Abou ‘Abd Allah le chiite fatimide yéménite conquiert l’Ifrîk’iyya et réduit l’émir d’Afrique du Nord Ziyâdet Allah al Tamimi l’Aghlabide à la fuite par ibn al-Athir de son kitab « Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires, 1231)

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L’armée Fatimide (12eme siècle lors de la création de l’état Ayyoubide) 1) Berbère Fantassin Jarwajaraya tiré du nom du général fatimide sicilien Jawhar as-Siqili 2 Cavalier arabe 3) Sybyan al Rikab ( garde escorte monté ) (osprey)

Abou ‘Abd Allah conquiert l’Ifrîk’iyya et réduit Ziyâdet Allah à la fuite

On a vu plus haut ce que nous avons dit d’Abou ‘Abd Allah. Ziyâdet Allah l’aghlabide, en présence de ses progrès et de la conquête qu’il venait de faire notamment des deux villes de Mîla et de Sétif, se mit à réunir des troupes nombreuses, non sans faire de fortes dépenses, et mit à leur tête l’un de ses parents, Ibrahim ben H’obeych,[238] qui ne connaissait rien aux choses de la guerre.

Cette armée, forte de 40.000 hommes, comptait sans en excepter aucun tous les plus braves guerriers (arabes et berbères) d’Ifrîkiyya et était abondamment pourvue d’argent et d’approvisionnements.

Elle se mit en marche, et avait doublé en nombre quand elle arriva à Constantine, ville ancienne et très forte où elle prit ses quartiers, et où elle fut rejointe par de nombreux Kelâma qui ne s’étaient pas soumis à Abou Abd Allah.

Rue de la médina de Constantine (Algerie) dans certaines partie des fortifications de la ville ont découvert des dédicaces au nom de l'empereur Romain Constantin , ces pierres furent récupéré au temps des omeyyades et abbassides  sur des momuments byzantins pour construire la Médina
Rue de la médina de Constantine (Algerie) dans certaines partie des fortifications de la ville ont découvert des dédicaces au nom de l’empereur Romain Constantin , ces pierres furent récupéré au temps des omeyyades et abbassides sur des monuments byzantins pour construire la Médina

 

Elle avait d’ailleurs massacré quantité de partisans de ce dernier au cours de la route. Abou ‘Abd Allah et les Ketâma, peu rassurés en présence de ces forces, restèrent retranchés dans la montagne, et de son côté Ibn H’obeych demeura pendant six mois à Constantine sans en bouger. Voyant que ses adversaires ne venaient pas l’y attaquer, il se dirigea avec toutes ses forces [P. 31] vers la ville de Belezma.[239]

Il rencontra de ce côté un parti de cavalerie envoyé en reconnaissance par Abou ‘Abd Allah, et sitôt qu’il l’eut aperçu, il marcha contre ces cavaliers sans qu’il eût [presque] personne avec lui et alors que les bagages n’étaient même pas encore déchargés.

Une mêlée acharnée s’engagea aussitôt, et dès qu’Abou ‘Abd Allah en eut reçu la nouvelle, il s’avança avec toutes ses forces et mit en fuite Ibrahim, qui fut blessé et dont le cheval eut les jarrets coupés ; la déroute fut complète, nombre de soldats furent massacrés et tous les bagages tombèrent aux mains d’Abou ‘Abd Allah. Quant à Ibrahim, il s’enfuit à K’ayrawân, et cette victoire, qui mit toute l’Ifrîkiyya en émoi, augmenta la renommée et consolida la puissance du vainqueur.

Vue aérienne de Kairouan.
Vue aérienne de Kairouan.( Tunisie) 

Celui-ci fit parvenir une lettre où il annonçait ces bonnes nouvelles au Mahdi, toujours emprisonné à Sidjilmâsa ; ce message fut confié à un homme sûr, qui, déguisé en boucher et sous prétexte de vendre de la viande, parvint jusqu’au destinataire.

Abou ‘Abd Allah s’avança alors contre la ville de T’obna, devant laquelle il mit le siège ; il éleva contre elle des tours mobiles, mina une tour et une courtine et fit écrouler les murs à la suite d’un combat acharné ; il était ainsi maître de la ville, mais les chefs se réfugièrent dans la forteresse, et ce ne fut qu’après y avoir été assiégés quelque temps qu’ils demandèrent quartier.

L’amnistie leur fut accordée, de même qu’aux habitants.

Il marcha ensuite contre la ville de Belezma, qu’il avait déjà assiégée à plusieurs reprises, mais toujours sans succès. Il la serra cette fois de très près, la combattit énergiquement et dressa des tours mobiles d’où étaient lancées des matières enflammées qui y provoquèrent l’incendie. Il y pénétra l’épée à la main, y massacra les défenseurs et démantela les murailles.

Le ribat Omeyyade de Belezma (algerie) devenue Abbasside, mais qui fut a l'origine un fort Byzantin
Les ruines du ribat Omeyyade de Belezma (Algerie, Ifriqiya) devenue Abbasside, mais qui fut a l’origine un fort Byzantin. 

L’annonce de ces événements affecta péniblement Ziyâdet Allah l’Aghlabide, qui se mit à faire des levées et réunit ainsi douze mille hommes dont il confia le commandement à Hâroûn ben et-T’obni.[240]

Celui-ci se mit en campagne et fut rejoint par de nombreux combattants : il marcha contre la ville de Dâr Melloûl,[241] qui s’était soumise à Abou ‘Abd Allah, en massacra les habitants et ruina le château-fort. Poursuivant sa route, il rencontra un parti de cavaliers envoyés en reconnaissance de son côté par le Chiite, [P. 32] et ses troupes en les voyant se troublèrent et, poussant de grands cris, prirent la fuite sans même combattre. Les soldats du Chiite, qui avaient d’abord redouté quelque stratagème, Virent qu’il s’agissait d’une véritable débandade, et, saisissant l’occasion, en massacrèrent une immense quantité ; Haroun lui-même y perdit la vie.[242] Puis Abou ‘Abd Allah se rendit maître de Tîdjis par capitulation.[243]

Ziyâdet Allah, se trouvant ainsi placé dans une situation difficile, consacra de grandes sommes à faire de nouvelles levées et, se mettant lui-même en campagne pour combattre son ennemi, arriva à Laribus en 295 (11 octobre 907).

Mais les principaux de son entourage lui remontrèrent qu’il s’exposait au danger et que s’il venait à succomber, ils resteraient sans chef ; qu’il devait donc retourner dans sa capitale en confiant les troupes à un homme de confiance, de sorte qu’en cas de victoire on rejoindrait le prince, qui, au cas contraire, servirait de centre de ralliement.

Il suivit ce conseil et regagna la capitale, laissant le commandement de l’armée au brave Ibrahim ben Abou’ l-Aghlab, l’un de ses cousins paternels.

Abou ‘Abd Allah le chiite, sachant ce qui se passait, se dirigea sur Bâghâya, dont les habitants lui avaient adressé par écrit des propositions de soumission : à son approche, le gouverneur de cette place s’enfuit à Laribus, de sorte qu’il put y pénétrer sans opposition et d’où, après y avoir installé une garnison, il regagna Inkidjân.[244]

Tout cela ne fit qu’augmenter les soucis et la tristesse de Ziyâdet Allah, et quelqu’un qui voulait le dérider lui dit :

« Seigneur, tu n’es pas sans savoir[245] quelques poésies ; pourquoi ne pas t’en faire réciter pendant que tu auras la coupe à la main, de manière à dissiper ta tristesse ? »

— Et lesquelles donc ? » dit le prince.

Son interlocuteur fit alors chanter une poésie qu’il désigna aux exécutants, en leur disant d’ajouter à la fin de chaque vers :

Bois et fais-nous boire de la coupe que tu soulèves, tout est là.

Ces chants égayèrent Ziyâdet Allah, qui se mit à boire et s’adonna (désormais) à la table, à la boisson et aux plaisirs, goûts dont la satisfaction fut favorisée par ses courtisans.[246]

Ghulam Turc et Berbère Kutama , dans l'armée fatimide : Les traditions homosexuelle et de prostitution des Kutama ainsi que le chiffre de cette population au temps du géographe andalous al-Idrissi (1100-1165) dans la description de l'Afrique et de L'Espagne : "Cette tribu est renommée par sa générosité et par l'accueil qu'elle fait aux étrangers. Ce sont certainement les gens du monde les plus hospitaliers car ils n'ont pas honte de prostituer leurs enfants mâles aux hôtes qui viennent les visiter et loin de rougir de cette coutume ils croiraient manquer à leur devoir s'ils négligeaient de s'y conformer, divers princes ont cherché à les y faire renoncer même par des punitions très sévères mais toutes les tentatives qu on a pu faire ont été vaines. A l'époque où nous écrivons il ne reste plus de la tribu de Kitâma jadis très nombreuse qu'environ quatre mille individus.
Ghulam Turc et Berbère Kutama , dans l’armée fatimide : Les traditions homosexuelle et de prostitution des Kutama ainsi que le chiffre de cette population au temps du géographe andalous al-Idrissi (1100-1165) dans la description de l’Afrique et de L’Espagne :
« Cette tribu est renommée par sa générosité et par l’accueil qu’elle fait aux étrangers. Ce sont certainement les gens du monde les plus hospitaliers car ils n’ont pas honte de prostituer leurs enfants mâles aux hôtes qui viennent les visiter et loin de rougir de cette coutume ils croiraient manquer à leur devoir s’ils négligeaient de s’y conformer, divers princes ont cherché à les y faire renoncer même par des punitions très sévères mais toutes les tentatives qu on a pu faire ont été vaines. A l’époque où nous écrivons il ne reste plus de la tribu de Kitâma jadis très nombreuse qu’environ quatre mille individus.

Abou ‘Abd Allah fit alors marcher contre la ville de Meddjâna des troupes de cavalerie qui prirent cette ville de vive force, [P. 33] et le gouverneur en fut mis à mort. Un autre corps d’armée marcha contre Teyfâch[247] et s’en empara, mais les habitants furent épargnés.

 

Plusieurs chefs kabyles obtinrent ensuite l’amnistie qu’ils sollicitèrent d’Abou ‘Abd Allah, lequel s’avança en personne successivement contre les villes de Meskiyâna, de Tebessa et de Medbara[248] ; dans cette dernière s’étaient réfugiés les habitants de K’asr al-Ifrîk’i,[249] de Mermadjenna, de Meddjâna et un ramassis de gens qui s’étaient retranchés dans cette place déjà forte par elle-même.

Il en commença le siège et se mit à combattre ; mais bientôt une attaque de gravelle, maladie dont il souffrait, le força à s’occuper de lui-même. Or, comme les assiégés demandaient quartier, une partie des troupes agréa cette requête ; mais quand les portes de la ville s’ouvrirent, l’armée s’y précipita et se livra au massacre et au pillage. Abou ‘Abd Allah, douloureusement affecté (par cette trahison), alla camper sous les murs d’El-K’açreyn, qui dépend de K’amoûda, et consentit à Yamân demandé par les habitants.

Ibrahim ben Abou’l-Aghlab, qui commandait l’armée de Ziyâdet Allah, ayant eu connaissance du projet du Chiite d’attaquer Ziyâdet Allah, qui se trouvait avec de faibles troupes à Rak’k’âda, sortit de Laribus et alla camper à Dordemîn.[250] Abou ‘Abd Allah envoya de ce côté une colonne qui engagea le combat, mais qui s’enfuit après avoir subi des pertes.

Le Chiite, impatient de ne pas voir revenir ceux qu’il avait envoyés en reconnaissance, s’avança à la tête du gros de l’armée et rencontra les fuyards : ceux-ci reprirent alors courage, retournèrent à la charge et tuèrent un certain nombre de leurs vainqueurs de tout à l’heure. La nuit mit fin au combat et sépara les deux armées.

Le Chiite se porta alors sur K’ast’îliya, qu’il assiégea ; les habitants le combattirent d’abord, puis furent reçus à composition, mais le vainqueur s’empara des richesses et des approvisionnements déposés en cet endroit par Ziyâdet Allah.

Chebika (الشبيكة) est une oasis de montagne située au sud de la Tunisie, plus précisément à l'ouest du gouvernorat de Tozeur. Elle correspond sans doute à l'antique poste avancé de Ad Speculum. Située sur le limes saharien reliant Tébessa à Gafsa, les Romains y utilisaient des miroirs pour communiquer avec les autres postes et signaler d'éventuelles incursions ennemies.
Chebika (الشبيكة) est une oasis de montagne située au sud de la Tunisie, plus précisément à l’ouest du gouvernorat de Tozeur.
Elle correspond sans doute à l’antique poste avancé de Ad Speculum. Située sur le limes saharien reliant Tébessa à Gafsa, les Romains y utilisaient des miroirs pour communiquer avec les autres postes et signaler d’éventuelles incursions ennemies.

Il s’avança ensuite vers Gafça,[251] dont il reçut les habitants à composition, retourna à Bàghâya, où il installa une garnison, et regagna enfin la montagne d’Inkdjan près de Setif.

Ibrahim ben Abou ‘l-Aghlab marcha alors contre Bâghâya et en commença le siège. Sitôt que cette nouvelle [P. 34] parvint à Abou ‘Abd Allah, il réunit ses troupes et partit en toute diligence, se faisant précéder de douze mille cavaliers dont le chef avait ordre de pousser jusqu’à Bâghâya, mais, au cas où Ibrahim se serait éloigné, de ne pas dépasser le défile d’El-‘Ar’âr.

Or, la garnison de Bâghaya avait vigoureusement résisté aux attaques des assiégeants, qui, déconcertés et effrayés par cette opiniâtreté, d’autre part informés bientôt de l’approche d’une armée de secours, battirent en retraite sur Laribus. Les troupes du Chiite ne trouvèrent à leur arrivée plus personne et se retirèrent également en emportant le butin qu’elles purent faire (l).

Quand le retour du printemps ramena la bonne saison, Abou ‘Abd Allah réunit une armée de 200.000 hommes, tant fantassins que cavaliers, et de son côté Ziyâdet Allah mit sous les ordres d’Ibrahim, à Laribus des forces innombrables. Abou ‘Abd Allah se mit en marche le 1er djomâda II 296 (24 février 809), et le choc avec ses ennemis fut terrible ; le combat dura longtemps et paraissait devoir mal finir pour lui. Alors il envoya six cents fantassins de choix pour attaquer par derrière les troupes Aghlabides ; ce détachement était engagé dans le chemin qui lui avait été désigné quand il rencontra un corps ennemi envoyé par Ibrahim, qui avait eu la même idée que son adversaire.

La lutte s’engagea dansun lieu resserré, et les Aghlabides eurent le dessous ; le stratagème employé par Abou ‘Abd Allah s’étant alors ébruité, les troupes d’Ibrahim se débandèrent et s’enfuirent de tous côtés, chacun cherchant à regagner son pays.

Ibrahim et une partie de son entourage se dirigèrent sur K’ayrawân, poursuivis par les vainqueurs qui se livraient au massacre et enlevaient du butin en argent, chevaux et approvisionnements.

L’armée victorieuse entra à Laribus, où elle fit un grand massacre, et entre autres, dans la grande mosquée même, déplus de trois mille habitants, qui y avaient cherché un refuge, [P. 35] tandis que d’autre part la ville était livrée au pillage.

Cette catastrophe eut lieu vers la fin de djomâda II,[252] et Abou ‘Abd Allah se retira ensuite à K’amoûda.

L’annonce de ce désastre détermina la fuite de Ziyâdet Allah du côté de l’Egypte, ce qui se fît de la manière que nous avons dit. Après son départ, les habitants de Rak’k’âda aussi s’enfuirent de nuit du côté de K’açr K’adîm (l’ancien château), de K’ayrawân et de Sousse, et les K’ayrawâniens, se jetant sur Rak’k’âda et usant du droit du plus fort, mirent cette ville au pillage pendant six jours ; les palais abbasside des Aghlabides furent entièrement dépouillés.

Ancienne ve de la Mosquée Okba ibn nafi de Kairouan  Tunisie
Ancienne vue de la Mosquée Okba ibn nafi de Kairouan Tunisie

Ibrahim ben Abou’l-Aghlab, à son arrivée à K’ayrawân, se rendit à l’hôtel du gouvernement, où la population se groupa autour de lui. Il fit proclamer par ses hérauts l’amnistie, s’efforça de ramener la confiance et exposa que la chute de Ziyâdet Allah était le résultat de ses mauvais procédés de gouvernement ; la situation du Chiite, ajouta-t-il, était peu sûre, et il s’engagea à le combattre et à les protéger, eux, leurs femmes et leur territoire, contre cet agresseur, s’il était lui-même soutenu par leur obéissance et leurs secours pécuniaires.

Mais ils lui répondirent qu’ils n’étaient que des légistes, marchands et gens du vulgaire, qu’ils ne pouvaient se battre et n’avaient pas assez d’argent pour lui permettre de réaliser ses desseins, si bien qu’il les renvoya. A leur sortie, ses auditeurs racontèrent à la foule ce qu’il leur avait demandé, et alors éclatèrent les cris mêlés d’injures : « Fuis loin de nous, nous n’avons pas à t’obéir ! » Il dut donc se retirer précipitamment, poursuivi à coups de pierres.[253]

A la nouvelle de la fuite de Ziyâdet Allah, le Chiite, qui se trouvait du côté de Sebîba, porta son camp au Wâdi en-Nemel et se fit précéder à Rak’k’âda par ‘Aroûba[254] ben Youssof et Hasan ben Abou Khinzîr à la tête de mille cavaliers.[255]

Cette troupe y trouva les pillards en train d’enlever ce qui restait d’effets et de meubles, mais ils ne les inquiétèrent nullement et permirent à chacun d’emporter le fruit de ses rapines.

Ces gens rentrèrent à K’ayrawân, et les récits qu’ils firent réjouirent la population, de sorte que les juristes et les principaux de la ville sortirent à la rencontre d’Abou ‘Abd Allah, qu’ils saluèrent et félicitèrent de son succès. Il leur répondit gracieusement, s’entretint avec eux et, leur accorda [P. 36] l’amnistie.

Enchantés de cet accueil, ils se mirent à exhaler les reproches qu’ils avaient à adresser à Ziyâdet Allah et à rappeler ses mauvaises actions ; mais il les arrêta :

« Ce prince, dit-il, était puissant, ses forces étaient grandes, sa dynastie haut placée, et il n’a pas été inférieur à sa tâche ; mais à l’ordre de Dieu il n’y a ni à résister ni à s’opposer. »

Cette réplique leur ferma la bouche, et ils retournèrent à K’ayrawân. Le samedi 1er redjeb 296 (25 mars 909), il fit son entrée à Rak’k’âda et descendit dans l’un des palais[256] ; il distribua les habitations aux Ketâma, vu qu’il n’y restait plus aucun habitant.

Mais il fit proclamer une amnistie, et la population vint se réinstaller dans ses demeures. Il envoya des gouverneurs dans les provinces et fit rechercher et mettre à mort les malfaiteurs. Par ses ordres, les biens, armes, etc., de Ziyâdet Allah furent rassemblés, et dans la quantité de ces richesses figuraient de nombreuses esclaves de valeur et très belles.

Il se fit amener une femme vertueuse appartenant au prince déchu et qu’on lui avait dit être chargée de prendre soin d’elles ; il la traita bien, lui confia la garde de ces belles filles et assigna de quoi pourvoir à leurs besoins sans même jeter un regard sur aucune d’entre elles.

Le vendredi arrivé, il fît faire la khotba à Rak’k’âda et à K’ayrawân, mais sans qu’il y fût prononcé aucun nom de prince.

De même, la monnaie qu’il fit frapper ne portait pas de nom, mais, au lieu de cela, d’un côté :

« La preuve de Dieu est arrivée », et de l’autre : « Puissent les ennemis de Dieu être dispersés ! »

On grava sur les armes :

« Instrument pour la voie de Dieu », et la cuisse des chevaux fut marquée des mots : « A Dieu appartient la royauté».

Quant à lui, il continua de porter ses vêtements communs et grossiers, et à prendre une nourriture peu recherchée et en petite quantité.[257]

Tracé des conquête Fatimides et du lieu d’origine des ketamas

Marche d’Abou ‘Abd Allah sur Sidjilmâsa et apparition du Mahdi

Quand le pouvoir d’Abou ‘Abd Allah fut solidement établi à Rakkâda et dans le reste de l’Ifrîk’iyya, son frère cadet Abou’l-‘Abbâs Mohammed vint le trouver, ce qui lui causa une grande joie. Alors il partit de Rakkâda en ramadân[258] de cette année (mai-juin 909), après avoir confié l’Ifrîk’iyya à son frère Abou ‘l-‘Abbâs et à Abou Zâki,[259] et s’avança suivi de forces considérables, ce qui jeta l’effroi dans tout le Maghreb : [P. 37] la crainte saisit les Zenata, et les Kabyles, s’écartant sur son passage, envoyèrent des députés lui porter leur soumission.

Quand il approcha de Sidjilmâsa et que la chose parvint aux oreilles de l’émir de cette ville, El-Yasa’ ben Midrâr, ce prince fit demander au Mahdi, qu’il détenait prisonnier, ainsi que nous l’avons dit, quelles étaient son origine et sa situation et si c’était à cause de lui que venait Abou ‘Abd Allah ; mais le captif jura qu’il était un simple marchand et qu’il n’avait jamais vu ce général, non plus qu’il ne le connaissait.

Lui et son fils Abou ‘l-Kasim furent enfermés chacun dans un local séparé et sous la surveillance de gardiens ; le fils, interrogé, ne s’écarta en rien des réponses de son père, et des gens qui étaient avec lui, malgré les coups qu’on leur donna, ne voulurent rien avouer. Abou ‘Abd-Allah, qui apprit tout ce qui se passait, en était fort affligé : il députa à El-Yasa’ pour lâcher de se le concilier, affirmant qu’il ne venait pas combattre, mais qu’il avait à traiter avec lui une affaire importante ; il y ajoutait de magnifiques promesses. Mais El-Yasa’ jeta la lettre, et fit exécuter les messagers.

En vain le Chiite, qui craignait pour la vie du Mahdi, renouvela, toujours sans nommer ce dernier, sa tentative de conciliation ; ses envoyés furent de nouveau mis à mort.

Alors il s’avança à marches forcées et vint camper à proximité d’El-Yasa’ ; la bataille s’engagea et dura jusqu’à la fin du jour ; puis, El-Yasa’ et ses parents et cousins profitèrent des ténèbres pour s’enfuir, tandis que le Chiite et ses troupes, incertains du sort du Mahdi et de son fils, passèrent toute la nuit dans l’anxiété.

Le lendemain malin, les habitants de Sidjilmâsa vinrent lui annoncer la fuite d’El-Yasa’, de sorte qu’il pénétra dans la ville, se rendit au lieu où était détenu le Mahdi et les rendit, lui et son fils, à la liberté.[260] Alors les soldais firent éclater une joie si vive qu’ils faillirent en perdre la tête.

Le Chiite fit monter à cheval ceux qu’il venait de délivre !’, et lui-même, entouré des chefs kabyles, les précéda à pied ; versant des larmes de joie, il criait au peuple : « Voilà votre maître !», et conduisit ainsi le cortège jusqu’à la tente spécialement préparée pour le Mahdi et où il l’installa. On fit poursuivre El-Yasa’, qui fut pris et exécuté après avoir été soumis à la bastonnade.[261]

Le Mahdi passa à Sidjilmâsa les quarante jours qui suivirent sa délivrance et se rendit ensuite en Ifrîk’iyya.

 

 

Il se fit remettre et emporta avec lui les trésors entassés à Inkidjân, [P. 38][262] puis arriva dans la dernière décade de rebi’ II297 (vers la mi-décembre 909) à Rak’k’âda. Alors finit le pouvoir des Aghlabides et celui des Benoû Midrâr (kharijite), cette dernière dynastie ayant fourni à Sidjilmâsa des princes, dont était El-Yasa’, pendant cent trente ans ; de même la dynastie des Benoû Rostem, qui avait régné à Tahert pendant cent soixante ans.[263]

Site de la  Tahert rustumide, près de l'actuel Tiaret, dans la partie ouest de l'Algérie La ville semble avoir été fondée par Ibn Rustum comme une cité kharijite par excellence, visant à rivaliser avec la Kairouan malékite. Ibn Saghîr, auteur « rustumide » de la fin du IXe siècle, parle d’une certaine vie agréable dans la Tâhirt de l’époque [2] : « Il n’était pas un étranger s’arrêtant dans la ville qui ne si fixât chez eux et ne construisit au milieu d’eux, séduit par l’abondance qui y régnait, la belle conduite de l’Imâm, sa justice envers ses administrés et la sécurité dont tous jouissaient pour leurs personnes et leurs biens. Bientôt on ne voyait plus une maison en ville sans entendre dire : celle-ci est à un tel de Koufa, celle-là à un tel de Basra, cette autre à un tel de Kairouan, voici la mosquée des gens de Kairouanet leur marché ; voici la mosquée et le marché des Basriens, celle des gens de Koufa. »
Site de la Tahert rustumide, près de l’actuel Tiaret, dans la partie ouest de l’Algérie,  Ibn Saghîr, auteur « ibadite» de la fin du 9eme  siècle reviens sur la ville  :
« Il n’était pas un étranger s’arrêtant dans la ville qui ne si fixât chez eux et ne construisit au milieu d’eux, séduit par l’abondance qui y régnait, la belle conduite de l’Imâm, sa justice envers ses administrés et la sécurité dont tous jouissaient pour leurs personnes et leurs biens. Bientôt on ne voyait plus une maison en ville sans entendre dire : celle-ci est à un tel de Koufa, celle-là à un tel de Basra, cette autre à un tel de Kairouan, voici la mosquée des gens de Kairouanet leur marché ; voici la mosquée et le marché des Basriens, celle des gens de Koufa. »
Tous ces territoires se trouvèrent réunis ‘dans les mains du Mahdi,

Quand il approcha de Rak’k’âda, les habitants de cette ville et ceux de K’ayrawân se portèrent à sa rencontre pour le saluer : devant lui marchaient à pied Abou ‘Abd Allah et les chefs des Ketâma, et il était suivi de son fils.

Il reçut très bien ceux qui venaient lui apporter leurs hommages, puis les congédia. Il s’installa dans un des palais de Rak’k’âda et fit dans toutes les provinces faire la khotba du vendredi[264] en son nom sous le titre de Mahdi, prince des croyants.

A la suite de la principale prière du vendredi, un homme du nom d’Ech-Chérif, entouré des missionnaires (dâli), tint une séance à laquelle le peuple fut contraint par la violence à assister et où l’on prêcha la nouvelle doctrine.

Ceux des assistants qui l’embrassèrent, et qui furent d’ailleurs en petit nombre, reçurent des libéralités ; mais ceux qui s’y refusèrent furent emprisonnés, et même nombre de ces récalcitrants furent punis de mort.

Abou ‘Abd Allah fit passer les jeunes filles ayant appartenu à Ziyâdet Allah sous les yeux du Mahdi, qui en choisit le plus grand nombre tant pour lui que pour son fils, et qui distribua les autres aux chefs des Ketâma.

De même il répartit entre ceux-ci les diverses provinces de l’Ifrîk’iyya, organisa les bureaux, préleva les impôts, et l’affermissement de son pouvoir amena une soumission générale et l’installation en tous lieux de ses agents.[265]

Il nomma en Sicile El-H’asan ben Ahmed ben Abou Khinzîr, qui, arrivé à Mazera le 10 dhoû ‘l-hiddja 297 (19 août 910), nomma à Girgenti son propre frère[266] et institua, en qualité de kadi, Ish’âk’ ben el-Minhâl, qui fut le premier kadi nommé en Sicile au nom du Mahdi. En 298 (8 septembre 910),

Ibn Abou Khinzîr marcha à la tête d’un corps d’armée contre Demona et, après s’être livré au pillage et à l’incendie, il regagna Palerme. Au bout de peu de temps, le mécontentement soulevé par sa mauvaise administration [P. 39] provoqua une émeute ; on le jeta en prison et l’on informa le Mahdi des événements.

Le souverain accepta les excuses qui lui étaient présentées et le remplaça par ‘Ali ben ‘Omar al-Balawi, qui arriva en Sicile le dernier jour de dhoû ‘l-hiddja 299 (16 août 912).

Bol fatimide du 11eme siècle Egypte
Bol fatimide du 11eme siècle Egypte

Exécution d’Abou ‘Abd Allah Chî’i le yéménite et de son frère Abou ‘l-‘Abbâs

‘Obeyd Allah ordonna l’exécution du Chî’i en 298 : (8 septembre 910) dans les circonstances que voici. Devenu maître du pays et reconnu par les populations, le Mahdi commença à traiter les affaires par lui-même et à restreindre les pouvoirs d’Abou ‘Abd Allah et de son frère Abou ‘l-‘Abbâs.

La jalousie commença à ronger celui-ci, qui trouvait pénible de se voir priver des droits de commander et de disposer de la fortune des autres.

Il se mit, dans le salon de son frère, à dénigrer et à déchirer le Mahdi ; en vain Abou ‘Abd Allah, qui désapprouvait ces propos, voulait l’en empêcher, l’autre y revenait toujours-de plus belle.

Un jour enfin il dit le fond de sa pensée : « C’est toi qui as fondé un empire et produit celui qui t’en éloigne, alors qu’il devrait respecter tes droits. »

Son insistance finit par agir sur son frère, qui dit un jour au Mahdi :

« Le respect dont tu jouirais aux yeux des populations serait plus grand si tu restais dans ton palais en me laissant le soin de commander aux Ketâma, dont je connais bien les usages ».

Ces paroles prouvèrent au Mahdi la réalité de ce qu’on lui avait déjà dit au sujet des deux frères, mais il se borna à y répondre par des amabilités. Abou’ l-‘Abbâs commença alors à procéder par allusions en causant avec les chefs, et quand il en trouvait de bien disposés, il s’ouvrait à eux, leur disait que leurs services n’avaient pas été suffisamment récompensés et leur rappelait que les richesses emportées d’Inkidjân par le Mahdi ne leur avaient pas été distribuées.

Le Mahdi était au courant et laissait faire ; Abou ‘Abd Allah usait de ménagements.[267]

Puis Abou’ l-‘Abbâs alla plus loin :

« Cet homme n’est pas celui à qui nous nous sommes engagés à obéir et pour qui nous avons fait de la propagande, car le Mahdi doit marquer la pierre de son sceau[268] et faire des miracles [P. 40] éclatants ».

Ces discours finirent par faire impression sur nombre d’hommes, notamment sur le grand cheikh des Ketâma,[269] qui redit au prince ces propos en ajoutant :

« Si tu es véritablement le Mahdi, exécute un miracle qui fasse tomber nos doutes ! »

La Grande Mosquée de Mahdia construit par l'Imam al-Mahdi était la première mosquée fatimide à construire. Elle a inspiré un certain nombre de mosquées en Egypte fatimide, comme al-Hakim et Mosquée al-Aqmar au Caire. Ce monument doit sa beauté à la simplicité de ses formes et de matériaux, comme l'absence de toute décoration superflue. Il a été modifié à plusieurs reprises avant d'être reconstruit par l'architecte français A. Lézine entre 1961 et 1965 Photo: Musée Sans Frontières
La Grande Mosquée de Mahdia (Tunisie) construit par le calife fatimide Ubayd Allah al-Mahdi elle était la première mosquée fatimide à etre construite. Elle a inspiré un certain nombre de mosquées en Egypte fatimide, comme les mosquées al-Hakim et al-Aqmar au Caire. Photo: Musée Sans Frontières

Mais le Mahdi le fit mettre à mort, et Abou ‘Abd Allah commença à ressentir des craintes en s’apercevant qu’il avait changé de dispositions à son égard.[270] Lui, son frère et d’autres encore qui se réunissaient chez Abou Zâki s’entendirent pour mettre à mort le Mahdi ; ils n’avaient avec eux qu’un petit nombre des tribus des Ketâma.

Mais un de ceux qui se donnaient pour un complice les trahissait et révélait tout au prince, chez qui les conjurés pénétrèrent plusieurs fois sans oser réaliser leur projet.

Au sortir d’une conférence nocturne tenue chez Abou Zâki, Abou ‘Abd Allah remit son vêtement à l’envers et se présenta ainsi chez le prince, qui remarqua le désordre de sa toilette, mais ne lui en dit rien.

Trois jours de suite, le vêtement resta dans le même état, et alors le Mahdi lui demanda comment il avait pu depuis trois jours laisser-son vêlement retourné, ce qui indiquait qu’il ne s’était pas déshabillé :

«Je n’en savais rien, repartit Abou ‘Abd Allah, et je m’en aperçois à l’instant.

— Et où donc étais-tu hier et les nuits précédentes ? »

Comme le Chiite gardait le silence :

« N’as-tu pas, reprit le prince, passé la nuit chez Abou Zâkî ?

— C’est vrai.

— Et pourquoi es-tu sorti de chez toi ?

— C’est que j’avais peur.

— Un homme peut-il avoir peur d’un autre que son ennemi ? »

Cette conversation prouva à Abou ‘Abd Allah que le Mahdi était au courant de ce qu’il tramait. Il sortit donc pour informer ses complices, qui, saisis de frayeur, s’abstinrent de paraître. Cela fut rapporté au Mahdi, auprès de qui se trouvait Ibn el-K’adîm, l’un des conjurés,[271] entre les mains de qui se trouvaient de grandes richesses provenant de Ziyâdet Allah.

Cet homme s’offrit au Mahdi pour lui amener les autres, ce qu’il fit en effet, et le prince alors ne put plus douter de la vérité des rapports qui lui avaient été faits sur lui.

Il agit néanmoins à l’égard de ces hommes avec une douceur [apparente], et les envoya de côté et d’autre.

A Abou Zâki il donna le commandement de Tripoli, mais en adressant à son représentant en cette ville l’ordre de le mettre à mort dès son arrivée, ce qui fut fait, et la tête du malheureux fut envoyée au Mahdi. Ibn el-K’adîm s’enfuit, mais fut repris et exécuté conformément aux ordres du souverain.

‘Aroùba[272] et quelques guerriers, chargés de surveiller les deux frères Abou ‘Abd Allah et Abou’ l-‘Abbâs et de leur donner la mort, [P. 41] attendirent qu’ils approchassent du palais, et ‘Aroûba[273] se jeta alors sur Abou ‘Abd Allah, qui lui cria : «Arrête, ô mon fils !

— Celui à qui tu nous as enjoint d’obéir, repartit ‘Aroûba, nous a donné l’ordre de te mettre à mort ».

Les deux frères périrent le jour même où Abou Zâkî subissait le dernier supplice.[274]

Le Mahdi lui-même, dit-on, prononça les dernières prières sur Abou ‘Abd Allah et prononça ces mots. :

« Veuille Dieu, ô Abou ‘Abd Allah, avoir pitié de toi et te récompenser pour tout le mal que tu t’es donné ! »

L’exécution de ces deux frères provoqua le soulèvement de leurs partisans ; mais le Mahdi en personne monta à cheval, et les promesses de pardon qu’il fit ramenèrent le calme ; puis il se mit à la poursuite des révoltés et les massacra.

Des troubles surgirent encore entre les Ketâma et les habitants de K’ayrawân, mais furent apaisés par le Mahdi après qu’il y eut eu nombre de morts.[275] Il empêcha aussi les missionnaires (dâ’i) de faire auprès du bas peuple de la propagande en faveur des doctrines chi’ites.

Quand ce prince vit son pouvoir bien établi, il désigna en qualité d’héritier présomptif son fils Abou ‘l-K’âsim Nizâr. Les Kelâma, ayant regagné leur pays, installèrent un enfant, qui était, disaient-ils, le Mahdi, en ajoutant qu’il était prophète et recevait des révélations de Dieu ; ils disaient encore qu’Abou ‘Abd Allah était toujours en vie.

 

Vue sur la vielle ville de Mila (medina)
Vue sur la vielle ville de Mila (Medina) en algerie, constantinois , Ifriqiya

 

Ils marchèrent alors sur la ville de Mîla, et le Mahdi, apprenant leur tentative, envoya contre eux son fils Abou ‘l-K’âsim, qui les serra de près, leur livra divers combats et finit par les battre ; il les poursuivit et les refoula jusqu’à la mer en leur tuant beaucoup de monde ; il mit aussi à mort l’enfant qui leur avait servi d’instrument.[276]

La Sicile s’étant révoltée sous Ibn Wahb, il envoya une flotte qui se rendit maîtresse de l’île. Ibn Wahb, qui lui fut amené, fut mis à mort.[277] Il fit aussi une expédition contre Tahert, qui s’était soulevée : il resta vainqueur et massacra les révoltés.

Plusieurs Aghlabides, qui étaient, rentrés à Rak’k’âda à la suite de la mort de Ziyâdet Allah, furent également punis de mort.[278]

[P. 50] En 299 (28 août 911), les habitants de Tripoli du Gharb se révoltèrent contre le Mahdi ‘Obeyd Allah, qui la fit assiéger par une armée, mais en vain. Il y envoya-alors, en djomâda II 300 (janvier-février 913), son fils Abou’l-K’âsim, qui en poursuivit le siège sans se lasser et en livrant de vifs combats.

Les assiégés, manquant-de vivres, finirent par manger jusqu’aux cadavres, et la ville fut enfin emportée de vive force.

Le vainqueur épargna les habitants, mais imposa des amendes considérables aux instigateurs de la révolte et se fit rembourser par les autres tout l’argent que lui avait coûté son armée en s’assurant à titre d’otages des principaux de la ville. Il se retira après y avoir installé un gouverneur de son choix.[279]

La même année, K’ayrawân fut éprouvée par des tremblements de terre dont l’intensité et l’importance dépassèrent ce qu’on avait vu jusqu’alors.[280]

Les habitants de cette ville se soulevèrent contre les Ketâma, dont ils tuèrent environ un millier.[281] (fin)

 

notes du traducteur :

[238] L’orthographe de ce dernier nom varie : on lit H’obeych dans Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 517 ; Desvergers, Afrique, 150), Hawcheb (Druzes, i, CCXXV) et H’abechi dans leBayân, où le personnage incapable à qui Ziyâdet Allah confia ses troupes est cité plusieurs fois (i, 131, 133, 138 et 139) ; dans une variante du second ras, il est appelé Ibrahim ben Habechi ben ‘Omar Ternirai (p. 131, n.). Cf. Fournel (Berbers, ii, 63) ; Wüstenfeld (Fatimiden, 19). Bibars Mançouri écrit H’anbech, et Tornberg a lu Khoneych. Cf. plus loin.

[239] Le texte porte Kerma, de même que dans la Religion des Druzes, i, p. CCLXVI) avec la variante Kebezma ; ailleurs (Bayân, i, 133), Kaboûna. J’ai corrigé en Belezma, comme a lu M. de Slane (Berbères, ii, 517). Cf. Fournel, Berbers, ii, 63.

[240] C’est  certainement  un arabe issue d’une jund abbasside de Toban .  On lit également Haroun ben et-T’obni dans la Religion du Druzes (i, p. CCLXVI), ainsi qu’on peut s’y attendre d’après la grande ressemblance des documents employés par de Sacy, et du nôtre. Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 517) lit « Haroun Tobni ».

[241] Le texte porte Dar Meloûk. Dâr Melloût est à une forte journée E. de T’obna (Edrisi, trad. p. 109) ; dans l’Hist. des Berbères (ii, 517 ; Tabl. Géo.) ; on lit aussi Dar Melouwel. Dans la Religion des Druzes, i, p. CCLXVII, on lit Dar almolouc.

[242] Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 517) parle d’une défaite qu’aurait alors subie un des officiers du Chii ; peut-être y a-t-il confusion.

[243] Tîdjis ou Tidjist (défiguré en Bandjas dans les Druzes, i, CCLXVIII, car ce mot manque de points diacritiques dans le ms), est, selon Edrisi (p. 137, trad.) à 3 journées de Bône et à 2 de Constantine. M. de Slane (Bekri, 131 et 150) la place à 8 lieues sud-est de Constantine ; c’est l’ancienne Tigisis.

[244] Cette retraite à Inkidjân paraît être postérieure à la conquête de Meskiyâna, Tebessa, etc., racontée un peu plus bas, si l’on s’en rapporte au récit d’Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 518) et de la Religion des Druzes (i. p. CCLVII) ; cf. Fournel, ii, 76 ; Wüstenfeld, 22-23 ; Bayân, i, 140 et 143.

[245] Ou, d’après une variante, « sans avoir fait ».

[246] Cf. Wüstenfeld, p. 22 ; Bayân, i, 139.

[247] Le Sâch du ms de Bibars, d’après lequel a travaillé de Sacy.

[248] Le nom de cette ville, d’ailleurs inconnu, est écrit dans les mss de diverses manières ; de Sacy (Druzes, i, p. CCLXVII) a lu, dans deux documents différents, Mérida ; je dois cependant relever que le ms de Bibars écrit lisiblement SAiy> On ne peut, semble-t-il, malgré l’autorité de M. de Goeje (alléguée par Wüstenfeld, Fatimiden, 23 ; cf. Jakubi, 99 ; Fournel, ii, 76 et 160), songer à Madghara, c’est-à-dire Milyâna, qui est trop éloignée des lieux où se passent les événements ici racontés.

[249] A une journée de Teyfadr (Bekri, p. 130 ; Edrisi, p. 140).

[250] Probablement le Doûr Medin qu’Edrisi (trad. p. 106) place à onze journées de Bougie (cf. Wüstenfeld, p. 24).

[251] Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 518) parle de Constantine (leçon que fournit aussi un manuscrit d’Ibn el-Athir, au lieu de Kastiliya, et d’une ville, d’ailleurs inconnue, de Cassa, au lieu de Gafça. Il semble bien que les lectures d’Ibn el-Athir et des Druzes (i, p. CCLXVIII) soient préférables ; ce sont celles que Wüstenfeld (p. 24) a adoptées, sans d’ailleurs rien dire de celles d’Ibn Khaldoun. Cf. Fournel, ii, 76 n. ; Ibn Khald., éd. Boulak, iv, p. 35, 1. 5 ad f. (1) D’après le récit d’Ibn Khaldoun (ii, 518), les trois officiers chiites qui commandaient les troupes de secours battirent Ibrahim et le poursuivirent jusqu’au défilé d’El-‘Ar’âr. Il y a, ajoute M. de Slane, un endroit de ce nom sur la route de Constantine à Batna.

[252] Cette prise de Laribus est fixée au 23 djomâda II par le Bayân (p. 143), qui fait égorger non plus 3.000, mais 30.000 personnes dans la mosquée. C’est ce dernier chiffre que donne aussi Bekri, p. 160.

[253] Sur ce mouvement tenté par Ibrahim à K’ayrawân, cf. Histoire des Berbères, ii, 519 ; Religion des Druzes, i, p. CCLXX : Bayân, i, 145 ; Wüstenfeld, p. 29 ; Fournel, ii, 79. Ibrahim ben Abou’l-Aghlab et Ibrahim ben H’abechi paraissent être le même personnage, bien que le premier soit dépeint comme un brave, et le second comme un incapable ; Fournel aussi (ib., p. 80) admet cette identité.

[254] Ce nom, qu’Ibn Khaldoun lit de la même manière, est aussi écrit Gharaweyh (Bayân, i, 146, et ailleurs), différence d’orthographe facilement explicable par le déplacement de points diacritiques. A en croire Dhahabi (Mosehtabih, p. 358), c’est « ‘Aroûba » qu’il faut lire.

[255] La marche des opérations est autrement relatée dans le Bayân (i, 146), qu’ont suivi Fournel et Wüstenfeld ; le récit d’Ibn Khaldoun (ii, 519) et celui des Druzes (i, p. CCLXX) se rapprochent du nôtre,

[256] Dans le K’açr eç-Çah’n, dit le Bayân (i, 147 et 157).

[257] Sur les diverses mesures que prit alors Abou ‘Abd Allah, cf. Bayân, i, 148 et 158. Comme d’habitude, le récit de la Religion des Druzes (i, p. CCLXXI) ressemble au nôtre, et il en est à peu près de même de celui d’Ibn Khaldoun (ii, 519). Voir aussi Fournel, ii, 88 ; Wüstenfeld, 31.

[258] Le 15 ramadan ou 6 juin 909, d’après le Bayân (i, 150).

[259] Abou Zâki Temmâm ben Mo’ârik Adjâni (Berbères, ii, 513, 520 et ailleurs ; le Bayân, i, 150 et 163, lit Adjâbi. probablement à toit ; c’est cette dernière lecture qu’a adoptée Wüstenfeld, p. 33). Ce personnage n’est pas le frère d’Abou ‘Abd Allah, comme l’a dit de Sacy (Druzes, i, CCLXXII et CCLXXVI) ; Quatremère (J. Asiat., 1836, II, 116), parle aussi des « deux frères » d’Abou ‘Abd Allah. Le même nom est défiguré en « Abârek Teinâm Ibn Aarrek n par Cherbonneau (J. Asiat., 1855, t. i, p. 534). Cf. Fournel, ii, 89.

[260] Certains prétendent qu’El-Yasa’ aurait, à l’approche d’Abou ‘Abd Allah, fait exécuter le Mahdi, à qui le vainqueur’, pour ne pas perdre tout le fruit de ses peines, aurait substitué un esclave juif (Ibn Khallikan, ii, 78 ; Wüstenfeld, 35). L’entrée à Sidjilmâsa du hardi et dévoué libérateur eut lien le 7 dhoû ‘l-hiddja 296 ou le 26 août 909 (Ibn Khallikan, ii, 79 ; Bayân, i, 151 ; Wüstenfeld, 35).

[261] El-Yasa’ fut livré par les Benoû Khâlid vers la fin de 296 ou le commencement de 297, car les deux dates sont données (Bayân, i, 152 et 156 ; Introduction d», p. 36 ; Fournel, ii, 94).

[262] Le fragment qui suit, jusqu’à la fin du chapitre, est traduit par Anrari (Bibl. ar. sic., i, 406).

[263] Les Midrarides régnèrent 160 ans, d’après Bekri (p. 330), qui ajoute que les uns les font commencer en 104 et d’autres en 202 ; leurs débuts seraient de l’année 140, d’après Ibn Khaldoun (Berbères, i, 261). Bekri (p. 160) parle de la conquête de Tahert par le Chiite et attribue à la dynastie Rostemide une durée de 130 ans ; mais comme il la fait commencer en 144, la différence entre ce nombre et 296 fait conclure à 152 ans. Il faut déduire une durée de 135 ans, représentant la différence entre 161 et 296, du récit du Bayân (i, 203-204 ; cf. Introd., p. 114).

[264] Litt., et le vendredi [qui suivit son arrivée ?] il fit faire, etc.

[265] Cf. le récit un peu plus détaillé du Bayân (i, 158) ; Wüstenfeld, p. 40.

[266] ‘Ali ben Ahmed (Bayân, i, 169 ; Fournel, ii, 102).

[267] Il y eut alors, d’après le Bayân (i, 161 ; Fournel, ii, 101 ; Wüstenfeld, 41) une expédition du côté de Ténès sous les ordres d’Abou ‘Abd Allah. Voir aussi. Berbères, ii, 521.

[268] Je ne crois pas que la leçon de Tornberg doive être acceptée ; mais j’ai fait, pour comprendre cette allusion, de vaines recherches dans la Tedhkira de Kortobi, dans lesMechârik el-anwâr fî fawz. ahl et-i’tibâr (Misr, 1297 hég.), dans Ibn el-Wardi et dans les deux traités spéciaux, mss d’Alger nos 724, 4° et 857, et ailleurs encore ; les indigènes n’ont pu davantage me renseigner. Il semble qu’il s’y agisse de la brique d’argent que constitue le Mahdi par opposition à la brique d’or, laquelle est le Prophète lui-même (Prolégomènes, trad., ii, 193 ; éd. de Boulak, i, 271).

Il est à remarquer que de Sacy, qui, dans le récit de tous ces événements, a pris pour guide principal Bibars Mançoûri sans d’ailleurs en faire une traduction serrée, se borne à ceci : « Il alla jusqu’à dire que cet homme n’était point le Mahdi, puisque le Mahdi devait faire des miracles étonnants ».

[269] Le nom de ce personnage était Abou Moussa Haroun ben Yoûnos (Mokaffa, f. 221).

[270] Mêmes détails dans les Druzes, i, CCXXXV, et dans le Mokaffa.

[271] Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 522) et Makrizi (Mokaffa, f. 221 v) citent aussi le nom de ce personnage, que le Bayân mentionne également et appelle ‘Abd Allah ben Mohammed (i, 167).

[272] Sur cette exécution, cf. le récit du Bayân (i, 163).

[273] Aroûba (ou Gharaweyh, supra, p. 335, n. 2) sciait celui qui aurait trahi les conjurés (Bayân, i, 161 ; cf. 163, 164 ; Berbères, ii, 522 ; Fournel, ii, 107). Le Mokaffa l’appelle Abou Gharaweyh (ou Gharaweyh) ben Youssof, en ajoutant que le Mahdi l’avait connu à Sidjilmâsa.

[274] Le 19 février 911, ou, d’après le Mokaffa, le 15 djomâda II = 17 février ; sur celle date, cf. Fournel, ii, 106 ; Wüstenfeld, 44.

[275] Cf. Berbères, n. 523 ; Druzes, i, p. CCLXXVI ; Bayân, i, 165 ; Fournel, ii, 108 ; Wüstenfeld, 44.

[276] Cf. Bayân, i, 166 et 167 ; Berbères, ii, 523 ; Fournel, ii, III.

[277] Ces deux lignes relatives à la Sicile figurent dans la Biblioteca d’Amari à la p. 408, note, où ce savant corrige « Wahb » en « Korhob ». La lecture Wahb est aussi celle du ms. de. Bibars. Comparez Ibn Khaldoun, Berbères, ii, 524-25 ; Biblioteca, II, 189.

[278] Cf. Bayân, i, 165 ; Berbères, ii, 523 ; Fournel, ii, 108 ; Wüstenfeld, 45.

[279] Il est parlé de cette révolte dans le Bayân (i, 168 et 169) ; Berbères (ii, 524).

[280] Cf. Bayân, i, 166.

Auteur : ibn al-Athir de son kitab « Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires, 1231) 

 

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