Guerre entre les Musulmans Siciliens et leurs émirs fatimides par ibn al-Athir

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Carte de la sicile Arabe avec les noms des localitées en arabe sicilien (siculo-arabe) dialecte arabe d'ifriqiya ( Constantinois, Tunisie, Tripoli et Sicile)
Carte de la sicile Arabe avec les noms des localitées en arabe sicilien (siculo-arabe) dialecte arabe d’ifriqiya ( Constantinois, Tunisie, Tripoli et Sicile)

[P. 252] Guerre entre les Musulmans Siciliens (arabes, berbères, persans et une minorité turc) et leurs émirs fatimides par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « [306]

En 325 (18 novembre 936), les habitants de Girgenti, l’une des villes de la Sicile, se mirent en lutte avec leur émir Salim ben Rachid, dont la nomination avait été faite par le prince Alide d’Ifrîk’iyya El-K’â’im ; ses mauvais procédés furent tels que cette ville chassa le gouverneur que l’émir lui avait donné.

Salim fit marcher contre elle des troupes nombreuses provenant de Sicile et d’Ifrîk’iyya, qui, à la suite d’un violent combat, furent défaites et poursuivies par les Girgentins.

Alors Salim sortit lui-même contre eux, et à la suite d’un sanglant engagement, en chaban (juin-juillet 937), les rebelles furent mis en déroute. Mais les habitants de la ville (capitale, c’est-à-dire Palerme), voyant la révolte des Girgentins, suivirent cet exemple, et leur insubordination se traduisit par un combat qu’ils lui livrèrent en dhoû’lk’a’da de cette année (sept.-oct.).

L’émir put cependant les forcer à fuir et assiégea la cité ; mais il informa El-K’â’im à Mehdiyya que les Siciliens s’étaient soustraits à son obéissance et lui demanda des secours pour leur tenir tête.

El-K’â’im lui envoya des troupes de secours commandées par Khalil ben Ishak’ ; mais ce dernier, à son arrivée en Sicile, ne put que constater avec plaisir les sentiments de fidélité des habitants, qui se plaignirent à lui des procédés injustes et tyranniques de Salim ; la démarche faite par les femmes et les enfants, qui vinrent en pleurant lui exposer leurs griefs, attendrit le cœur de ses soldats, qui mêlèrent leurs larmes, à celles de ces malheureux.

Les habitants de diverses villes, notamment de Girgenti, se rendirent auprès de Khalîl ; mais à leur arrivée Salim alla les trouver et leur annonça qu’El-K’â’im avait envoyé ce général pour venger ceux de ses soldats dont ils avaient causé la mort ; aussi ces paroles les rejetèrent-elles dans la rébellion.[307]

Khalil commença à construire une nouvelle ville sur le port même de la ville (de Palerme), la fortifia soigneusement, détruisit une grande partie de l’ancienne, dont il enleva les portes et donna à sa création le nom d’El-Khâliça (la pure) ; la population eut pour cette construction à beaucoup peiner.

La connaissance de ces faits inspira des craintes aux Girgentins, qui ne doutèrent plus de la véracité de ce que leur avait dit Salim, et qui, eux aussi, fortifièrent leur ville et firent des préparatifs de guerre.

En djomâda I 326 (5 mars-3 avril 938), comme Khalil s’avançait pour les assiéger, les habitants firent une sortie et lui livrèrent un sanglant combat.

Il les assiégea néanmoins pendant une période de huit mois, où il ne se passa pas un jour sans combat ; mais l’hiver étant venu, il partit en dhoû’ l-h’iddja (23 septembre 938) et retourna s’installer à El-Khâliça.

Quand commença l’année 327 (28 oct. 938), les habitants de tous les châteaux-forts ainsi que ceux de la ville de Mâzer se soulevèrent contre Khalil à l’instigation des Girgentins ; ils lancèrent des colonnes expéditionnaires dans toutes les directions, et la situation devenant grave, ils adressèrent une demande de secours à l’empereur de Constantinople, qui leur fit parvenir des vaisseaux chargés de soldats et de vivres.

Khalil, de son côté, s’adressa à El-K’â’im, qui lui envoya de nombreux guerriers ; alors il se mit en campagne à la tête des Siciliens (restés fidèles), assiégea et prit le fort de Caltavuturo ainsi que celui de Caltabellotta.

Il entama ensuite le siège de Plalano, devant qui il resta jusqu’à la fin de 327 et d’où il partit quand commença l’année 328 (17 oct. 939) [P. 254] pour assiéger Girgenti ; mais il se retira aussi de devant celle-ci après l’avoir bloquée longtemps, y laissant toutefois un corps d’armée qui poursuivit le siège sous le commandement d’Abou Khalaf ben Haroun jusqu’en 329 (5 oct. 940).

Beaucoup d’habitants s’étant alors réfugiés en pays chrétien, ceux qui restaient demandèrent quartier ; cela leur fut accordé à condition qu’ils sortiraient du fort. Mais à la suite de leur sortie et malgré les stipulations, ils furent envoyés à la ville (capitale).

Dans cette situation, les autres places fortes firent alors aussi leur soumission.

Les régions musulmanes étant ainsi rentrées dans l’obéissance, Khalîl retourna en Ifrîk’iyya en dhoû’l-hiddja 329 (26 août-24 sept. 941), emmenant avec lui les principaux Girgentins ; il les embarqua dans un navire qu’il fit couler en pleine mer, de sorte que tous furent engloutis.[308]

En 325 (18 nov. 936), les Francs envahirent l’Espagne musulmane, y tuèrent du monde et en emmenèrent du butin et des captifs. Parmi les gens connus qui trouvèrent la mort dans cette agression figure Djahh’âf ben Yomn, kadi de Valence.

En 326 (7 nov. 937), naquit le sahib Abou’l Kasim Ismâ’îl ben ‘Abbâd (le huddide).

notes:

[306] Ce chapitre est également traduit dans la Biblioteca (i, 413). Cf.’ Fournel, JI, 210.

[307] Sur le rôle joué par Khalil ben Ish’âk’ comparez le récit du Bayân (i, 223), traduit dans la Biblioteca, ii, 29. Cf. Fournel, ii, 213.

[308] Il fit mettre le feu au bâtiment, selon Ibn Khaldoun (Desvergers, 165).

[309] Le Bayân, sous l’année 325, ne mentionne pas d’attaque chrétienne ; celle où périt ce kadi est de 327, d’après Adh-Dhabbi, éd. Codera, ii, 630.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

 

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