L’avènement Ibrahim al-Aghlab al-Tamimi et de la dynastie Aghlabides vassale Abbasside en Afrique du Nord et le rapport avec le sultan Idriss ( le 1er Idrisside) par ibn al Athir

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Ibrahim al-Aghlab al-Tamimi général Arabe Khurassani Abbasside d'Afrique du Nord
Ibrahim al-Aghlab al-Tamimi général Arabe Khurassani Abbasside d’Afrique du Nord Ibrahim ibn al-Aghlab (arabe : إبراهيم بن الأغلب), né en 756 et décédé en 812, est le premier émir de la dynastie des Aghlabides régnant sur l’Ifriqiya du 8 juillet 800 à sa mort.

[P. 105] Gouvernement de Mohammed ben Mok’âtil en Ifrîkiyya

En 181 (4 mars 797), le khalife abbasside Haroun Er-Rechîd, à la suite des demandes de rappel que lui adressa Harthema ben A’yan, comme nous l’avons dit sous l’année 177, nomma gouverneur d’Ifrîkiyya son frère de lait Mohammed ben Mok’âtil ben H’akîm ‘Akki, qui arriva à Kayrawân le 1er de ramadan. Harthema lui fit la remise de cette ville et retourna auprès du khalife abbasside.

Mais la conduite du nouveau chef fut loin de lui attirer des louanges ; le djond se sépara de lui et se mit d’accord pour choisir Makhled ben Morra Azdi, autour de qui se rangèrent eh outre beaucoup de Berbères et d’autres habitants arabes. Il fut néanmoins battu par des troupes que Mohammed ben Mok’âtil envoya contre lui ; il tenta en vain de se cacher [P. 106] dans une mosquée, il fut pris et égorgé.

Une autre révolte éclata à Tunis, d’où Temmâm ben Temîm Temîmi, accompagné de nombreux partisans, marcha sur Kayrawân en ramadan 183 (octobre 799). Ibn Mok’âtil s’avança contre lui et lui livra bataille à Monyat el-Kheyl[263] ; mais il fut battu et dut se retirer à Kayrawân.

Temmâm, qui pénétra dans la ville à sa suite, lui accorda quartier à condition qu’il quittât l’Ifrîkiyya, et en ramadan même[264] le vaincu partit pour Tripoli.

Mais alors Ibrâhîm ben el-Aghlab Temîmi, qui désapprouvait ce que venait de faire Temmâm, marcha avec des forces nombreuses sur Kayrawân, d’où Temmâm, sans l’y attendre, se rendit à Tunis. Ibrâhîm, entré à Kayrawân, informa Mohammed ben Mok’âtil de ce qui venait de se passer, en l’engageant à rentrer dans son gouvernement, et Mohammed en effet retourna à Kayrawân, au grand mécontentement des habitants.

Temmâm, qui apprit ces mauvaises dispositions, réunit des troupes et marcha sur Kayrawân, persuadé que la population, dégoûtée de Mohammed, lui viendrait en aide.

A son approche, Ibn el-Aghlab parla ainsi à Mohammed :

« J’ai déjà, bien que disposant de peu de soldats, battu Temmâm ; comme ton retour a redoublé ses espoirs, parce qu’il sait que le djond t’abandonnera, je crois que c’est à moi et à mes partisans à aller le combattre ».

C’est ce qui se fit, et Temmâm, après avoir été battu et avoir perdu un certain nombre des siens, se retira à Tunis.[265] Ibn el-Aghlab le poursuivit pour l’y assiéger, mais Temmâm lui demanda quartier, et sa demande fut accueillie.

Toits de la médina de Tunis  (début du XXe siècle) Fondée par les Omeyyades en 698 autour du noyau initial de la mosquée Zitouna
Toits de la médina de Tunis (début du XXe siècle) Fondée par les Omeyyades en 698 autour du noyau initial de la mosquée Zitouna

Gouvernement d’’Ibrâhîm ben el-Aghlab en Ifrîkiyya fondateur de la dynastie Aghlabide

Le rétablissement du pouvoir de Mohammed ben Mok’âtil en Ifrîkiyya et la soumission de Temmâm mécontentèrent les habitants, qui insistèrent auprès d’’Ibrâhîm ben el-Aghlab et le décidèrent à demander à Haroun Er-Rechîd le gouvernement du pays pour lui-même.

Ibrâhîm écrivit dans ce sens, et, renonçant à la subvention annuelle de cent mille dinars fournie jusqu’alors à l’Ifrîkiyya par l’Egypte, il s’engagea à en payer une.de quarante mille.

Le khalife abbasside réunit ses affidés et leur demanda conseil sur le choix d’un gouverneur, sans leur cacher la répugnance [P. 107] de la population pour Mohammed ben Mok’âtil.

Harthema opina en faveur d’’Ibrâhîm ben el-Aghlab, dont il rappela l’intelligence, la piété et la capacité, qu’il avait appréciées par lui-même, et qui était plus qualifié qu’Ibn Mok’âtil pour garder cette province.

Sa nomination fut donc signée par Er-Rechîden moharrem 184,[266] et eut pour conséquences la cessation des troubles et l’affermissement de l’ordre. Il envoya auprès du khalife Temmâm et les autres fauteurs de désordres, ce qui rendit le calme au pays. Il fit construire non loin de Kayrawân une ville qu’il nomma El-‘Abbâsiyya[267] et où il s’installa avec sa famille et ses esclaves.

Un Arabe, du nom de H’amdis, se révolta en 186 (9 janvier 802) à Tunis et renonça au noir (couleur des Abbassides). Nombre d’hommes se rallièrent à lui, et ‘Imrâii ben Makhléd,[268] à la tête de forces considérables, fut envoyé contre lui par Ibn el-Aghlab, qui donna l’ordre de détruire les rebelles jusqu’au dernier.

La bataille s’engagea, au cri de : « Baghdâd, Baghdâd ! », poussé par les partisans de H’amdîs. La lutte fut chaude, mais H’amdîs dut prendre la fuite après avoir perdu dix mille des siens. ‘Imrân entra alors à Tunis.

Stèle aghlabide abbasside d'Afrique du Nord, marbre, avec une inscription coufique sculptée  Tunisie; Rabia al-Akhar 265 H = 878 Décembre  H: 90 cm
Stèle aghlabide abbasside d’Afrique du Nord, marbre, avec une inscription coufique sculptée
Tunisie; Rabia al-Akhar 265 H = 878 Décembre 

Ibn. el-Aghlab voulut ensuite marcher contre Idrîs ben Idrîs l’Alide (fondateur des Idrissides) , dont il apprit l’accroissement de forces vers les régions les plus éloignées du Maghreb ; mais il en fut dissuadé par ses compagnons, qui lui dirent de le laisser tranquille tant qu’il ne bougerait pas et de recourir plutôt à la ruse.

Hammâm se trouvant dans la Volubilis  وليلي‎ Walīlī idrisside (fin VIIIe siècle) Maroc
Hammâm se trouvant dans la Volubilis وليلي‎ Walīlī idrisside (fin VIIIe siècle) Maroc

En conséquence, il s’adressa à Behloûlben ‘Abd el-Wâh’id, Maghrébin qui soutenait les intérêts d’Idrîs, lui envoya des présents et insista si bien, que ce chef abandonna Idrîs pour se soumettre à Ibrâhîm l’Aghlabide.

Idrîs l’Alide, voyant ses forces se disperser, écrivit à Ibrâhîm pour solliciter sa bienveillance, le priant de ne pas venir faire la guerre à un parent du Prophète.

Aussi Ibrâhîm n’employa-t-il pas la force contre lui.[269]

‘Imrân ben Makhled, cité plus haut, était des intimes d’Ibrâhîm et demeurait avec lui dans le château (d’’El’Abbâsiyya l’Abbasside ).

Un jour qu’ils chevauchaient ensemble, il se mit à parler d’une affaire au prince, qui était préoccupé et qui, n’ayant rien compris à sa conversation, le pria de la répéter.

Cela irrita ‘Imrân, qui l’abandonna, leva de nombreuses troupes et vint camper entre Kayrawân et El-‘Abbâsiyya ; la première de ces villes et la plus grande partie de l’Ifrîkiyya le soutenaient dans sa révolte.[270] Mais Ibrâhîm couvrit d’un fossé El-‘Abbâsiyya et put ainsi se défendre pendant une période de combats qui dura toute une année.

Le khalife, qui apprit la situation où il se trouvait, lui ayant alors envoyé de l’argent, Ibrâhîm fit proclamer que tous ceux qui appartenaient au djond du Prince des croyants eussent à se présenter pour toucher leur solde, ‘Imrân se trouva alors abandonné par ses troupes, [P. 108] qui commencèrent à se disperser, et les soldats d’’Ibrâhîm profitèrent de ce moment pour les attaquer et les mettre en déroute ; puis Ibrâhîm fit annoncer qu’il pardonnait à tous et allait faire distribuer la solde, et alors ils accoururent.

Il enleva les portes de Kayrawân et la démantela en partie.

Quant à ‘Imrân, il se retira dans le Zâb (ver Constantine) et y vécut jusqu’à la mort d’’Ibrâhîm ; il reçut son pardon d’’Abd Allah, fils et successeur de celui-ci, auprès de qui il se rendit et avec qui il demeura. On excita ensuite ‘Abd Allah en lui rappelant la révolte d’’Imrân et le peu de confiance qu’on devait avoir en lui, si bien que ce prince le fit mettre à mort.

A la suite de la défaite d’’Imrân, les troubles cessèrent en Ifrîkiyya et la population retrouva la sécurité tant que vécut Ibrâhîm, qui mourut en chawwâl 196 (juin-juillet 812), à l’âge de cinquante-six ans, dont il avait régné douze ans, quatre mois et dix jours.[271]

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Gouvernement d’’Abd Allah ben Ibrâhîm ben el-Aghlab

Le successeur d’’Ibrâhîm fut son fils ‘Abd Allah, qui se trouvait en 196 (22 septembre 811) à Tripoli assiégé par les Berbères, ainsi que nous le dirons à cette date.

Son père le désigna pour le remplacer et enjoignit à son autre fils Ziyâdet Allah ben Ibrâhîm de reconnaître ‘Abd Allah. Celui-ci, en effet, reçut une lettre de Ziyâdet qui l’informait de la mort et des dernières volontés de leur père, et il se rendit de Tripoli à Kayrawân.

La situation fut ainsi réglée ; ce règne se passa sans trouble ni guerre, et la population vécut dans le calme et la prospérité.[272] ‘Abd Allah mourut en doû’l-hiddja 201 (juin-juillet 817).

 

notes :

[263] Variantes, Monyat el-Djebel, Theniat el-Djebel.

[264] Variante, la nuit même. — Cf. Bayân, î, 80, 84 ; Fournel, 1, 440.

[265] En moharrem 484 (Berbères, 1, 397 ; Nodjoûm, i, 544 ; Bayân, 1.1. ; c’est dans cette dernière chronique que le récit est le plus détaillé).

[266] Cette date, correspondant à février 800, est inexacte et en contradiction avec les autres sources ; il faut certainement corriger et lire, djomâda II ou juillet (Berbères, 1, 399 ; Fournel, i,415). Noweyri parle aussi d’une tentative de faux commise par Ibn Mok’âtil à l’effet de faire croire que le khalife, après avoir nommé Ibrâhîm, l’avait destitué pour le replacer, par lui Ibn Mok’âtil.

[267] Connue aussi plus tard sous le nom d’ « ancien château » (el-k’apr et-k’adîm) ; cf. Bayân, î, 84 ; Bekri, 70 ; Desvergers, 86 ; Fournel, i, 454 et 467, n.

[268] Les consonnes qui servent à écrire ce nom permettent les deux lectures Makhled et Mokhalled (voir Dhehebi, p. 470) ; le ms de Paris indique ici la voyelle a sur la première lettre ; Belâdhori (p. 234) écrit Modjâled ; cf. infra, p. 379. — Sur la révolte de Hamdîs ben Abd er-Rahmân Kindi, voir B, i, 400 ; Fournel, i, 454 ; Desvergers, 87.

[269] Voir Berbères, i, 401 ; ii, 564 ; Fournel, i, 456 ; Bekri, 269.

[270] Cette insurrection, qui eut lieu en 194 (infra, p. 379) ou en 195 (Desvergers, p. 92), est passée sous silence par le Bayân ; cf. Fournel, i, 467 ; Histoire des B, i, 401.

[271] Sur la révolte de Tripoli en 189 et en 196, voir plus loin, p. 373 et 381. Sur le caractère et lès talents de ce prince, voir Bayân, I, 83 ; Histoire des B, i, 403.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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