DESCRIPTION DE DAMAS, par IBN BATTOUTAH

Publié le Mis à jour le

La Mosquée des Banu Umayyah (des Omeyyades)
La Mosquée des Banu Umayyah (des Omeyyades)

Ibn Battutah sur la ville de Damas : « Mon entrée à Baalbek eut lieu au soir, et je la quittai dès le matin du jour suivant, à cause de l’excès de mon désir d’arriver à Damas. J’entrai dans cette ville le jeudi, neuvième jour du mois de ramadhan, le sublime, de l’année 726 (1326 de J. C). Je me logeai dans le collège mâlikite, connu sous le nom d’Ecchérâbichiyeh (collège des fabricants de cherbouch, qui est une espèce de bonnet). La ville de Damas surpasse toutes les autres en beauté et en perfection; et toute description, si longue qu’elle soit, est toujours trop courte pour ses belles qualités. Rien n’est supérieur à ce qu’a dit, en la décrivant, Abou’l Hoçaïn, fils de Djobaïr; et voici ses paroles:

Vue aérienne sur l'antique ville de Damas, l'une des plus vielle au monde.
Vue aérienne sur l’antique ville de Damas, l’une des plus vielle au monde.

« Quant à Damas, c’est le paradis de l’Orient, et le point d’où s’élève sa lumière brillante; le dernier pays de l’islamisme que nous avons visité, et la nouvelle mariée d’entre les villes, que nous avons admirée dans sa splendeur, et sans voile. Elle était ornée par les fleurs des végétaux odorants, et apparaissait tout éclatante dans les vêtements de brocart de ses jardins. Elle occupait un rang éminent pour la beauté et était parée, dans son siège nuptial, des ornements les plus jolis. Cette ville a été ennoblie parce que le Messie et sa mère ont habité une de ses collines, demeure sûre et lieu abondant en sources (Coran, XXIII, 52); c’est un ombrage durable et une eau limpide, comme celle de la fontaine Salsébîl dans le paradis. Ses ruisseaux coulent dans tous les chemins, avec les ondulations du serpent, et elle a des parterres dont le souffle léger fait renaître les âmes. Cette ville se pare, pour ceux qui la regardent, d’un brillant ornement, et leur crie : « Venez au lieu dans lequel la beauté « passe la nuit, et fait sa sieste! » Le sol de cette ville est presque tourmenté par la quantité de l’eau, au point qu’il désire la soif; et peu s’en faut que les pierres dures et sourdes ne te disent elles-mêmes dans ce pays : « Frappe la terre de ton pied ; c’est ici une eau fraîche pour les ablutions, en même temps qu’une boisson pure. » (Coran, XXXVIII, 41) Les jardins entourent Damas, à l’instar de ce cercle lumineux, le halo, quand il environne la lune, ou des calices de la fleur qui embrassent les fruits. A l’est de cette ville, aussi loin que la vue peut s’étendre, se voit sa ghouthah (terre molle et fertile; nom de la campagne aux environs de Damas) verdoyante. Quel que soit le point que tu regardes sur ses quatre côtés, tu le vois chargé de fruits mûrs, à une aussi grande distance que tes yeux peuvent distinguer. Combien ont dit vrai ceux qui ont ainsi parlé à l’égard de cette ville : « Si le paradis est sur la terre, certes c’est Damas; et s’il est dans le ciel, cette ville lutte de « gloire avec lui, et égale ses beautés. »

Ibn Djozay dit: « Un poète de Damas a composé des vers dans ce sens, et il s’exprime ainsi : »

Si le paradis de l’éternité est placé sur la terre, c’est Damas, et pas d’autre ville que celle-ci.

S’il est dans le ciel, il lui a départi son atmosphère et son attrait.

La ville est excellente, et le maître clément (c’est-à-dire: Dieu est indulgent). Jouis donc de ce trésor, au soir et au matin. (Coran, XXXIV, 14.)

La ville de Damas a été mentionnée par notre cheikh traditionnaire, le voyageur Ghams eddîn Abou Abd Allah Mohammed, fils de Djâbir, fils de Hassan elkeïcy elouâdïâchy (originaire de Guadix), habitant à Tunis. Il a cité le texte d’Ibn Djobaïr, puis il a ajouté ce qui suit :

« L’auteur a bien parlé dans la description qu’il a faite de cette ville, et il s’est exprimé, à ce sujet, d’une manière sublime. Ceux qui ne l’ont pas vue désirent la connaître, par suite de ce qu’il en a dit. Quoiqu’il n’ait pas séjourné beaucoup à Damas, il en parle éloquemment, et avec la véracité d’un savant très profond. Mais il n’a pas décrit les teintes dorées de son crépuscule du soir, au moment où a lieu le coucher du soleil; ni les temps de ses foules agitées, ni les époques de ses joies célèbres. Du reste, il a particularisé suffisamment les faits, celui qui a dit de Damas : « Je l’ai trouvé tel que les langues le décrivent, et l’on y voit tout ce que l’esprit peut désirer et tout ce qui peut plaire aux yeux. » Ibn Djozay reprend : « Ce que les poètes ont dit touchant la description des beautés de Damas est si nombreux, qu’on ne saurait s’en rendre compte. Mon père récitait fréquemment les vers suivants sur cette ville, lesquels sont de Cherf eddîn, fils de Mohcin : »

Et Damas! j’éprouve pour lui un penchant qui me tourmente, bien qu’un dénonciateur m’importune, ou qu’un critique me presse.

C’est une contrée dont les cailloux sont des perles, la terre de l’ambre gris, et les souffles du nord comme un vin frais.

L’eau y coule bruyamment des lieux élevés et figure des chaînes : et

tout le monde peut en disposer (littéral, elle est lâchée). Le vent des vergers y est sain, quoique faible. »

Ces vers appartiennent, ajoute Ibn Djozay, à un mode de poésie sublime.

Le poète Arkalah eddimachky elkelby a dit, au sujet de cette ville :

Damas est le grain de beauté de la joue du monde, de même que Djillik (lieu près de Damas) offre l’image de sa pupille langoureuse.

Son myrte te présente un paradis sans fin, et son anémone une géhenne qui ne brûle pas.

Le même auteur a dit encore sur cette ville :

Quant à Damas, c’est un paradis anticipé pour ceux qui visitent celle, ville. On y voit et les garçons (cf. ci-dessus) et les houris.

Le son que la lune y fait entendre sur ses cordes imite le chant de la tourterelle et du merle.

Et les cottes de mailles que les doigts des vents entrelacent sur l’eau! Combien elles sont belles! Malheureusement, ce n’est qu’une illusion.

Ce poète a composé beaucoup d’autres vers sur Damas. Voici maintenant, sur cette ville, ce qu’a écrit Abou’louahch Séba’, fils de Khalk elaçady :

Dieu veuille abreuver Damas par une nuée bienfaisante, qui verse sur cette ville une pluie abondante et continue!

Dans le monde tout entier et dans ses horizons, rien n’égale la beauté de cette ville.

La Zaourâ de l’Irak (Bagdad, ou le Tigre) préférerait faire partie de Damas, au lieu d’appartenir à la Chaldée.

Son sol est aussi beau que le ciel, et ses fleurs sont comme les points lumineux qui brillent à son orient.

Le zéphyr de ses parterres, toutes les fois qu’il s’agite au soir, délivre du poids de ses peines l’homme soucieux.

Le printemps réside joyeusement dans les habitations de ce pays; et l’univers est entraîné vers ses marchés.

Ni les yeux, ni l’odorat ne se fatiguent jamais de la vue de Damas et de l’aspiration de ses parfums.

Parmi les poésies analogues aux morceaux précédents, voici des vers que l’excellent kadi Abd errahîm elbeïçâny a composés sur cette ville, et qui font partie d’un long poème. On prétend aussi que ce poème est l’ouvrage d’Ibn Elmonîr.

O éclair! veux-tu être porteur d’un salut qui soit doux et agréable comme ton eau limpide?

Visite Damas de bon matin avec les longs roseaux de la pluie; et les fleurs de ses vergers, qui semblent incrustées d’or et de pierreries, ou couronnées.

Etends sur le quartier de Djeïroûn ta robe de nuages, et surtout au-dessus d’une demeure qui est toute couverte de noblesse;

Où la fertilité du printemps a répandu tous ses dons; et les ondées printanières ont orné le pâturage.

Voici ce que dit, sur cette ville, Abou’l Haçan Aly, fils de Mouça, fils de Sa’id el’ansy, elgharnâthy, appelé Nour eddîn :

Damas, notre demeure, où le bonheur se montre parfait, tandis que, partout ailleurs, il est incomplet.

Les arbres dansent, et les oiseaux chantent ; les plantes y sont élevées, et les eaux coulent en pente.

Grâce aux plaisirs qu’on y éprouve, les visages des habitants resplendissent ; ils sont seulement cachés par les ombrages des grands arbres.

Chaque fleuve qu’on y voit a un Moïse qui le fait couler, et chaque verger qu’il possède sur ses bords est orné d’une belle verdure. (Allusion au prophète Khidhr ou Alkhadhir.)

Il dit encore, sur le même sujet:

Fixe ta demeure à Djillik, entre la coupe et la corde des instrumenta, dans un jardin qui remplit de satisfaction l’ouïe et la vue.

Fais jouir tes yeux de la contemplation de ses beautés; et exerce la pensée entre les parterres et le fleuve.

Regarde à Damas les teintes dorées qu’y revêt le soir, et écoute les mélodies des oiseaux sur les arbres.

Et dis à celui qui blâme un homme de ses plaisirs : « Laisse-moi ; car à mes yeux, tu ne fais pas partie des êtres humains. »

Il dit également à propos de Damas :

Cette ville est un paradis dans lequel l’étranger oublie son pays natal.

Mon Dieu! Qu’ils sont agréables les jours du samedi à Damas, et que leur coup d’œil est magnifique!

Vois de tes propres yeux; aperçois-tu autre chose qu’un objet aimé, ou un individu qui aime,

Dans la demeure où l’on entend les colombes roucouler sur le rameau qui danse?

Et l’on voit au matin les fleurs de ce séjour heureux s’enorgueillir de joie et de bonheur.

Les gens de Damas ne font aucun ouvrage le samedi; mais ils se rendent dans les lieux de plaisance, sur les bords des fleuves et sous l’ombre des grands arbres, entre les jardins fleuris et les eaux courantes, et ils y restent tout le jour, jusqu’à l’arrivée de la nuit.

« Nous nous sommes entretenus longtemps, continue Ibn Djozay, des belles qualités de Damas. Or, revenons maintenant au récit du cheikh Abou Abd Allah. »

La grande Mosquée des Omeyyades à Damas

DESCRIPTION DE LA MOSQUÉE DJÂMI DE DAMAS, NOMMÉE LA MOSQUÉE DES BÈNOU OMAYYAH.

C’est la plus sublime mosquée du monde par sa pompe, la plus artistement construite, la plus admirable par sa beauté, sa grâce et sa perfection. On n’en connaît pas une semblable, et l’on n’en trouve pas une seconde qui puisse soutenir la comparaison avec elle. Celui qui a présidé à sa construction et à son arrangement, fut le commandeur des croyants, Eloualîd, fils d’Abd elmalic, fils de Merouân. Il fit partir une ambassade vers l’empereur des Grecs, à Constantinople, pour intimer à ce prince l’ordre de lui envoyer des artisans, et ce dernier lui en expédia douze mille. Le lieu où se trouve la mosquée était d’abord une église, et lorsque les musulmans s’emparèrent de Damas, il arriva que Khalid, fils d’Eloualîd, entra de vive force par un de ses côtés, et parvint jusqu’au milieu de l’église. En même temps, Abou Obéidah, fils d’Eldjarrâh, entra sans coup férir par le côté opposé, qui était la partie occidentale, et arriva aussi jusqu’à la partie moyenne de l’église. Alors les mahométans firent une mosquée de la moitié de l’église qu’ils avaient envahie par les armes, et l’autre moitié, où ils étaient entrés du consentement des habitants, resta, comme auparavant, un temple des chrétiens. Plus tard, Eloualîd ayant résolu d’agrandir la mosquée aux dépens de l’église, demanda aux chrétiens de lui vendre celle-ci, contre un équivalent à leur choix; mais ils refusèrent, et alors Eloualîd la leur prit par force. Les chrétiens étaient persuadés que celui qui l’abattrait, deviendrait fou. On le dit à Eloualîd qui répliqua: « Je serai donc le premier qui perdra la raison pour l’amour de Dieu. » Aussitôt il prit une pioche, et commença à détruire l’église de ses propres mains. Quand les musulmans virent cela, ils accoururent à l’envi les uns des autres, pour accomplir sa destruction, et Dieu démentit ainsi l’opinion des chrétiens.

La mosquée fut ornée de ces cubes dorés (ou mosaïque) qu’on nomme fécîfeçâ (du grec ψῆfος), mélangés de différentes sortes de couleurs, d’une beauté admirable. La dimension de la mosquée en longueur, de l’orient à l’occident, est de deux cents pas, ou de trois cents coudées, et sa largeur, du midi au nord, de cent trente-cinq pas ou de deux cents coudées (plus exactement, deux cent deux coudées et demie). Le nombre d’ouvertures garnies de verres colorés, qu’on y voit, est de soixante et quatorze, et celui de ses nefs, de trois, qui s’étendent de l’est à l’ouest; la dimension de chaque nef est de dix-huit pas. Elles sont soutenues par cinquante-quatre colonnes et par huit pilastres de plâtre, qui les séparent, plus six autres de marbre, incrustés de différentes sortes de marbres colorés, et où l’on voit des figures d’autels (mihrâb) et autres représentations. Ils soutiennent la coupole, de plomb qui est devant le mihrâb, et qu’on appelle la coupole de l’aigle, comme si l’on avait assimilé la mosquée à un aigle qui vole, et dont la coupole serait la tête. Du reste, cette coupole est l’une des constructions les plus merveilleuses du monde. De quelque côté que tu te diriges vers la ville, tu l’aperçois s’élevant dans l’espace, et dominant tous les autres édifices.

La cour est entourée par trois nefs, sur ses côtés est, ouest et nord; l’étendue de chacune est de dix pas. Il y a trente-trois colonnes et quatorze pilastres. La mesure de la cour est de cent coudées, et elle offre une des plus jolies vues et des plus parfaites. Les habitants de la ville s’y réunissent tous les soirs : quelques-uns lisent, d’autres racontent les traditions, et d’autres enfin se promènent. Ils ne se séparent qu’après la dernière prière du soir. Quand quelque grand personnage parmi eux, soit jurisconsulte ou autre, rencontre un de ses amis, ils s’empressent d’aller l’un vers l’autre, et d’incliner la tête.

Dans cette cour il existe trois coupoles: l’une à son couchant, qui est la plus grande, nommée la coupole d’Aïcha (la mère des croyants). Elle est supportée par huit colonnes en marbre, ornées de petits carreaux et de peintures diverses, et elle est recouverte en plomb. On dit que les trésors de la mosquée y sont déposés, et l’on m’a raconté que le produit des champs ensemencés de la mosquée; et de ses revenus, est d’environ vingt-cinq mille dinars d’or par an.

La seconde coupole, à l’orient de la cour, est de la même architecture que la précédente, elle est seulement plus petite. Elle s’élève sur huit colonnes de marbre, et on l’appelle la coupole de Zeïn el’âbidîn (l’ornement des serviteurs de Dieu. — Nom du fils de Hoçaïn).

La troisième est située au milieu de la cour; elle est petite, de forme octogone, d’un fort beau marbre très bien joint, et supportée par quatre colonnes de marbre blanc d’une couleur claire.

Au-dessous d’elle se voit un grillage de fer, au milieu duquel existe un tuyau de cuivre qui lance de l’eau; celle-ci s’élève, puis elle décrit une courbe, et ressemble à une baguette d’argent. On appelle cet endroit la Cage de l’eau, et les gens prennent plaisir à placer leurs lèvres sous ce jet d’eau, pour boire.

Du côté oriental de la cour se trouve une porte qui conduit à une mosquée admirable par son emplacement, et qu’on appelle le mechhed d’Aly, fils d’Abou Thâlib. Et en face, au couchant, là où se réunissent les deux nefs, savoir, celle placée à l’occident et celle située au nord, on voit un endroit dans lequel on prétend qu’Aïcha racontait les actes et les discours du prophète.

Au midi de la mosquée est la grande tribune où se tient, pour présider à la prière, l’imâm des sectateurs de Châfeï. On y voit à l’angle oriental, et en face du mihrâb, une grande armoire dans laquelle est serré le livre sublime (le Coran), qui a été envoyé à Damas par le prince des croyants Othman, fils d’Affân. On ouvre cette armoire tous les vendredis, après la prière, et tout le monde se presse pour venir baiser ce livre sacré. C’est dans cet endroit qu’on défère le serment à ses débiteurs et à ceux, en général, auxquels on réclame quelque chose. A la gauche de la tribune est le mihrâb des compagnons du prophète, et les chroniqueurs disent que c’est le premier qui ait été construit sous l’islamisme. C’est l’imâm des partisans du rite de Malik qui officie en cette place. A droite de ladite tribune est la niche des hanéfites, où leur imâm préside à la prière. Tout à côté se trouve celle des sectateurs de Hanbal, où officie leur imâm.

Dans cette mosquée il y a trois minarets: l’un à l’est, qui a été construit par les chrétiens ; sa porte est dans l’intérieur de la mosquée. Dans sa partie inférieure il y a un vase pour les purifications, et des chambres pour les ablutions, où se lavent et se purifient les habitués et les attachés à la mosquée. Le second est situé au couchant, et il est aussi de construction chrétienne. Le troisième, qui est au nord, a été bâti par les musulmans. Le nombre des muezzins (ceux qui appellent aux prières) de cette mosquée est de soixante et dix. A l’orient de la mosquée il y a un grand espace grillé où se voit une citerne d’eau ; il appartient à la peuplade des Zayâli’ah (originaires de Zeïla’, sur la mer Rouge, en Abyssinie), qui sont des nègres.

Au milieu de la mosquée est le tombeau de Zacharie, au-dessus duquel se voit un cercueil placé obliquement entre deux colonnes, et recouvert d’une étoffe de soie noire et brodée. On y voit écrit, en lettres de couleur blanche, ce qui suit: « O Zacharie! nous t’annonçons la naissance d’un garçon, dont le nom sera Yahia » (saint Jean-Baptiste).

La renommée de cette mosquée et de ses mérites est très répandue; et j’ai lu à ce sujet dans l’ouvrage qui a pour titre: Les qualités excellentes de Damas, l’assertion suivante, fondée sur l’autorité de Sofiân etthaoury (un compagnon de Mahomet), à savoir : « La prière dans la mosquée de Damas équivaut à trente mille prières ». Et dans les traditions du prophète j’ai trouvé ces paroles de Muhammad: « On adorera Dieu, dans la mosquée de Damas, durant quarante années après la destruction du monde. »

On dit que la paroi méridionale de cette mosquée a été construite par le prophète de Dieu, Hoûd, et que son tombeau s’y trouve. Mais j’ai vu dans le voisinage de la ville de Zhafâr du Yaman, dans un endroit qu’on nomme Elahkâf (les monticules de sable, les déserts), un édifice où se voit un sépulcre sur lequel est l’inscription suivante: « C’est ici le tombeau de Hoûd, fils d’Abir, sur qui soit la bénédiction de Dieu et le salut. »

Parmi les mérites de cette mosquée, il faut compter que jamais la lecture du Coran et la prière ne cessent de s’y faire, si ce n’est pendant peu d’instants, ainsi que nous le montrerons. Le public s’y réunit tous les jours, immédiatement après la prière du matin, et il lit la septième partie du Coran. Il se rassemble aussi après la prière de trois heures, pour la lecture appelée alcaouthariyah; car on y lit dans le Coran depuis la soûrah du Caouthar (nom d’un fleuve du paradis, etc. chap. CVIII), jusqu’à la fin du livre sacré. Il y a des honoraires fixes, lesquels sont payés à ceux qui assistent à cette lecture, et dont le nombre est d’environ six cents. L’écrivain qui prend note des absents circule autour d’eux, et à celui qui manque, on retient, lors du payement, une somme proportionnée à son absence.

Dans cette mosquée il y a un nombre considérable de modjâouiroûn (habitants du temple); ils ne sortent jamais, et sont toujours occupés à la prière, à la lecture du Coran et à la célébration des louanges de Dieu. Ils ne discontinuent pas ces pieux exercices, et ils font leurs ablutions au moyen des vases qui se trouvent dans la tour orientale, que nous avons mentionnée. Les habitants de la ville leur fournissent gratuitement, et de leur plein gré, tout ce dont ils ont besoin pour leur nourriture et leurs vêtements.

Cette mosquée a quatre portes :

1° Une porte méridionale, nommée Bâb ezziyâdah (la porte de l’augmentation); au-dessus d’elle il y a un fragment de la lance sur laquelle se trouvait l’étendard de Khalid, fils d’Eloualîd. Cette porte a un large vestibule, très vaste, où sont les boutiques des fripiers et autres marchands. C’est par là que l’on se rend à la caserne de la cavalerie; et à la gauche de celui qui sort par ce point, se trouve la galerie des fondeurs en cuivre ou chaudronniers. C’est un grand marché, qui s’étend le long de la paroi méridionale de la mosquée, et un des plus beaux de Damas. Sur son emplacement a existé l’hôtel de Mo’âouiyah, fils d’Abou Sofiân, ainsi que les maisons de ses gens ; on les appelait Elkhadhrâ (la verte). Les fils d’Abbâs les ont détruites, et l’endroit qu’elles occupaient est devenu un marché.

2° Une porte orientale; c’est la plus grande de celles de la mosquée, et on l’appelle la porte de Djeïroûn (c’est la porte des heures). Elle a un vestibule magnifique, par où l’on passe dans une grande nef, fort étendue, au-devant de laquelle sont cinq portes, qui ont chacune six colonnes très hautes. A sa gauche est un grand mausolée, où était (autrefois) la tête de Hoçaïn, et en face, une petite mosquée, qui prend son nom d’Omar fils d’Abd el-Aziz; elle est fournie d’eau courante. L’on a disposé devant la nef des marches par où l’on descend dans le vestibule, qui ressemble a un grand fossé, et qui se joint à une porte très haute, au-dessous de laquelle sont des colonnes élevées, pareilles à des troncs de palmiers.

Des deux côtés de ce vestibule existent des colonnes sur lesquelles reposent des allées circulaires, où sont les boutiques des marchands de toile et autres trafiquants, et sur celles-ci s’étendent des voies allongées, où sont les magasins des joailliers, des libraires et des fabricants de vases en verre admirables. Dans l’espace étendu qui est contigu à la première porte, se voient les estrades des principaux notaires; parmi elles, deux sont destinées à ceux appartenant au rite de Châfeï, et les autres, à ceux des autres sectes orthodoxes. On trouve dans chaque loge cinq ou six tabellions, et, de plus, la personne chargée par le juge de consacrer les mariages. Tous les autres notaires sont dispersés dans la ville.

Dans le voisinage de ces boutiques se trouve le marché des papetiers, qui vendent le papier, les roseaux pour écrire, et l’encre. Au milieu du vestibule mentionné est un bassin en marbre, grand, de forme circulaire, et surmonté d’un dôme sans toit (à jour), que supportent des colonnes de marbre. Au centre du bassin se voit un tuyau de cuivre qui pousse l’eau avec force, et elle s’élève dans l’air plus haut que la taille d’un homme. On l’appelle Alféouârah (le jet d’eau), et son aspect est admirable. A droite de celui qui sort par la porte Djeïroûn (et c’est la porte des heures) il est une salle haute, en forme de grande arcade, dans laquelle il y a des arcades plus petites et ouvertes. Elles ont des portes en nombre égal à celui des heures de la journée, et peintes à l’intérieur en vert, et à l’extérieur en jaune. Quand une heure du jour s’est écoulée, l’intérieur, qui est vert, se tourne en dehors, et l’extérieur, qui est jaune, se tourne en dedans. On dit qu’il y a quelqu’un, dans l’intérieur de la salle, qui est chargé d’exécuter ce changement avec les mains, à mesure que les heures passent.

3° Une porte occidentale, qui s’appelle la porte de la Poste; à droite de celui qui en sort, est le collège des sectateurs de Châfeï. Elle a un vestibule où se trouvent les boutiques des fabricants de bougies, et une galerie pour la vente des fruits. Dans sa partie la plus haute, il y a une porte à laquelle on monte par des degrés; elle a des colonnes qui s’élèvent dans l’air, et sous l’escalier sont deux fontaines circulaires, à droite et à gauche.

4° Une porte septentrionale, nommée Bâb ennathafânîn, qui a un vestibule spacieux. A droite de celui qui en sort est le couvent qu’on appelle Echchami’âniyah, qui a au milieu une citerne d’eau; il possède des bains, dans lesquels l’eau coule, et l’on dit que c’était d’abord l’hôtel d’Omar, fils d’Abd el-Aziz.

Près de chacune de ces quatre portes de la mosquée, il existe une maison pour faire les ablutions, où il y a environ cent chambres, dans lesquelles l’eau coule en abondance.

La Grande Mosquée des Omeyyades de Damas
La Grande Mosquée des Omeyyades de Damas gustav bauernfeind

DES IMÂMS DE CETTE MOSQUEE.

Ils sont au nombre de treize; le premier est celui des chaféites, qui était au temps de mon entrée à Damas, le chef des juges, Djélal eddîn, Mohammed, fils d’Abd er-Rahman Elkazouîny, un des principaux jurisconsultes; il était aussi le prédicateur de la mosquée, et il habitait dans la maison appelée l’Hôtel du khathîb. Il sortait par la porte de fer, qui est en face de la tribune; c’est la porte par laquelle sortait Mo’âouiyah. Plus tard, Djélal eddîn devint grand juge en Egypte, après que le roi Nacir eut payé pour lui à peu près cent mille dirhems de dettes qu’il avait à Damas.

Quand l’imam des chaféites a fini sa prière, celui du sanctuaire d’Aly commence la sienne, et après, celui du mausolée de Hoçaïn, ensuite l’imâm de la Callâçah (lieu où l’on fait la chaux, four à chaux), puis celui du mausolée d’Abou Bekr; vient ensuite l’imâm du mechhed Omar, puis celui du mechhed Othman, et puis l’imâm des mâlikites. Lors de mon arrivée à Damas, c’était le jurisconsulte Abou Omar, fils d’Abou’loualîd, fils du hadj Ettodjîby, originaire de Cordoue, né à Grenade, et habitant à Damas; il remplissait la fonction d’imâm en alternant avec son frère. Venait ensuite l’imâm des hanéfites, qui était alors le jurisconsulte Imad eddîn Elhanéfy, nommé Ibn Erroûmy; c’est un des principaux soufis. Il est le cheikh du couvent qui porte le nom d’Elkhâtoûniyah; il est aussi le supérieur d’un autre couvent situé à Echcherf ela’là. Enfin, c’était le tour de l’imâm des hanbalites, qui était alors le cheikh Abd Allah Elcafif, un des docteurs de la lecture du Coran à Damas. (On voit que l’auteur n’a nommé jusqu’ici que dix imâms sur les treize annoncés ci-dessus.)

Après tous ceux que nous avons nommés, venaient cinq imâms pour présider aux prières satisfactoires. (Cf. Tableau de l’Empire Othoman, par d’Ohsson, t. II, p. 153 et suiv.)

La prière ne cesse point dans cette mosquée, depuis le commencement du jour jusqu’au tiers de la nuit; il en est de même de la lecture du Coran, et c’est une des gloires de cette mosquée bénie.

La Mosquée des Omeyyades à Damas
La Mosquée des Omeyyades à Damas

DES PROFESSEURS ET DES MAÎTRES DE LADITE MOSQUEE.

Dans cette cathédrale, de nombreux auditoires assistent à des leçons traitant des différentes branches de la science. Les traditionnaires lisent les ouvrages des hadîth, sur des estrades élevées, et les lecteurs du Coran déclament avec de belles voix, le malin et le soir. Il y a un certain nombre d’instituteurs pour expliquer le livre de Dieu; chacun d’eux s’appuie contre une des colonnes de la mosquée, instruit les enfants, et les fait lire. Ils n’écrivent point le Coran sur des tablettes, par vénération pour le livre du Dieu très Haut; mais ils le lisent seulement pour qu’il serve d’instruction. Le maître d’écriture est un autre que celui du Coran, et il instruit les enfants au moyen d’ouvrages de poésies et autres. Les enfants passent de l’enseignement oral aux leçons d’écriture, et de cette usinière ils apprennent à écrire fort bien; car le maître d’écriture n’enseigne pas autre chose.

Parmi les professeurs de ladite mosquée, nous citerons : 1° Le savant, le pieux Borhân eddîn, fils d’Elfarcah, de la secte de Châfeï.

2° Le savant, le pieux Nour eddîn Abou’lyosr, fils du sâïgh (l’orfèvre), un des personnages célèbres par le mérite et la piété. Lorsque Djélal eddîn Elkazouîny fut nommé kadi au Caire, on envoya à Abou’lyosr le vêtement d’honneur et le diplôme de juge à Damas; mais il refusa.

3° L’imâm, le savant Schihâb eddîn, fils de Djehbel, un des principaux savants. Il s’enfuit de Damas lorsqu’Abou’lyosr eut refusé la dignité de kadi de cette ville, de peur d’en être à son tour investi. Le roi Nacir fut informé de cela, et il chargea des fonctions de juge à Damas le premier cheikh de l’Egypte, le pôle des contemplatifs, la langue des orateurs (ou théologiens dogmatiques), Alâ eddîn El-koûnéouy (de Kounia ou Iconium), un des plus grands docteurs.

4° L’imam, l’excellent Bedr eddîn Aly essakhâouy, du rite de Malik. (Que Dieu ait pitié d’eux tous!)

Scène de rue à Damas, Syrie, (Sham)
Scène de rue à Damas, Syrie, (Sham)Gustav Bauernfeind

DES KADIS À DAMAS.

Nous avons déjà mentionné le grand juge de la secte de Châfeï dans cette ville, Djélal eddîn Mohammed, fils d’Abd er-Rahman Elkazouîny. Quant au juge des mâlikites, c’est Cherf eddîn, fils du prédicateur du Fayoum, beau de figure et d’extérieur, un des chefs principaux, et premier cheikh des soufis. Son substitut dans les fonctions de juge est Chems eddîn, fils d’Elkafsy, et son tribunal est dans le collège Essanisâmiyah (de Samsâm eddîn, ou sabre tranchant de la religion). Le chef des kadis des hanéfites est Imad eddîn Elhaourâny, homme très violent. C’est chez lui que se rendent les femmes et leurs maris pour faire juger leurs contestations ; et lorsque les derniers entendent seulement le nom du kadi hanéfite, ils font justice à leurs femmes, avant d’arriver au tribunal. Le juge des hambélites était le vertueux imâm Izz eddîn, fils de Moslim, un des meilleurs juges. Il allait et venait, monté sur un âne qui lui appartenait, et il mourut à Médine, dans un voyage qu’il fit dans le noble Hedjaz.

Afficher l'image d'origine

ANECDOTE.

Il y avait à Damas, parmi les grands docteurs de la secte de Hambal, un certain Taky eddîn, fils de Taïmiyah, qui jouissait d’une grande considération. Il discourait sur les sciences en général ; mais il y avait dans son cerveau quelque chose de dérangé. Les habitants de Damas l’honoraient excessivement, et il les prêchait du haut de la chaire. Une fois, il y dit de certaines choses que les docteurs désapprouvèrent ; ils le déférèrent au roi Nacir, qui ordonna de l’amener au Caire. Les juges et les jurisconsultes s’assemblèrent dans la salle d’audience du roi Nacir, et Cherf eddîn Ezzouâouy, de la secte de Malik, dit : « Certes, que cet homme a dit cela et cela », et il énuméra les choses qu’on réprouvait chez le fils de Taïmiyah. Il produisit des attestations à ce sujet, et les plaça devant le chef des kadis. Celui-ci demanda a lors à Ibn Taïmiyah: « Que réponds-tu? » et l’accusé dit: « Il n’y a point d’autre Dieu qu’Allah. » Le juge répéta la question, et l’accusé fit la même réponse. Le roi ordonna qu’il fût emprisonné, et il resta en effet détenu plusieurs années. Dans sa prison il composa un livre sur l’explication du Coran, qu’il a intitulé la Mer environnante(l’Océan), et qui est en quarante volumes environ.

Plus tard, sa mère se présenta au roi Nacir et se plaignit à lui, et le roi ordonna de le mettre en liberté. Mais dans la suite il tint une conduite pareille à celle que nous venons de rapporter; et je me trouvais alors à Damas. J’étais donc présent un vendredi pendant qu’il exhortait et prêchait le peuple du haut de la chaire de la mosquée cathédrale. Il dit entre autres choses : « Certes, que Dieu descend vers le ciel du monde, comme je descends maintenant », et il descendit une des marches de l’escalier de la chaire. Un docteur mâlikite, qui était connu sous le nom du fils de Zahrâ, le contredit, et blâma son discours; mais la populace se leva contre ce docteur, et le frappa très fort avec les mains et les sandales, de manière que son turban tomba et laissa voir sur sa tête une calotte de soie. La multitude réprouva l’usage de cet objet, et conduisit le fils de Zahrâ à la demeure d’Izz eddîn, fils de Moslim, juge de la secte de Hambal, qui ordonna de l’emprisonner et lui infligea ensuite la bastonnade. Les docteurs mâlikites et chaféites désapprouvèrent cette punition, et en référèrent au roi des émirs, Seïf eddîn Tenkîz, qui était un des meilleurs chefs et des plus vertueux. Tenkîz écrivit à ce sujet au roi Nacir, et rédigea en même temps une attestation légale contre le fils de Taimiyah, à propos des choses blâmables qu’il avait avancées, entre autres : « Que celui qui prononce les trois formules du divorce d’un seul coup, n’est pas plus lié que s’il n’avait divorcé qu’une fois », et secondement : « Que le voyageur qui a pour but le pèlerinage au tombeau de Muhammad à Médine (puisse Dieu augmenter toujours ses avantages!), ne doit pas abréger sa prière », et autres allégations semblables. L’émir expédia l’acte légalisé au roi Nacir, qui ordonna d’emprisonner le coupable dans la forteresse; et il y fut détenu, jusqu’à ce qu’il mourût dans sa prison.

File:Kuppel Nur ad-Din Madrasa.JPG
La Madrasa Nur al-Din (arabe: المدرسة النورية, al-madrasa un-Nuriyya) est une funéraire madrasa de Damas, en Syrie., dans le Suq al-Khayattin, à l’intérieur des murs de la ville, construite en 1167 par Nur ad-Din Zangi, atabeg de Syrie, qui est enterré là. Le complexe comprend une mosquée, une madrasa et le mausolée du fondateur.

DES COLLÈGES À DAMAS.

Ceux qui suivent le rite de Châfeï ont à Damas plusieurs collèges ; le plus grand est celui appelé El’âdiliyah, où rend ses jugements le chef des kadis. En face, il y a le collège Ezzhâhiriyah, où se trouve le mausolée du roi Zhâhir; c’est là que siègent les substituts du kadi. L’un d’eux est Fakhr eddîn Elkibthy (le Copte). Son père était un des secrétaires égyptiens, mais il embrassa l’islam. Un autre est Djémal eddîn, fils de Djomlah. Il a été plus tard chef des kadis des chaféites, puis il perdit cette place pour une affaire qui nécessita sa destitution (ainsi que je vais le raconter).

Fichier:. المدرسة العادلية الكبرى jpg
Al-Adiliyah Madrasa (arabe: المدرسة العادلية) est une madrassa construite en 1215  située dans la ville de Damas, Syrie

.

ANECDOTE.

Le vertueux cheikh Zhahîr eddîn (l’aide de la religion) El’adjemy se trouvait à Damas. Il avait pour disciple Seïf eddîn Tenkîz, roi des émirs, qui l’honorait beaucoup. Le cheikh se présenta un jour chez le roi des émirs, dans l’endroit nommé Dâr el’adl (la maison de la justice), où se trouvaient aussi les quatre kadis (principaux). Le chef des juges, Djémal eddîn, fils de Djomlah, raconta une histoire, et Zhahîr eddîn lui dit : « Tu as menti. » Le juge fut indigné de cela, et conçut beaucoup de colère contre lui. Il dit à l’émir : « Comment! lui sera-t-il permis de me traiter de menteur en ta présence? » L’émir lui dit : « Juge-le », et il le lui livra, pensant qu’il s’en tiendrait là, et ne lui ferait aucun mal. Mais le kadi le fit amener au collège

El’âdiliyah, et lui infligea deux cents coups de fouet; puis il le fit promener sur un âne dans la ville de Damas, tandis qu’un crieur proclamait le motif de la punition et chaque fois qu’il avait fini son annonce, il le frappait d’un coup sur le dos; car c’est là l’usage chez eux.

Le roi des émirs fut informé de cela, et il désapprouva fortement une telle conduite. Il fit venir les juges et les jurisconsultes, et tous convinrent de la faute du kadi, qui avait jugé contrairement à son rite. En effet, la loi pénale n’admet pas, pour le chaféite, cette sorte de punition; et le grand juge des mâlikites, Cherf eddîn, dit que l’arrêt en question violait la loi, et était rejeté par les principes de la secte de Châfeï. En conséquence, Tenkîz écrivit cela au roi Nacir, qui destitua Djémal eddîn, fils de Djomlah, de sa fonction de chef des kadis des chaféites.

Les hanéfites ont beaucoup de collèges à Damas : le plus grand est celui du sultan Nour eddîn, où siège le chef des kadis des hanéfites. Les mâlikites ont trois collèges, l’un est Essamsâmiyah ; c’est là que demeure le grand juge des mâlikites, et qu’il rend ses jugements; l’autre est le collège Ennoûriyah, construit par le sultan Nour eddîn Mahmoud, fils de Zengui; et le troisième, la medréceh Echchérâbichiyeh, construite par Chihâb eddîn Echchérâbichy (fabricant ou marchand de cherbouches, espèce de coiffure), le marchand. Les hanbalites ont à Damas un grand nombre de collèges; le principal est la medréceh Ennadjmiyeh.

Ancienne carte de Damas, source : Braun et Hogenberg Civitates Orbis Terrarum II 55 Date: La première édition en latin date de 1575
Ancienne carte de Damas, source : Braun et Hogenberg Civitates Orbis Terrarum II 55
Date: La première édition en latin date de 1575

DES PORTES DE DAMAS.

Cette ville à huit portes : l’une d’elles est la porte d’Elfarâdîs (des jardins), une autre la porte d’Eldjâbiyah (du bassin; et nom d’un lieu près de Damas), une troisième celle appelée Bâb essaghîr (la petite porte). Entre ces deux dernières il y a un cimetière où sont enterrés un très grand nombre de compagnons de Mahomet, de martyrs, et d’autres personnages plus récents.

Mohammed, fils de Djozay, dit : « Un poète moderne de Damas s’est exprimé avec élégance, ainsi qu’il suit, au sujet du nombre de ses portes : »

Damas, par ses qualités, est un jardin de l’éternité (ou du paradis), agréable.

Ne vois-tu pas que ses portes sont au nombre de huit? (Comme celles du paradis, selon les mahométans.)

Baab Saghir la tombe de Bilal al-Habashi, le premier Mu'adh-dhin.
Baab Saghir la tombe de Bilal al-Habashi,radi Allah anhu le premier Mu’adh-dhin.

DE QUELQUES MAUSOLÉES ET LIEUX DE PÈLERINAGE À DAMAS.

Parmi ces mausolées, dans le cimetière situé entre les deux portes, celle dite Eldjâbiyah, et la petite, sont les tombeaux suivants : celui de Oumm Habîbah, fille d’Abou Sofiân, mère des croyants (épouse de Muhammad paix sur lui ); celui de son frère, le prince des croyants, Mo’âouiyah; le sépulcre de Bilâl, muezzin (crieur) de l’apôtre de Dieu, celui de Ouweïs elkarany et le tombeau de Ca’b elahbâr (la gloire des docteurs, ou des hommes probes).

J’ai trouvé dans l’ouvrage intitulé : Le livre du précepteur touchant l’explication du Sahîh de Moslim, par Alkorthoby, qu’un certain nombre de compagnons du prophète allaient une fois de Médine à Damas, en compagnie d’Ouweïs elkarany, qui mourut en route, dans un désert, où il n’y avait ni habitations ni eau. Ils furent dans l’embarras à cause de cet événement. Ils descendent de leurs montures, et voici qu’ils trouvent des aromates, un linceul et de l’eau, ce qui les étonna beaucoup. Ils lavèrent le cadavre, l’enveloppèrent du drap mortuaire, et après avoir prié sur lui, ils l’enterrèrent. Après cela, ils se remirent en voyage; mais l’un d’eux dit aussitôt : « Comment? laisserons-nous ce tombeau sans un signe pour le reconnaître? » Ils retournèrent alors sur leurs pas, et ils ne trouvèrent aucune trace du sépulcre.

Voici ce que fait observer Ibn Djozay : « On assure qu’Ouweïs a été tué à Siffîn, en combattant pour Aly; et cette version est, grâce à Dieu, plus authentique. »

Près de la porte Eldjâbiyah se trouve une porte orientale, à côté de laquelle il y a un cimetière, où se voit le tombeau d’Obeyy, fils de Ca’b, compagnon de l’envoyé de Dieu. On y trouve aussi le sépulcre du serviteur de Dieu, le pieux Raslân, surnommé le faucon cendré.

ANECDOTE AU SUJET DE CE SURNOM.

On raconte que le vertueux cheikh Ahmed errifâ’y, demeurait à Oumm Obéidah, dans le voisinage de Ouâcith, et qu’entre lui et le saint Abou Medîn Cho’aïb, fils d’El-Hoçaïn, il y avait une grande amitié et une correspondance continuelle. On assure que chacun d’eux saluait son ami matin et soir, et que l’autre lui rendait les salutations, (c’est-à-dire qu’ils faisaient des vœux l’un pour l’autre; car ils n’habitaient pas la même contrée). Le cheikh Ahmed avait près de sa zaouïa des palmiers, et une certaine année, en les coupant, selon son habitude, il laissa un régime de dattes en disant : « Ceci sera pour mon frère Cho’aïb. Celui-ci faisait cette année-là le pèlerinage de la Mecque, et les deux amis se retrouvèrent dans la noble station à Arafah. Le domestique du cheikh Ahmed, appelé Raslân, était avec son maître, pendant que les deux amis avaient lié conversation, et que le cheikh racontait l’histoire de la grappe de dattes. Alors Raslân lui dit : « Si tu l’ordonnes, ô mon maître, je l’apporterai tout de suite à ton camarade. » Avec la permission du cheikh, il partit immédiatement, et apporta bientôt après le régime de dattes, qu’il déposa devant les deux amis.

Les gens de la zaouïa ont raconté que, le soir de la journée d’Arafah, ils virent un faucon gris qui s’était abattu sur le palmier, avait coupé la grappe, et l’avait transportée dans les airs.

A l’occident de Damas est un cimetière connu sous la dénomination de Tombeaux des martyrs. On y voit, entre autres, le tombeau d’Abou’ddardâ (le père de l’édentée), et de son épouse Oumm Eddardâ; celui de Fadhâlah, fils d’Obeïd; celui de Ouâthilah, fils d’Elaska’; celui de Sahl, fils de Hanzhaliyah ; et tous ceux-ci sont au nombre des personnages qui ont prêté serment sous l’arbre, à Mahomet. (Cf. Coran, XLVIII, 18; et Essai sur l’Hist. des Arabes, par M. A. P. Caussin de Perceval, t. III, p. 181-182.)

Dans un bourg nommé Elmanîhah, à l’orient de Damas et à la distance de quatre milles, il y a le sépulcre de Sa’d, fils d’Obâdah, à côté duquel existe une petite mosquée, d’une belle construction. A la tête du sépulcre est une pierre, avec cette inscription : C’est ici le tombeau de Sa’d, fils d’Obâdah, chef de la tribu de Khazradj, compagnon de l’envoyé de Dieu, etc.

Dans un village, au midi de la ville, à la distance d’une parasange, est situé le mausolée d’Oumm Colthoûm, fille d’Aly, fils d’Abou Thâlib, et de Fatima. On dit que son nom était Zaïnab (Zénobie), et que le Prophète la surnomma Oumm Colthoûm, à cause de sa ressemblance avec sa tante maternelle Oumm Colthoûm, fille de l’envoyé de Dieu. Tout près de son tombeau, il y a une noble mosquée autour de laquelle sont des habitations, et qui est dotée de legs pieux. Les gens de Damas l’appellent le Mausolée de la dame Oumm Colthoûm. Dans le même village se trouve un autre tombeau qu’on dit être celui de Socaïnah, fille de Hoçaïn, fils d’Aly; et dans la mosquée principale d’Enneïreb, un des bourgs dépendants de Damas, on voit dans une cellule, à l’est, un tombeau qu’on dit être celui d’Oumm Miriam (la mère de Marie). Enfin, dans un village qu’on nomme Dârayâ, à l’ouest de la ville, et à la distance de quatre milles, se voit le tombeau d’Abou Moslim elkhaoulâny, et celui d’Abou Soleïman eddârâny.

Au nombre des lieux de réunion à Damas, qui sont célèbres par leur sainteté, se trouve la mosquée d’Elakdâm (des pieds). Elle est située au midi de Damas, à la distance de deux milles, à côté de la principale route qui conduit au noble Hedjaz, à Jérusalem et en Egypte. C’est une grande mosquée, riche en bénédictions, et possédant beaucoup de legs pieux. Les habitants de Damas la tiennent en grande considération. Quant à la dénomination qu’elle porte, elle la doit à des pieds dont l’empreinte est tracée dans une pierre qui s’y trouve; et l’on dit que ce sont les marques des pieds de Moïse. Dans cette mosquée il y a une petite chambre, où se voit une pierre sur laquelle est écrit ce qui suit : Un homme pieux a vu en songe Mahomet, qui lui a dit que dans ce lieu se trouve le tombeau de son frère Moïse. Dans les environs de cette mosquée, et sur le chemin, il y a un endroit qu’on nomme Elcathîb elahmar (la colline de sable rouge) ; et dans le voisinage de Jérusalem et d’Aribâ (Jéricho), est un lieu qu’on nomme de la même manière, et que les Israélites honorent beaucoup.

ANECDOTE.

J’ai vu dans les jours de la grande peste à Damas (la peste de 1348, ou peste noire), à la fin du mois de rabi’ second de l’année quarante-neuf (749 hég. = juillet 1348 J. C), un témoignage du respect des habitants de Damas pour cette mosquée, qui est digne d’admiration, et dont voici le détail: Le roi des émirs, lieutenant du sultan, Arghoun chah, ordonna à un crieur de proclamer dans Damas que tout le monde eût à jeûner pendant trois jours, et que personne ne fit cuire alors dans les marchés rien de ce qui sert à la nourriture de l’homme tout le long du jour. (Or, à Damas, la plupart des habitants ne mangent que ce qu’on prépare dans les marchés). Les Damasquins jeûnèrent trois jours consécutifs, dont le dernier était un jeudi. Ensuite les émirs, les chérifs, les kadis, les fakîhs et les autres ordres, se réunirent tous pêle-mêle dans cette mosquée principale, au point qu’elle fut comble. Ils y passèrent la nuit du jeudi au vendredi, en priant, louant Dieu, et faisant des vœux. Ils firent après cela la prière de l’aurore, et tous sortirent à pied, tenant dans leurs mains des Corans; et les émirs étaient nu-pieds.

Tous les habitants de la ville, hommes, femmes, petits et grands prirent part à cette procession. Les Juifs sortirent avec leur Pentateuque et les chrétiens avec leur Evangile, et ils étaient suivis de leurs femmes et de leurs enfants. Tous pleuraient, suppliaient, et cherchaient un recours près de Dieu, au moyen de ses livres et de ses prophètes. Ils se rendirent à la mosquée Elakdâm, et ils y restèrent, occupés à supplier et à invoquer Dieu, jusque vers le zaouâl (temps de midi à trois heures). Ensuite ils retournèrent à la ville, ils firent la prière du vendredi, et Dieu les soulagea.

Le nombre des morts n’a pas atteint à Damas deux mille dans un jour, tandis qu’au Caire et à Misr (Fosthâth), il a été de vingt-quatre mille dans un seul jour.

Auprès de la porte orientale de Damas il y a une tour de couleur blanche, et l’on dit que c’est près de là que descendra Jésus, suivant ce qui nous a été transmis dans le Sahîh de Moslim.

DESCRIPTION DES FAUBOURGS DE DAMAS.

Cette ville est entourée de faubourgs de tous les côtés, à l’exception du côté oriental ; ils couvrent un vaste emplacement, et leur intérieur est plus beau que celui de Damas, à cause du peu de largeur dans les rues de cette ville. Du côté du nord est le faubourg d’Essalihiyah : c’est une grande ville qui possède un marché sans pareil pour la beauté. Elle a une mosquée cathédrale et un hôpital, elle a aussi un collège, nommé le collège d’Ibn Omar, lequel est consacré à ceux qui veulent apprendre le noble Coran, sous la direction des docteurs et des hommes âgés. Les disciples et les professeurs reçoivent ce qui leur est nécessaire, soit en nourriture, soit en habillements. Dans l’intérieur de la ville il y a encore un collège qui a la même destination, et qui est appelé le collège d’Ibn Monaddjâ. Les gens d’Essalihiyah suivent tous le rite de l’imâm Ahmed, fils de Hanbal.

Vue de Damas depuis Qasiyon
Vue de Damas depuis Qasiyon

DESCRIPTION DE KÂCIOÛN, ET DE SES LIEUX BENIS DE PÈLERINAGE.

Kâcioûn est une montagne au nord de Damas (le mont Casius), et au pied de laquelle se voit Sâlihiyah. C’est une montagne célèbre par son caractère de sainteté, car c’est l’endroit d’où les prophètes se sont élevés au ciel. Parmi ses nobles lieux de pèlerinage, est la caverne où naquit Abraham, l’ami de Dieu. C’est une grotte longue et étroite, près de laquelle existe une grande mosquée, avec un minaret élevé. De cette caverne Abraham a vu l’étoile, la lune et le soleil, ainsi que nous l’apprend le livre sublime (Coran, VI, 76, 77. 78).

A l’extérieur de la grotte se voit le lieu de repos d’Abraham, où il avait coutume de se rendre. J’ai pourtant vu dans le pays de l’Irak un village nommé Bors, entre Elhillah et Bagdad, et où l’on dit qu’Abraham est né. Il est situé dans le voisinage de la ville de Dhou’lkefl (possesseur déjeune; ou l’homme aux mortifications, sur qui soit le salut!), et son tombeau s’y trouve. (Cf. Coran, XXI, 85;XXXVIII, 48.)

Un autre sanctuaire du mont Kâcioûn, situé à l’occident, est la Grotte du sang; au-dessus d’elle, dans la montagne, se voit le sang d’Abel, fils d’Adam. Dieu en a fait rester dans la pierre une trace vermeille, juste à l’endroit où son frère l’a tué et d’où il l’a traîné jusqu’à la caverne. On dit qu’Abraham, Moïse, Jésus, Job et Lot ont prié dans cette grotte. Près d’elle il y a une mosquée solidement construite, à laquelle on monte par un escalier, et qui possède des cellules, et autres endroits commodes à habiter. On l’ouvre tous les lundis et les jeudis, et des bougies et des lampes sont allumées dans la caverne.

Un autre lieu qu’on visite est une vaste grotte au sommet de la montagne, que l’on nomme la Caverne d’Adam, et à côté de laquelle il y a un édifice. Plus bas que cette grotte, il en existe une autre, qu’on appelle la Grotte de la faim. On dit que soixante et dix prophètes s’y sont réfugiés, et qu’ils n’avaient pour toute provision qu’un pain rond et mince. Ils le faisaient circuler parmi eux, et chacun l’offrait à son compagnon, de sorte qu’ils moururent tous. Près de cette caverne il y a une mosquée bien bâtie, et où des lampes brûlent nuit et jour. Toutes ces mosquées possèdent en propre beaucoup de fondations pieuses. On dit encore que, entre la porte des jardins et la mosquée principale du Kâcioûn, se trouve le lieu d’inhumation de sept cents prophètes, et, d’après une autre version, de soixante et dix mille prophètes.

Au dehors de la ville se voit le vieux cimetière; c’est le lieu de sépulture des prophètes et des saints. A côté de ce cimetière, tout près des jardins, est un terrain déprimé, dont l’eau s’est emparée, et l’on dit que c’est la sépulture de soixante et dix prophètes. Mais l’eau séjourne dans cet endroit d’une manière permanente, et l’on ne peut plus y enterrer personne.

DESCRIPTION DE LA COLLINE ET DES VILLAGES QUI L’AVOISINENT.

En haut du mont Kâcioûn est la colline bénie, mentionnée dans le livre de Dieu (le Coran), et qui possède la stabilité, la source d’eau pure, et l’habitation du Messie Jésus et de sa mère. (Coran,XXIII, 52, déjà cité) C’est un des plus jolis points de vue du monde et un de ses plus beaux lieux de plaisance. On y trouve des palais élevés, de nobles édifices et des jardins admirables. L’habitation bénie est une petite grotte au milieu de la colline, à l’instar d’un petit logement, et en face est une cellule qu’on dit avoir été l’oratoire de Khidhr (Elie). La foule s’empresse à l’envi de venir prier dans cette caverne. L’habitation est pourvue d’une petite porte de fer, et la mosquée l’entoure. Celle-ci renferme des allées circulaires, et un beau réservoir où l’eau descend; après quoi, elle se déverse dans un conduit qui se trouve dans le mur, et qui communique à un bassin de marbre dans lequel l’eau tombe. Ce dernier n’a pas de pareil pour sa beauté et la singularité de sa structure. Près de cette fontaine il y a des cabinets pour faire les ablutions, et où l’eau coule.

Cette colline bénie est comme la tête des jardins de Damas, car elle possède les sources qui les arrosent. Celles-ci se partagent en sept canaux, dont chacun se dirige d’un côté différent. Cet endroit s’appelle le lieu des divisions. Le plus grand de ces canaux est celui qui est nommé Tourah. Il coule au-dessous de la colline, et on lui a creusé dans la pierre dure un lit qui ressemble à une grande caverne. Souvent quelque nageur audacieux plonge dans le canal, du haut de la colline, et il est entraîné dans l’eau, jusqu’à ce qu’il ait parcouru le canal souterrain, et qu’il en sorte au bas de la colline : et c’est là une entreprise fort périlleuse.

Cette colline domine les jardins qui entourent la ville, et sa beauté et l’étendue du champ de délices qu’elle offre aux regards, sont incomparables. Les sept canaux dont nous avons parlé suivent tous des directions différentes. Les yeux demeurent éblouis de la beauté de leur ensemble, de leur séparation, de leur courant et de leur effusion. En somme, la grâce de la colline et sa beauté parfaite sont au-dessus de tout ce qu’on peut exprimer par une description.

Elle possède beaucoup de legs pieux en champs cultivés, en vergers et en maisons, au moyen desquels on sert les traitements de l’imâm, du muezzin et l’on défraye les voyageurs.

Au bas de la colline est le village de Neïreb. Il contient beaucoup de jardins, des ombrages touffus, des arbres rapprochés, et l’on ne peut, par conséquent, voir ses édifices, si ce n’est ceux dont la hauteur est considérable. Il possède un joli bain et une mosquée principale admirable, dont la cour est pavée de petits cubes de marbre. On y voit une fontaine très belle, et un lieu destiné aux purifications, où il y a bon nombre de chambres dans lesquelles l’eau coule.

Au midi de ce village est le bourg de Mi/zeh, qui est connu sous le nom de Mizzeh de Kelb, qu’il doit à la tribu de Kelb, fils de Ouabrah, fils de Tha’lab, fils de Holouân, fils d’Omrân, fils d’Elhâf, fils de Kodha’ah. Il était affecté comme fief à ladite tribu, et c’est de lui que prend son nom l’imâm Hâfizh eddounià, Djémal eddîn Yousef, fils d’Ezzéky el-kelby elmizzy, ainsi que beaucoup d’autres savants. C’est un des plus grands villages de Damas; il a une mosquée cathédrale vaste et admirable, et une fontaine d’eau de source. Du reste, la plupart des villages de Damas possèdent des bains, des mosquées principales, des marchés, et les habitants sont dans leurs localités sur le même pied que ceux de la ville.

A l’orient de Damas il y a un bourg qu’on nomme Beït Ilâhiyah (et, d’après le Méraçid, Beït lihyâ). Il renfermait d’abord une église, et l’on dit qu’Azer (père d’Abraham, selon le Coran) y taillait les idoles que son fils brisait. Maintenant elle est changée en mosquée cathédrale, très jolie, ornée de mosaïques de marbre, colorées, et rangées selon la disposition la plus admirable et l’accord le plus parfait.

DES FONDATIONS PIEUSES À DAMAS, DE QUELQUES MERITES DE SES HABITANTS, ET DE LEURS USAGES.

Il est impossible d’énumérer les genres de legs pieux à Damas, et leurs différentes dépenses, tant ils sont nombreux. Nous citerons :

1° Des legs pour ceux qui ne pourraient point faire le pèlerinage de la Mecque. Ils consistent à fournir à celui qui l’entreprend, au lieu de quelqu’un d’entre eux, tout ce qui lui est nécessaire.

2° Des fondations pour fournir aux filles leur trousseau de mariage, lorsque leurs familles sont dans l’impuissance d’y pourvoir.

3° D’autres pour entreprendre la délivrance des captifs.

4° Des legs en faveur des voyageurs. On leur fournit la nourriture, l’habillement et de quoi se suffire jusqu’à l’arrivée dans leur pays.

5° Ceux pour l’entretien des chemins et le pavage des rues. Ces dernières, à Damas, sont pourvues, de chaque côté, d’un trottoir où marchent les piétons; ceux qui sont à cheval suivent la route du milieu.

Il y a encore d’autres fondations pieuses, pour diverses œuvres de bienfaisance. (En voici un exemple.)

ANECDOTE.

Je passais un jour par une des rues de Damas, et je vis un petit esclave qui avait laissé échapper de ses mains un grand plat de porcelaine de Chine, qu’on appelle dans cette ville sahn (plat, soucoupe). Il se brisa, et du monde se rassembla autour du petit mamlouk. Un individu lui dit : « Ramasse les fragments du plat et porte-les à l’intendant des œuvres pies pour les ustensiles. » L’esclave les prit et la même personne l’accompagna chez ledit intendant et les lui montra. Celui-ci lui remit aussitôt de quoi acheter un plat semblable à celui qui avait été brisé.

Cette institution est une des meilleures qu’on puisse fonder; car le maître du jeune esclave l’aurait certainement frappé pour avoir cassé l’ustensile, ou bien il l’aurait beaucoup grondé. De plus, il en aurait eu le cœur brisé et aurait été troublé par cet accident. Le legs a donc été un vrai soulagement pour les cœurs. Que Dieu récompense celui dont l’application aux bonnes œuvres s’est élevée jusqu’à une pareille action!

Les habitants de Damas luttent d’émulation pour la construction des mosquées, des zaouïas, des collèges et des mausolées. Ils ont une bonne opinion des Barbaresques, et ils leur confient leurs biens, leurs femmes et leurs enfants. Tous ceux d’entre eux qui se retirent dans quelque partie que ce soit de la ville, sont pourvus par les Damasquins d’un moyen de subsistance, soit la fonction d’imâm d’une mosquée, ou de lecteur dans un collège, ou la garde d’une mosquée, où on lui fournit sa nourriture de chaque jour; ou bien encore la lecture du Coran, ou le service de quelque sanctuaire béni. S’il est du nombre des soufis, qui habitent des couvents, on le nourrit et on l’habille. Tous les étrangers se sont bien trouvés à Damas. Ils sont traités avec égard, et on a soin d’éviter tout ce qui pourrait blesser leurs sentiments de dignité personnelle.

Ceux qui appartiennent à la classe des artisans et à la domesticité ont d’autres ressources. Telles sont, par exemple : la garde d’un jardin, ou la direction d’un moulin, ou le soin des enfants pour les accompagner le matin à l’école et les reconduire le soir à là maison; et, enfin, ceux qui désirent s’instruire ou se consacrer exclusivement au culte de Dieu trouvent un secours efficace pour leurs desseins.

Parmi les belles qualités des habitants de Damas, il faut noter qu’aucun d’eux ne rompt le jeûne tout seul, dans les nuits du mois de ramadhan. Celui qui fait partie des émirs, des kadis et des grands personnages, invite ses amis, ainsi que les fakirs, à rompre le jeûne chez lui. Celui qui appartient à l’ordre des négociants, ou qui est du nombre des principaux marchands, agit de même; et les individus des classes peu aisées, ainsi que les Bédouins, se réunissent chaque nuit dudit mois, dans le logement de l’un d’eux, ou dans une mosquée. Chacun apporte ce qu’il a, et ils mangent en compagnie.

A mon arrivée à Damas des rapports d’amitié s’établirent entre moi et Nour eddîn Essakhâouy, professeur des mâlikites. Il désira que je rompisse le jeûne chez lui, dans les nuits du ramadhan, et je me rendis en effet chez lui durant quatre nuits; puis, je fus atteint de la fièvre et je cessai d’y aller; mais il m’envoya chercher, et quoique je me fusse excusé à cause de ma maladie, il n’admit point cette excuse et je dus retourner près de lui. J’y passai la nuit entière, et lorsque je voulus m’en retourner le lendemain, il s’y opposa en me disant : « Regarde ma maison comme la tienne, ou comme celle de ton père, ou de ton frère », et il ordonna de faire venir un médecin, et de préparer pour moi dans son logis tout ce qu’il prescrirait, en fait de remèdes ou d’aliments. Je restai ainsi chez lui jusqu’au jour de la fête (le béirâm, le 1er de chawwâl), alors je me rendis à l’oratoire et Dieu me guérit.

J’avais épuisé tout ce que je possédais pour mon entretien ; et quand il sut cela, il loua pour moi des chameaux, il me donna des provisions de route et autres, et il me fournit en outre des dirhems, en ajoutant : « Ceci est pour les besoins urgents qui pourront te survenir. » (Que Dieu le récompense!)

Il y avait à Damas un homme de mérite, du nombre des secrétaires du roi Nacir, appelé Imad eddîn Elkaïssarâny. Il avait l’habitude, quand il apprenait qu’un Barbaresque était arrivé à Damas, de l’envoyer chercher, de lui donner le repas d’hospitalité, de lui faire du bien; et, s’il reconnaissait en lui de la religion et du mérite, il l’invitait à rester en sa compagnie; et il y en avait un certain nombre qui étaient assidûment chez lui.

Telle était aussi la manière d’agir du secrétaire intime, le vertueux Alâ eddîn, fils de Ghânim. Il y avait aussi d’autres personnages qui se conduisaient de la sorte.

Il y avait également à Damas un homme excellent, un des principaux de la ville, le sahib Izz eddîn Elkélânicy. Il était doué de qualités remarquables, de générosité, de noblesse et de libéralité, et il possédait une grande fortune.

On raconte que le roi Nacir s’étant rendu à Damas, ce personnage lui donna l’hospitalité, ainsi qu’à toute sa cour, à ses mamlouks, à ses favoris, et cela durant trois jours, et qu’en cette circonstance le roi l’honora du nom de Sahib (ami, compagnon; et vizir.)

Parmi les récits que l’on fait touchant les belles prérogatives des habitants de Damas, se trouve celui qui suit : un de leurs anciens rois recommanda en mourant qu’on l’enterrât au midi de la noble mosquée cathédrale, et qu’on cachât son tombeau ; et il assigna des legs considérables aux lecteurs qui réciteraient une septième partie du Coran, tous les jours, immédiatement après la prière de l’aurore, à l’orient de la tribune des compagnons du Prophète, où se trouvait son sépulcre. La lecture du Coran n’a jamais cessé depuis d’avoir lieu sur son tombeau, et cet excellent usage est devenu éternel après son décès.

Une autre habitude des Damasquins et de toutes les populations de ces contrées, c’est qu’ils sortent après la prière de trois heures, au jour des cérémonies du mont Arafat (le neuvième de dhou’lhidjdjeh), et ils se tiennent debout dans les cours des mosquées, telles que Beït almokaddas et celle des fils d’Omayyah, et autres. Avec eux sont leurs imams, ayant la tête découverte, faisant des vœux, s’humiliant, suppliant et demandant à Dieu sa bénédiction. Ils choisissent l’heure dans laquelle se tiennent debout à Arafat les visiteurs de Dieu très haut et les pèlerins de son temple. Ils ne cessent point de s’humilier, de faire des vœux, de supplier et de rechercher la faveur de Dieu très haut, par le canal de ses pèlerins, jusqu’à ce que le soleil disparaisse; et alors ils partent en courant, à l’instar desdits pèlerins, et ils pleurent d’avoir été privés de la vue de la noble station à Arafat. Ils adressent des prières au Dieu puissant, pour qu’il leur permette d’y arriver plus tard, et pour qu’il ne les prive point de la faveur d’agréer ce qu’ils ont fait en ce jour-là.

Les habitants de Damas observent un ordre admirable en accompagnant les convois funèbres. Ils marchent devant le cercueil, et les lecteurs lisent le Coran avec de belles voix et des modulations qui excitent à pleurer, et inspirent une telle commisération, que les âmes sont près de s’envoler. Ils prient pour les morts dans la mosquée principale, en face du sanctuaire (maksoûrah). Si le défunt est un des imâms de la mosquée djâmi, ou un de ses muezzins, ou de ses desservants, ils l’introduisent en continuant la lecture jusqu’au lieu de la prière; autrement ils cessent la lecture près de la porte de la mosquée, et ils entrent en silence avec le cercueil; puis un certain nombre de personnes se réunissent autour de lui dans la nef occidentale de la cour, près de la porte de la Poste. Tous les assistants s’asseyent, ayant devant eux les coffrets du Coran, et ils lisent dans les cahiers. A mesure que quelque grand personnage de la ville et de ses notables vient se joindre aux obsèques, ils élèvent la voix pour l’annoncer, et ils disent : « Au nom de Dieu, Foulân eddîn (N. de la religion) », comme Kamal (eddîn), et Djémal (eddîn) et Chams (eddîn), et Badr (eddîn) etc. Lorsqu’ils ont fini la lecture, les muezzins se lèvent et disent : « Réfléchissez et méditez bien votre prière sur un tel individu, le pieux, le savant… i, et ils le décrivent par ses belles qualités. Après cela, ils prient sur le trépassé, et ils l’emportent dans le lieu destiné à sa sépulture.

Les Indiens suivent aussi, dans les funérailles, un ordre très beau, et qui est même supérieur à celui que nous venons de mentionner. Ils se réunissent dans le mausolée du défunt, au matin du troisième jour après son enterrement. On couvre alors ledit mausolée d’étoffes très fines, on orne le sépulcre de draperies magnifiques et on place tout autour des plantes odoriférantes, telles que des roses, des jonquilles et des jasmins. Ces fleurs sont perpétuelles chez eux. On apporte aussi des limoniers et des citronniers, sur lesquels on place des fruits, s’ils n’en portent pas. On élève enfin une tente pour que les assistants soient à l’ombre tout autour.

Puis viennent les kadis, les émirs et autres grands personnages, et ils s’asseyent ayant en face les lecteurs. On apporte les nobles coffrets du Coran, et chacun prend une portion de ce livre. Lorsque la lecture, qui a été faite avec de belles voix, est terminée, le kadi invoque le nom de Dieu, se tient debout et prononce un sermon préparé pour cette occasion. Il y fait mention du mort, et déplore son trépas dans une pièce de vers. Il parle aussi de ses parents, et leur adresse des compliments de condoléance au sujet de leur perte. Il nomme le sultan en faisant des vœux pour lui, et au moment où il prononce son nom, tous les assistants se lèvent, et inclinent leur tête dans la direction du lieu où se trouve le prince. Après cela, le juge s’assied et l’on apporte de l’eau de rose, dont on asperge les assistants, en commençant par lui, puis par celui qui est placé à côté du kadi, et ainsi successivement, jusqu’à ce qu’on en ait versé sur tous. Ensuite on présente les vases du sucre, c’est-à-dire du sirop délayé dans de l’eau, que les assistants boivent, en commençant toujours par le kadi et ceux qui l’approchent. On offre après cela le bétel (feuilles que mâchent les Indiens), dont ils font un grand cas, et avec lequel ils traitent ceux qui leur rendent visite. C’est au point que, quand le sultan en fait cadeau à une personne, cela est plus prisé qu’un don consistant en or et en robes d’honneur. Lorsqu’un individu vient à mourir, sa famille ne mange point de bétel, jusqu’au jour des cérémonies que nous décrivons.

A ce moment, le kadi, ou celui qui le remplace, en prend quelques feuilles et les donne au proche parent du défunt, qui les mange; alors les assistants se retirent. Nous décrirons plus tard le bétel, s’il plaît à Dieu.

DES LIVRES QUE J’AI ENTENDU EXPLIQUER A DAMAS, ET DES PERSONNAGES DE CETTE VILLE QUI M’ONT DONNE LA LICENCE D’ENSEIGNER.

J’ai entendu dans la mosquée principale des Bènou Omayyah (que Dieu la conserve longtemps avec ses prières!), tout le Sahîh de l’imâm Abou Abd Allah Mohammed, fils d’Ismaël aldjo’fy albokhâry (que Dieu soit content de lui!), expliqué par le cheikh vénérable (très âgé), vers lequel on voyage des divers points de l’horizon, et qui sert de lien entre deux générations (de savants), Schihâb eddîn Ahmed, fils d’Abou Thâlib, fils d’Abou’nna’m, fils de Haçan, fils d’Aly, fils de Baïân eddîn Mocri (professeur de lecture cora-. nique) assâlihy, connu sous le nom d’Ibn Achchehnah al-hîdjazy. Cela en quatorze séances, dont la première eut lieu le mardi 15 du mois de ramadhan, le magnifique, de l’année 726 (de l’hégire = 15 août 1326), et la dernière le lundi 28 du même mois.

La lecture était faite par l’imâm, sachant tout le Coran par cœur (alhâfizh), l’historien de la Syrie, Alam eddîn Abou Mohammed alkâcim, fils de Mohammed, fils de Yousef albirzâly, originaire de Séville et habitant à Damas; et étaient présents un nombre considérable d’auditeurs, dont les noms ont été consignés dans un catalogue par Mohammed, fils de Thoghril, fils d’Abd Allah, fils d’Alghazzâl as-saïrafy (le changeur). Parmi ceux-ci le cheikh Abou’l’abbâs alhîdjazy a entendu l’explication du livre entier…Or Ibn Achchehnah avait entendu sur ce sujet les explications du cheikh, l’imâm Sirâdj eddîn Abou Abd Allah al-Hoçaïn, fils d’Abou Bekr almobârek, fils de Mohammed, fils de Yahya, fils d’Aly, fils d’Almacîh, fils d’Omrân arrabî’y albaghdâdy azzébidy alhanbaly, dans les derniers jours de chawwâl, et les premiers de dhou’lka’deh de l’année 630, dans la mosquée djâmi Almozhaffary, au pied du mont Kâcioûn, à l’extérieur de Damas.

Le dernier avait reçu la licence d’enseigner la totalité de l’ouvrage des deux cheikhs Abou’l Haçan Mohammed, fils d’Ahmed, fils d’Omar, fils d’Al-Hoçaïn, fils d’Alkhalf alkathî’y, l’historien; et Aly, fils d’Abou Bekr, fils d’Abd Allah, fils de Roûbah alkélânicy al’atthâr (le droguiste), tous les deux de Bagdad. Il avait de plus la licence d’enseigner, depuis le chapitre de la jalousie des femmes et de leur amour, jusqu’à la fin du livre, d’Abou’lmonaddjâ Abd Allah, fils d’Omar, fils d’Aly, fils de Zayd, fils d’Allatty alkhozâ’y, de Bagdad. Tous les quatre (il semble qu’il devrait plutôt y avoir : tous les trois) avaient entendu les explications du cheikh Sadid eddîn Abou’lwakt Abd Alawwal, fils d’Içâ, fils de Cho’ayb, fils d’Ibrahim assedjzy alharaouy assoûfy, dans l’année 553 à Baghdâd.

Le dernier dit : « Nous a instruit l’imâm, l’ornement de l’islamisme, Aboul’ Haçan Abd er-Rahman, fils de Mohammed, fils de Mozhaffar, fils de Mohammed, fils de Dawoûd, fils d’Ahmed, fils de Ma’âd, fils de Sahl, fils d’Alhacam addâwoûdy, tandis que je lisais et qu’il expliquait, et cela à Boûchendj, l’année 465. »

Abou’l Haçan dit ce qui suit : « Nous a instruit Abou Mohammed Abd Allah, fils d’Ahmed, fils de Hawiyyah, fils de Yousef, fils d’Aïman assarakhsy, moi lisant, et écoutant ses explications, dans le mois de safar de l’année 381. »

Abou Mohammed s’exprime ainsi : « Nous a instruit Abd Allah Mohammed, fils de Yousef, fils de Mathar, fils de Sâlih, fils de Bichr, fils d’Ibrahim elférebry; il expliquait, et moi je l’écoutais, à Férebr, l’année 316. »

Abd Allah dit : « Nous a instruit l’imâm Abou Abd Allah Mohammed, fils d’Ismaël albokhâry (que Dieu soit satisfait de lui!), l’année 248, à Férebr, et une seconde fois après cela, dans l’année 53 (253 de l’hégire). »

Parmi les habitants de Damas qui m’ont donné la licence avec une permission générale, je mentionnerai les suivants :

1° Le cheikh Abou’l’abbâs elhîdjazy, que j’ai nommé au commencement de ce chapitre. Il a été le premier en cela, et a prononcé la permission en ma faveur.

2° Le cheikh, l’imâm, Schihâb eddîn Ahmed, fils d’Abd Allah, fils d’Ahmed, fils de Mohammed de Jérusalem. Il est né dans le mois de rabi’ premier de l’année 653.

3° Le cheikh, l’imâm, le pieux, Abd er-Rahman, fils de Mohammed, fils d’Ahmed, fils d’Abd er-Rahman ennedjdy.

4° Le chef des imâms, Djémal eddîn Abou’lméhâcin Yousef, fils d’Ezzéky Abd er-Rahman, fils de Yousef elmozany elkelby, le premier des hâfizhs.

5° Le cheikh, l’imam, Alâ eddîn Aly, fils de Yousef, fils de Mohammed, fils d’Abd Allah echchâfi’y.

6° Le cheikh, l’imâm, le chérif, Mohy eddîn Yahia, fils de Mohammed, fils d’Aly ela’léouy.

7° Le cheikh, l’imâm, le traditionnaire, Medjd eddîn El-kâcim, fils d’Abd Allah, fils d’Abou Abd Allah, fils d’El-mo’allâ de Damas. Sa naissance eut lieu dans l’année 654.

8° Le cheikh, l’imâm, le savant, Schihâb eddîn Ahmed, fils d’Ibrahim, fils de Fallâh, fils de Mohammed eliscandéry.

9° Le cheikh, l’imâm, ami de Dieu très haut, Ghams eddîn, fils d’Abd Allah, fils de Témâm.

10° Les deux cheikhs frères, Ghams eddîn Mohammed et Kamal eddîn Abd Allah, tous les deux fils d’Ibrahim, fils d’Abd Allah, fils d’Abou Omar de Jérusalem.

11° Le cheikh serviteur de Dieu, Ghams eddîn Mohammed, fils d’Abou’zzahrâ, fils de Salim elhaccâry.

12° La savante cheïkhah, la pieuse, Oumm Mohammed Aïcha, fille de Mohammed, fils de Moslim, fils de Salâmah elharrâny.

13° La vertueuse cheïkhah, Rohlet eddouniâ (but du voyage de tout le monde) Zeïnab, fille de Kamal eddîn Ahmed, fils d’Abd errahîm, fils d’Abd elouâhid, fils d’Ahmed, de Jérusalem.

Tous ces personnages m’ont délivré une permission universelle d’enseigner, l’an 26 (726 de l’hégire), à Damas.

Quand apparut la lune de chawwâl de l’année susmentionnée (736 de l’hégire = 1er septembre 1326 de J. C), la caravane du Hedjaz sortit de la ville de Damas, et campa dans le village appelé Couçouah. Je me mis en marche avec elle; son commandant était Seïf eddîn Eldjoûbân, un des principaux émirs, et son kadi, Cherf eddîn Eladhra’y el-haourâny. Cette année-là, le professeur des mâlikites, Sadr eddîn Elghomâry fit le pèlerinage de la Mecque. Je voyageai avec une troupe d’Arabes appelés El’adjârimah (les hommes forts), dont le chef était Mohammed, fils de Râfi’, personnage important d’entre les émirs. Nous partîmes de Couçouah pour un gros village nommé Essanamaïn (les deux idoles), et ensuite pour la ville de Zor’ah (Adhra’ât), qui est petite, et fait partie du pays de Haourân.

VOYAGES

D’IBN BATOUTAH, TEXTE ARABE, ACCOMPAGNÉ D’UNE TRADUCTION, PAR C. DEFREMERY ET LE Dr B. R. SANGUINETTI.

Afficher l'image d'origine
Ibn Battuta par  Mohamed Taaeb (artiste égyptien)

Abu Abdullah Muhammad Ibn Abdullah Al Lawati Al Tanji Ibn Battuta Né le 24 février 1304 à Tanger et mort en 1377 àMarrakech, est un explorateur et voyageur maghrebin (de l’actuel Maroc ) musulman, de souche berbère luwatie mais de culture arabe, qui a parcouru 120 000 km en 29 ans de voyages à travers le monde, de Tombouctou en Afrique, jusqu’à la Bulgarie (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord, et de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient en Chine. Ses récits sont compilés par le savant arabe andalous  Ibn Juzayy al-Kalbi en un livre appelé Tuḥfat al-nuẓẓār fī ʿağāʾib l-amṣār wa-ġarāʾib l-asfār.

 l’origine simple pèlerin berbère, musulman coutumier, Ibn Battûta profite de la place occupée par l’Islam et la langue arabe qui facilitèrent grandement ses déplacements. Il profite également du développement du commerce puisqu’il se joint souvent à des caravanes, ou embarque sur des vaisseaux marchands musulmans. Il rencontre de nombreuses personnalités et devient souvent leur conseiller lors de ses périples à rallonge.

On peut distinguer quatre périodes dans ces voyages :

  • 1325-1327 : premier pèlerinage à La Mecque (le hajj) par le Maghreb, exploration de la vallée du Nil, de la Syrie, de l’Irak et des villes d’Iran ;
  • 1328-1330 : deuxième pèlerinage à La Mecque en passant par les côtes du sud de la péninsule arabique jusqu’à Kilwa kisiwani et sur les côtes africaines de culture swahilie ;
  • 1330-1346 : troisième pèlerinage à La Mecque, exploration de la Turquie, la mer Noire, l’Asie centrale, l’Inde, Ceylan, Sumatra, la Malaisie et la Chine jusqu’à Pékin ;
  • 1349-1354 : traversée du Sahara jusqu’au Mali.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s