Descriptions de Dimashq (Damas) à l’époque médiéval :

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Plan de Dimashq (Damas) sous le califat Abbasside
Plan de Dimashq (Damas) sous le califat Abbasside 12e siècle

Al-idrissi (1100-1165) nous décris Damas :

« Le pays de Damas est l’un des plus délicieux pays de Dieu. Les eaux qui arrosent Ghûta proviennent de la source nommée Fîja, qui surgit du sommet d’une montagne ; elles descendent comme une grande rivière du haut de cette montagne avec un bruit et un fracas surprenants qu’on entend de fort loin. Dans l’intervalle compris entre le village de Abil et la ville, ces eaux se partagent en divers canaux connus sous les noms de Nahr-Yazîd, Nahr-Thawra, (…)

Nahr-Yashkûr et Nahr-‘Âdiyya ; les eaux de ce dernier ne sont pas potables, parce que c’est là que se déversent les immondices, les ordures, les eaux sales et les rigoles de la ville ; il la traverse par le milieu et il est coupé par un pont sur lequel on passe. Les autres canaux dont nous venons de parler entrent dans la ville et coulent dans les maisons, dans les bains, dans les jardins et dans les marchés. »

Al-Idrîsî, Nuzhat al-mushtaq fî ikhtirâq al-âfâq, encore appelé Livre de Roger, Sicile, 1154

Vue l'ancien Damas (Syrie, Bilad al-Sham) du coté de la Mosquée des Omeyyades
-Gustav-Bauernfeind « La porte de la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas »

Ibn Jubayr al-Kinani al-Andalusi (1145-1217)  nous décris Damas :

« Que Dieu, très haut, la garde ! Damas, paradis de l’Orient, point d’où s’élève sa lumière rayonnante, sceau des pays de l’Islam que nous avons visités, nouvelle mariée que nous avons admirée après qu’elle eut soulevé son voile. Elle s’était parée de fleurs et de plantes aromatiques, elle apparaissait dans la robe de brocart vert de ses jardins. Elle était éminemment belle, assise sur le siège nuptial, parée de tous ses atours. Damas s’honore d’avoir abrité le Messie et sa mère – que Dieu les bénisse ! – sur une colline, séjour tranquille, arrosée d’eaux vives où s’étend une ombre épaisse et où l’onde est semblable à celle du Salsabîl au paradis. Ses ruisseaux serpentent partout, ses parterres sont parcourus d’une brise légère, vivifiante. La ville se montre à qui la contemple dans son bel éclat et lui dit : « Viens donc dans ce lieu où le charme demeure ! » Le sol de Damas est si saturé d’eau qu’il aurait presque envie d’être sec et les pierres dures vous crieraient presque : « Frappez du pied, c’est là que vous pourrez faire vos ablutions avec une eau fraîche et que vous pourrez boire ! » Les jardins entourent Damas comme le halo entoure la lune, le calice la fleur. À l’est, sa Ghouta verte s’étend à perte de vue et vers quelque direction qu’on porte les yeux sa splendeur éclatante retient le regard. Combien ont eu raison de dire ceux qui parlaient de Damas : « Si le paradis est sur terre, Damas y est, et s’il est dans le Ciel, Damas rivalise avec lui et est à sa hauteur ! »  »

Ibn Jubayr, « Relation de voyages », dans Voyageurs arabes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1995

Plan de Damas avec ses sept portes
Plan de Damas avec ses sept portes

Abu al-Fida (1273-1331) nous décris Damas :

« Damas Dimaschq. Fin du troisième climat capitale de la Syrie. Tous les géographes sont d’accord sur ce point que la longitude de Damas est sans fractions de 700 à partir des iles Fortunées et de 6o à partir de la côte occidentale d’Afrique mais ils diffèrent entre eux au sujet de sa latitude Nous avons adopté le chiffre qui nous a paru être le véritable Damas existe de toute antiquité c’est la célèbre capitale de la Syrie. Sa Ghoutah (campagne) est l’un des quatre motanazzah lieux de plaisance que l’on considère comme les plus beaux sites de la terre et qui sont la Ghoùtah de Damas la vallée de Bawwàn les bords de l’Obollah le Soghd de Samarqand. On met en première ligne la Ghoùtah de Damas. Au nord de cette ville s élève le mont Qàsioùn (Casius) où dit on Caïn tua son frère Abel. Une autre promenade célèbre de Damas est la Rabwah grotte qui est située à l entrée occidentale de la vallée de Damas endroit du partage de ses eaux On prétend que le berceau de Jésus sur qui soit le salut se trouve dans cette caverne »

Géographie d’Aboulféda, Volume 2 Par Abū al-Fidāʾ Ismāʻīl ibn ʻAlī p. 31

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Le dôme du trésors Bayt al-Mal de la mosquée des Omeyyades de Damas a été construit sous les ordres de Fadl ibn Salih en 789 gouverneur Abbasside de Damas

al-Muqaddasi  (945-991) nous décris Damas :

« Damas, métropole de Sham [nom donné à la Syrie par les musulmans], résidence royale sous les Omeyyades, referme les vestiges de leurs châteaux, construction de bois et de brique crue. La ville est entourée de fortifications, elles aussi de brique, qui furent édifiées du temps que j’étais moi-même à Damas. La plupart des marchés sont couverts […]. C’est un pays sillonné de cours d’eau, cerné d’arbres, où les fruits abondent et où les tarifs sont bas ; il peut y neiger et l’on y trouve des produits des deux hémisphères. On ne voit nulle part des bains aussi beaux, des fontaines aussi merveilleuses, des habitants au caractère aussi ferme. »

al-Muqaddasî, La meilleure répartition pour la connaissance des provinces, dans A. Miquel, Damas, 1963, p. 165-167

Vue aérienne sur l'antique ville de Damas, l'une des plus vielle au monde.
Vue aérienne sur l’antique ville de Damas, l’une des plus vielle au monde.

Ibn Hawqal (943 et 969) nous décris Damas :

« Il y a dans cette ville une mosquée qui surpasse en beauté et en composition architecturale toutes les autres mosquées du territoire de l’Islam. Les murs, ainsi que la coupole qui surmonte le mirhab, près de la Maqsura, sont l’œuvre des Sabéens : c’était leur temple. Puis il passa aux mains des Grecs qui y célébraient leur culte. Plus tard, il devint la propriété des juifs et de certains princes adorateurs de statues et d’idoles. […] C’est alors que les Chrétiens prirent possession de l’édifice ; par leurs soins, il devint une église, dans laquelle ils célébrèrent leur culte jusqu’à l’apparition de l’Islam. L’endroit devint la propriété des musulmans, qui en firent une mosquée. Walid ibn Abd al-Malik restaura l’édifice pendant son règne, il fit paver le sol de marbre et lambrissa les parois en marbre bigarré ; les colonnes furent faites en marbre tacheté ; les clefs de voûte et les chapiteaux des colonnes étaient en or ; et le mirhab, doré et incrusté de pierreries. Le tour des plafonds fut doré et orné d’inscriptions sur les autres côtés des murs de la mosquée. On dit que cette restauration engloutit plusieurs années de l’impôt foncier de Syrie. La terrasse est en plomb : lorsqu’on y verse de l’eau pour la nettoyer, celle-ci coule alors tout autour du périmètre de la mosquée, si bien qu’en donnant libre cours, elle se répand normalement hors du bâtiment et de ses angles. L’impôt foncier de la Syrie, […] dépassait un million huit cent mille dinars. »

Ibn Hawqal, Le livre de la configuration de la terre, traduction par J.-H. Kramers et G. Wiet, Paris, 1965, p. 171-172.

Vue de Damas depuis Qasiyon
Vue de Damas depuis Qasiyon
Ancienne carte de Damas, source : Braun et Hogenberg Civitates Orbis Terrarum II 55 Date: La première édition en latin date de 1575
Ancienne carte de Damas, source : Braun et Hogenberg Civitates Orbis Terrarum II 55
Date: La première édition en latin date de 1575

Ibn Battouta (1304-1377) nous parle de Damas: « La ville de Damas surpasse toutes les autres en beauté et en perfection; et toute description, si longue qu’elle soit, est toujours trop courte pour ses belles qualités. Rien n’est supérieur à ce qu’a dit, en la décrivant, Abou’l Hoçaïn, fils de Djobaïr; et voici ses paroles:

« Quant à Damas, c’est le paradis de l’Orient, et le point d’où s’élève sa lumière brillante; le dernier pays de l’islam que nous avons visité, et la nouvelle mariée d’entre les villes, que nous avons admirée dans sa splendeur, et sans voile. Elle était ornée par les fleurs des végétaux odorants, et apparaissait tout éclatante dans les vêtements de brocart de ses jardins. Elle occupait un rang éminent pour la beauté et était parée, dans son siège nuptial, des ornements les plus jolis. Cette ville a été ennoblie parce que le Messie et sa mère ont habité une de ses collines, demeure sûre et lieu abondant en sources (Coran, XXIII, 52); c’est un ombrage durable et une eau limpide, comme celle de la fontaine Salsébîl dans le paradis. Ses ruisseaux coulent dans tous les chemins, avec les ondulations du serpent, et elle a des parterres dont le souffle léger fait renaître les âmes. Cette ville se pare, pour ceux qui la regardent, d’un brillant ornement, et leur crie : « Venez au lieu dans lequel la beauté « passe la nuit, et fait sa sieste! » Le sol de cette ville est presque tourmenté par la quantité de l’eau, au point qu’il désire la soif; et peu s’en faut que les pierres dures et sourdes ne te disent elles-mêmes dans ce pays : « Frappe la terre de ton pied ; c’est ici une eau fraîche pour les ablutions, en même temps qu’une boisson pure. » (Coran, XXXVIII, 41) Les jardins entourent Damas, à l’instar de ce cercle lumineux, le halo, quand il environne la lune, ou des calices de la fleur qui embrassent les fruits. A l’est de cette ville, aussi loin que la vue peut s’étendre, se voit sa ghouthah (terre molle et fertile; nom de la campagne aux environs de Damas) verdoyante. Quel que soit le point que tu regardes sur ses quatre côtés, tu le vois chargé de fruits mûrs, à une aussi grande distance que tes yeux peuvent distinguer. Combien ont dit vrai ceux qui ont ainsi parlé à l’égard de cette ville : « Si le paradis est sur la terre, certes c’est Damas; et s’il est dans le ciel, cette ville lutte de « gloire avec lui, et égale ses beautés. »

Ibn Djozay dit: « Un poète de Damas a composé des vers dans ce sens, et il s’exprime ainsi : »

Si le paradis de l’éternité est placé sur la terre, c’est Damas, et pas d’autre ville que celle-ci.

S’il est dans le ciel, il lui a départi son atmosphère et son attrait.

La ville est excellente, et le maître clément (c’est-à-dire: Dieu est indulgent). Jouis donc de ce trésor, au soir et au matin. (Coran, XXXIV, 14.)

La ville de Damas a été mentionnée par notre cheikh traditionnaire, le voyageur Ghams eddîn Abou Abd Allah Mohammed, fils de Djâbir, fils de Hassan elkeïcy elouâdïâchy (originaire de Guadix), habitant à Tunis. Il a cité le texte d’Ibn Djobaïr, puis il a ajouté ce qui suit :

« L’auteur a bien parlé dans la description qu’il a faite de cette ville, et il s’est exprimé, à ce sujet, d’une manière sublime. Ceux qui ne l’ont pas vue désirent la connaître, par suite de ce qu’il en a dit. Quoiqu’il n’ait pas séjourné beaucoup à Damas, il en parle éloquemment, et avec la véracité d’un savant très profond. Mais il n’a pas décrit les teintes dorées de son crépuscule du soir, au moment où a lieu le coucher du soleil; ni les temps de ses foules agitées, ni les époques de ses joies célèbres. Du reste, il a particularisé suffisamment les faits, celui qui a dit de Damas : « Je l’ai trouvé tel que les langues le décrivent, et l’on y voit tout ce que l’esprit peut désirer et tout ce qui peut plaire aux yeux. » Ibn Djozay reprend : « Ce que les poètes ont dit touchant la description des beautés de Damas est si nombreux, qu’on ne saurait s’en rendre compte. Mon père récitait fréquemment les vers suivants sur cette ville, lesquels sont de Cherf eddîn, fils de Mohcin : »

Et Damas! j’éprouve pour lui un penchant qui me tourmente, bien qu’un dénonciateur m’importune, ou qu’un critique me presse.

C’est une contrée dont les cailloux sont des perles, la terre de l’ambre gris, et les souffles du nord comme un vin frais.

L’eau y coule bruyamment des lieux élevés et figure des chaînes : et

tout le monde peut en disposer (littéral, elle est lâchée). Le vent des vergers y est sain, quoique faible. »

Ces vers appartiennent, ajoute Ibn Djozay, à un mode de poésie sublime.

Le poète Arkalah eddimachky elkelby a dit, au sujet de cette ville :

Damas est le grain de beauté de la joue du monde, de même que Djillik (lieu près de Damas) offre l’image de sa pupille langoureuse.

Son myrte te présente un paradis sans fin, et son anémone une géhenne qui ne brûle pas.

Le même auteur a dit encore sur cette ville :

Quant à Damas, c’est un paradis anticipé pour ceux qui visitent celle, ville. On y voit et les garçons (cf. ci-dessus) et les houris.

Le son que la lune y fait entendre sur ses cordes imite le chant de la tourterelle et du merle.

Et les cottes de mailles que les doigts des vents entrelacent sur l’eau! Combien elles sont belles! Malheureusement, ce n’est qu’une illusion.

Ce poète a composé beaucoup d’autres vers sur Damas. Voici maintenant, sur cette ville, ce qu’a écrit Abou’louahch Séba’, fils de Khalk elaçady :

Dieu veuille abreuver Damas par une nuée bienfaisante, qui verse sur cette ville une pluie abondante et continue!

Dans le monde tout entier et dans ses horizons, rien n’égale la beauté de cette ville.

La Zaourâ de l’Irak (Bagdad, ou le Tigre) préférerait faire partie de Damas, au lieu d’appartenir à la Chaldée.

Son sol est aussi beau que le ciel, et ses fleurs sont comme les points lumineux qui brillent à son orient.

Le zéphyr de ses parterres, toutes les fois qu’il s’agite au soir, délivre du poids de ses peines l’homme soucieux.

Le printemps réside joyeusement dans les habitations de ce pays; et l’univers est entraîné vers ses marchés.

Ni les yeux, ni l’odorat ne se fatiguent jamais de la vue de Damas et de l’aspiration de ses parfums.

Parmi les poésies analogues aux morceaux précédents, voici des vers que l’excellent kadi Abd errahîm elbeïçâny a composés sur cette ville, et qui font partie d’un long poème. On prétend aussi que ce poème est l’ouvrage d’Ibn Elmonîr.

O éclair! veux-tu être porteur d’un salut qui soit doux et agréable comme ton eau limpide?

Visite Damas de bon matin avec les longs roseaux de la pluie; et les fleurs de ses vergers, qui semblent incrustées d’or et de pierreries, ou couronnées.

Etends sur le quartier de Djeïroûn ta robe de nuages, et surtout au-dessus d’une demeure qui est toute couverte de noblesse;

Où la fertilité du printemps a répandu tous ses dons; et les ondées printanières ont orné le pâturage.

Voici ce que dit, sur cette ville, Abou’l Haçan Aly, fils de Mouça, fils de Sa’id el’ansy, elgharnâthy, appelé Nour eddîn :

Damas, notre demeure, où le bonheur se montre parfait, tandis que, partout ailleurs, il est incomplet.

Les arbres dansent, et les oiseaux chantent ; les plantes y sont élevées, et les eaux coulent en pente.

Grâce aux plaisirs qu’on y éprouve, les visages des habitants resplendissent ; ils sont seulement cachés par les ombrages des grands arbres.

Chaque fleuve qu’on y voit a un Moïse qui le fait couler, et chaque verger qu’il possède sur ses bords est orné d’une belle verdure.

Il dit encore, sur le même sujet:

Fixe ta demeure à Djillik, entre la coupe et la corde des instrumenta, dans un jardin qui remplit de satisfaction l’ouïe et la vue.

Fais jouir tes yeux de la contemplation de ses beautés; et exerce la pensée entre les parterres et le fleuve.

Regarde à Damas les teintes dorées qu’y revêt le soir, et écoute les mélodies des oiseaux sur les arbres.

Et dis à celui qui blâme un homme de ses plaisirs : « Laisse-moi ; car à mes yeux, tu ne fais pas partie des êtres humains. »

Il dit également à propos de Damas :

Cette ville est un paradis dans lequel l’étranger oublie son pays natal.

Mon Dieu! Qu’ils sont agréables les jours du samedi à Damas, et que leur coup d’œil est magnifique!

Vois de tes propres yeux; aperçois-tu autre chose qu’un objet aimé, ou un individu qui aime,

Dans la demeure où l’on entend les colombes roucouler sur le rameau qui danse?

Et l’on voit au matin les fleurs de ce séjour heureux s’enorgueillir de joie et de bonheur.

Les gens de Damas ne font aucun ouvrage le samedi; mais ils se rendent dans les lieux de plaisance, sur les bords des fleuves et sous l’ombre des grands arbres, entre les jardins fleuris et les eaux courantes, et ils y restent tout le jour, jusqu’à l’arrivée de la nuit.

« Nous nous sommes entretenus longtemps, continue Ibn Djozay, des belles qualités de Damas. Or, revenons maintenant au récit du cheikh Abou Abd Allah. »

Voyages d’Ibn Batoutah Par Ibn Batutah, traduction de Charles Defrémery,Beniamino Raffaello Sanguinetti p188

Scène de rue à Damas, Syrie, (Sham)
Scène de rue à Damas, Syrie, (Sham)
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