Détails sur Yoûsof Bologgîn ben Zîri ben Mennâd et sur ses parents (fondateur de la dynastie berbère Ziride d’Ifriqiya vassale Fatimide) par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Bologhine ibn Ziri, de son nom complet Abou al-Foutouh Sayf al-Dawla Bologhin ibn Ziri Es-Sanhadji1, est le fondateur de la dynastie berbère des Zirides régnant sur l'Ifriqiya de 972 à 1152.
Statue à Alger de Bologhine ibn Ziri, de son nom complet Abou al-Foutouh Sayf al-Dawla Bologhin ibn Ziri Es-Sanhadji al-Himyari, est le fondateur de la dynastie berbère des Zirides régnant sur l’Ifriqiya de 972 à 1152.

[P. 459] Détails sur Yoûsof Bologgîn ben Zîri ben Mennâd et sur ses parents (fondateur de la dynastie berbère Ziride d’Ifriqiya vassale Fatimide) par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Avant même qu’El-Mançoûr donnât un commandement à Yoûsof Bologgîn ben Zîri ben Mennâd Çanhâdji H’imyari, les Çanhâdja et autres tribus maghrébines de leur voisinage avaient reconnu l’autorité de ce chef. Mennâd, son grand-père, était un personnage considérable parmi les siens, riche, père de nombreux enfants et très hospitalier ; Zîri, du vivant même de son père, fut revêtu d’un commandement sur de nombreux Çanhâdja, qu’il conduisait à des expéditions fructueuses. Alors les Zenâta, poussés par l’envie, réunirent leurs forces pour le combattre ; mais lui-même, s’avançant à marches forcées, les attaqua de nuit pendant qu’ils tentaient une opération sur le territoire des Meghîla, en fit un grand carnage et fit sa proie de tout ce qu’ils avaient. Cet exploit accrut encore le nombre de ceux qui le suivaient, et il fut sollicité par eux de les mener à la conquête d’un autre territoire. Il les conduisit alors vers l’emplacement où s’éleva Achîr, et, séduit par les nombreuses sources dont ce pays est arrosé, il y fonda la ville de ce nom, où il s’installa avec ses compagnons en 364 (20 sept. 974). Or comme les Zenâta se livraient au brigandage contre les villes et qu’en cas de poursuites ils se réfugiaient dans les montagnes et les déserts, la fondation d’Achîr[50] eut pour conséquence d’interposer les Çanhâdja entre les villes d’une part, les Zenâta et les Berbères d’autre part, ce dont El-K’â’im fut bien aise.

L’attention de Zîri fut aussi appelée sur les ravages des Ghomâra, peuple qui reconnaissait comme licites les choses interdites et chez qui un prophète avait surgi ; il les attaqua et les battit, fit prisonnier le prétendu prophète et le fit exécuter en présence des juristes (convoqués à cet effet).[51] Il accomplit encore des prouesses dans les événements suscités par la révolte d’Aboû Yezîd le Khârédjite, alors que, ravitaillant El-K’â’im enfermé à Mehdiyya, il mit cette ville en état de continuer sa résistance.[52] Plus tard, comme les Zenâta assiégeaient Achîr, Zîri à la tête de nombreuses troupes leur livra plusieurs combats où il y eut des pertes très sensibles des deux côtés, mais où il finit par remporter la victoire et faire de ses ennemis ce qui lui plut. Plus tard encore, le nommé Sa’îd ben Yoûsof s’étant révolté dans l’Aurès contre El-Mançoûr et ayant réuni de nombreux adhérents, Zîri le fit combattre par un corps d’armée considérable dont il confia le commandement à son fils : Bologgîn attaqua le rebelle près de Bâghâya et le tua, lui et ses partisans Hawwâra et autres. Cette affaire augmenta encore l’estime que lui témoignait El-Mançoûr, et nous avons dit qu’il prit une part considérable à la conquête de Fez.

Dans la suite, Bologgîn ben Zîri marcha contre Mohammed ben el-H’oseyn [P. 460] ben Khazer Zenâti, qui s’était soustrait à l’obéissance d’El-Mo’izz et à qui de nombreux adhérents avaient donné une grande puissance. Bologgîn resta encore vainqueur et massacra de nombreux rebellés, ce qui combla El-Mo’izz de joie, car il songeait à laisser ce chef en qualité de lieutenant au Maghreb à cause de son énergie et du nombre de ceux qui marchaient à sa suite. Il craignait en effet que, lui-même une fois parti pour l’Egypte, cette région ne vint à lui être enlevée par ce chef ; mais la brouille qui survint entre ce dernier et les Zenâta le rassura contre l’éventualité de cette conquête.

Ensuite Dja’far ben ‘Ali ben H’amdoûn], gouverneur de la ville de Mesîla et des cantons du Zâb, se piqua de la faveur dont El-Mo’izz honorait Ziri, car il régnait entre ce dernier et lui-même une jalousie réciproque, et, quittant son gouvernement, il alla trouver les Zenâta. Ceux-ci l’accueillirent le mieux du monde, le mirent à leur tête par esprit d’hostililé contre Zîri, et alors il leva l’étendard de la révolte. Zîri marcha contre lui avec des forces considérables, composées de Çanhâdja et autres, et lui livra bataille en ramad’ân (361 ?). A. la suite d’une lutte sanglante, Zîri tomba de son cheval, qui fit un faux pas, et fut tué. Dja’far, voyant alors le regret causé aux Zenâta parcelle mort et leur tendance à ne plus lui obéir, leur tint ce langage : « Yoûsof Bologgîn ne renoncera pas à venger la mort de son père et ne jugera pas que celui-ci ait assez massacré des vôtres. Nous devons donc nous fortifier dans les montagnes les mieux défendues et dans les endroits abrupts. » Son avis ayant prévalu, il fit embarquer ses biens et sa famille, tandis que lui-même restait avec les Zenâta ; mais il avait donné l’ordre à ses serviteurs embarqués de simuler une révolte à bord. Comme il regardait de terre ce qui se passait, il dit aux Zenâta qu’il allait se rendre compte de la cause du désordre, et, montant dans une barque, il s’enfuit avec les autres. Il gagna l’Espagne, où il fut bien accueilli par l’Omeyyade El-H’akam, qui lui donna des marques de sa générosité.[53] Quant aux Zenâta, ils ne purent que regretter de ne l’avoir pas tué pour s’emparer de ses dépouilles. Bologgîn alors réunit des forces de plus en plus considérables et marcha contre les Zenâta, chez qui il fit d’épouvantables massacres, réduisant les femmes en captivité et faisant des enfants sa proie ; par son ordre, les tôles furent employées à chauffer les marmites où l’on faisait la cuisine. El-Mo’izz apprit encore ces faits avec joie : il ajouta Mesîla et ses cantons aux fiefs de Bologgîn, qui devint très puissant. Nous raconterons le reste de son histoire quand il devint prince d’Ifrîkiyya.

[P. 487] En 364 (20 sept 974), il parut en Ifrîkiyya, à l’est, une énorme et très brillante comète, qui continua son ascension pendant environ un mois, puis qui disparut et ne fut plus revue.

[P. 489] (Quand El-’Azîz, fils d’El-Mo’izz, monta sur le trône d’Egypte), il envoya au Maghreb des dinars frappés à son nom et qu’on mit en circulation. Il confirma Yoûsof Bologgîn dans le gouvernement de l’Ifrîkiyya en y ajoutant ce que son père en avait distrait, c’est-à-dire Tripoli, Sort et Adjdâbiyya, villes où Yoûsof nomma des hommes de son choix,[54] ce qui augmenta d’autant sa puissance et le laissa désormais sans crainte du côté d’El-’Azîz. Il était réellement indépendant et feignait une obéissance qui n’était commandée que par un esprit de conciliation et de bonne amitié, rien de plus.

File:Zirids around 1000CE.png
L’état Ziride ver l’an 1000

 

Guerre de Yoûsof Bologgîn contre les Zenâta et autres peuples d’Ifrîkiyya

En 365 (9 sept. 975), Khazroûn ben Felfoûl ben Khazer Zenâti s’avança à la tête d’une bande nombreuse d’adhérents contre Sidjilmâsa, dont, en ramad’ân (mai 976), il tua le chef qui était sorti pour lui tenir tête.[55] Devenu maître de cette ville, il en retira beaucoup de richesses et d’approvisionnements, et envoya [P. 490] la tête de celui qu’il venait de tuer en Espagne. Cette affaire grandit la situation des Zenâta, dont le pouvoir se trouva ainsi solidement établi. Bologgîn était alors à Ceuta, où il se trouvait après s’être rendu à Fez, à Sidjilmâsa et dans le territoire des Hebal’, pays qu’il avait conquis et d’où il avait chassé tous les gouverneurs omeyyades. Les Zenâta se retirèrent devant lui et beaucoup se rendirent à Ceuta, qui appartenait alors au prince Omeyyade d’Espagne. Bologgîn, ayant trouvé sur sa route des bois touffus et enchevêtrés qui l’empêchaient de passer, les fit couper et brûler de façon à s’y ouvrir une route. Ensuite il s’avança en personne sur une montagne d’où il dominait Ceuta et étudia pendant une demi-journée par quel côté il pourrait l’assiéger et l’attaquer ; mais il reconnut qu’une flotte était indispensable pour prendre cette place, dont les habitants le redoutaient fort. Alors il se rabattit du côté d’El-Baçra, belle ville qu’on appelle simplement au Maghreb Baçra, et cette nouvelle fit fuir les Zenâta dans les sables et les déserts les plus reculés du Maghreb. Yoûsof entra à Baçra, dont il ruina les solides fortifications élevées par le prince (musulman) d’Espagne, et qu’il livra au pillage.

Il passa ensuite dans le pays hérétiques et païen des Berghawât’a, dont le roi, ‘Abs ben Oumm el-Ançâr,[56] se livrait à la prestidigitation et à la magie, se donnait pour prophète et avait ainsi fait reconnaître toutes ses volontés par son peuple, à qui il avait donné un corps de doctrines religieuses. Bologgîn l’attaqua et, à la suite de plusieurs combats importants et qui ne sont pas à décrire, finit par l’emporter : ‘Abs ben Oumm el-Ançâr fut tué,[57] ses troupes débandées furent l’objet d’un horrible massacre ; les femmes et les enfants réduits en captivité et envoyés en Ifrîkiyya étaient en quantité tellement innombrable que les habitants de ce dernier pays disaient n’en avoir jamais vu arriver autant chez eux. Bologgîn resta dans ces régions jusqu’en 373 (14 juin 983), occupé à en réduire les habitants, pendant que Ceuta observait craintivement ses mouvements et que les Zenâta restaient dans les sables où ils avaient fui.  »

notes:

[50] Bekri (p. 144) parle aussi de la fondation d’Achîr par Zîri ; elle était située sur le flanc de la montagne de Titeri (Berbères, II, 6 et 489 ; cf. Bayân, I, 224).

[51] L’ordre suivi par l’auteur dans l’énumération de ces événements pourrait faire croire qu’il s’agit de l’expédition envoyée à l’extrémité ouest du littoral africain, et commandée par Djawher ; mais il n’en est rien : Hâmîm, le prophète des Ghomâra, fut tué en 315 (Bekri, 228 et s. ; Bayân, I, 108), et Noweyri nous apprend que ce fut par Zîri (Berbères, II, 492 ; cf. 144).

[52] Supra, an. 1898, pp. 367 et s. : Ibn Khaldoun, II, 493.

[53] Son frère Yah’ya ben ‘Ali l’avait précédé à la cour de H’akam Mostanç.er (voir l’histoire des Benoû Hamdoûn, Berbères, II, 555). Sur la bataille où Zirî perdit la vie, voir ibid., 2 et 554 ; III,234).

[54] Cf. Berbères, III, 262.

[55] Le Bayân place cette expédition sous l’année 367 ; de même que l’expédition de Bologgîn contre Ceuta (I, p. 239). A la page suivante, il parle d’une seconde campagne, entreprise au départ d’Ifrîkiyya, contre Ceuta. Ibn Khaldoun parle de 369 (II, 11 ; III, 236).

[56] On lit dans Ibn Khaldoun (II, 12) « ‘Isa ben Aboû’l-Ançâr », et il en est de même dans Bekri, p. 300, et dans le Bayân (I, 231 et 233 ; cf. 246). Sur l’expédition dirigée contre Ceuta, cf. Ibn Khaldoun, ll. et III, 236 ; Bayân, I, 246.

[57] La mort de ce chef eut lieu le 21 dhoû’l-hiddja de cette année (Bayân, I, 248) ou le 22 de ce mois (infra, p. 268).

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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Une réflexion au sujet de « Détails sur Yoûsof Bologgîn ben Zîri ben Mennâd et sur ses parents (fondateur de la dynastie berbère Ziride d’Ifriqiya vassale Fatimide) par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh «  »

    aboualkacem a dit:
    18 mai 2014 à 3 h 02 min

    A reblogué ceci sur tribus Algeriennes.

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