Mort du calife ’El-Mançoûr l’Alide (Fatimide) et avènement de son fils El-Mo’izz en Ifrikkiya par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Le calife fatimide Al-Muizz en Ifriqiya avant son départ pour le Caire
Le calife fatimide Al-Muizz en Ifriqiya 

[P. 373] Mort du calife ’El-Mançoûr l’Alide (Fatimide) et avènement de son fils El-Mo’izz en Ifrikkiya par  ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Le dernier jour de chawwâl 341 (18 mars 953) mourut El-Mançoûr billâh, c’est-à-dire Aboû’l-T’âhir Ismâ’îl ben el-K’â’im Aboû’l-K’âsim Mohammed ben ‘Obeyd Allah le Mahdi : il avait régné sept ans et seize jours et était âgé de trente-neuf ans ; il parlait bien et improvisait des khotba toujours nouvelles ; la lutte qu’il soutint contre Aboû Yezîd témoigne de sa bravoure et de son intelligence.

Il mourut dans les circonstances suivantes. Il avait entrepris un voyage du côté de Sfax et de Tunis, puis du côté de Gabès, d’où il avait fait réclamer aux habitants de Djerba qu’ils le reconnussent. Ceux-ci en effet se soumirent, et il se relira en emmenant avec lui quelques uns des leurs ; son absence avait duré un mois, et il désigna (alors) en qualité d’héritier présomptif son fils Ma’add. Au mois de ramad’ân (janv.-fév.), il entreprit encore un voyage d’agrément du côté de Djeloûla,[21] endroit où il y a quantité de fruits et entre autres des cédrats d’une grosseur sans pareille, puisque quatre fruits d’une certaine espèce font la charge d’un chameau. Il en emporta à son palais, où ils excitèrent l’admiration d’une esclave favorite, et elle demanda à El-Mançoûr de les lui faire voir tenant encore à l’arbre. Le prince y consentit, et se rendit avec ses intimes et cette jeune fille à Djeloûla, où ils passèrent quelques jours. Mais en regagnant Mançoûriyya, il fut surpris par une longue période de vent violent et froid accompagné de pluie ; cependant il tint ferme et supporta la chute d’une grande quantité de neige. Plusieurs de ceux qui l’accompagnaient moururent, et le prince lui-même tomba dangereusement malade, parce qu’à son arrivée à Mançoûriyya, et contrairement à la défense de son médecin Ish’âk’ ben Soleymân Isrâ’ili,[22] il se rendit au bain, [P. 374] ce qui lui fit perdre sa chaleur naturelle et lui occasionna de l’insomnie. Ish’âk’ vint alors lui donner ses soins, mais l’insomnie persistait, et El-Mançoûr fatigué demanda à l’un de ses serviteurs s’il n’y avait pas à Kayrawân un autre médecin qui pût lui rendre le sommeil. On lui en indiqua un du nom d’Ibrâhîm, qui venait d’arriver à l’âge d’homme, et qui, amené au palais et en présence des plaintes du prince de ne pouvoir dormir, prit des matières soporifiques qu’il chauffa dans un vase et qu’il lui fit respirer. Au bout de quelque temps, l’effet de cette inhalation se produisit, et Ibrâhîm tout content se retira, laissant le prince endormi. Ish’âk, étant alors survenu, ne put pénétrer auprès d’El-Mançoûr, qui lui répondit-on, dormait : « Si ce sommeil, s’écria-t-il, est artificiel, le prince est un homme mort ! » Et en effet, on pénétra auprès de lui et l’on trouva qu’il avait cessé de vivre. L’inhumation eut lieu dans le palais même.

On voulait faire périr Ibrâhîm, mais Ish’âk’ dit alors : « Il n’y a pas de sa faute, il a appliqué le traitement que lui ont enseigné les autres médecins ; mais il ignorait la cause première de la maladie, et vous ne la lui avez pas dite. Or, mon traitement avait pour but de ramener la chaleur naturelle, dont le retour aurait produit le sommeil ; comme le traitement employé devait au contraire la diminuer encore, j’ai reconnu aussitôt que le prince devait en mourir ».

Cette mort fit passer le pouvoir aux mains de Ma’add, fils d’El-Mançoûr, c’est-à-dire d’El-Mo’izz li-din Allah, qui tout d’abord se consacra à l’expédition des affaires ; puis, le 7 dhoû’l-hiddja (24 avril 953), il permit au peuple de pénétrer jusqu’à lui et il tint une audience où il fut salué du titre de khalife. Il avait alors vingt-quatre ans.

Quand commença l’année 342 (17 mai 953),[23] il monta dans le mont Aurès, et son armée battit toute cette région, ordinaire refuge de tous ceux qui combattaient l’autorité royale. On y trouvait entre autres les Benoû Kemlân, les Melîla et[24] deux tribus des Hawwâra, qui jusqu’alors n’avaient reconnu aucun de ses prédécesseurs, et qui, s’étant soumises à El-Mo’izz, rentrèrent avec lui en pays de plaine. Comme ses lieutenants avaient, ordre de traiter les Berbères avec faveur, tous sans exception vinrent le trouver et furent l’objet de ses bienfaits, de sorte que sa situation grandit beaucoup. Parmi ceux qui réclamèrent l’amnistie figurait Mohammed ben Khazer Zenâti, frère de Ma’bed, et El-Mo’izz répandit aussi ses faveurs sur lui.

[P. 384][25] En 344 (26 avril 955), ‘Abd er-Rah’mân, prince omeyyade d’Espagne, fit construire un vaisseau d’une grandeur jusqu’alors inconnue pour transporter diverses marchandises en Orient. Ce bâtiment en rencontra et intercepta un autre, qui transportait auprès d’El-Mo’izz un messager venant de Sicile, et les Espagnols se saisirent du contenu [P. 385] ainsi que des messages adressés à ce prince. El-Mo’izz arma alors une flotte dont il confia le commandement à H’asan ben ‘Ali, prince kalbite arabe de Sicile, et l’envoya attaquer l’Espagne. Cette flotte pénétra dans le port d’Almeria et y brûla tous les vaisseaux qui s’y trouvaient ; elle s’empara également du grand bâtiment dont il a été question, et qui était revenu d’Alexandrie rapportant à ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade diverses marchandises et des chanteuses. Un débarquement fut également organisé, et après s’être livrés au meurtre et au pillage, les assaillants regagnèrent sains et saufs El-Mehdiyya. De son côté, ‘Abd er-Rah’mân envoya une flotte contre un certain point de l’Ifrîkiyya, où l’on débarqua pour piller. L’arrivée des troupes d’El-Mo’izz força les Espagnols à se rembarquer et à rentrer chez eux, non sans avoir perdu beaucoup d’hommes ni sans en avoir tué à l’ennemi.

[P. 388] En 345 (14 avril 956), El-H’asan ben ‘Ali, prince de Sicile, se mit à la tête d’une flotte considérable pour attaquer les pays chrétiens.[26]

notes :

[21] Sur Djeloûla, à cinq lieues O. de Kayrawân, voir une note dans les Berbères (I, 307) ; Bekri, 78.

[22] Wüstenfeld (GeschdarabAerzte, p. 51) parle de ce médecin célèbre, dont la biographie par Ibn Aboû Oçeybiya figure dans l’Abdollatif de Sacy, p. 43. Ibn Khallikan (I, 220) rapporte aussi l’anecdote relative aux circonstances dans lesquelles mourut El-Mançoûr ; elle, a été reproduite par Wüstenfeld, Gder FatChatif., 95.

[23] Le texte porte « 346 » mais il y a là une erreur évidente que je n’hésite pas à corriger ; voir p. ex. Ibn Khaldoun (II, 551) ; Quatremère, Vie de Mo’izz li-din-Allah (Journal as., 1836, II, p. 401), etc.

[24] Cet et est de trop (Ibn Khaldoun, I, 170 ; II, 542).

[25] Ce passage est traduit dans la Biblioteca (I, 423). Ibn Khaldoun mentionne aussi les événements dont il y est question (II, 542). — En 343, les Azdadja et la majeure partie des Adjiça émigrèrent en Espagne (Bourâs, ap. Revue africaine, t. V, p. 377). — Sur les relations d’Abd er-Rahmân en-Nâcir avec l’Afrique, cf. aussi Bayân, I, 207 et 230 ; II, 219 ; Berbères, III, 231.

[26] Biblioteca d’Amari (I, 424).

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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