L’Empire païen du Ghana et les débuts de l’Islam dans cette région

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La mosquée de Larabanga, construite vers le xive siècle
La mosquée de Larabanga, construite vers le xive siècle La date de construction de la mosquée de Larabanga n’est pas connue avec certitude. Réputée être la mosquée la plus ancienne du Ghana — voire de l’Afrique de l’Ouest —, les dates avancées pour sa construction s’étendent du xiiie au xviie siècle

L’empire du Ghana, est un ancien royaume africain païen qui a existé du iiie siècle au xiiie siècle de notre ère. Il est le premier des trois grands empires marquant la période impériale ouest-africaine.

Désigné par ses habitants sous le nom d’Empire Ouagadou, il se fait connaître en Europe et en Arabie comme l’Empire du Ghana. Issu du Royaume du Ouagadou, l’empire du Ghana s’est développé au viiie siècle avec l’exportation d’or et de sel, important pour la conservation des aliments. Il connait son apogée au xe siècle, et s’étend alors sur un territoire à cheval sur la frontière actuelle entre la Mauritanie et le Mali, comprenant, outre leOuagadou, les provinces du Tekrour, du Sosso, du Mandé et de Diarra Mana Maga NIakaté et son frère Fanta Makan Niakaté en L’an 650, les régions aurifères du Bouré et du Bambouk et Oualata. En 990, il annexeAoudaghost, grande cité berbère, centre névralgique des échanges entre le nord et le sud1.

L’empire du Ghana décline à partir du xie siècle, passant successivement sous domination almoravides, puis sous la tutelle de Sosso, enfin sous celle de l’empire du Mali.

Sa capitale était Koumbi-Saleh.

La toute première référence au Ghana est attribué à l’astronome arabe Muhammad al-Fazari, au viie siècle, cité par Al-Mas’ûdî dans son ouvrage Muruj adh-dhahab (Les prairies d’or). Il y parle du « Ghana, pays de l’or »2.

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L’Empire du Ghana

Al-Bakri, dans sa Description géographique du monde connu écrite au xie siècle, précise que « Ghana est le nom que portent les rois de ce peuple ; le nom de leur pays est Awkar »3. Cependant, dans le texte, il utilise systématiquement le terme de Ghana pour évoquer le pays. Les européens et occidentaux ont, de la même façon, généralisé l’appellation « empire du Ghana » en référence au titre du roi. Le terme de Ghana, viendrait du sonninké nwana signifiant « héros ». Les habitants du royaume et de l’empire, employait quant à eux, selon la tradition orale, le terme de « Wagadou » (ou « Ouagadou »). Le terme Wagadou signifie « ville des troupeaux » ; le mot dou est un terme de la langue Mandé qui signifie « ville » et que l’on retrouve dans nombre de lieux d’Afrique de l’Ouest (telle la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou); le mot waga signifie approximativement « troupeau ».

Deux thèses existent sur les origines du Royaume du Ouagadou, qui deviendra plus tard un empire.

Selon la tradition orale ouest-africaine, le « Wagadou », noyau de l’empire, aurait été fondé vers le iiie siècle av. J.-C. et une population armée venue de l’Est et conduite par un dénommé Dinga Cissé.

Selon les sources médiévales rédigées par des chroniqueurs arabophones, le royaume aurait été fondé par les Soninkés, peuple animiste vivant à la limite sud du Sahara. Le royaume du Ghana s’agrandit par la suite pour devenir un empire en dominant les dirigeants des chefferies situées aux alentours.

D’après le Tarikh es-Soudan, « histoire du Soudan » en français, le Ghana aurait été fondé au iiie siècle par le peuple noir de cultivateurs, les Soninkés.

En 734, les premiers arabo-berbères pénètrent au Ghana, où les souverains soninkés sont au pouvoir. L’occupation du Maghreb par les Arabes favorise le trafic de l’or et des esclaves entre le Ghana et le Sijilmassa, et du même coup, son expansion et sa richesse.

Tenkamenin – Roi du Ghana 1037 – 1075

Organisation religieuse

L’animisme était la religion officielle. Les habitants de l’empire du Ghana avait pour adoration le serpent Bida.

L’islam était également toléré et pratiqué par de nombreux étrangers du Maghreb et par quelques autochtones. Kan Mer, fils de l’empereur Bessi, se convertit à l’islam1. Al-Bakri précise d’ailleurs que l’intendant du trésor était systématiquement choisi parmi les musulmans, tout comme l’étaient la plupart des ministres10. Selon ces écrits (mais également ceux, plus tardifs, d’Ibn Battûta et d’Ibn Khaldoun) les animistes devaient se mettre à genoux et s’asperger la tête de poussière. En revanche, les musulmans saluaient quant à eux le roi en battant des mains11.

La capitale Koumbi Saleh était constituée de deux quartiers : l’un animiste, l’autre musulman possédant 12 mosquées12.

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La capitale Koumbi Saleh

En 1067, le géographe arabe Al-Bakri s’était rendu à Koumbi, où des commerçants arabes avaient leur propre quartier. Il décrit la ville :

« Ghâna se compose de deux villes situées dans une plaine. Celle habitée par les musulmans est très grande et renferme douze mosquées, dans lesquelles on célèbre la prière du vendredi. Toutes ces moquées ont leurs imams, leurs muezzins et leurs lecteurs salariés. La ville possède des jurisconsultes et des hommes remplis d’érudition. Dans les environs se trouvent plusieurs puits d’eau douce, qui fournissent la boisson des habitants et auprès desquels on cultive des légumes.

« La ville habitée par le roi est à six milles de celle-ci. Le territoire qui les sépare est couvert d’habitations. Les édifices sont construits avec des pierres et du bois d’acacia. La demeure du roi se compose d’un palais et de plusieurs huttes aux toits arrondis et la circonférence est entourée d’une clôture semblable à un mur.

« La ville du roi est entourée de huttes, de massifs d’arbres et de bosquets, qui servent de demeures aux mages de la nation, chargés du culte religieux ; c’est là qu’ils ont placé leurs idoles et les tombeaux de leurs souverains. Des hommes préposés à la garde de ces bois empêchent qui que ce soit d’y entrer ou de prendre connaissance de ce qui s’y passe. C’est là aussi que se trouvent les prisons du roi ».

Armée

Selon Al-Bakri, l’armée du Ghana était composée de 200 000 guerriers, dont plus de 40 000 archers16. Elle était composée de la garde impériale, mais également de nombreux hommes issus des territoires vassaux. Il y avait des cavaliers (les chevaux y étaient « d’une très petite taille ») ainsi que des chameliers berbères17.

Justice

Selon Al-Boukri, le tribunal royal était situé dans le quartier animiste de Kombi Saleh où résidait le roi. Les prisons du roi étaient situées dans les bois de ce même quartier. Il y précise que « dès qu’un homme y est enfermé, on n’entend plus parler de lui »10.11.

Notes et références

  1. a, b et c « Manuel d’histoire 8e année », Éditions Jamana, 2008, pp 23-24, ISBN 2-915032-02-5
  2. « The Cambridge History of Africa Volume 2 : From c.500 BC to AD 1050, p651 » [archive], sur GoogleBooks (consulté en 10 mai 2013)
  3. Al-Bakri, Description géographique du monde connu (lire en ligne [archive]), p. 381
  4. (ou : Kaya Magan) Gravrand, Henry, « La civilisation Sereer, Cosaan : les origines« , Nouvelles Éditions africaines, 1983, pp 75-76, ISBN 2-7236-0877-8
  5. « p75 de la traduction de « Tarikh el-Fettach » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  6. (fr) Monteil, Charles, « Mythe de Wagadou » [in] Bulletin de IFAN, no XXIX, B, 1-2, pp 134-149, Dakar, 1953, [in] « Les épopées d’Afrique noire », p 84, KARTHALA Éditions (2009), (ISBN 2811131418) [1] [archive]
  7. Villages de l’ancien Tekrour Par Bruno A. Chavane – page 38 Comparaison entre le Wagadou et le Tekrour – L’usage et les règlements exigent que le roi ait pour successeur le fils de sa sœur
  8. « p382 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri(numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  9. « p385 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri(numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  10. a et b « p383 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  11. « p384 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  12. « p382 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  13. Par Ghana, Al-Bakri évoque en fait ici précisément la capitale Koumi-Saleh. Les deux villes dont il parle sont les deux communes qui la composent.
  14. « pp. 382-383 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  15. « Site archéologique de Kumbi Saleh » [archive], sur http://whc.unesco.org/ [archive] (consulté en 13 mai 2013)
  16. « p387 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  17. « Manuel d’histoire 8e année », Éditions Jamana, 2008, p.26, ISBN 2-915032-02-5
  18. « pp 383-385 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  19. « p.391 de « Description de l’Afrique septentrionale » de Al-Bakri (numérisation), extrait de « Description géographique du monde connu » » [archive], sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
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