EXTRAITS DE LA CHRONIQUE D’ALEP PAR KEMAL ED-DÎN , 1097 – 1098 lors de l’arrivée des Francs ver Antioche

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"Lame d'Arabie"
« Lame d’Arabie »

EXTRAITS DE LA CHRONIQUE D’ALEP PAR KEMAL ED-DÎN , 1097 – 1098 lors de l’arrivée des Francs ver Antioche

« Lorsque Rodouân (prince d’Alep) et Yaghi Siân (maître d’Antioche) arrivèrent à Cheïzer, se dirigeant sur Émèse qu’ils se proposaient d’attaquer, plusieurs messages consécutifs leur annoncèrent qu’une troupe de Francs menaçait Antioche. Yaghi Siân considérait comme le parti le plus sage de retourner dans cette ville et d’en venir aux mains avec les Francs. Mais (un chef turcoman) Sokmân déclara qu’il était préférable de marcher d’abord sur le Diar-Bekr et de l’enlever aux rebelles qui s’en étaient emparés. « Une fois fortifiés dans ce pays, disait-il, j’y laisserai ma famille, et nous retournerons à Emèse. » A la suite de ce désaccord, Melik Rodouân regagna Alep en toute hâte, suivi de son vizir Abou’n-Nedjm, fils de Bedi’ et frère du vizir d’Abou’l-Kasem Toutouch, qui était le père de Rodouân. Ce dernier, en devenant souverain d’Alep, avait fait choix d’Abou’n-Nedjm pour ministre. Accusé par Yaghi Siân et par Sokmân de les avoir brouillés avec Rodouân, ce vizir, pour se soustraire à leur ressentiment, se retira dans la forteresse de Cheïzer et se mit sous la protection d’Ibn Mounkad. Dès que Yaghi Siân et Sokmân eurent quitté Cheïzer, il rejoignit son maître Melik Rodouân à Alep.

Lorsque Rodouân revint, très irrité contre Yaghi Siân et Sokmân, les émirs retournèrent de Cheïzer à Antioche, au reçu de la nouvelle que les Francs avaient attaqué et pillé Belanah. Dès son arrivée à Antioche, Yaghi Siân fit partir ses deux fils Chems ed-Dawleh[1] et Mohammed. Le premier se rendit auprès de Dokak (frère de Rodouân et prince de Damas) et auprès de Toghtékin pour implorer leur secours ; il adressa aussi des sollicitations analogues à Djenah ed-Dawleh, à Watthah ben Mahmoud et à la tribu de Kilab. Quant à Mohammed l’autre fils de Yaghi Siân, il se dirigea du côté des Turcomans, de Kerbogha, des rois et émirs de l’Orient et répandit ses messages parmi les princes musulmans.

Le 8 du mois de ramadhan (de l’année 490, 19 août 1097), une flottille de vingt-deux bâtiments venus de Chypre entra dans le port de Laodicée ; ils l’assaillirent, enlevèrent toutes les marchandises et s’en retournèrent après avoir mis cette ville au pillage. Les Francs, en arrivant en Syrie, firent le dénombrement de leurs forces, à la suite de leur long voyage par le nord ; elles atteignaient le chiffre de trois cent vingt mille hommes. Le 2 du mois de chawal (12 septembre 1097), ils allèrent camper à Baghras (Pagrae), d’où ils firent des incursions sur le territoire d’Antioche. En même temps, les habitants des places fortes et des châteaux du voisinage se révoltèrent contre les garnisons qui s’y trouvaient cantonnées et les massacrèrent ou les forcèrent à fuir. Les habitants d’Artah suivirent cet exemple et réclamèrent l’assistance des Francs. Telles furent les conséquences des excès et de te tyrannie de Yaghi Siân dans le pays qu’il gouvernait. Le 27 de chawal de l’année 490 (7 octobre 1097), les Francs campèrent sous Antioche. Au mois de moharrem 491 (décembre 1097), trente mille d’entre eux envahirent les possessions musulmanes de la province d’Alep, ravageant, pillant, et tuant tout ce qu’ils rencontraient Melik Dokak, l’atabek Toghtékin et Djenah ed-Dawleh étaient alors campés à Cheïzer avec le fils de Yaghi Siân et se portaient au secours de son père ; mais lorsqu’ils fuient informés de l’incursion des Francs, ils marchèrent contre eux avec un corps d’armée, les rencontrèrent sur le territoire d’El-Barah et leur firent subir des pertes. Les Francs revinrent alors sur Roudj, remontèrent de là vers Ma’arra-Mosrîn, y tuèrent tous ceux qu’ils trouvèrent et mirent en pièces la chaire de la mosquée. Lorsque l’armée de Damas s’éloigna d’El-Barah, le fils de Yaghi Siân abandonna cette armée et courut à Alep demander du renfort à Melik Rodouân. Avec l’aide des troupes d’Alep et l’assistance de Sokmân, il s’approcha d’Antioche ; mais un corps d’armée franc, quoique inférieur en nombre, attaqua les Musulmans et les força à fuir vers Harem (fin du mois de safar, premiers jours de février 1098). Poursuivie par les Francs jusque dans cette place, l’armée musulmane s’enfuit en désordre à Alep, tandis que les habitants arméniens de Harem[2] se rendaient maîtres de la ville.

Au mois de rebi premier de celle même année (février-mars 1098), un parti d’Arméniens se montra à Tell-Kabbasîn dans le district d’El-Wadi ou ils répandirent le meurtre et le carnage. Les Musulmans cantonnés dans ce pays marchèrent contre les envahisseurs, de concert avec une troupe de Turcs, les repoussèrent, en tuèrent une partie et forcèrent les autres à se refugier dans des forteresses en ruines. Assaillis ensuite par l’armée d’Alep, après une lutte de deux jours ces Arméniens furent les uns mis à mort, les autres faits prisonniers et conduits à Alep, où ils furent massacrés ; leur nombre dépassait quinze cents hommes.

Les Francs (que Dieu les maudisse !), en prenant position devant Antioche, creusèrent entre leur camp et la ville un large fossé pour se défendre contre les sorties de la garnison d’Antioche, à cause des avantages qu’elle remportait sur eux ; car les attaques des assiégés étaient presque toujours couronnées de succès. De son côté Yaghi Siân cherchait du renfort en tout lieu, dans le voisinage et au loin, et il se distinguait par ses talents militaires. Kerbogha, seigneur de Mossoul, traversa l’Euphrate à la tête de forces considérables. Dokak, Toghtékin et Djenah ed-Dawleh firent leur jonction, bientôt suivis de Sokmân, fils d’Ortok, qui avait abandonné Rodouân pour se réunir à Dokak. En dernier lieu arriva Watthab, fils de Mahmoud, avec une troupe d’Arabes. Ils allèrent attaquer Tell-Mennes, parce qu’ils avaient appris que les habitants de ce pays étaient en correspondance avec les Francs et les excitaient à faire la conquête de la Syrie. Dokak les frappa d’une contribution dont il se fit payer une partie compte et prit, pour la garantie du reste, un certain nombre d’otages qu’il expédia sur Damas. Il conduisit ensuite ses troupes à Merdj-Dabik,[3] où il rejoignit Kerbogha à la fin du mois de djemadi second (premiers jours de juin 1098). Ils se dirigèrent de concert sur Antioche.

Dans la nuit du jeudi 1er du mois de redjeb (4 juin 1098) °), un habitant d’Antioche connu sous le nom de Zarrad (fabricant de cuirasses) stipula, d’accord avec quelques serviteurs de sa maison, qu’il livrerait à l’ennemi la tour dont la garde leur était confiée. En effet, Yaghi Siân avait confisqué, sous forme d’amende, l’argent et le blé de cet homme. Dans son ressentiment, celui-ci avait écrit à Boémond pour l’informer qu’étant de garde dans telle tour il lui livrerait l’accès d’Antioche, à la condition d’obtenir la vie sauve et certains cadeaux stipulés. Boémond promit tout ce qui lui était demandé, mais il eut soin de n’en rien dire aux Francs. Or leur armée était commandée par neuf comtes, entre autres Godefroi, son frère le comte (Baudouin), Boémond, Tancrède, fils d’une sœur de Boémond, Saint-Gilles, Baudouin (du Bourg) et d’autres chefs. Boémond les réunit pour décider à qui appartiendrait la ville d’Antioche, si elle tombait en leur pouvoir. Chacun la réclama pour soi ; en présence de ce désaccord, Boémond dit : « Le parti le plus sage est que chacun de nous dirige le siège pendant huit jours, et celui qui se rendra maître de la place pendant sa semaine de garde en sera le gouverneur. » On tomba d’accord sur ce point. Lorsque arriva le tour de Boémond, Zarrad (maudit soit-il !) jeta aux soldats de ce chef une corde à l’aide de laquelle ils se hissèrent sur le rempart. En s’aidant les uns les autres, ils se réunirent en nombre assez considérable pour tuer les sentinelles, et c’est ainsi que Boémond, fils de Guiscard (le texte porte El-Askart), prit possession de la place. Au point du jour, tandis que les Francs montaient dans la ville, un cri se fit entendre du côté de la montagne, Yaghi Siân crut que la forteresse était prise, et il se précipita au dehors avec une troupe de fuyards ; mais aucun d’eux n’échappa à la mort. Yaghi Siân approchait d’Ermenaz avec un eunuque de sa suite, lorsqu’il tomba de cheval. Ce fut en vain que l’eunuque le remit en selle, Yaghi Siân ne put se maintenir ; il tomba de nouveau, et, pendant que le valet prenait la fuite, son maître fut rejoint par les Arméniens, qui le tuèrent et envoyèrent sa tête aux Francs. Un nombre incalculable de Musulmans périrent pour la foi ce jour-là dans Antioche. Meubles, matériel de guerre et armes, tout fut détruit, et la population de la ville tomba en esclavage. A l’annonce de ce désastre, les musulmans de ‘Amm et d’Innib[4] prirent la fuite, abandonnant leurs villes aux Arméniens. Dès que ces nouvelles parvinrent à Dokak, à Kerbogha et à leurs troupes, ils coururent à Artah. En même temps, une partie de leurs forces marchèrent sur Djisr el-Hadîd (le Pont de fer), tuèrent les Chrétiens qui défendaient ce passage et continuèrent leur route vers Antioche. Ayant appris que la citadelle de cette ville était restée au pouvoir des Musulmans, ils en informèrent aussitôt l’armée de l’islam, qui arriva devant Antioche le mardi matin, 6 rejeb (9 juin 1098). Les Francs postés au dehors de la ville se hâtèrent d’y rentrer, tandis que les Musulmans prenaient position à l’extérieur, dans le voisinage de la montagne, et pénétraient ensuite dans la place par le côté de la citadelle. Les Francs se défendirent dans les hauts quartiers de la ville, et, fortement menacés, ils construisirent un mur sur une pente de la montée pour empêcher l’irruption des ennemis. Ils se maintinrent ainsi pendant quelques jours, mais ils finirent par manquer de vivres. » *

notice sur l’auteur  :

Omar, fils d’Ahmed, était originaire de la ville dont il nous a conservé les annales. Il naquit à Alep au mois de dhou’lhidjdjeh 588 (décembre 1192). Il est quelquefois désigné par les biographes musulmans sous son nom patronymique Abou Hafz ou bien sous l’épithète d’Ibn el-Â’dim « le fils de l’étranger », sans doute en souvenir du surnom poétique que son aïeul prenait dans ses compositions littéraires. Sa famille, issue de la tribu arabe de O’kaïl et depuis longtemps domiciliée à Alep paraît avoir fourni à cette ville plusieurs imams et magistrats aussi distingués par leur teneur religieuse que par leur savoir. 

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