Conquête de Rametta ; guerre en Sicile entre les musulmans siciliens kalbites et les chrétiens Byzantins ver 962 [30] par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Les Arabes chassant les troupes byzantines

[P. 411] Conquête de Rametta ; guerre en Sicile entre les musulmans siciliens kalbites et les chrétiens Byzantins ver 962 [30] par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

 » Sous l’année 351 nous avons raconté la conquête de Taormine et dit un mot du siège de la ville de Rametta, qu’occupaient les chrétiens. En présence de cette situation, ces derniers, saisis de crainte, firent savoir à l’empereur de Constantinople ce qui se passait et réclamèrent du secours. L’empereur fit équiper une flotte qui apporta une armée considérable, c’est-à-dire plus de quarante mille combattants. De son côté, Ahmed, émir de Sicile, demanda également à El-Mo’izz d’Ifrîkiyya l’envoi de prompts renforts, mais sans négliger lui-même de restaurer et accroître sa flotte et de faire des levées de marins et de soldats. Quant à El-Mo’izz, [P. 412] il se mit aussi à réunir des guerriers et à lever des recrues qu’il plaça, après leur avoir distribué beaucoup d’argent, sous le commandement d’El-H’asan ben ‘Ali, père d’Ahmed. Ces troupes débarquèrent en Sicile en ramadan 353 (sept.-oct. 964), et une partie alla aussitôt renforcer l’armée qui assiégeait Rametta. Les chrétiens d’autre part débarquèrent aussi en Sicile près de Messine au mois de chawwâl (oct.-nov.) et portèrent de là toutes leurs forces, plus grandes que tout ce qu’avait vu l’île jusqu’alors, du côté de Rametta.

Quand El-H’asan ben ‘Ammûr, chef de l’armée assiégeante, sut ce qui se passait, il laissa sous les murs de la ville un corps d’armée chargé de contenir ceux qui voudraient sortir de cette place, et il s’avança avec le reste de ses soldats, tous décidés à vaincre ou à mourir, contre l’armée chrétienne. Celle-ci entoura les musulmans en même temps que ceux de Rametta tombaient sur le corps d’armée laissé en observation, afin de surprendre (le gros de) l’armée musulmane par derrière ; mais leur sortie ne réussit pas, et ils furent, grâce à la résistance de ceux des nôtres à qui ce soin avait été confié, empêchés de mener à bien leur projet. Alors s’avancèrent les chrétiens, pleins de confiance dans leur nombre et dans les engins et instruments qu’ils traînaient avec eux ; la mêlée commença, et la situation devint bientôt dangereuse pour les musulmans, que les ennemis avaient acculés à leurs propres tentes et qu’ils voyaient déjà vaincus. En cette extrémité, les fidèles choisirent de mourir comme étant le parti le plus sûr, selon le mot du poète :

[T’awîl] Je suis resté en arrière dans l’espoir de sauver ma vie, mais je n’ai pas ainsi trouvé la vie qui m’anime quand je me porte en avant.[31]

Alors l’émir El-H’asan ben ‘Ammâr, excitant leur ardeur, se mit à leur tête pour charger, et la lutte redoubla d’acharnement ; de leur côté les patrices répondaient en chargeant et en encourageant leurs troupes. Le général chrétien Manuel fondit sur les nôtres et y sema la mort ; les coups de lance qu’on dirigeait contre lui ne produisaient aucun effet et s’amortissaient sur son épaisse armure ; mais alors un trait fut lancé contre son cheval et abattit celui-ci, dont le cavalier devint le centre d’une lutte ardente où il fut tué, de même que plusieurs de ses patrices. Sa mort provoqua chez les siens la plus honteuse débandade : les musulmans en massacrèrent un grand nombre, et les fuyards étant arrivés au bord d’un grand fossé qui constituait un véritable trou, s’y précipitèrent pour échapper à l’épée qui les poursuivait et s’y écrasèrent les uns les autres, si bien que ce fossé se trouva comblé par les cadavres. Commencée à l’aube, la bataille dura jusque dans l’après-midi, et la poursuite se prolongea pendant la nuit, et dans toutes les directions. On ne pourrait énumérer les armes, les chevaux et les richesses de toutes sortes qui constituèrent le butin ; [P. 413] il y figurait entre autres un sabre indien sur lequel on lisait cette inscription : « De ce sabre indien, qui pèse cent soixante-dix mithkâl, il a été frappé de nombreux coups sous les yeux mêmes de l’Envoyé de Dieu ». Cette arme fut envoyée à El-Mo’izz en même temps que les captifs et les têtes des ennemis tués.

Ceux des chrétiens qui échappèrent gagnèrent Reggio. Quant aux habitants de Rametta, leur courage fléchissait, car les vivres commençaient à leur manquer, et ils firent évacuer la place par les invalides, ne gardant plus que les hommes en état de combattre. Les musulmans tentèrent alors une attaque qui non seulement se poursuivit jusqu’au soir, mais continua même dans la nuit, puis saisissant des échelles, ils emportèrent la place d’assaut ; les hommes furent mis à mort, les femmes et les enfants réduits en esclavage, la ville livrée à un pillage qui fut des plus fructueux. On installa dans la place des musulmans qui eurent à y rester pour la garder.

Ceux des chrétiens qui avaient échappé à la première bataille se rallièrent, et prenant avec eux ceux de Sicile et de la presqu’île de Reggio, ils se réfugièrent à bord de leurs navires pour échapper à la mort. L’émir Ahmed s’embarqua également avec ses troupes et livra aux ennemis une bataille navale acharnée : des musulmans se jetant à l’eau mirent le feu à de nombreux navires ennemis, qui coulèrent ; les chrétiens subirent de fortes pertes, et chacun tâcha de se sauver sans s’inquiéter des autres. Les musulmans dirigèrent ensuite des colonnes contre les diverses villes chrétiennes, qui furent mises au pillage et qui durent consentir à payer des sommes d’argent pour jouir d’une trêve. Ces événements sont de 354 (6 janvier 965), et la dernière affaire est connue sous le nom de « bataille du détroit ».  »

[30] Traduit dans la Bïblioteca, I, 425 ; comparez aussi Quatremère (Journas., 1837, I, 61).

[31] Ce vers est tiré de la Hamâsa, p. 93, et a pour auteur El-H’oceyn ben El-H’omâm. Amari, dans le texte qu’il a publié, en ajoute un second, qui ne figure que dans un seul des mss qu’il a consultés.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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