El-Mo’izz le calife fatimide quitte le Maghreb et se rend en Egypte 972 par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Caravane arabe en dehors d'une ville fortifié d'Egypte
Caravane arabe en dehors d’une ville fortifié d’Egypte

[P. 456] El-Mo’izz le calife fatimide quitte le Maghreb et se rend en Egypte 972 par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

 » Dans les derniers jours de chawwâl 361 (première moitié d’août 972), El-Mo’izz quitta l’Ifrîkiyya pour se rendre en Egypte. Parti de Mançoûriyya, il s’arrêta d’abord à Serdâniya, bourgade proche de Kayrawân, où il fut rejoint par ses guerriers, gouverneurs et parents, et où furent transportés tous les biens, effets et objets divers provenant de son palais : entre autres préparatifs de départ, on fondit les dinars pour en faire des espèces de meules dont-il fallait une couple pour faire la charge d’un chameau. Il désigna[41] pour gouverner l’Ifrîkiyya Yoûsof Bologgîn ben Ziri ben Mennâd Çanhâdji H’imyari, mais en distrayant de son gouvernement la Sicile, Tripoli, Adjdâbiya et Sort. En Sicile, il nomma, comme nous l’avons dit, H’asan ben ‘Ali ben Aboû’l-H’oseyn, à Tripoli ‘Abd Allah ben Yakhlaf Kotâmi, qui jouissait de son estime ; il confia la perception des impôts d’Ifrîkiyya à Ziyâdet Allah ben el-K’odeym,[42] la direction du kharâdj [P. 457] à ‘Abd el-Djebbâr Khorâsâni et à H’oseyn ben Khalaf Mawçadi,[43] mais il leur déclara que, tous, ils étaient sous la haute main de Yoûsof ben Zîri.[44]

Après avoir passé à Serdâniya quatre mois consacrés au règlement de toutes ces affaires, il se mit en marche de compagnie avec Yoûsof Bologgîn, à qui il donnait ses dernières instructions ; mais nous aurons à donner d’abord les renseignements nécessaires touchant les ascendants et la famille de ce chef. Après avoir renvoyé Yoûsof dans son gouvernement, il partit pour Tripoli à la tête de ses troupes et de ses gardes ; mais, arrivé là, il fut abandonné par un corps de troupes qui se réfugia dans les montagnes de Nefoûsa et contre lequel il fit faire de vaines poursuites. Il se remit en marche et arriva à Bark’a, où fut assassiné Mohammed ben H’ûni Andalosi, qui le suivait : on trouva, vers la fin de redjeb 362 (commencement d’avril 973), le cadavre du poète au bord de la mer, mais le nom de celui qui lui avait donné la mort resta inconnu. C’était un poète remarquable, mais qui exagéra assez les louanges dont il couvrait El-Mo’izz pour être accusé d’infidélité par les théologiens ; ainsi il a dit :

[Redjez] Tu n’as voulu que ce que veulent les destins ; c’est à toi, l’unique, le dominateur, de décider.

Et encore :

[Kâmil] Depuis longtemps je dispute à Gabriel la place sous son étrier.

On lui attribue encore des vers du même genre, mais que je ne retrouve pas dans son divan :

[Basît] À Rak’k’âda se trouve le Messie, là se trouvent et Adam et Noé ; là se trouve Dieu qu’orne toute gloire et en dehors de qui rien n’est que fumée.[45]

(On sait que) Rakkâda est le nom d’une ville proche de Kayrawân. Il y a d’autres passages encore que l’on pourrait citer, et que les partisans du poète s’efforcent d’interpréter. Dieu sait ce qu’il en est, mais on peut dire en somme que ses louanges ont dépassé la mesure.

El-Mo’izz arriva ainsi dans les derniers jours de cha’bân (comm. juin 973) à Alexandrie, où les habitants de Miçr, conduits par les notables, vinrent lui rendre visite ; il les reçut honorablement et leur distribua des marques de sa générosité. Puis il entra au Caire le 5 ramad’ân 362 (8 juin 973) et installa ses soldats dans les maisons de Miçr et du Caire, mais beaucoup (n’y purent trouver place et) restèrent sous la tente.

Quant à Yoûsof Bologgîn, [P 458] il s’installa, après avoir pris congé d’El-Mo’izz, à Mançoûriyya pour procéder à la nomination des fonctionnaires dans les diverses provinces, puis il opéra une fournée pour voir les choses sur place et remettre le calme dans les esprits. Les habitants de Bâghâya se soulevèrent ensuite contre le gouverneur qu’il y avait nommé, lui firent la guerre et le forcèrent à fuir. Un corps de troupes envoyé par Yoûsof ne put venir à bout des rebelles, et celui-ci, quand il en fut informé, équipa des troupes pour marcher contre eux. Il s’occupait de ces préparatifs quand la nouvelle que son représentant à Tûhert avait aussi été chassé par les habitants révoltés le décida à marcher sur cette dernière ville, qu’il soumit et ruina. Il y était encore lorsqu’il apprit que les Zenâta avaient occupé Tlemcen ; il s’avança contre eux, ce qui les fit battre en retraite, mais il entama le siège de Tlemcen, et au bout de quelque temps les (habitants) firent leur soumission. Il leur pardonna, mais les évacua sur la ville d’Achîr, auprès de laquelle ils édifièrent une nouvelle ville qu’ils nommèrent aussi Tlemcen.[46]

Il surgit ensuite entre Ziyâdet Allah ben el-K’odeym et un autre administrateur qui se trouvait à ses côtés, le secrétaire ’Abd Allah ben Mohammed,[47] une animosité qui dégénéra en hostilités ouvertes, car chacun avait ses partisans. Yoûsof Bologgîn penchait pour ‘Abd Allah, à qui l’unissait une vieille amitié. À la suite de plusieurs combats, Aboû (sic) ‘Abd Allah s’empara de son adversaire et le jeta en prison, de sorte qu’il resta seul à la tête des affaires. Ibn el-K’odeym resta prisonnier jusqu’à ce qu’El-Mo’izz mourût en Egypte et que la situation de Yoûsof Bologgîn fût tout à fait consolidée.[48]

En 364 (20 sept. 974), Khalaf ben H’oseyn, qui était l’un des partisans et des soutiens d’Ibn el-K’odeym, s’installa sur un sommet dans un fort bien défendu naturellement, et de nombreux Berbères et autres allèrent l’y rejoindre. Yoûsof Bologgîn l’y assiégea, et à la suite de combats où il y eut beaucoup de morts des deux côtés, il parvint à s’emparer de la place, bien que Khalaf ben H’ùseyu pût s’enfuir. Quantité d’assiégés furent massacrés, et sept mille têtes furent envoyées à K’ayrawân. Khalaf lui-même tomba ensuite entre ses mains, et il fut mis en croix après avoir été promené sur un chameau pour être donné en spectacle ; sa tôle fut envoyée à Miçr.[49] Ces nouvelles remplirent de crainte les habitants de Bâghâya, qui conclurent la paix avec Yoûsof et reconnurent son autorité ; il leur fit évacuer la ville, qu’il démantela.  »

notes:

[41] Il avait d’abord songé pour ce poste à l’émir Aboû Ahmed Djafar ben ‘Ali ben H’amdoûn, aux exigences de qui il ne voulut pas souscrire, d’après un récit rapporté par Quatremère (l. l., 87 ; cf. Berbères, II, 8 et 555 ; III, 234).

[42] Noweyri (ap. Berbères, II, 550) l’appelle Aboû Mod’ar Ziyâdet Allah ben ‘Obeyd Allah ben el-K’odeym.

[43] Ou, Marçadi (Berbères, II, 550), variante que donne aussi un ms. d’Ibn el-Athir et qu’on retrouve dans le Bayân, I, 255.

[44] Ce premier alinéa est traduit dans la Biblioteca, I, 430.

[45] Ces vers sont attribués à Mohammed el-Bedîl par le Bayân, I, 159 ; cf. de Sacy, Druzes, intr., p. 396, et de. Goeje, Mém. sur les Carmathes, p. 167.

[46] Ce serait ensuite d’un ordre d’El-Mo’izz qu’il n’aurait pas pénétré plus avant dans le Maghreb (Berbères, II, 10). Ibn Khaldoun parle encore ailleurs de cette expédition (III, 235) : il donne d’un côté la date de 362, et de l’autre colle de 361. Le Bayân n’en a rien dit.

[47] Sur ce personnage, voyez Berbères, II, 13, n.

[48] Le Bayân (I, 238) se borne à faire une sèche et peu intelligible allusion à ces incidents.

[49] Je crois qu’il n’est parlé de ces faits ni par le Bayân, ni par Ibn Khaldoun.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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