EXTRAITS DU KITAB AL-AGHÂNI du poète arabe Abu Faraj al-Isfahani al-Qurayshi (Abbasside, Baghdad 10eme siècle)

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Kitab al-Aghani (miniature) Kitab al-Aghani de Faraj al-Isfahani
Kitab al-Aghani (miniature) Kitab al-Aghani de Abu Faraj al-Isfahani al-Qurayshi

EXTRAITS DU

KITAB AL-AGHÂNI[2]

Sur l’ouvrage intitulé Kitab alagâni, c’est-à-dire Recueil de chansons,

Aboulfaradj passait son temps auprès du vizir  Mohallebi al-Azdi, dont il a consigné l’éloge dans une foule de vers. Je vais en citer quelques-uns.

« Lorsque nous l’abordâmes pour chercher un appui sous son ombre, il nous secourut sans nous imposer aucune condition onéreuse. Il nous combla de biens sans y mêler aucun reproche. »

« Nous arrivâmes auprès de lui, réduits à la pauvreté, et il nous enrichit. Lorsque nous allâmes chercher la rosée de ses bienfaits, nous étions comme un sol frappé de stérilité, et qui bientôt reprit sa fertilité première. »

Une jeune Grecque, concubine du vizir, étant accouchée d’un fils, Aboulfaradj célébra cet événement par une pièce de vers, dont voici quelques-uns :

« Heureux enfant qui t’apporte mille bénédictions : comme la pleine lune qui, par sa lumière, éclaire une nuit brillante;

« Cet astre propice qui a lui à une époque de bonheur, et qu’a mis au jour une mère vertueuse, l’une des filles de la Grèce.

« Il s’applaudit de rassembler les deux points les plus élevés de là gloire humaine, puisque, dans sa généalogie, le sang de Mohalleb se confond avec celui des Césars.

« Le soleil du matin s’est uni à la pleine lune de la nuit; et de cette conjonction est née la planète de Jupiter. »

[5]

Il écrivit à un homme aimable, qui se trouvait malade, les vers suivants:

« Abou Mahmoud, toi dont la noble générosité et la bienfaisance obtiennent les plus justes éloges; toi dont la libéralité ressemble à une mer débordée;

« Dieu te préserve du retour des visites, des remèdes de la maladie et du renouvellement des douleurs. »

Aboulfaradj mourut le mercredi 14e jour du mois de dhou’lhiddjeh, l’an 356. Quelques auteurs rapportent sa mort à l’année suivante; mais la première opinion est la mieux appuyée. Quelque temps avant sa mort il avait perdu l’usage de sa raison.

 

Les écrivains musulmans  se sont accordés à faire l’éloge du Kitab-alagâni. Un historien judicieux, dont le témoignage est du plus grand poids sur tout ce qui a rapport à la littérature, Ibn Khaldoun, s’exprime en ces termes[7] :

« Le kadi Aboulfaradj Isfahani est auteur d’un ouvrage intitulé Alagâni, dans lequel il s’est attaché à réunir les histoires des Arabes, leurs vers, leurs généalogies, leurs combats, les événements qui concernent leurs dynasties. Il a pris pour base de son travail le recueil de cent chansons fait par des musiciens pour le khalife Abasside Rachid. Sur chacune de ces pièces il a rassemblé des détails de tout genre, et a réellement épuisé la matière. Ce livre est vraiment, pour les Arabes, un livre essentiel, qui offre en un seul corps, sur tous les genres de poésie, d’histoire, de musique et sur les autres sciences, tous les détails intéressants connus à cette époque, mais qui se trouvaient disséminés dans une foule d’ouvrages. Ce recueil, auquel, sous ce rapport, aucun autre ne saurait être comparé, est le modèle le plus parfait que puisse se proposer un amateur de la littérature. »

Plus bas, le même historien confirme encore son jugement.[8] « Voyez, dit-il, tout ce que renferme le Kitab-alagâni de morceaux en vers et en prose : c’est véritablement le livre capital des Arabes. Il offre des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les récits de combats, la religion, la vie du prophète, les anecdotes qui concernent les khalifes et les rois, la poésie, la musique, et enfin sur toute sorte de sujets. On ne saurait trouver un ouvrage plus complet et plus instructif. »

Le Kitab-alagâni est cité presqu’à chaque page du commentaire de Soïouti sur l’ouvrage intitulé Mogni-allebib.[9]

Nous lisons, dans l’histoire d’Espagne composée par Makarri,[10] que le khalife Omeyade Hakam-Mostanser envoya à Aboulfaradj Isfahani, l’écrivain, une somme de mille pièces d’or. Il voulait, par ce présent, témoigner sa reconnaissance à l’historien qui lui avait adressé un exemplaire du Kitab-alagâni, avant même de le publier dans l’Irak.

Au rapport du chroniqueur Ibn Farat,[11] Hosaïn ben Ali, surnommé Abou’lfawaris, et plus connu sous le nom d’Ibn Khâzin, était célèbre par la beauté de son écriture. Il avait fait trois copies du Kitab alagâni, et en avait envoyé une à Seïf-ad dawlah, souverain hamdanide d’Alep. Elle fut soustraite de la bibliothèque de ce prince; mais on parvint à en réunir seize volumes qui se conservaient à Bagdad. Ce fut sans doute cet exemplaire pour lequel Seïf-eldaulah envoya à l’auteur une somme de mille pièces d’or, en s’excusant de la modicité de son présent.[12]

Makrizi, dans sa description de l’Egypte,[13] citant un fait qui concerne l’histoire de cette contrée sous le gouvernement d’Abd-Almélic ben Merwan, relève une erreur qu’avait commise à cet égard l’auteur de l’Agâni. Sans doute, dans cette circonstance, le judicieux Makrizi a complètement raison ; et il était difficile qu’il se trompât lorsqu’il se trouvait sur un terrain qui lui était aussi bien connu que l’histoire de l’Egypte; mais, en souscrivant aux preuves qu’allègue Makrizi, je ne puis m’abstenir de blâmer sur un autre point la conduite de cet écrivain. En effet, dans deux endroits du grand ouvrage historique intitulé Moukaffa,[14] on trouve des morceaux biographiques très étendus, qui, comme je l’ai reconnu, sont tirés mot pour mot du Kitab-alagâni, sans que Makrizi ait daigné avertir ses lecteurs des emprunts qu’il faisait à son célèbre devancier.

L’auteur de l’ouvrage intitulé Omdat-altalib[15] cite le Kitab-alagâni, et rapporte des vers qu’il avait écrits à la marge de ce recueil.

Au rapport d’Aboulféda,[16] le kadi Djémal eddin ben Wasel avait composé un abrégé fort bien fait du Kitab-alagâni.

 

Prince avec son entourage Kitab al-Ahnai vol 17
Prince avec son entourage Kitab al-Ahnai vol 17

 

HISTOIRE DU RECUEIL DES CENT CHANSONS CHOISIES.

« Abou Ahmed-Yahia, fils d’Ali l’astronome, racontait que son père lui avait fait le récit suivant :

« Voici ce que je tiens d’Ishak, fils d’Ibrahim Mauseli. Suivant ce qu’il avait entendu dire à son père, le khalife Abbasside Rachid ordonna aux poètes, qui, à cette époque, étaient en grand nombre, de choisir, parmi toutes les chansons, les trois plus remarquables. Leurs suffrages se réunirent sur trois morceaux que je ferai connaître plus bas. Ishak ajoutait : Un jour que je me trouvais en présence du khalife abbasside  Wathek, on parla de cette anecdote; et le prince me chargea de recueillir un nombre de chansons, ouvrages des anciens musiciens. Pour me conformer à cet ordre, je choisis, parmi les chansons de chaque siècle, celles dont les connaisseurs s’accordent à vanter le mérite, l’excellence de la méthode, et dont ils indiquent d’une manière certaine le musicien ; ensuite j’examinai les pièces d’un âge plus récent, celles qui ont été produites il y a peu d’années par des compositeurs de notre temps ; et je rassemblai de préférence celles qui ressemblaient aux anciennes, qui étaient faites d’après une méthode analogue, et je les transcrivis dans mon recueil, ne voulant pas, parce qu’elles se rapprochent de notre temps, leur ravir la gloire qui leur est due. En effet, les hommes de toutes les époques cherchent à atteindre la perfection ; quoique les anciens aient l’avantage d’avoir devancé les générations suivantes dans tous les genres de mérite.

« Ahmed ben Djafar-Djahadah rapportait, d’après une tradition qui remonte à Mohammed ben Ahmed, surnommé Ibn Dakkak, que le khalife Rachid ordonna aux musiciens de sa cour de lui faire un recueil de cent chansons; ce qui fut exécuté. Ensuite il leur prescrivit de réduire cette collection à dix, et enfin à trois chansons, et ces ordres furent successivement accomplis.

Yahia ben Ali confirme cette narration, seulement les deux écrivains ne s’accordent que sur une des chansons qui entrèrent dans ce dernier recueil et ils diffèrent d’opinion sur les deux autres. Si l’on en croit Yahia, ce choix se composait :

1° De l’air de Mabed sur les vers d’Abou Katifah, qui sont sur le mètre , et qui commencent ainsi :

« Le château, les palmiers et la terre de Djemmâ, qui les sépare, sont plus agréables à mon cœur que les portes de Djïroun. »

2° L’air d’Ibn Soraïdj sur les vers d’Omar ben Abi-Rebiah, qui sont sur le mètre , et qui commencent ainsi :

« Le coursier bai se plaindrait de la course pénible à laquelle je l’oblige, et exprimerait son mécontentement s’il pouvait parler. »

3° De l’air d’Ibn Mahrez sur les vers de Nasib, qui appartiennent au même mètre, et qui commencent ainsi :

« La vue d’un ancien séjour a réveillé ta passion. Oui. Et l’on y aperçoit les traces de celle qui cause tes chagrins. »

« Si l’on en croit Djahadah, ou plutôt ceux qu’il cite, les trois chansons qui formaient le recueil susdit étaient :

1° L’air d’Ibn Mahrez sur les vers de Medjnoun, qui appartiennent au mètre  et qui commencent ainsi :

« O Omm-Malik, lorsque la fortune t’anéantira, tu pourras t’en prendre à moi et aux destins rigoureux. »

2° L’air d’Ibrahim de Mausel sur les vers du poète Aradji, , qui appartiennent au mètre , et qui commencent ainsi :

« Ils ont envoyé vers cette femme au beau cou un député pour lui porter des nouvelles affligeantes. Puisse ce messager ne pas trouver de compagnon de route! »

3° L’air d’Ibn Mahrez sur les vers de Nasib commençant ainsi :

« Suivant les écrivains dont Djahadah invoque le témoignage, ces trois chansons réunissent toutes les nuances de mélodie que la musique peut offrir. »

« Au rapport d’Abou’l Kassem, fils de Mahdi, Rachid, ayant ordonné aux musiciens de lui choisir la plus belle chanson qui eût été mise en musique, ils donnèrent la préférence à l’air composé par Ibn Mahrez sur ces vers de Nasib :

« La narration de Yahia ben Ali est, à mon avis, la plus authentique. Ce qui le prouve, c’est d’abord l’intervalle qui existe entre les trois chansons qu’il ‘a citées et toutes les autres, sous le rapport de la beauté et de la perfection de la facture, de l’harmonie savante des initiales et des finales, et enfin de l’art qui règne dans toute la composition. Aucune autre chanson ne saurait, à tous égards, ni les éga1er, ni même en approcher.

« En second lieu, Djahadah, parmi les trois chansons, en place une qui a pour auteur Ibrahim-Mauseli. Or ce musicien fut un de ceux qui, par ordre de Rachid, présidèrent au choix de ce recueil. Il avait pour collaborateurs Ismaïl ben Djami et Folaïh. Aucun des deux n’était, dans son art, inférieur à Ibrahim, si même il ne lui était pas supérieur.

« Comment peut-on supposer que ces deux musiciens se soient accordés avec Ibrahim pour insérer une chanson composée par lui dans un recueil de trois chansons seulement, choisies parmi tous les chefs-d’œuvre de la musique arabe comme les pièces les plus excellentes? S’ils avaient agi de la sorte, c’eût été reconnaître d’une manière formelle la supériorité d’Ibrahim et s’avouer inférieurs à lui en mérite, ce qu’ils étaient bien loin de penser.

« Ishak, d’après le récit de son fils Hammad, se rendit un jour chez son père, Ibrahim ben Maïmoun, pour le saluer. Mon fils, lui dit Ibrahim, je ne crois pas que personne ait jamais reçu de ses enfants autant de preuves de tendresse que j’en éprouve de ta part. Je sais apprécier tes sentiments pour moi. Désires-tu quelque chose que je puisse faire pour répondre à ton affection? Je lui répartis : Tout ce que vous venez de dire est vrai. Je prie le ciel d’accorder une longue vie à un père pour lequel je sacrifierais la mienne. Je n’aurais, ajoutai-je, qu’une seule chose à réclamer de votre bienveillance : ce vieillard que vous connaissez va mourir demain ou après demain. Je ne l’ai jamais entendu; et chacun m’en témoigne sa surprise, sachant que je vous tiens d’aussi près. Il me demanda de qui je voulais parler. Je lui dis que j’avais en vue Ibn Djami. O mon fils, me répondit-il, ce que tu as dit est vrai. Qu’on nous selle nos montures. Nous nous rendîmes à la maison d’Ibn Djami, et nous entrâmes tous deux auprès du vieillard. Abou’l Kassem, dit mon père, je suis venu pour te présenter une requête. Tu peux, si tu le veux, me charger d’injures, me chasser même; mais tu ne saurais te dispenser de m’accorder ce que je désire. Ton serviteur et ton neveu Ishak, que tu vois ici, m’a fait telle et telle demande; et je me suis rendu avec lui auprès de toi pour te prier de lui accorder le plaisir de t’entendre. — J’y consens, dit Ibn Djami, sous la condition que vous resterez avec moi. Je vous ferai manger du meschouschah , et de la friture,, et je vous ferai boire de mon vin de palmier; après quoi je vous chanterai des morceaux de musique. Si un messager du khalife vient me chercher, nous nous rendrons tous au palais; sinon, nous passerons la journée ensemble. Mon père, ayant témoigné qu’il acceptait de bon cœur cette condition, donna ordre de renvoyer nos montures. On apporta les mets et le vin de palmier, et nous nous mîmes à manger et à boire. Bientôt après Ibn Djami nous fit entendre les sons de sa musique. Tandis qu’il chantait je sentais croître prodigieusement l’opinion que je m’étais formée de ses talents, et celle que j’avais de mon père diminuait en proportion, et se réduisait enfin à presque rien. Pendant que nous nous livrions aux, transports de la gaieté la plus vive, un messager arriva déjà de la part du khalife. Les deux vieillards montèrent à cheval, se dirigèrent vers le palais, et moi je les accompagnai. Au milieu du chemin mon père me demanda quel jugement j’avais porté d’Ibn Djami. Je le priai de me dispenser de répondre; mais il exigea impérieusement que je lui fisse connaître mon sentiment. Eh bien, lui dis-je, quoique je professe pour vous la plus haute estime, cependant vos talents pour la musique, comparés à ceux d’Ibn Djami, m’ont paru faibles et presque nuls. Mes deux compagnons continuèrent leur route vers le palais de Rachid, et moi je retournai à mon logis, attendu que je n’avais pas encore été présenté à ce prince. Le lendemain matin mon père me fit dire de le venir trouver. Mon fils, me dit-il, l’hiver vient de commencer, et tu vas être obligé à des dépenses extraordinaires. Voilà une somme d’argent considérable que je te donne, afin que tu l’emploies pour ton usage, Je me levai, je baisai la main et la tête de mon père, et je fis emporter l’argent que je me disposais à suivre. Mon père, m’ayant rappelé, me demanda si je savais pour quel motif il m’avait fait ce présent. Je lui répondis que sans doute il avait voulu récompenser ma franchise à son égard et à l’égard d’Ibn Djami. Mon fils, me dit-il, tu as bien jugé. Va en paix. »

« Cette anecdote, à laquelle on pourrait facilement en ajouter d’autres du même genre, suffit pour démontrer quelle haute idée Ibrahim avait d’Ibn Djami, malgré la rivalité et la jalousie qui existaient entre eux. Or peut-on penser que ce même Ibrahim, dans un travail où il avait pour associé Ibn Djami, eût osé choisir une chanson dont il était l’auteur, en lui donnant la préférence sur tous les autres morceaux de musique, et qu’Ibn Djami et Folaïh eussent prêté la main à un acte aussi présomptueux? C’est une absurdité qui ne peut entrer dans l’esprit d’aucun homme sensé. »

« Nous allons transcrire avant tout la chanson que cite Yahia ben Ali ; nous la ferons suivre de deux autres chansons rapportées par Djahadah, qui contredit à cet égard le récit de Yahia; et enfin nous copierons toutes les pièces qui composaient la collection. La première chanson, sur laquelle il existe deux airs, est celle-ci :[19]

« Le château, les palmiers et la terre de Djemmâ, qui les sépare, sont plus chers à mon cœur que les portes du Djiroun.

« Dans tout l’espace qui s’étend jusqu’à Belat et tout ce que comprend le quartier de Karnïn, sont des maisons qui ont toujours repoussé toute action honteuse et tout avilissement.

« Les hommes ont beau celer leurs secrets, je les pénètre; et eux, jusqu’à ma mort, ne pourront découvrir ce que je tiens caché. »

Le mètre de ces vers est .

Le palais dont il est question dans ces vers est celui de Saïd ben Ali, situé dans le lieu nommé Ardah, . Le palmier auquel il fait allusion est celui que possédait le même Saïd. Djammâ était le nom d’une terre qui lui appartenait également. Toute cette propriété passa au khalife Moawiah ben Abi-Sofian, qui l’acheta d’Amrou, fils de Saïd, après la mort de ce dernier, en s’engageant à acquitter ses dettes. Les portes de Djiroun sont situées à Damas.[20] Suivant une autre leçon, au lieu de , il faudrait écrire , qui vient du verbe , être pincé vis-à-vis. Le mot désigne des maisons contiguës l’une à l’autre et qui appartenaient à Saïd. Elles avaient reçu ce nom, , parce qu’elles se touchaient. Le verbe  répond à , être éloigné. Le mot [21] est le même que , affrontavilissement. On lit dans les vers d’un poète lyrique :[22]

« Il n’a pas été livré à l’insulte. Semblable à un homme généreux et caché, c’était un glaive perçant, comme une lance bien affilée.

« Il repoussait loin de lui tout avilissement. »

Le mot  signifie celécaché.

Ces vers sont d’Abou Katifah-Moaïti, et la musique de Mabed.

intronisation d'un prince et de son entourage vol 11
intronisation d’un prince et de son entourage vol 11



[1] Abu al-Faradj Ali al-Isfahani est l’auteur d’une œuvre monumentale, l’un des chefs-d’œuvre de la critique arabe au Moyen Âge, le Kitab al-Aghani (Livre des chansons). Théoriquement consacré aux chants choisis par les plus célèbres musiciens du temps, dont Ibrahim al-Mawsili, et recueillis sur l’ordre du calife Haroun al-Rachid, le livre s’ouvre sur les vies des poètes auteurs des textes chantés, sur d’autres pièces composées par eux, sur l’art poétique en général, les traditions de l’Arabie pré-musulmane, la vie intellectuelle et sociale sous les califes omeyyades de Syrie et leurs successeurs abbassides de Bagdad, intégrant ainsi l’anthologie et la critique littéraires à la plus large histoire. (Larousse, Dictionnaire mondial des littératures)

[2] Le texte original comporte une vingtaine de volumes. Pour d’autres extraits cf. Jacques Berque, Musiques sur le Fleuve  les Plus Belles Pages de Kitâb AlAghâni, Albin Michel, 1995.

[3] Kitab-alferest, man. ar. 874, fol. 159 v., 160 r.; Ibn Khallikan, man. ar. 730, fol. 188 v., 189 r.; Abou’l mahasen, Histoire d’Egypte, man. Ar. 671, fol. 115 v.; Abulfedae, Annales, tom. II, p. 494, 496 ; M. Silvestre de Sacy, Anthologie grammaticale arabe, p. 445 ; Mœller, Catalogus librorum…. bibliothecœ Gothanœ, p. 178,179.

[4] L’auteur de l’ouvrage intitulé Omdat-altalib, manuscrit 636, fol. 52 r. et. v, cite un passage extrait de l’ouvrage intitulé  , composé par Aboulfaradj-Isfahani.

[5] Les mots se trouvent souvent employés, chez les écrivains arabes, pour désigner ou les Romains en général, ou les membres de la famille impériale de ces conquérants. Un vers célèbre, qui eut pour auteur le poète Adi ben Zeïd, et qui est fréquemment cité par les historiens, offre ces mots (Kitab-alagâni, tom. I, fol. 91 r., tom. II, fol. 49 v.; Ibn Khallikan, man. ar. 730, fol. 410 v.):

« Les nobles Bènou’lasfar, ces rois de Rome, ont péri, et il ne reste plus d’eux un seul être. »

On lit dans le Kitab-alagâni (tom. II, fol. 48 r.) : « Les rois des Bènou’lasfar, c’est-à-dire des Romains, malgré leur grandeur et leur puissance, le respectaient. Voyez aussi Ibn Arabschah, VitaTimuri, tom. II, p. 216, édition Manger. Dans le récit de la conquête de Jérusalem, écrit par Imad eddin Isfahani (manuscrit arabe n° 714, fol. 38 recto), on trouve ces mots :  « Des drapeaux jaunes qui allaient causer la ruine des Bènou’lasfar (des Romains). » Dans un passage du même historien (Kitab-alraoudataïn, man. ar. 707 A, fol. 120 r.), on lit . L’auteur s’exprime ainsi :   « La crainte de sa vengeance fit pâlir le visage des Romains. Ce mot est quelquefois écrit , comme dans ce passage de l’Histoire d’Espagne de Makarri (man. ar. 704, tom. I, fol. 47 v.): . « César, dont l’ère, qui est celle des Romains, a précédé la naissance du Messie. Et ailleurs (fol. 45 v.): « L’ère des Romains, qui est connue des peuples étrangers. » Le mot , ainsi qu’on l’a vu par la citation des vers d’Adi ben Zeïd, existait chez les Arabes avant la naissance de l’Islam; mais l’origine de ce nom n’a jamais été parfaitement connue. Au rapport de Birouni (Alâthâr, man. arabe de la Bibliothèque de l’Arsenal n° 17, fol. 29 v.), les Césars étaient fils d’Asfar, , c’est-à-dire de Soufar, fils de Nefar, fils d’Esaü, fils d’Abraham. Suivant le témoignage de l’auteur du Kamoug (tom. I, p. 570, éd. de Calcutta), les Bènou’lasfar étaient les empereurs romains. Ils avaient reçu ce nom, ou parce qu’ils descendaient d’Asfar, fils de Roum et petit-fils d’Esaü, ou parce que, des Abyssins les ayant vaincus et ayant violé leurs femmes, celles-ci avaient donné le jour à des enfants qui avaient le teint jaune. Ibn Khallikan, dans son Histoire des hommes illustres (man. ar. 730, fol. 410 v., 411 r.), s’exprime en ces termes: Il existe un point de philologie fort curieux et qui a donné matière à de nombreuses questions. Les Romains sont nommés Bènou’lasfar, ; et cette expression est souvent employée par les poètes. J’ai fait à ce sujet beaucoup de recherches; mais je n’ai pu trouver aucune solution satisfaisante de cette difficulté. Enfin j’ai rencontré un ouvrage anonyme, intitulé Lafif,  qui m’a offert le détails que voici. Dans les temps anciens un roi de Rome peint par un incendie, laissant une veuve. Des prétendants ambitieux, se disputant le trône, allumèrent une guerre civile; enfin ifs firent la paix, sous la condition de choisir pour roi le premier homme qui se présenterait devant eux. Ils étaient réunis pour cet objet, lorsque arriva un habitant du Yémen, qui se rendait à Rome et amenait avec lui un esclave abyssin. Celui-ci, s’étant enfui de chez son maître, entra dans la salle où se trouvaient les grands du royaume, lis se dirent l’un à l’autre : Voyez dans quel inconvénient nous sommes tombés. Toutefois ils lui donnèrent la reine en mariage ; et cette princesse eut de lui un fils que l’on appela Asfar, (le Jaune). Cependant le maître de l’esclave réclama son serviteur, qui, de son côté, reconnaissait lai appartenir; mais, à force de présents, on obtint de cet homme son désistement. De là vient que les Romains ont reçu le surnom de Bènou ‘lasfar,  ; attendu que l’enfant qui naquit du mariage susdit avait le visage jaune, étant né d’un Abyssin et d’une reine au teint blanc. Je n’ai pas besoin de dire que toutes ces explications ne contribuent guère à la solution de la difficulté. On peut croire avec beaucoup de vraisemblance que, ce mot remontant à une assez grande antiquité, l’origine s’en était entièrement perdue, et que les tentatives faites pour la découvrir n’ont abouti qu’à des conjectures malheureuses, qui ne sauraient soutenir l’examen de la critique.

[6] Catalogus librorum… biblGoth., pars II, p. 178 et suiv.

[7] Prolégomènes, man. du Roi, fol. 237 r.; ms. de M. Silvestre de Sacy, fol. 251 r.

[8] Manuscrit du Roi, fol. 231 v. ; manuscrit de M. Silvestre de Sacy, fol. 256 r.

[9] Man. ar. 1238.

[10] Man. ar. 704, tom. I, fol. 95 v.

[11] Man. ar. de Vienne, tom. I, p.60.

[12] Abulfedae Annales, tom. 2, fol. 494.

[13] Man. ar. 673 tom. II, fol. 227 r.

[14] Man. ar. 675, fol. 190 et suiv.; id. 144 et suiv.

[15] Man. ar. 636, fol. 178 r.

[16] Annales Moslemici, tom. V, p. 146.

[17] Tom. I, fol. 338 v.; tom. II, fol. 197.

[18] Tom. IV, fol. 346 r.

[19] Voy. Hamasah, p. 656.

[20] Abd-allatif (Relation de l’Egypte, p. 417) fait mention des portes de Djiroun. On peut voir, sur ce sujet, la note intéressante de M. Silvestre de Sacy (ib., p. 442 et suiv.). Djiroun se trouve indiqué dans un passage de Massoudi (Moroudj, tom. I, fol. 218 r.), etc.

[21] Ce mot est employé, avec le même sens, dans un passage du Sahih de Bokhari (man. ar. 242, tom. I, fol. 171 v.). On y lit,  « Vous éprouverez le supplice de l’opprobre. » Et l’auteur ajoute: Abou Abd-Allah a dit: Le mot  a la même signification que , et  répond à  douceurfacilité. Dans le Divan des poètes de la tribu de Hudheïl (man. ar. de Ducaurroy 53, fol. 191 r.), on lit:  « Personne n’admet l’opprobre. » La glose rend le mot par celui de . Le mot signifie quelquefois un bas prix, comme dans ce passage du Kitab-alraoudataïn (man. ar. 707 A, fol. 142 f.),  « Il se vend à bas prix ». Le terme se prend aussi dans ce dernier sens. On lit dans le Kamel d’Ibn Athir (tom. VII, p. 127),  . « Les pierreries, vendues au prix le plus modéré, ont une valeur de plus de cent mille dinars. » Dans l’Histoire d’Egypte de Makrizi (Solouk, tom. II, fol: 4 v.), ; plus bas (fol. 317 r.),  : « Le bas prix de l’or. » Dans leMesalek-alabsar (man. ar; 642, fol, 91 v.), .

[22] Le verbe , à la huitième forme, signifie sacrifierprodiguer. On lit dans le Hamasah (p. 47),   « Nous prodiguons notre vie dans les combats. » Ailleurs (p. 774), . « Il sacrifie sa vie. » On peut voir, sur ces deux passages, les notes de Tebrizi. Au passif, il signifie être prodiguéavili. C’est dans ce sens qu’Ibn Khaldoun (Prolégomènes, fol. 87 v.) a dit,  « Le vizirat fut avili ». Dans un passage d’Imad-eddin-Isfahani (man. ar. n° 714, fol. 46 r.), on lit ces mots,  Combien d’objets réservés avec soin furent prodigués ! Plus bas (fol. 90 r.),  et enfin (fol. 97 v.), . Dans l’Histoire des Seldjoukides de Bondari (man. arabe 767 A, fol. 31 V.),  « Tout ce qu’il gardait avec soin fut pillé. » De là vient l’expression  un proverbe vulgaire (Meïdani, proverbe 2412). Le verbe  à là cinquième forme, signifie quelquefois se sacrifier soi-même. Dans un poème manuscrit d’Antarah (man. d’Asselin, fol. 67 v.), on lit,  « J’admire un homme qui se sacrifie lui-même. » En effet la glose explique le mot  par . Dans le commentaire de Tebrizi sur le Hamasah(manuscrit, fol. 161 r.), on lit: . D’autres fois le même verbe signifie se prodiguer soi-mêmese rendre familier ; comme dans ce passage du Kamel d’Ibn Athir (manuscrit, tom. I, fol. 81 t>.),  « Il était trop fier pour se familiariser avec le peuple. » Dans un passage du Kitab-alagâni (tom. I, fol. 347), signifielivré au chagrin.

Abu Al-Faraj Al-Isfahani. (de son vrai nom Ali ibn Husein ibn-Muhammad ibn-Ahmed al-Qurayshi) (en arabe : أبو الفرج الإصفهاني) est un auteur Arabe originaire de Quraysh de sensibilité chiite, né à Ispahan en 897 et mort à Bagdad en 967. Aboulfaradj Ali ben Hosaïn Isfahani,[3] c’est-à-dire natif d’Ispahan, vint au monde dans cette ville, l’an 284 de l’hégire. Il descendait de Merwan, le dernier khalife de la dynastie des Omeyyades. Transporté à Bagdad dans son bas âge, il y fut élevé et y établit sa demeure. Il se plaça au rang des plus grands littérateurs et des écrivains les plus célèbres. Il était profondément versé dans la connaissance des combats fameux chez les Arabes, dans celle des généalogies et dans la biographie. Il s’occupa aussi de la science des traditions, de la jurisprudence, et s’y rendit également habile. Il serait difficile de citer tous les savants dont il a, dans ses écrits, invoqué le témoignage. Il se faisait remarquer par une mémoire prodigieuse, Abou Ali Tenoukhi assurait que, sur quatre-vingt-dix savants avec lesquels il avait vécu, Aboulfaradj était celui qui savait par cœur le plus de vers, de chansons, d’histoires de faits mémorables, de traditions authentiques, de détails généalogiques; qu’en outre il connaissait parfaitement la grammaire, la lexicographie, les différents arts, la biographie, l’histoire des guerres, et ce qui concerne les festins. Il n’était pas non plus étranger à la fauconnerie, à l’art vétérinaire, à la médecine, à l’astronomie, à l’art de préparer les boissons, et à d’autres genres de connaissances. Ses poésies offrent tout à la fois le mérite d’une érudition solide et les grâces d’un style élégant. Quoique membre de la famille d’Ommaïah, il se montra partisan déclaré des descendants d’Ali

Œuvres

Parmi ses œuvres les plus célèbres, on compte :

  • Maqātil al-T̩ālibiyyīn (en arabe : مقاتل الطابيين), ouvrage dans lequel il consacre une notice à la mort de chacun des descendants de ʿAlī ibn Abī T̩ālib décédés de mort violente.
  • Adab al-g̍urabā’ (en arabe : أدب الغرباء), ouvrage consacré à la poésie de l’absence.
  • Le Livre des Chansons (Kitāb al-Ag̍ānī; en arabe : كتاب الأغاني), qui rassemble une sélection de chants, accompagnés d’informations concernant les poètes qui les ont composés et les chanteurs qui les ont interprétés. Cet ouvrage monumental (il est fréquemment publié en 20 volumes) peut être divisé en trois parties :
    • la première est une sélection de chants rassemblée par le chanteur Ibrāhīm al-Maws̩ilī pour le calife abbasside al-Wāt̠iq;
    • la deuxième est consacrée aux consacrée et aux membres de la famille califale ayant composé des chansons;
    • la troisième à un noyau de chansons sélectionnées par l’auteur.

L’essentiel du livre est donc formé par une alternance entre des vers chantés (nommés s̩awt, en arabe : صوت) et des informations sur l’origine des poésies dont ils sont extraits et la vie du poète qui les composées. La matière poétique et biographique l’emporte donc en volume sur les chansons qui donnent son titre et sa structure à l’ouvrage.

Abū al-Faraǧ enseignait oralement le contenu de ce livre : celui-ci a donc été plusieurs fois remanié, certains passages ont été déplacés.

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