyés en 266, alors que tous deux s’accordent à dire qu’ils arrivèrent au Yémen en 881 (268 AH) et que la suprématie Ismaélite commença à être librement prêchée en 270.

Il s’ensuivrait que la conquête définitive de Sanaa par Ibn Fadl eut lieu 31 ans et la mort d’Ibn Haushab (914, 302 AH) 34 ans après leur arrivée dans le pays. Il serait en effet vraisemblable qu’ils œuvrèrent de longues années, avant de gagner une position dominante qu’ils tinrent finalement pendant une courte période.

[13] Au sud-ouest de Sanaa.

[14] Al-Khazraji dit que ‘Aïn Muharram se tenait au pied du mont Maswar.

[15] En 883 de notre ère.

[16] On remarquera qu’Abou ‘Abd Allah est ici présenté comme envoyé en Afrique par Maïmoun, ou, comme on peut le comprendre, par le chef principal des Ismaélites à cette époque, et non par Ibn Haushab comme le disent d’autres écrivains. Mais il est probablement vrai que quelque temps avant sa mission, Abou ‘Abd Allah était absent de son pays natal, qu’il eut un entretien avec le « grand maître » (de Goeje, p. 19, note), et qu’il est retourna par la suite au Yémen.

En ce qui concerne la question de la date à laquelle sa mission en Afrique eut lieu, l’an 902 (290 AH) se trouve dans Khazraji comme dans notre texte. Makrizi dit (vol. I, p. 350) qu’Abou ‘Abd Allah arriva dans le pays de Kutama en 901 (288 AH). Dans Ibn al-Athir on lit 893 (280 AH), date retenue par de Sacy, sur l’autorité de Baybars al-Mansoury et d’Aboulféda. Selon Ibn al-Athir, non seulement Abou ‘Abd Allah était en Afrique du Nord avant la mort (à la fin de 289 AH) d’Ibrahim ibn Ahmad l’Aghlabide, mais il semblerait en outre qu’il avait, précédemment à cet événement, acquit assez de pouvoir dans le pays, pour lui permettre d’entrer en état de guerre ouverte avec les troupes d’Ibrahim al-Tamimi l’Aghlabide. (Ibn al-Athir, vol. VIII. pp. 25, 26.) L’auteur du Dastour ne peut pas être accepté comme un guide sûr, mais il n’est pas sans intérêt de noter que, bien qu’il mentionne explicitement l’année 908 (296 AH) totalement inadmissible comme celle de l’arrivée d’Abou ‘Abd Allah, il le fait immédiatement après des chiffres mentionnés, 145 + 135 (245 + 35?) qui nous donnent la date de 893 (280 AH).

L’année 908 (296 AH), mentionnée dans notre texte comme celle où Obeïd Allah partit pour l’Afrique du Nord, doit être erronée. Notre auteur n’est, il est vrai, en aucun cas seul dans son erreur, mais le professeur de Goeje a montré que le départ d’Obeïd d’Allah de Syrie eut lieu, selon toutes probabilités, au plus tard en 900 ou 901 (287 ou 288 AH).

Une déclaration de l’auteur du Dastour peut être notée, remarquant que lorsqu’Obeïd Allah arriva en Egypte, il avait l’intention d’aller au Yémen, et qu’il en fut dissuadé par les nouvelles de l’insubordination d’Ibn al-Fadl, et qu’il resta caché en Egypte jusqu’à son départ pour l’Afrique du Nord.

[17] En 893 de notre ère.

[18] Sur sa monnaie le nom est écrit ‘Abd Allah.

[19] Voir Ibn Khallikan par De Slane, vol. II. p. 77. Le récit de notre texte de la mort d’Abou ‘Abd Allah est évidemment emprunté à Ibn Khallikan (De Slane, vol. I, p 465).

[20] Khazraji affirme le contraire, à savoir qu’Ibn Fadl demeura au sommet de la montagne et que les gens habitaient dans les vallées.

[21] En 903 (291 AH), selon Khazraji.

[22] Selon Khazraji, Djafar ibn Ahmad al-Manakhi, mais la bonne lecture semble être Djafar ibn Ibrahim.

[23] En 904 (292 AH) (Khazraji). Al-Hamdani dit (p. 75, l. 9) que Djafar ibn Ibrahim al-Manakhi fut tué à Khawalah, à proximité de l’une des sources du Wadi Nakhlah.

[24] L’une des cérémonies du pèlerinage à la Mecque.

[25] Médine.

[26] Le professeur de Goeje a reproduit ces versets de Khazraji. Deux lignes sont ajoutées, exprimant l’indignation qu’ils suscitèrent dans l’esprit du musulman orthodoxe qui les conserva. Les deux lignes sont de même nature que les suivantes, interpolées par Dayba, immédiatement après le passage dans lequel le supposé nouveau Prophète est représenté proclamant l’abolition de la prière et du jeûne:

« Que Dieu le maudisse partout sur terreQue Dieu le rabaisse partout où il ira (ou parmi les croyants de toutes les religions).

[27] Selon Khazraji, Ibn Fadl prit d’abord possession de Sanaa en 905 (293 AH), déclaration qui est effectivement confirmé par Tabari (vol. III. pp. 2256 et 2267), et par Ibn al-Athir (VII. p. 878). Le récit d’Al-Khazraji (pp. 34, 35) est que Dhamar ayant été pris par les Karmathes, As’ad ibn Ya’fur lui présenta sa soumission, mais qu’il s’enfuit quand Ibn Fadl fit son entrée dans Sanaa. Les citoyens demandèrent de l’aide à l’Imam Zaydite de Saada, al-Hadi Yahya, qui envoya contre leurs ennemis une armée sous le commandement de son fils Abu’l Kasim Muhammad al-Murtada. Ils s’emparèrent de Dhamar et forcèrent les Karmathes à abandonner Sanaa. Mais ce dernier reprit Dhamar des mains d’al-Murtada en 906 (294 AH), et le força à chercher refuge à Sanaa, où il rejoignit son père. Al-Hadi était attaqué par les troupes d’As’ad ibn Ya’fur et les citoyens de Sanaa refusant de soutenir l’imam contre leurs anciens maîtres, il abandonna la ville et se retira dans la région de Saada. Les Karmathes reprirent possession de la ville pour une courte période, jusqu’à ce qu’ils soient une deuxième fois expulsés avec l’aide d’al-Hadi. Mais encore une fois celui-ci fut mis en fuite par l’approche d’une force de l’ennemi. Al-Hadi mourut en 910 (298 AH). Les Banu Ya’fur réussirent une fois de plus à arracher la ville des mains des Karmathes, mais ils en furent eux-mêmes bientôt à nouveau chassés, et Ibn Fadl, au mois de Ramadan 911 (299 AH), fit son entrée dans Sanaa, qui resta désormais sous sa domination, jusqu’à la fin de sa carrière.

[28] Khi dit, à Harfiz et Milhan. Cette dernière, également appelée Rayshan, est une montagne qui surplombe Mahjam. Voir Yakout et Hamdani, p. 68, l. 25.

[29] Ces deux mots ont une signification vraiment horrible. Elles sont tirées du verbe dahasa, agiter ses membres dans les affres de la mort, et shakhasa, regarder quelqu’un dans les yeux avec le regard de la mort. Al-Khazraji appelle la place al-Mashahit, de shahata, à profusion de sang. Hamdani (Midler) mentionne al-Malahiz, située sur les bords de la rivière Zabid (p. 71, l. 17, et 100, l. 21).

[30] L’auteur du Tadj al-’aroûs écrit ce qui suit: « Hassib, prononcé comme Zubayr, est le nom de la rivière (ou de la vallée) de Zabid. Il a un excellent climat, et ses femmes se distinguent par leur beauté incomparable et pour leur grâce et de bonté. D’où l’adage bien connu: En entrant dans la ville de Hassib mettre vos bêtes au trot, qui signifie, à accélérer le rythme de ne pas tomber victime de fascinations pour les femmes. » Voir aussi Hamdani, p. 53, l. 24, et 119, l. 17.

[31] Al-Hamdani mentionne al Harf (p. 69, l. 5) dans la partie haute en altitude de Sarat Kudam, non loin donc de Hajjah. Mais si c’est le lieu visé de notre texte, c’est très éloigné de Mudhaykhirah. Thalithah a été mentionné en tant que lieu dans le Mikhlaf Djafar. Voir aussi Sprenger, p. 153, Hisn Thalath, près de Sanaa.

[32] Abou Sa’id al-Djannabi était le chef de la communauté Karmathe du Bahreïn. Il mourut en 913 (301 AH), et tout au long de sa vie resta fidèle dans son allégeance à Obeïd Allah. Je ne sais pas comment expliquer l’allusion dans le texte au fait qu’il ait déclaré son indépendance vis-à-vis du Mahdi, si ce n’est le fait que sa fidélité semble avoir été un moment mise en doute. Voir de Goeje, Carmathes, p. 69.

[33] Le lieu appelé ici, je présume à Shibam-Akyan.

[34] Je ne trouve pas le nom Djamimah dans la Géographie d’Hamdani. Le Dr Glaser a le Dj. Djemime en lat. environ 16° 6 ‘, mais on peut difficilement imaginer que ce soit le même endroit

[35] Selon Khazraji, ce fut Mansour qui mit un collier d’or au cou d’Ibn Fadl.

[36] Al-Djauf est le nom donné à un grand district du pays de Hamdan, arrosé par quatre fleuves, dont le plus important est le Kharid (Hamdani, p. 81).

[37] Le mot anglais est « boluses », des bols alimentaires.

[38] Al-Hamdani mentionne Kaynan comme située dans la province de Sahul dans la partie nord du pays de Dhu ‘l-Kala, p. 68, 6, et 100, 15.

[39] En 1296 de l’ère chrétienne.

[40] En 915 de l’ère chrétienne.

[41] En 914 de l’ère chrétienne.

[42] Vingt ans plus tard, découragé, Djafar b. Mansour al-Yaman quitta le Yémen pour rejoindre au Maghreb, à Mansûriya, al-Qâ’im bi-Amr Allah, le 2ème imam fatimide. Al-Mu’izz li-Dîn Allah, 4ème imam, lui accordera finalement le titre de Bâb. (Carnets yéménites)

[43] La tribu des A’shab fils de Kudam habita, selon Hamdani, dans les montagnes entre les rivières La’ah et Surdud (p. 112, l. 19 sqq.).

[44] L’Egypte fut conquise par Djauhar, le général fatimide, et les fondations de la forteresse d’Al-Kahirah (Le Caire) furent posées, en 358 AH. Al-Mu’izz arriva en Egypte et établit le siège de l’Empire fatimide au Caire en 362 AH.

[45] Dayba ‘ajoute ici qu’Ibn al-Assad exerça la fonction de Da’y sous les règnes des Khalifes fatimides al-Hakim et az-Zahir (411-427 AH), et pendant les premières années d’al-Mustansir (427 — 487 AH).

[46] Au lieu d’al-Ahraj ou Akhraj, je pense que nous devons lire al-Akhruj, qui, nous dit Hamdani (p. 106), jouxte le bas pays de Hadur et fut en son temps la demeure des Banu Sulayhi, les Hamdanites. Voir M. Glaser, p. 38 et 10. Il identifie le district avec la moderne Hujrah, figurant sur sa carte, à l’est de Haraz. Le lieu est mentionné, dois-je ajouter, par al-Mukaddasy, qui, selon l’édition du professeur de Goeje, écrit Ukhruj.

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