Révolte des gens de Tunis et de Tripoli contre Ibn al-Aghlab at-Tamimi et l’état Aghlabide (Abbasside) et l’apaisement par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh  »

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Les minarets de Tunis au temps des abbassides aghlabides
Les minarets de Tunis au temps des abbassides aghlabides

(p163) Révolte des gens de Tunis contre l’émir d’Afrique  Ibn el-Aghlab

 » En 194 (14 octobre 809), ‘Imrân ben Modjâlid[294] Rebî’i et K’oreych ben et-Toûnesi se révoltèrent à Tunis contre Ibrâhîm ben el-Aghlab, émir d’Ifrîkiyya. De nombreux partisans se joignirent à eux ; mais, de son côté, ce prince tint ferme dans son palais[295] et rassembla tous ceux qui continuaient de lui obéir.

De plus, en djomâda II (mars-avril 810), les Kayrawâniens firent cause commune avec les insurgés, et dans une rencontre qui eut lieu au cours de cette guerre, un certain nombre des meilleurs guerriers d’Ibn el-Aghlab mordirent la poussière.

Alors ‘Imrân ben Modjâlid, à la tête de ses partisans, se mit en mouvement et pénétra à Kayrawân, le 10 redjeb (18 avril) ; d’autre part, K’oreych partit de Tunis pour se joindre à lui, et ils livrèrent aux partisans d’Ibn el-Aghlab, dans ce mois de redjeb, une bataille où l’avantage leur resta ; puis, le 20 du même mois, une autre rencontre leur fut encore favorable. Mais un troisième engagement, toujours dans ce même mois, laissa Ibn el-Aghlab victorieux.

‘Imrân ben Modjâlid envoya alors au juriste Asad ben el-Forât un message pour l’inviter à prendre fait et cause pour eux. Mais cette première démarche n’ayant pas réussi, il renvoya son messager auprès de lui, en le menaçant, s’il ne se décidait pas, de lui adresser quelqu’un qui le tirerait par le pied.

Néanmoins Asad se borna à répondre au porteur que, s’il se mettait en mouvement, ce serait, jurait-il, pour dire aux populations que meurtriers et victimes étaient destinés au feu de l’enfer.

‘Imrân alors n’insista plus.

Le  palais rouge de  Tripoli (Ifriqiya, Libye)
Le palais rouge de Tripoli (Ifriqiya, Libye)

[P. 187] Troubles occasionnés par les Tripolitains

En 196 (22 septembre 811) Abou ‘Içâm et ses partisans se révoltèrent contre Ibrahim ben el-Aghlab, émir d’Ifrîkiyya, qui les combattit et resta vainqueur.[297]

Dans la même année, ‘Abd Allah, nommé gouverneur de Tripoli par son père Ibn el-Aghlab, vit le djond arabe (l’armée califale arabe) se révolter contre lui à son arrivée dans cette ville. Il eut à subir un siège dans sa propre demeure, puis la paix fut conclue sous la condition qu’il s’éloignerait.

Il se retira donc, mais il n’était pas bien loin que de nombreux partisans se groupèrent autour de lui, et les largesses qu’il leur fit attirèrent auprès de lui des Berbères, qui arrivèrent de tous côtés : la solde journalière d’un cavalier était de quatre dirhems, et celle du fantassin de deux.

A la tête des nombreuses forces qu’il réunit ainsi, il marcha contre Tripoli, d’où le djond tenta une sortie qui ne réussit pas. ‘Abd Allah le mit en fuite, entra dans la place et, après avoir pardonné aux habitants, se mit à exercer le pouvoir.

Il fut ensuite révoqué par son père et remplacé par Sofyân ben el-Mad’â’, contre qui les Hawwâra[298] se révoltèrent dans la ville même ; à la suite d’un combat, ils refoulèrent dans la cité le djond, qui s’enfuit alors auprès d’Ibrâhîm ben el-Aghlab.

Les vainqueurs, restés maîtres de la ville, la démantelèrent. Alors Ibrahim, mis au courant des événements, envoya, sous le commandement de son fils Abou’ l-‘Abbâs ‘Abd Allah, une armée de 13.000 cavaliers arabes qui livra bataille aux Berbères, les défit et leur tua [P. 188] beaucoup de monde. Après quoi, ‘Abd Allah entra à Tripoli, dont il releva les remparts.

Quand ‘Abd el-Wahhâb ben ‘Abd er-Rah’mân ben Rostem al-farisi fut informé de la défaite des Berbères, il les rallia, remonta leurs esprits et vint avec des forces considérables camper sous les murs de Tripoli, dont il commença le siège.

‘Abd Allah fit alors fermer la porte des Zenâta et se borna à combattre du côté de la porte des Hawwâra, ce qui dura jusqu’à l’époque où son père Ibrâhîm mourut en le désignant pour son successeur.

Ziyâdet Allah, frère d’Abd Allah, après avoir fait reconnaître ce dernier par le djond, écrivit au nouvel émir pour l’informer de ce double événement.

Le messager et la lettre qu’il portait tombèrent aux mains des Berbères et furent livrés par eux à ‘Abd el-Wahhâb, qui fit annoncer par un héraut à ‘Abd Allah la mort de son père.

Alors intervint un arrangement aux termes duquel ‘Abd Allah, se réservant Tripoli et la souveraineté de la mer, abandonnait le reste du pays à ‘Abd-el-Wahhâb. Il se rendit ensuite à Kayrawân, où il fut reçu par la population et prit le pouvoir en main. Son règne se passa dans le calme. »

Notes du traducteur:

[294] Nous avons vu ci-dessus l’orthographe Makhled ou Mokhalled : le nom Modjâlid est inconnu à Dhehebi.

[295] Sur ces événements, cf. Fournel, i, 467 ; Ibn Khaldoun-Desvergers, I, 92 ; Noweyri, apud Hist. des Berbères, i, 401 ; et voyez ci-dessus, p. 364. Ce chapitre, dont une rédaction un peu plus courte et présentant de légères variantes a été ajoutée par M. de Slane, d’après le ms de Ste-Sophie, au ms. de Paris, ne figure pas dans tous les exemplaires.

[297] Le nom d’Aboû ‘Içâm ne figure ni dans Noweyri (Hist. des Berbères, i, 402), ni dans le Bayân (I, 86), ni dans Fournel (i, 469).

[298] Commandés par ‘Iyâd’ ben Wahb, dit Ibn Khaldoun (histoire des Berbères, des arabes, et des persans 1, 277, cf. 243). Il est à remarquer que le Bayân (I, 86) signale à cette époque la présence d’’Abd Allah à Tripoli, mais sans rien dire touchant les faits de guerre ici exposés.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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