ANNEE 624 et 625 DE L’HEGIRE ( 1227), RECIT DE L’ARRIVEE DES FRANCS EN SYRIE ET DE L’OCCUPATION DE SAYDA etRÉCIT DE LA CONQUÊTE DU ROYAUME DE ROUM ET D’ARZENKAN PAR KEÏKOBAD LE SELDJOUKIDE. par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Deux guerriers ayyoubides
Deux guerriers ayyoubides

ANNEE 624 DE L’HEGIRE (22 DECEMBRE 1226 — 12 DECEMBRE 1227).

Cette année-là, une bande de Turcomans qui se trouvait sur les frontières du district d’Alep réussit à atteindre et à tuer un chevalier célèbre parmi les Francs et appartenant au corps des Templiers d’Antioche. Les Templiers, à cette nouvelle, se mirent en marché contre les Turcomans; ils les surprirent et, dans le combat qui s’engagea, ils leur tuèrent du monde et firent des prisonniers et du butin. La nouvelle de cette affaire parvint à l’atabek Chihâb-eddyn, gouverneur d’Alep, qui envoya un message aux Francs et les menaça d’envahir leurs possessions. Comme les soldats d’Alep avaient eux aussi tué deux Templiers, les Francs se décidèrent à faire la paix et rendirent aux Turcomans une grande partie de leurs richesses, ainsi que leurs femmes et les prisonniers qu’ils avaient faits.

ANNEE 625 DE L’HEGIRE (12 DECEMBRE 1227 — 30 NOVEMBRE 1228).

RECIT DE L’ARRIVEE DES FRANCS EN SYRIE ET DE L’OCCUPATION DE SAYDA.

Cette année, de nombreuses troupes de Francs quittèrent leur pays à l’ouest de la Sicile et les contrées situées au delà de cette île et se rendirent dans leurs possessions de Syrie, à Acca, Sour et autres villes de la zone maritime. Ils étaient très nombreux et avaient été déjà précédés par d’autres troupes qui n’avaient pu entrer en campagne ni entreprendre la guerre par suite de l’absence du chef qui était à leur tête, le prince des Allemands, surnommé empereur,[147] mot qui signifie, dit-on, prince des princes, et aussi parce que Almoaddham était encore vivant et que c’était un prince perspicace, brave et entreprenant. Quand, ainsi que nous l’avons dit, Almoaddham mourut et que son fils lui succéda et régna à Damas, les Francs s’enhardirent : ils s’emparèrent d’Acca, de Sour, de Beyrouth et de la ville de Sayda dont ils n’occupaient que la moitié, l’autre partie étant entre les mains des Musulmans. Les murs de cette dernière ville qui étaient en ruines furent relevés par les Francs, qui prirent toute la ville [et en chassèrent les Musulmans]. Tout cela n’avait pu s’accomplir que par suite de la destruction des forteresses voisines, telles que Tibnîn, Houneîn, etc. Nous avons précédemment parlé de ces faits en détail. La puissance des Francs s’étant ainsi accrue, leur audace devint plus grande; l’empereur s’empara, chemin faisant, de l’île de Chypre, qu’il garda, et poursuivit sa route jusqu’à Acca. Ces succès répandirent la terreur parmi les Musulmans. Puisse Dieu abaisser l’infidèle et donner la victoire aux Musulmans, au nom de Mohammed et de sa famille ! Le prince qui était à la tête des Francs arriva ensuite en Syrie.

RÉCIT DE LA CONQUÊTE DU ROYAUME DE ROUM ET D’ARZENKAN PAR KEÏKOBAD.

Cette année, le prince Ala-Eddin Keîkobad, fils de Keïkhosrew, fils de Kilidj-Arslan, maître de Koniya, d’Aksara, de Malathia et autres lieux, du royaume de Roum, s’empara de la ville d’Arzenkan dans les circonstances suivantes. Le maître de ces contrées, Bahram chah, qui les avait possédées pendant de longues années, plus de soixante ans, mourut sans avoir cessé de reconnaître, lui et ses fils, l’autorité de Kilidj-Arslan. Quand il mourut, son fils Ala-Eddin Daoud chah lui succéda. Keîkobad envoya demander à ce prince des troupes pour aller assiéger Arzenerroum ; il lui demanda en outre de venir lui-même à la tête de ses soldats, ce que fit Daoud chah. Lorsque ce dernier arriva auprès de Keîkobad, celui-ci le fit arrêter et lui enleva la ville d’Arzenkan. Dans cette ville se trouvait une citadelle des plus fortes nommée Komakh sous les ordres d’un gouverneur délégué de Daoud chah. Keîkobad, prince de Roum, la fit assiéger, mais ses soldats ne purent s’en approcher à cause de la hauteur de ses murailles et de sa situation en un lieu escarpé et inexpugnable. Menacé, s’il ne livrait pas Komakh, Daoud chah envoya à son lieutenant l’ordre de rendre cette forteresse, qui fut aussitôt livrée à Keîkobad. Keîkobad voulut ensuite aller s’emparer de la ville d’Arzenerroum, qui appartenait à son cousin Toghril-Chah, fils de Kilidj-Arslan. Quand ce prince apprit cette nouvelle, il s’adressa au prince Hossâm-eddyn. Aly, lieutenant d’Almélic-Alachraf à Khélath, et lui demanda assistance en laissant croire qu’il reconnaissait l’autorité d’Alachraf. Hossâm-eddyn se mit en marche à la tête des troupes qu’il avait avec lui et qu’il avait réunies en Syrie et dans le pays de Djézireh, et cela à cause du prince de Roum, car il craignait que, si ce prince s’emparait d’Arzenerroum, il ne voulût aller plus loin et attaquer Khélath. Le chambellan Hossâm-eddyn se rendit donc à Arzenerroum pour couvrir cette place. Lorsque Keîkobad apprit l’arrivée des troupes dans celle ville, il ne mit pas son projet à exécution, mais quitta Arzenkan et rentra dans son pays. Il venait d’apprendre que les Roum infidèles qui avoisinaient ses États s’étaient emparés d’une de ses forteresses nommée Sinope; c’était une citadelle des plus fortes, qui dominait la mer Noire. Aussitôt qu’il fut rentré dans ses Etats, Keïkobad envoya (les troupes contre cette place et, l’ayant assiégée par terre et par mer, il la reprit sur les Roum; puis il rentra à Antioche (lisez Antalia, Satalie), où il hiverna suivant sa coutume.

[147] Il s’agit de l’empereur Frédéric II, excommunié par Grégoire IX en 1227 pour ne pas avoir honoré sa promesse de lancer la sixième croisade. Il partit l’année suivante alors que son excommunication n’était pas levée. Sa brève croisade se termina en négociations et par un simulacre de bataille avec le sultan Malik al-Kamel « le Parfait », avec qui des liens d’amitié s’étaient tissés, et par un accord, le traité de Jaffa. Il récupéra sans combattre la ville de Jérusalem et fut couronné roi de Jérusalem le 18 mars 1229.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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