P. 354] Gouvernement d’El-H’assan ben ‘Ali al-Kalbi en Sicile fondateur de la dynastie arabe Kalbite [16] par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh  »

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scribe arabe sicilien

P. 354] Gouvernement d’El-H’assan ben ‘Ali al-Kalbi en Sicile fondateur  de la dynastie arabe Kalbite [16]  par  ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh  » 

En 336 (22 juil. 947), El-Mançoûr nomma au gouvernement de la Sicile El-H’asan ben ‘Ali ben Aboû’l-H’oseyn Kelbi, qu’il honorait de beaucoup de considération et qui avait pris une part glorieuse à la guerre contre Aboû Yezîd. Cette nomination eut pour cause la misérable situation où étaient tombés les musulmans de cette île vis-à-vis des infidèles sous l’impuissante et faible administration d’At’t’âf, à ce point que les chrétiens refusaient de verser le tribut imposé pour le maintien de la trêve. En outre, les Benoû’t-T’abari, qui étaient parmi les principaux de la communauté (djemâ’a) et qui avaient de nombreux partisans, attaquèrent, avec l’appui des habitants de la ville (capitale), ‘At’t’âf le jour de la rupture du jeûne 335 (24 avril 947) et lui tuèrent un certain nombre de guerriers, de sorte que ce chef dut s’enfuir dans la citadelle, tandis que les rebelles, après s’être emparés de ses drapeaux et de ses tambours, rentrèrent chez eux. ‘Aboû ‘At’t’âf[17] informa alors El-Mançoûr de ce qui se passait et lui demanda des secours ; mais ce prince (préféra) confier le gouvernement de l’île à El-H’asan ben ‘Ali, qui reçut l’ordre de rejoindre son poste.

El-H’asan s’embarqua donc sur la flotte et vint jeter l’ancre à Mâzer (Mazara), où personne ne vint le jour même à sa rencontre. [P. 355] Le soir, il reçut la visite de quelques hommes originaires de l’Ifrîkiyya, des Ketâma et d’ailleurs, qui lui dirent n’avoir pas osé, parce qu’ils craignaient Ibn et-T’abari et ceux du pays qui faisaient cause commune avec lui, le venir trouver (en plein jour) ; ils ajoutèrent qu’Ali ben et-T’abari, Mohammed ben ‘Abdoûn et d’autres étaient partis pour l’Ifrîkiyya en recommandant à leurs enfants d’empêcher El-H’asan de pénétrer dans l’intérieur et de se tenir à l’écart de sa flotte, jusqu’au jour où ils leur écriraient le résultat de la demande qu’ils allaient présenter à El-Mançoûr touchant le choix d’un autre gouverneur.

Ensuite il arriva des partisans d’Ibn et-T’abari qui voulaient se rendre compte de l’état des forces du nouveau venu, et dont la convoitise s’alluma quand ils virent leur peu d’importance ; ils tentèrent de surprendre El-H’asan, qui leur rendit la pareille ; puis ils retournèrent à la ville après qu’El-H’asan leur eut promis de ne pas bouger jusqu’à leur retour. Mais sitôt qu’ils furent partis, ce chef se dirigea à marches forcées sur la capitale, de façon à y arriver avant que la concentration des adhérents de ceux qui venaient de le quitter l’en empêchât. Arrivé à El-Beyd’a (Baida), il reçut la visite du chef de la ville, des employés des bureaux et de tous les gens d’humeur pacifique ; il alla au-devant d’eux, les reçut honorablement et s’enquit de la situation où ils se trouvaient. Quand Ismâ’îl ben et-T’abari connut leur démarche, il fut bien forcé de les imiter, et après avoir été accueilli de la même manière qu’eux, il rentra chez lui. El-H’asan entra alors dans la ville, soutenu par les sympathies de tous ceux qui n’étaient pas du parti des Benoû’t-T’abari et de leurs partisans. Ce que voyant, ledit Ismâ’îl fit la leçon à un Sicilien, réputé pour son audace, qui appela chez lui un esclave noir d’El-H’asan, et qui ensuite, se précipitant au dehors, se mit à appeler au secours en criant : « Voilà un homme qui a pénétré dans ma demeure et qui a pris de force ma femme sous mes yeux ! ». La foule se rassembla, et Ibn et-T’abari l’excita et provoqua ses craintes : « Voilà, s’écria-t-il, comment ils agissent avant même d’être maîtres du pays ! » Et, il leur dit d’aller trouver El-H’asan, persuadé qu’il était que ce chef ne sévirait pas contre son propre esclave et qu’alors la foule se soulevant l’expulserait. Comme cet homme continuait de crier et d’appeler au secours au milieu de la foule, El-H’asan le fit venir, l’interrogea, puis lui fit attester par serment la vérité de ses allégations ; ce serment prêté, il fit exécuter l’esclave coupable. Heureux de cet acte de justice, les habitants se mirent à dire que dorénavant [P. 356] ils auraient l’esprit tranquille et que leur pays prospérerait sous une administration impartiale. Les choses tournèrent donc contre le gré d’Ibn et-T’abari, mais El-H’asan n’était pas cependant délivré de toute crainte. El-Mançoûr fit ensuite savoir à El-H’asan que lui-même avait fait arrêter ‘Ali ben et-T’abari, Mohammed ben ‘Abdoûn, Mohammed ben Djenâ et ceux qui les accompagnaient, et lui enjoignit d’avoir à arrêter aussi Ismâ’îl ben et-T’abari, Redjâ ben Djenâ, Mohammed… et les adhérents de tous les personnages arrêtés. Mais l’exécution de cet ordre parut d’abord peu facile au gouverneur, qui ensuite fit dire à Ibn et-T’abari : « Viens donc me chercher pour me mener à la partie de plaisir que tu avais promis de me faire faire dans le jardin qui t’appartient ! » Il fit en outre dire, au nom d’Ibn et-T’abari lui-même, à tous ceux qui étaient visés de se rendre au jardin en question avec l’émir. L’invitation fut acceptée, et El-H’asan se mit à causer si longuement que la nuit survint et qu’il les invita à accepter l’hospitalité pour cette nuit ; puis il fit dire à ceux qui les avaient accompagnés que, en présence de l’offre faite par l’émir à leurs maîtres, ils pouvaient retourner chez eux jusqu’au lendemain. Alors El-H’asan fit arrêter les invités et saisit tous leurs biens, de sorte qu’il eut l’esprit tranquille et que la population, qui approuvait ces actes, reprit tout à fait courage. De plus, les chrétiens, en voyant ce qui se passait, firent payer par un moine trois années du tribut dû à raison de la trêve.

L’empereur de Roûm envoya ensuite en Sicile une forte armée commandée par un patrice qui fit sa jonction avec le stratège [de Calabre]. El-Mançoûr, informé de ces faits par El-H’asan ben ‘Ali, expédia à celui-ci une flotte portant, en outre des équipages, 7.000 cavaliers et 3.500 fantassins, et El-H’asan, joignant à ces renforts un grand nombre de combattants, se mit en campagne tant par ferre que par mer et arriva à Messine.[18] Les troupes de terre passèrent de là à Reggio, et El-H’asan couvrit la Calabre de colonnes expéditionnaires ; il installa son camp devant Gerace (Djerâdja), dont il poussa si vigoureusement le siège que les habitants étaient près de périr de soif, quand l’annonce d’une prochaine attaque de l’armée chrétienne le décida à faire la paix avec les assiégés contre versement d’une somme d’argent. [P. 357] Il marcha alors contre les ennemis annoncés, qui battirent en retraite devant lui, sans même combattre, jusqu’à Bari. Il mit ensuite le siège devant le fort de Cassano et le poursuivit pendant un mois, sans d’ailleurs cesser d’expédier des colonnes expéditionnaires dans les diverses régions de la Calabre ; alors les assiégés demandèrent et obtinrent la paix contre paiement d’une somme d’argent. La survenance de l’hiver détermina ensuite la retraite de l’armée sur Messine, port où la flotte hiverna également. Un ordre d’El-Mançoûr lui ayant enjoint de retourner en Calabre, El-H’asan franchit de nouveau le détroit et se dirigea encore sur Gerace. Le jour d’‘Arafa 340 (6 mai 952) eut lieu entre les musulmans et le stratège à la tête des chrétiens la plus terrible bataille qu’on vit jamais ; les chrétiens furent mis en déroule et poursuivis l’épée dans les reins jusqu’à la nuit ; ils perdirent de nombreux morts et laissèrent aux mains des vainqueurs leurs bagages, armes et montures.

Quand commença l’année 341 (28 mai 952), El-H’asan marcha sur Gerace, devant laquelle il mit le siège. Alors l’empereur chrétien Constantin lui ayant député pour solliciter une trêve, il y consentit, et regagna Reggio. Il fit édifierait centre de cette dernière ville une mosquée de grandes dimensions surmontée à l’un de ses angles d’un minaret, et stipula vis-à-vis des chrétiens le droit pour les musulmans d’entretenir ce temple, d’y pratiquer librement la prière et d’y faire l’appel à cet exercice du culte, la défense aux chrétiens d’y pénétrer ; le droit d’asile pour tout captif musulman, renégat ou non, fut reconnu à cet édifice, qui devait rester intact et d’où une seule pierre enlevée serait le signal de la destruction de toutes les églises de Sicile et d’Ifrîkiyya.’ Les chrétiens, humiliés et confus, durent se soumettre à toutes ces conditions.

Quant à El H’asan, il resta en Sicile jusqu’à la mort d’El-Mançoûr, et il en partit, comme nous le verrons, pour se rendre auprès d’El-Mo’izz, successeur de ce prince.

notes :

[16] Ce chapitre figure dans la Biblioteca d’Amari (I, 415).

[17] Ou, le père d’At’t’âf ? Un trouve ce nom sous les formes ‘At’t’âf, Aboû ‘At’t’âf et Ibn ‘At’t’âf (Amari, Biblioteca, I, 289 et 416 ; II, 129 et 193).

[18] Les événements dont le récit commence ici sont racontés un peu différemment dans le chapitre qui suit.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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