Règne du premier calife Omeyyade MUÂWIYA (661 -680) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » :

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Image super rare d'une représentation du 7eme siècle d'un  prince Omeyyade cavalier  Lourd en armure cote de maille et lamellaire, avec un cheval richement harnaché
Image super rare d’une représentation du 7eme siècle d’un prince Omeyyade cavalier Lourd en armure cote de maille et lamellaire, avec un cheval richement harnaché

Règne du premier calife Omeyyade  MUÂWIYA (661 -680)  Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  : 

 

Lorsque l’Emir des Croyants ‘Ali eut été tué, le peuple désigna comme khalife Hasan, fils d’’Ali. Celui-ci attendit quelques mois avant de se rencontrer avec Mouâwiya, puis tous deux se réconcilièrent sous l’empire des nécessités présentes dont Hasan était mieux informé[1] que nul autre, et il remit le khalifat à Mouâwiya pour se rendre lui-même dans la direction de Médine. Mouâwiya fut reconnu comme khalife sans partage et proclamé Emir des Croyants, et cela en l’an 40 de l’Hégire (=661 de J.-C.).

Voici quelques détails biographiques et quelques renseignements sur la conduite de Mouâwiya.

Il était fils d’Abou Soufyân Sakhr, fils de Harb, fils d’Oumayya, fils d’Abd Chams, fils d’Abd Manâf. Son père Abou Soufyân, l’un des cheikhs de La Mecque, s’était converti à l’Islamisme dans l’année où le Prophète conquit La Mecque.[2]

Mouâwiya se fit également musulman ; il écrivit le texte de la révélation parmi ceux qui l’écrivirent en présence du Prophète.

Sa mère, Hind,[3] fille d’Otba, appartenait à une famille noble de Qoraisch,

Elle se fit musulmane dans l’année de la prise de La Mecque, et assista à la bataille d’Ouhoud.[4] Lorsque Hamza,[5] fils d’Abd al-Mouttalib, oncle paternel de notre maître l’Envoyé d’Allah, fut renversé du coup de lance qui l’acheva, Hind s’avança, mutila Hamza, détacha un morceau de son foie et le mâcha par ressentiment contre lui, parce qu’il lui avait tué plusieurs de ses plus proches parents.

C’est pourquoi on nomme Mouâwiya « le fils de la mangeuse d’entrailles ».

Lorsque le Prophète eut conquis La Mecque, elle se présenta à lui sous un déguisement au milieu d’autres femmes de La Mecque venues pour lui jurer hommage. Lorsque Hind s’avança pour cette cérémonie, le Prophète lui imposa les conditions de l’Islâm, sans qu’il sût qu’elle était Hind. Elle lui fit des réponses hardies, malgré la peur qu’elle avait de lui.

Parmi les propos qu’ils échangèrent, il lui dit :

« Vous me jurez de ne plus tuer vos enfants. »

Or, à l’époque de l’ignorance, les Arabes tuaient leurs enfants, Hind répondit :

« Quant à nous, nous les avons élevés quand ils étaient petits, et tu les as tués quand ils sont devenus grands, à la journée de Badr.

— Engagez-vous aussi à ne point me désobéir dans le bien. »

Elle reprit :

« Nous n’aurions point pris place dans cette réunion, s’il était dans nos intentions de nous révolter contre toi.

— Et aussi à ne point voler.

— Par Allah ! je n’ai jamais rien volé de ma vie ; seulement, à une certaine époque, je prenais quelque peu du bien d’Abou Soufyân. »

Or, Abou Soufyân, son mari, était là présent.

C’est alors seulement que l’Envoyé d’Allah sut que c’était Hind.

« C’est Hind ? dit-il.

— Oui, répondit-elle, ô Apôtre d’Allah. »

Le Prophète ne dit rien, parce que la conversion à l’islâm avait supprimé[6] tous les actes antérieurs.

Puis il dit :

« Plus d’adultère !«

Elle répondit :

« La femme bien née commet-elle l’adultère ? »

Alors, d’après ce que l’on raconte, l’Apôtre d’Allah se retourna vers ‘Abbâs[7] et sourit.

muawiya sassanide arabe en persan

 

Quant à Mouâwiya, il était intelligent en ce qui touche la vie de ce monde, sensé, instruit, doux ; il se montra un roi puissant, un politique habile, un excellent administrateur des affaires temporelles, un prince intelligent, sage, s’exprimant bien, éloquent.

Il était doux à l’heure de la douceur, énergique à l’heure de l’énergie ; seulement la douceur l’emportait chez lui.

Généreux, prodigue de son bien, amoureux et épris du pouvoir, il comblait de ses bienfaits les plus nobles de ses sujets : c’est ainsi que les plus illustres Qoraichites, tels qu’Abd-Allah, fils d’ Abbas ; ‘Abd-Allah, fils de Zoubair ; Abd-Allah, fils de Djafar Tayyâr ; ‘Abd-Allah, fils d’Omar ; Abd er-Rahman, fils d’Abou Bakr ; Abân,[8] fils d’Othman, fils d’Affân, et plusieurs descendants[9] d’Abou Thâlib ne cessaient pas de venir le trouver à Damas.

Portait hypothétique du premier calife Omeyyade Muawiya Ier, dans une pose comme sur les pièces d'avant la réforme d'Abd al-Malik et sur la statue du calife du palais d'Hicham
Portait hypothétique du premier calife Omeyyade Muawiya Ier, dans une pose comme sur les pièces d’avant la réforme d’Abd al-Malik et sur la statue du calife du palais d’Hicham

Il leur offrait alors des habitations splendides, [10] des repas magnifiques, la satisfaction de tous leurs désirs.

Quant à eux, ils ne cessaient pas pour cela de lui parler durement, de lui jeter à la face les plus grossières injures, tandis que tantôt il plaisantait avec eux, tantôt il faisait semblant de ne pas les entendre ; et il ne faisait que renouveler à leur égard ses hautes faveurs et ses riches présents.

Il dit un jour à Qais,[11] fils de Sa’d, fils d’Oubâda, l’un des Ansâr :

« O Qais, par Allah ! je souhaitais que de ton vivant fussent terminées les guerres qui ont eu lieu entre moi et ‘Ali. »

Qais répondit :

« Par Allah ! il me répugnait de voir ces guerres se terminer, et toi devenir Emir des Croyants. »

Mouâwiya se tut. Et encore cela compte parmi les plus douces paroles qu’ils lui adressaient.

Mouâwiya adressa à l’un des Ansârs 500 dinars.

Celui-ci trouva que c’était bien peu et dit à son fils :

« Prends-les, va chez Mouâwiya, jette-les lui à la face et refuse-les lui. »

Le père adjura son fils d’agir ainsi.

Le fils se rendit chez Mouâwiya, porteur de la somme, et dit :

« Émir des Croyants, mon père a de la vivacité et de la précipitation ; il m’a donné tel et tel ordre et m’a adjuré de l’exécuter. Or, je ne peux pas lui désobéir, »

Mouâwiya mit sa main sur son visage et dit :

« Fais ce que ton père ta ordonné, et ménage ton oncle paternel.[12] »

Le jeune homme rougit et jeta l’argent. Mouâwiya le doubla et le fit porter à l’Ansârite.

Le fils de Mouâwiya, Yazid, en apprenant cela, entra tout irrité chez son père et dit :

« Tu as exagéré la douceur, et je crains que cela ne soit compté comme de la faiblesse et de la lâcheté. «

Mouâwiya reprit :

« Mon cher enfant, jamais la douceur n’amène ni le repentir ni la honte. Vas-t’en et laisse-moi agir à ma guise. »

1) Gouverneur émir Omeyyade de Balkh (khorasssan) 2) Cavalier élite Omeyyade  3) Cavalier leger Omeyyade d'Egypte
1) Gouverneur émir Omeyyade de Balkh (khorasssan)
2) Cavalier élite Omeyyade
3) Cavalier leger Omeyyade d’Egypte

Et c’est grâce à une telle conduite que Mouâwiya devint le khalife du monde, et que, parmi les fils des compagnons de l’Hégire et des Ansârs, il obtint la soumission de tous ceux qui étaient cependant convaincus d’avoir plus de titres que lui au khalifat. Or, Mouâwiya était un des plus habiles entre les habiles.

On rapporte qu’Omar, fils d’al-Khattâb, dit à ses familiers : « Vous rappelez Chosroès et César et leur habileté à tous deux, quand Mouâwiya est l’un des vôtres. »

L’une des habiletés de Mouâwiya consista à gagner ‘Amr, fils d’’al-‘As, un habile s’il en fut. Au début de la guerre civile qui se poursuivit entre l’Émir des Croyants et Mouâwiya, ‘Amr s’était tenu à l’écart des deux partis.

Mouâwiya résolut de le gagner et de s’appuyer sur ses avis, son habileté et sa ruse. Il chercha donc à se l’attacher, lia amitié avec lui, et le préposa au gouvernement de l’Egypte. Il entra avec lui dans les combinaisons que tout le monde connaît, et fit d’accord avec lui à Siffîn les actes que l’on sait.

 

Et pourtant, jamais il n’y eut entre eux une affection de cœur ; bien au contraire, ils se détestaient secrètement. Et parfois, ces sentiments se manifestèrent, ou sur les traits de leurs visages, ou dans les incartades de leurs langages.

La bataille de Siffin tiré du Tarikhnama de Balami . La bataille de Siffin se produisit en juin/juillet 657 (moharram 37 AH). Le plus fort de la bataille se produisit du 19 ou 20 juillet (1 et 2 Çafar 37 AH) sur les rives de l'Euphrate près de la ville syrienne actuelle de Ar-Raqqa. Ce fut le dernier combat entre Mu`awîya et `Alî.
La bataille de Siffin tiré du Tarikhnama de Balami . La bataille de Siffin se produisit en juin/juillet 657 (moharram 37 AH). Le plus fort de la bataille se produisit du 19 ou 20 juillet (1 et 2 Çafar 37 AH) sur les rives de l’Euphrate près de la ville syrienne actuelle de Ar-Raqqa. Ce fut le dernier combat entre Mu`awîya et `Alî.

A la bataille de Siffîn, l’Emir des Croyants ‘Ali demanda à Mouâwiya de se mesurer avec lui dans un combat singulier.

‘Amr, fils d’’al-‘As, dit à Mouâwiya :

« Ali t’a traité avec équité, et il ne te convient pas de reculer devant un combat singulier avec lui. »

Mouâwiya répondit :

« Tu me trompes, et tu aimerais me voir mourir. Ne sais-tu pas qu’avec le fils d’Abou Thâlib personne ne se mesure sans être tué par lui ? »

Mouâwiya dit un jour à ses compagnons :

« Qu’y a-t-il au monde de plus étonnant ?

— Ce sont, dit Yazid, [13] ces nuages qui demeurent en équilibre entre le ciel et la terre, sans être étayés par rien au-dessous d’eux, ni suspendus[14] à rien au-dessus.

— C’est, dit un deuxième, un bonheur qui échait à l’ignorant, et un échec qui atteint l’intelligent.

— C’est, dit un autre, une chose quelconque telle qu’on n’en a jamais vu de pareille. » ‘

Amr, fils d’’al-‘As, dit à son tour :

« Ce qu’il y a au monde de plus étonnant, c’est que le fourbe l’emporte sur l’homme véridique. »

Il faisait ainsi allusion à ‘Ali et Mouâwiya. Celui-ci dit alors :

« Non, ce qu’il y a au monde de plus étonnant, c’est qu’un homme soit gratifié de ce qu’il ne mérite pas, alors qu’il n’inspire aucune crainte. »

Il faisait allusion à ‘Amr et au gouvernement de l’Egypte (qu’il lui avait confié). Et chacun d’eux crachait ainsi à l’autre ce qu’il avait sur le cœur.

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Représentation du sahabi Muawiya premier calife des Omeyyades

Et sache que Mouâwiya fut un organisateur d’empires, un habile gouverneur de peuples et un grand administrateur de royaumes.

Il inaugura bien des choses, dans lesquelles nul ne l’a devancé. C’est ainsi qu’il fut le premier à établir une escorte pour les rois, à faire lever les lances devant eux, et à réserver dans la mosquée une chambre grillagée[15] où priait le roi ou le khalife, dans la mosquée, isolé des autres fidèles.

Et cela, parce que Mouâwiya s’effrayait de ce qui était arrivé à l’Emir des Croyants ‘Ali ; aussi faisait-il la prière, seul, dans une loge grillagée.

Lorsqu’il se prosternait, les gardes du corps faisaient à sa tête un rempart de leurs épées.

Il fut aussi le premier à établir la poste (barîd) pour hâter l’arrivée des nouvelles.

Voici en quoi consistait la poste. Des chevaux bien dressés étaient répartis dans un certain nombre d’endraits.

Le porteur de la nouvelle pressante était-il parvenu à l’une de ces stations sur son cheval fatigué, il montait sur un autre cheval reposé, et ainsi de suite à chaque relai, jusqu’à arriver à destination avec rapidité. Quant au mot barîd (poste), il signifie dans la langue : 12 milles, et je pense qu’il représente la plus grande distance que Ton ait fixée entre deux relais.

Et le sahib (ministre) ‘Alâ ad-Dîn ‘Atâ Malik a dit, dans son livre intitulé le Conquérant du monde (Djihan Kouchay) :

« Et entre autres choses, ils ont établi partout la poste dans un double but : la conservation de la loi, une publique et la transmission rapide des nouvelles et de la succession continue des événements. » Et je ne vois, pour ma part, d’autre utilité à la poste, si ce n’est la transmission rapide des dépêches. Quant à la conservation de la fortune, par quels liens peut-elle y être rattachée[16] ?

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Parmi les innovations de Mouâwiya dans l’administration, je citerai le bureau du sceau (Diwan al-khâtan).

C’est un bureau qui prit une très grande importance entre tous, et qui ne cessa pas d’être maintenu jusqu’au milieu de la dynastie ‘abbâside.

Puis il fut supprimé. Il occupait un certain nombre de fonctionnaires ; toute pièce portant le chiffre du khalife et contenant un ordre quelconque devait y être produite pour être transcrite sur les registres de ce bureau ; on faisait passer ensuite le document à travers un fil, et on le scellait avec de la cire, comme c’est aujourd’hui l’usage pour les écrits des qâdîs ; enfin, le chef de ce bureau y apposait son sceau.

Ce qui avait porté Mouâwiya à créer ce bureau, c’est qu’il avait délégué sur Ziyâd ibn Abîhi (fils de son père), gouverneur de l’Iraq, le paiement de 100.000 dirhems.

 

Représantation de Muawiya (radi ALLAH anhu)  sur un tissus omeyyade d'Andalousie
Représentation de Muawiya (radi ALLAH anhu) sur un tissu omeyyade d’Andalousie

Le porteur[17] du mandat le lut.

Or, à cette époque, les rescrits des khalifes étaient remis sans être scellés. L’homme mit « deux cents » au lieu de cent.

Lorsque Ziyâd présenta sa comptabilité à Mouâwiya, celui-ci réclama et dit :

« Je ne lui ai donné qu’un mandat de 100.000 », et il lui fit rembourser la somme, [18] et créa le bureau du sceau. Dès lors, les rescrits émanant du khalife circulaient revêtus du sceau, sans que personne put en connaître ni en altérer le contenu.[19]

Mouâwiya n’avait qu’une ambition, celle de bien administrer les choses temporelles ; tout lui était égal, du moment que l’ordre régnait dans les affaires du royaume. Regarde le portrait qu’a tracé de lui ‘Abd al-Malik, fils de Marvân : ce sont précisément ces qualités qu’il a estimées en lui.

Un jour, dit-on, ‘Abd al-Malik, fils de Marvân, passa devant le tombeau de Mouâwiya et dit :

« Dieu ait pitié de lui ! »

Quelqu’un demanda au khalife :

« De qui est-ce là le tombeau, ô Emir des Croyants ?

— C’est, par Allah ! répondit-il. le tombeau d’un homme qui, d’après ce que j’ai appris, parlait par science et se taisait par bonté ; lorsqu’il donnait, il enrichissait ; lorsqu’il combattait, il anéantissait.[20] »

‘Abd-Allah, fils d’’Abbâs, un critique sévère, dit de Mouâwiya :

« Je n’ai jamais vu prince ni roi ayant plus d’aptitudes à ces dignités que Mouâwiya. »

Un des Omeyyades dit à Mouâwiya :

« Par Allah ! si tu avais pu trouver une aide même dans les Zandjs, certes tu n’aurais pas manqué de t’en servir pourvu que cela t’assure l’ordre dans le royaume. »

Mouâwiya était insatiable de nourriture, et s’en montrait avare, malgré la noblesse et la générosité de son caractère. Cela allait si loin qu’il faisait, dit-on, chaque jour cinq repas, dont le dernier était le plus copieux.

Puis il disait : « Serviteur, emporte. Par Allah ! je ne suis pas rassasié, mais je suis fatigué de manger. »

On raconte qu’on lui avait préparé un veau rôti. Il mangea, de plus, un panier de pain blanc, quatre gâteaux cuits au four, un chevreau chaud, un second froid, et d’autres plats encore ; et il fit placer devant lui 100 livres de fèves vertes. Il vint à bout de tout cela !

Détail  du cavalier arabe dans le palais al Qasr al-Hayr al-Gharbi de Jordanie du 7eme siècle
Détail du cavalier omeyyade dans le palais omeyyade al Qasr al-Hayr al-Gharbi de Jordanie du 7eme siècle

Ce qui prouve encore son avarice en ce qui touche la nourriture, c’est qu’Ibn Abou Bakra, [21] accompagné de son fils, entra un jour chez Mouâwiya. Le jeune homme se mit à manger sans mesure, tandis que Mouâwiya le regardait de côté. Ibn Abou Bakra s’aperçut de la colère de Mouâwiya et voulut gronder son fils de tant manger ; mais il n’en trouva pas l’occasion.

Tous deux quittèrent Mouâwiya ; le lendemain matin, le père se présente seul chez le khalife, qui lui dit :

« Comment va ton fils ? — Il a eu une indigestion. Émir des Croyants, répondit-il.

— Je savais bien, dit Mouâwiya, que cette mangeaille ne manquerait pas de le rendre malade.[22] »

C’est ici qu’il convient de placer une jolie anecdote, où l’on verra de la noblesse, du caractère et des qualités éminentes. Un certain vizir était épris de la bonne chère, et aimait quiconque mangeait avec lui. Faisait-on honneur à sa table, on était plus sur de gagner son cœur.

Il arriva qu’un jour ce vizir, voulant tourmenter un des plus grands seigneurs parmi les descendants d’Ali, lui présenta le compte total de ce qu’il devait pour l’impôt foncier, pour des revenus publics dont il était fermier et autres arriérés, et lui en réclama le montant, puis le fit garder à vue dans sa propre maison, je veux dire la maison même du vizir.

Or, un jour, quand on venait de servir un repas solennel[23] devant le vizir, l’Alide dit à ses gardiens :

« J’ai faim ; me permettez-vous d’aller dans votre société jusqu’à la nappe de cuir ? Je mangerai et je reviendrai ici. »

Or, l’Alide avait bien compris le caractère du vizir. On n’osa pas lui refuser et on l’autorisa à faire ce qu’il avait demandé. Il alla s’asseoir tout à fait à l’extrémité de la nappe et se mit à dévorer avec avidité. Le vizir le regarda de côté tandis qu’il était tout absorbé à manger ; il le fit alors approcher, le fit monter à la place d’honneur de la salle et lui offrit les mets les plus exquis du repas.

Et plus le convive mettait d’ardeur à manger, plus le vizir se déridait et s’épanouissait. Lorsqu’on eut desservi la nappe, le vizir demanda un brasero allumé, fit apporter le compte qui avait été réclamé au débiteur, puis il dit :

« Seigneur (Sayyid[24]), Allah, t’a soulagé de cette dette, et tu en es quitte. Et par Allah, je le jure, par ton aïeul[25] je ne possède pas d’autre exemplaire de ce compte, ni chez moi, ni dans mes bureaux. »

Puis il jeta dans le brasero le compte qui fut consumé par les flammes. Le vizir mit ensuite l’Alide en liberté et lui permit de retourner dans sa maison.

Et peu d’événements pesèrent autant sur les hommes en général et sur les Omeyyades en particulier que l’affaire de la légitimation : Mouâwiya reconnut Ziyâd[26] ibn Abihi (le fils de son père) comme son frère véritable, afin de pouvoir augmenter sa puissance par son concours et de pouvoir s’appuyer sur son jugement et sa finesse.

Voici quelques renseignements sommaires sur ce qui se passa lors de la légitimation.

Soumayya, [27] la mère de Ziyâd, était une femme de mauvaise vie, parmi les Arabes. Elle était mariée avec un nommé ‘Obeïd.[28] Il arriva qu’Abou Soufyân, le père de Mouâwiya, descendît chez un cabaretier qu’on appelait Abou Maryam. Abou Soufyân lui demanda une fille de joie.

« Soumayya te conviendrait-elle ? » répondit Abou Maryam.

Or, Abou Soufyân la connaissait. « Amène-la-moi, dit-il, malgré la longueur de ses mamelles et la puanteur de son ventre » (et le mot « dzafar » signifie puanteur, air empesté). Le cabaretier amena la fille, Abou Soufyân eut commerce avec elle, et de son fait elle conçut Ziyâd, puis le mit au monde dans le lit d’Obeïd son mari. Ziyâd grandit, reçut de l’instruction, se distingua, et occupa diverses fonctions.

‘Omar, fils d’al-Khattâb, le mit à la tête d’une préfecture, qu’il administra fort bien.

Un jour, il assista au conseil que tenait ‘Omar, conseil où se trouvaient les plus illustres parmi les Compagnons du Prophète ; Abou Soufyân était parmi les assistants. Ziyâd prononça une allocution d’une éloquence inouïe.

‘Amr, fils d’’Al-‘As, dit :

« Comme Allah a doué ce jeune homme ! Si son père était un Qoraichite, il mènerait les Arabes sous sa férule. »

Abou Soufyân prit la parole :

« Par Allah, dit-il, je connais son père, celui qui l’a engendrée.[29] »

Il faisait allusion à lui-même. L’Emir des Croyants ‘Ali l’arrêta :

« Tais-toi, fit-il, ô Abou Soufyân ; car tu sais bien qu’Omar, s’il t’entendait parler ainsi, sévirait promptement contre toi.

« Lorsque ‘Ali devint khalife, il nomma Ziyâd préfet de la Perse, où celui-ci maintint l’ordre, mit les forteresses en état de défense, et se distingua par une sage administration. La renommée de ses capacités se répandit, et la nouvelle en parvint à Mouâwiya, qui regretta de voir un tel homme parmi les partisans d’Ali, et désira se l’attacher.

Mouâwiya écrivit donc à Ziyâd une lettre comminatoire, dans laquelle il faisait allusion à sa filiation avec Abou Soufyân, et lui disait qu’il était son frère. Ziyâd n’en tint pas compte.

L’Emir des Croyants Ali en eut connaissance et écrivit à Ziyâd :

« Je t’ai confié la charge dont tu es investi, et je vois que tu en es digne. Abou Soufyân s’est laissé entraîner à un écart de langage par un désir de vanité et de mensonge auquel l’homme est porté ; mais il n’y a rien là qui constitue pour toi droit à son héritage, ni qui l’autorise à te mettre au nombre de ses descendants. E

t certes, Mouâwiya cherche à circonvenir l’homme dont il a besoin en se présentant devant lui et derrière lui, à sa droite et à sa gauche. Tiens-toi sur tes gardes ! et encore tiens-toi sur tes gardes. Salut[30] ! »

 

Muawiya (radi ALLAH anhu) lors de la guerre a Siffin contre le calife Ali (radi ALLAH anhu) , dans une miniature du 19eme siècle d'n manuscrit de Hamla-i Haydari
Muawiya (radi ALLAH anhu) lors de la guerre a Siffin contre le calife Ali (radi ALLAH anhu) , dans une miniature du 19eme siècle d’n manuscrit de Hamla-i Haydari

Lorsqu’’Ali eut été tué, Mouâwiya fit des efforts pour gagner l’affection de Ziyâd, pour se le concilier et pour l’encourager à s’engager dans son parti.

La question de la paternité d’Abou Soufyân fut soulevée entre eux, et ils tombèrent d’accord que la légitimation aurait lieu. Des témoins se présentèrent au conseil de Mouâwiya et témoignèrent que Ziyâd était le fils d’Abou Soufyân.

Un de ces témoins était Abou Maryam le cabaretier, celui-là même qui avait amené Soumayya à Abou Soufyân. Depuis, il s’était fait Musulman, et son islamisme était sincère.

Mouâwiya lui dit :

« Quel témoignage apportes-tu, ô Abou Maryam.

— J’atteste, répondit-il, qu’Abou Soufyân est venu chez moi, m’a demandé une fille de joie.

« Je n’en ai pas d’autre que Soumayya, lui ai-je dit, et il a répondu :

« Amène-la-moi, malgré sa malpropreté et son « odeur acre. »

Je la lui amenai ; il resta seul avec elle. Lorsqu’elle le quitta, elle portait la trace irrécusable de leurs rapports.[31]

— Halte-là, ô Abou Maryam, dit Ziyâd, tu n’as été appelé que comme témoin et non comme insulteur. »

Mouâwiya reconnut alors la légitimité de Ziyâd. On prétend que cette reconnaissance fut la première violation publique des préceptes de la loi musulmane ; car l’Apôtre d’Allah avait décidé que l’enfant appartient au lit conjugal, [32] tandis qu’à l’adultère on réserve les pierres.[33]

Ceux qui ont excusé Mouâwiya, ont dit

« : Si Mouâwiya a le droit de reconnaître la légitimité de Ziyâd, c’est parce qu’à l’époque du paganisme les unions contractées par les Arabes étaient de divers genres.[34] Ainsi, une femme de mauvaise vie avait-elle plusieurs amants, et mettait-elle au monde un enfant, elle pouvait en attribuer la paternité à qui elle voulait d’entre eux ; sa déclaration, à ce sujet, était décisive.[35] Lorsque vint l’Islâm, il interdit cette union irrégulière et maintint pour chaque enfant sa filiation par rapport au père, quelle que soit l’union dont l’enfant provenait, et l’islâm ne fit aucune distinction à cet égard. »

Muwaiya avec les conciliateurs tiré du manuscrit de Hafiz-i Abru de son Majma Tawarikh
Muawiya (radi ALLAH anhu) avec les conciliateurs tiré du manuscrit de Hafiz-i Abru de son Majma Tawarikh

D’autres dirent :

« Vous avez raison ; mais quant à Mouâwiya, il s’est imaginé que cela pouvait se passer ainsi^ et il n’a pas fait la distinction entre la reconnaissance au temps du paganisme et au temps de l’islamisme.

Or, Ziyâd n’était pas connu pendant le paganisme comme étant le fils d’Abou Soufyân ; il n’était alors considéré que comme fils d’Obeïd, et on l’appelait « Ziyâd, fils d’Obeïd. » Or il y a une différence entre les deux cas.

Le poète[36] a dit, faisant allusion à cette affaire :

Va, annonce à Mouâwiya, fils de Harb, une nouvelle transmise de la part du Yéménite.

Comment, tu t’indignes qu’on traite ton père d’homme chaste et tu consens qu’on l’appelle débauché !

Je le jure, la parenté avec Ziyâd est aussi établie que la parenté de l’éléphant avec le fils de l’ânesse.

Le mot arabe rihm, dans ce vers, signifie : parenté.

Puis, Ziyâd devint l’un des hommes et des soutiens de Mouâwiya. Celui-ci le nomma gouverneur de Basra, du Khorasan, du Sedjestan ; il lui annexa l’Inde, le Bahreïn, Oman et, finalement, Koûfa. Ziyâd écrivit sur ses lettres : « De la part de Ziyâd, fils d’Abou Soufyân. » Auparavant on l’appelait tantôt « Ziyâd, fils d’Obeïd », tantôt « Ziyâd, fils de Soumavya ». Et ceux qui voulaient rester dans les limites du vrai disaient : « Ziyâd, fils de son père ». Ziyâd fut des hommes les plus habiles : excellent administrateur, il savait inspirer la crainte et le respect. Son esprit juste allait droit au but ; il était énergique, sagace, éloquent.

La mort de Mouâwiya eut lieu en l’an 60 (= 680 de J.-C.) de l’Hégire. Lorsqu’il fut à ses derniers moments, il adressa à son fils Yazid des instructions qui témoignent de son intelligence, de son esprit, de son expérience des choses et de sa connaissance des hommes. Yazid ne s’y conforma en rien ; je les ai notées ici, en raison de leur beauté et de leur justesse.

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La partie méditerranéenne du califat Omeyyade

On raconte que Mouâwiya, dès qu’il fut atteint par la maladie dont il mourut, fit appeler son fils Yazid et lui dit :

« mon cher enfant, je t’ai épargné toutes les fatigues des expéditions et des voyages, je t’ai aplani les affaires, j’ai abaissé tes ennemis, j’ai fait baisser la tête devant toi aux Arabes, et j’ai réuni sous ta domination un empire tel que personne n’en avait jamais réuni.

Veille sur les hommes du Hedjaz : c’est ta race ; honore ceux d’entre eux qui viendront te trouver ; fais du bien à ceux qui seront restés loin de toi.

Veille sur les hommes de l’Iraq, et s’ils te demandent la destitution d’un préfet par jour, fais-le, car destituer un préfet est plus aisé que de voir dégainer cent épées.

Veille sur les hommes de la Syrie, et qu’ils soient dans ton intimité ; si quelque ennemi te donne de l’inquiétude, prends-les pour défenseurs, puis, après la victoire, renvoie les Syriens dans leurs contrées ; car en y restant, leur caractère s’améliore.[37] Et je ne crains pour toi de compétition au sujet de cet empire que de la part de quatre Qoraichites : Hosain, fils d’Ali ; ‘Abd-Allah, fils d’Omar ; ‘Abd-Allah, fils de Zoubair ; ‘Abd er-Rahman, fils d’Abou Bakr.

Pour ce qui est du fils d’Omar, c’est un homme à qui la piété et l’adoration ont enlevé toute énergie ; lorsqu’il ne restera plus que lui, il acceptera ton autorité. Quant à Hosain, fils d’Ali, c’est un homme léger, et le peuple de l’Iraq ne le laissera pas tranquille qu’il ne l’ait poussé à la révolte.

Lorsque Hosain se sera révolté et que tu auras triomphé de lui, accorde-lui son pardon, car c’est un proche parent, ses droits sont importants et il est de la famille de Muhammad Quant au fils d’Abou Bakr, s’il voit ses compagnons agir d’une manière, il les imitera ; il n’a de pensée que pour les femmes et pour les amusements.

Enfin, il y en a un qui restera accroupi en face de toi comme le lion et qui te traitera avec astuce comme le renard : s’il rencontre quelque occasion propice, il ne fera qu’un saut : C’est Ibn Zoubair. S’il fond sur toi et que tu parviennes à le vaincre, coupe-le en mille morceaux ! et épargne autant que possible le sang de tes sujets. »

 

Et ces instructions sont une preuve en faveur de ce qui a été dit précédemment de son zèle ardent pour l’administration du royaume et de sa grande passion pour la souveraineté.

 

La tombes du premier calife omeyyade Muawiya (radi ALLAH anhu) à Damas (Dimashq) , avec des protections contre les dépravations des chiites Mais les Rafidha ont des sales habitudes de venir faire des choses immondes, comme cracher sur la tombe, uriner sur elle (astagfirullah) Ensuite , ils ont scellé le lieu et depuis, avant la guerre, il y avais environ dix jeunes assis dans le cimetière avec de grands bâtons  qui surveillais
La tombes du premier calife omeyyade Muawiya (radi ALLAH anhu) à Damas (Dimashq) , avec des protections contre les dépravations des chiites Mais les Rafidha ont des sales habitudes de venir faire des choses immondes, comme cracher sur la tombe, uriner sur elle (astagfirullah) Ensuite , ils ont scellé le lieu et depuis, avant la guerre, il y avais environ dix jeunes assis dans le cimetière avec de grands bâtons qui surveillais

notes du traducteur:

[1] Ces paroles sont empruntées à Ibn al-Athir, Chronicon. III, 340.

[2] C’est l’année 8 de l’Hégire (11 janvier 630 de J.-C, d’après Caussin de Perceval, Essai, III, 234). Cf. Prince de Teano, Annali del Islâm, année IIII, §§ 38 et suiv. Toutes les sources arabes sont résumées dans ce dernier ouvrage.

[3] Sur cette femme d’Abou Soufyân, voy. le Kitab al-aghâniIndex, p. 694, et les ouvrages indiqués aux notes ci-après.

[4] Cette bataille est trop célèbre pour qu’il soit besoin d’en parler ici. Ouhoud est le nom d’une montagne, située au nord de Médine. Voy. le résumé de la tradition arabe, sur cet événement, dans Annali del Islâm, par le Prince de Teano, t. I. année 3, § 12 et suiv. Voy. aussi Ibn al-Athir, Chronicon, II, 114 et suiv.

[5] Cf. sur sa mort et sa mutilation par Hind, Caussin de Perceval, Essai, III, 102, 107 et suiv. ; Prince de Teano, Annali del Islâm, t. I, année III, § 55, 61 : Ibn al-Athir, loc. cit. ; Massoudi,Prairies d’or, IV, 152, 156, 439.

[6] Cf. notre traduction de Wancharisi, t. II. p. 487, n. 1 (Archives, t. XIII).

[7] Oncle paternel du prophète Muhammad sws.

[8] Comme son nom l’indique, c’est le fils d’Othman, le troisième khalife orthodoxe. Il était lépreux et louche. Sous les descendants de Marvân, il fut successivement nommé gouverneur de La Mecque et de beaucoup d’autres villes (Prairies d’or, IV, 252). C’est lui qui récita les prières des funérailles à la mort des fils d’Ali Muhammad, surnommé le fils de la Hanéfite, en l’année 84 de l’Hégire (ibidem, 267-268) et aussi à la mort du neveu d’Ali, ‘Abd Allah, fils de Djafar, fils d’Abou Thâlib, ibidem, IV, 384). Enfin il dirigea le pèlerinage pendant les années 76 à 80 et aussi en l’année 82 de l’Hégire (ibid., IX, 59). Abân était aussi un traditionniste estimé, et de nombreux hadiths (traditions) reposent sur son autorité. Il mourut en l’année 105 de l’Hégire. Cf. Prince de Teano, Annali del Islâm, t. II, année 11, § 79, note 2. Voy. aussi Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 570, p. 91, qui mentionne Abân (gouverneur de Médine) à l’occasion du fils de la Hanéfite. Voy. aussi Ibn al-Athir, op. cit., IV, 361 et suiv.

[9] Des renseignements ont été donnés sur tous ces personnages dans d’autres endroits; voy. ces noms à l’Index.

[10] Coran, XII, 21.

[11] Sur ce célèbre compagnon du Prophète sws, mort en l’année 59 ou 60 de l’Hégire et dont le nom entier est Qais, fils de Sa’d, fils d’Oubâda, fils de Doulaim al-Ansari, voy. Nawawî, Isâba, 514-515 ; Massoudi, Prairies d’or, IV, 360; V, 32, 45-48; VIII. 323-324; Prince de Teano, Annali del IslâmIndex, p. 1421; Ibn al-Athir, Chronicon, III, 243-5 et Index, p. 505.

[12] Ces paroles sont devenues proverbiales. Meïdani et tous les auteurs de recueils de proverbes les citent.

[13] Son fils.

[14] En marge du manuscrit A (f° 102 r°), on trouve cette note ajoutée par un lecteur, qui a senti le besoin de nous dire, mais d’une manière inintelligible, son opinion sur l’auteur. Voici les termes de sa note : « Qu’Allah ait en pitié l’auteur de ce livre ! Nous avons compris de ses expressions ni suspendus à rien au-dessus, ce que nous avons compris; c’est à vous maintenant de comprendre. » Ce doit être une allusion à une croyance de l’auteur, mais laquelle?

[15] Abou Hilal Al-‘Askari (manuscrit arabe de Paris, n° 5986, rapporte diverses traditions, d’après lesquelles la maqsûra aurait été inaugurée par ‘Omar ou ‘Othman. Cf. Ibn Khaldoun,Prolégomènes, trad. de Slane, II, 62 et note; Quatremère, Mamlouks, I, I, 164; II, I, 283; Lane, Manners and Customs of the Modem Egyptians, I, 116.

[16] Ibn at Tiqtaqâ n’aperçoit pas la sécurité qui résulte, pour les routes, de ces relais établis tous les deux parasanges et de ce va-et-vient continuel des courriers. Sur la poste en Orient, voy. l’importante note de Quatremère, Mamlouks, II, II, 87 et suiv. ; Kremer, Culturgeschichte des Orients.

[17] Il se nommait ‘Amr, fils du fameux Zoubair (voy. ce nom à l’Index), Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 7.

[18] C’est ‘Abd Allah, fils de Zoubair, frère d’Arar, qui remboursa la somme pour faire élargir son frère incarcéré sur l’ordre de Mouâwiya. Ibn al-Athir, loc. cit.

[19] Sur ce bureau, voy. encore Ibn Khaldoun, Prolégomènes, trad. de Slane, II, 56; Tha’âlibi, Latâ’if, p. 12.

[20] Ce passage est incontestablement emprunté à Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 9.

[21] Son nom est ‘Oubeïd Allah. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 7, 8 et 365-367.

[22] Cette anecdote est donnée par Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 7-8.

[23] Littéralement : un jour qu’on venait d étendre la nappe de cuir devant… » En effet ces repas se servaient sur de grandes pièces de cuir, faisant office de table, Quant à ces repas solennels donnés à certains jours de l’année, ils constituaient un des attributs du pouvoir, et étaient présidés par le souverain lui-même ou son représentant, ou par un vizir. Cf. Quatremère,Mamlouks, I, II, 99.

[24] On sait que c’est le titre des descendants d’Ali par la branche de Hosain.

[25] Muhammad sws.

[26] La vie de Ziyâd est assez connue. Massoudi (Prairies d’or, V, 15, et suiv.) donne d’intéressants détails sur ce fameux personnage. Sa biographie est aussi donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 94 ; Kitab al-aghâniIndex, pp. 360-361.

[27] On l’appelait Soumayya, fille d’al-A’war [le borgne]. Elle mourut en l’année 58 de l’Hégire. Cf. Kitab al-aghâni, XVII, 67, et Prince de Teano, Annali del Islâm, t. II, année 8, § 150, note 1, n° 2 et année 2, § 160, note 1. Elle était esclave de Hârith, fils de Kalada, et habitait à Tâ’if, dans un quartier appelé Rue des Courtisanes. Cf. Massoudi, Prairies d’or, V, 22 et suiv. Voy. aussi Ibn al-Athir, Chronicon, III, 371.

[28] Voy. plus loin la traduction correspondante.

[29] Littéralement : qui deposuit eum in utero matris suae.

[30] Tout ce passage est copié mot à mot d’Ibn al-Athir, Chronicon. III, 371.

[31] Littéralement : et haec stillabat semine.

[32] C’est la présomption : Pater is est quem nuptiae demonstrant

[33] C’est-à-dire la lapidation conformément à la législation née de la sounna, qui a renchéri sur la législation coranique Coran, XXIV, 2-10), laquelle prescrit seulement le fouet.

[34] Comme dans le droit romain, où l’on distinguait les juslœ nuptiae, le concubinatus, le contubernium, etc.

[35] C’est la paternité forcée, ou filiation établie par simple déclaration de la mère.

[36] Ces vers sont, dit-on, d’Abd er-Rahman, fils d’Oumra al-Hakam, ou de Yazid, fils de Moufarrigh l’Himyarite, grand-père du Sayyid al-Himyarî. Sur ces deux poètes, voy. Kitab al-aghâni, VI, 75 et XIII, 33-35, 43, 47-48; XVI, 7, 16 ; XVII, 51 et suiv. ; Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, 206, 209-213. Ce dernier auteur (p. 212) attribue les vers ci-dessus à Ibn Moufarrigh. De même leKitab al-aghâni, VII, 60. Massoudi (Prairies d’or, V, 27) nomme aussi les deux poètes sans savoir auquel des deux attribuer les vers. Mais l’attribution à Ibn Moufarrigh est confirmée par Ibn al-Athir, Chronicon, III. 432-433; IV, 12, 219, 278. Quant à ‘Abd er-Rahman, fils d’Oumm al-Hakam, son nom est ‘Abd er-Rahman fils d’Abdallah, fils d’Othman ath-Thaqari. Cf. Ibn al-Athir, op. cit., III, 410 ; IV, 245-248.

[37] Ici le sens n’est pas douteux, il s’entend du changement de caractère, d’une manière absolue, en bien ou en mal. Voyez des exemples où ce verbe signifie « s’améliorer » dans Ibn al-Athir, Atabeks, p. 330, l. 6 (Hist. orientaux des Croisades) : Kitab ar-raudatain, d’Abou Châma, éd. du Caire, II, 18, l. 10.

 

Règne de Muawiya (ra) L’Omeyyade (41/661 — 60/680). tiré du livre « al-fakhri » de Ibn al-Tiqtaqa ( 1302) lui-meme tiré d’Ibn al-Athir 

 

(wikipedia)

Muʿāwiya Ier ou ʾAbū ʿAbd Ar-Raḥmān Muʿāwiya ibn ʾAbī Sufyān (en arabe : أبو عبد الرحمن معاوية بن أبي سفيان), né en 602 à La Mecque et mort en 680 à Damas, est le premier calife omeyyade. Il est le fils de ʾAbū Sufyān ibn Ḥarb, l’un des plus farouches adversaires du prophète de l’islam, Muhammad (paix et bénédiction d’ALLAH sur lui) , devenu par la suite un de ses compagnons après sa conversion. Muʿāwiya, qui se convertit à l’islam avec sa famille lors de la conquête de La Mecque en 630, devient scribe du Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’ALLAH sur lui) et combat aux côtés des musulmans. Sous ʿUṯmān ibn ʿAffān, Muʿāwiya est nommé gouverneur de Syrie, avant d’être relevé de ce poste par Ali ibn Abi Talib.

L'entée des arabes du califat Rashidun à Lattaquié au Bilad al-Sham
L’entée des arabes du califat Rashidun à Lattaquié au Bilad al-Sham

Jeunesse

Muʿāwiya ibn ʾAbī Sufyān naît en 602 à La Mecque. Il fait partie d’un clan de Qurayš : les Banū ʾUmayya, parmi les clans les plus influents de La Mecque, descendants de ʾUmayya ibn ʿAbd Šams. La famille de Muʿāwiya, opposée aux musulmans, finit par embrasser l’islam avec la conquête de La Mecque en 630. Muhammad (paix et bénédiction d’ALLAH sur lui) accueille chaleureusement ses anciens opposants et leur accorde des postes importants, Muʿāwiya devient son scribe. Après la mort du Prophète  Muhammad (paix et bénédiction d’ALLAH sur lui) en 632, Muʿāwiya rejoint l’armée musulmane aux côtés de son frère Yazīd et combat en Syrie contre l’Empire byzantin. Lorsque ce dernier est atteint de la peste, c’est Muʿāwiya qui poursuit le siège de la ville de Césarée et finit par capturer la ville en 641, après sept années de siège, grâce à une ruse, un juif lui ayant indiqué un ruisseau sous la muraille, par où les troupes musulmanes pénètrent dans la ville.

illustration, du 19eme siècle de la "Bataille des Mats ou la Bataille de Phoenix de Lycie " la scène dépeint ." la victoire du califat rashidun sur les forces  Byzantine de Constans II  en . 655.
illustration, du 19eme siècle de la « Bataille des Mats ou la Bataille de Phoenix de Lycie  » la scène dépeint . » la victoire du califat rashidun sur les forces Byzantine de Constans II en . 655.

Gouverneur de Syrie

En 640, après la mort de son frère Yazīd, Muʿāwiya est nommé gouverneur de la Syrie par le calife ʿUmar ibn Al-Ḫaṭṭāb. Peu à peu, Muʿāwiya gagne le respect du pays et la loyauté personnelle de ses troupes et de la population locale. En 647, l’armée syrienne est suffisamment forte pour repousser une attaque byzantine et, quelques années plus tard, s’engager dans des offensives et des campagnes militaires, si bien qu’en 649, Chypre est conquise, suivie de Rhodes et Cos en 654, et la marine byzantine subit une lourde défaite à la bataille des Mâts un an plus tard1. Simultanément, des expéditions terrestres sont lancées en Anatolie.

Selon Théophane le Confesseur, Muʿāwiya vend des restes du Colosse de Rhodes à un marchand d’Éphèse, qui les transporte sur 900 chameaux.

 

Bataille entre le premier calife Omeyyade Muawiya et le calife Ali  en 657 ) la batailel de Siffin , illustration persane  safavide 1516
Bataille entre le premier calife Omeyyade Muawiya et le calife Ali en 657 ) la batailel de Siffin , illustration persane safavide 1516

Conflit avec ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib

En 656, ʿUṯmān ibn ʿAffān, calife qui fait partie des Banū ʾUmayya, est assassiné et ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib lui succède. Muʿāwiya (ra), lui aussi des Banū ʾUmayya, ainsi que ʿĀʾiša bint ʾAbī Bakr2, veuve de Mohammad, Ṭalḥa ibn ʿUbayd Allāh et Az-Zubayr ibn Al-ʿAwwām demandent justice, mais ʿAlī clame son incapacité à appréhender et punir les assassins, craignant une infiltration de la rébellion dans les rangs des musulmans. Muʿāwiya, quoiqu’il reconnaisse le califat de ʿAlī, outrepasse les prérogatives car les assassins de ʿUṯmān se retranchent dans l’armée de ʿAlī2. Cependant, il ne participe pas avec ʿĀʾiša (ra) , Ṭalḥa (ra) et Az-Zubayr (ra) à la bataille du Chameau, qui voit la mort de ces deux derniers et la victoire de ʿAlī.

Muʿāwiya et ʿAlī se rencontrent à la bataille de Ṣiffīn en 657, les deux camps décident d’arrêter les hostilités et de recourir à un arbitrage2. Les partisans de ʿAlī qui sont contre l’arbitrage, arguant que ʿAlī est choisi par Dieu pour être calife et qu’il ne doit pas lui désobéir, s’en séparent et deviennent les kharidjites2. La même année, voyant que l’agitation couve en Égypte, ʿAlī remplace son gouverneur Qays par Muḥammad ibn ʾAbī Bakr, frère de ʿĀʾiša, ce qui finit par faire éclater la révolte dans le pays. Muʿāwiya saisit l’occasion et ordonne à ʿAmr ibn Al-ʿĀṣ d’envahir l’Égypte, ce qu’il réalise avec succès.

Sous le califat de Muawiya la ville de Kairouan fut fondée
Sous le califat de Muawiya la ville de Kairouan fut construite

Fondation du Califat omeyyade

Dès l’année 660, Muʿāwiya obtient l’allégeance (bayʿa) d’une assemblée de chefs arabes à Jérusalem3. En 661, les kharidjites assassinent ʿAlī2. Muʿāwiya aurait dû être assassiné également au moment où il était en prières, mais il ne fut que blessé. À la suite de cette tentative avortée, il fit construire la première maqsura, de manière à pouvoir prier en sécurité4. La même année, Muʿāwiya, à la tête d’une force importante, marche sur Koufa (que ʿAlī avait érigée auparavant comme capitale) et convainc ses habitants de le choisir en tant que calife au lieu de Al-Ḥasan, fils de ʿAlī. Al-Ḥasan accepte d’abdiquer, moyennant une compensation financière et se retire pour mener une vie privée à Médine2. Muʿāwiya n’a plus aucun obstacle devant lui et se fait proclamer calife en 661, fondant ainsi le Califat omeyyade, avec Damas comme capitale.

Le Califat omeyyade étant vaste, Muʿāwiya Ier s’appuie sur ses alliés, notamment Ziyād ibn ʾAbī Sufyān, son « frère adoptif », nommé gouverneur d’Irak et qui mate la rébellion de Ḥuǧr ibn ʿAdiyy à Koufa. La suite du règne de Muʿāwiya Ier est marquée par une stabilité politique et une rapide expansion territoriale, avec la conquête de la Crète, ainsi qu’une partie de l’Afrique du Nord, où est fondée la ville de Kairouan, et de l’Asie centrale (Kaboul, Boukhara, Samarcande). Chios et Smyrne sont conquises en 672, et une base est établie àCyzique. En 674, son fils Yazīd assiège Constantinople, sous le règne de Constantin IV Pogonat, mais est repoussé par l’utilisation du feu grégeois. Le calife, qui vit la totalité de sa flotte se réduire en cendres, accepta de restituer les îles de la Méditerranée, et aussi de payer un tribut annuel à Constantinople.

Premier Siège de Constantinople par les forces Islamique du califat des Omeyyades 674 et 678
Premier Siège de Constantinople par les forces Islamique du califat des Omeyyades 674 et 678

Succession et décès

Muʿāwiya Ier mourut le 6 mai 680 à Damas, selon certaines sources d’un accident vasculaire cérébral.

Ni lui ni ses successeurs n’ont jamais employé le titre de «malik» (roi)5. Vers la fin de sa vie, en 679, il prépara sa succussion la chose et fit prêter serment d’allégeance à son fils Yazid, après avoir procédé à des consultations.  Ibn Khaldoun, nous explique sont point de vue au xive siècle :

«On doit rejeter les arguments de ceux qui disent qu’un imam est suspect quand il désigne son fils ou son père, ou quand il désigne son fils seulement, et non pas son père. Car aucun soupçon ne doit l’atteindre de ce chef. Surtout s’il est mû par le souci du bien public ou la crainte de quelque malheur : le soupçonner est hors de question. Tel fut, par exemple, le cas de Muʿāwiya nommant pour héritier son fils Yazid. Il le fit avec l’accord populaire, ce qui est déjà un argument en sa faveur. Mais, de plus, il préférait Yazid à tout autre, parce qu’il lui paraissait plus apte à maintenir l’unité et la concorde.»6. La chose finit pourtant par engendrer des troubles, tant sous le califat de Yazid qu’après sa mort.

Yahia ad-Dimashqi at-Taghlibi (Jean le damascène) , fut ministre pour Muawiya pour les affaires des chrétiens
Yahia ad-Dimashqi at-Taghlibi (Jean le damascène) , fut ministre pour Muawiya pour les affaires des chrétiens

Administration

Plusieurs postes importants au sein de l’administration sont confiés à des chrétiens, dont certains appartiennent à des familles qui ont déjà servi dans l’administration byzantine. L’emploi de chrétiens fait partie d’une large politique de tolérance religieuse, indispensable étant donné le grand nombre de chrétiens à travers le Califat. Cette politique rend Muʿāwiya Ier populaire et solidifie encore plus la base de son pouvoir : la Syrie, siège d’une importante population chrétienne. Muʿāwiya Ier crée une administration plus ou moins semblable à la bureaucratie byzantine. Parmi les six « offices » centraux que connaît le Califat omeyyade, la création de deux d’entre eux est attribuée par les sources arabes à Muʿāwiya Ier : Dīwān al-ḫātam (Office du sceau) et Dīwān al-barīd (Office de la poste), qui facilitent grandement la communication à travers le Califat.

Vue de Damas depuis Qasiyon
Vue de Damas depuis Qasiyon

Héritage

Muʿāwiya Ier embellit grandement la ville de Damas, la voulant semblable à Rome. Il développe également une cour capable de rivaliser avec la cour byzantine, et étend les frontières du Califat, allant jusqu’à assiéger Constantinople. Il est également crédité du sauvetage du monde musulman des dissensions qui suivirent la Première Fitna,

Références

  1. (en) Mitch Williamson, « “BATTLE OF THE MASTS” » [archive], sur Cog and Galley [archive],‎ 12 avril 2009 (consulté le 10 février 2011).
  2. a, b, c, d, e et f Tabarî (trad. Hermann Zotenberg), La Chronique : Histoire des prophètes et des rois [« تاريخ الرسل والملوك (Tārīḫ ar-rusul wal-mulūk) »], vol. II, Arles, Actes Sud, coll. « Sindbad »,‎ 19 mai 2001 (ISBN 2742733183).
  3. Hawting 2000, p. 30
  4. Atallah 2010, p. 112
  5. Hawting 2000, p. 12-13
  6. cité dans Atallah 2010, p. 247-248

 

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