Le règne Fâtimide fut marqué par plusieurs périodes de sécheresse

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Ruines de la mosquée du calife fatimide al-Hakim au Caire, peint par Georges Antoine Marilhat
Ruines de la mosquée du calife fatimide al-Hakim au Caire, peint par Georges Antoine Marilhat

Le règne Maudit Ubaydite dit des Fâtimides fut marqué par plusieurs périodes de sécheresse particulièrement longues qui entrainèrent des famines épouvantables en Egypte et affaiblirent le pouvoir fâtimide. Dans le texte ci-dessous, le grand historien arabe égyptien al-Maqrizi (m. 1442) nous décrit les famines qui se produisirent durant le Califat de Hakim bi-amr-Allah (m. 1021)

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« Une famine se produisit sous le règne de Hâkim bi-amr Allah [m. 1021], pendant l’administration d’Abu Muhammad Hasan ibn Ammar, en l’an 997. Elle fut la conséquence d’une insuffisance du Nil, dont la crue atteignit seize coudées et quelques doigts. Ce fut dès lors une hausse des prix et le blé fut introuvable. L’angoisse de la population fut immense ; les femmes furent pourchassées dans les rues, et ce fut une grande calamité, car le pain se vendit un dirhem les quatre ratls ; puis les prix baissèrent et la situation s’améliora.
En l’année 1005, la crue du Nil se fit attendre, de sorte que la rupture du Canal n’eut lieu qu’à la fin de mésori (fin août), avec un niveau de quinze coudées et sept doigts, pour parvenir ensuite à seize coudées et quelques doigts : les prix haussèrent ; les opérations de change furent suspendues. Les dirhems en cours se nommaient dirhems d’appoint et coupures. Le peuple en souffrit ; et le dinar se changeait pour vingt-six de ces dirhems. Ce taux du dinar fut d’ailleurs dépassé en l’année 1007 et atteignit trente-quatre dirhems le dinar, d’où le renchérissement des vivres, ce qui provoqua la stagnation des affaires. Ordre fut donné de faire sortir du Trésor vingt caisses pleines de dirhems, lesquels furent répartis entre les changeurs. Une proclamation fit connaître au peuple l’interdiction de se servir des coupures et des dirhems d’appoint, tout en prescrivant à ceux qui détenaient de ces dirhems de les rapporter à l’Hôtel des Monnaies dans un délai de trois jours. Cette mesure occasionna de lourdes pertes à la population, qui s’en montra très affectée, car le change s’était stabilisé à quatre coupures ou dirhems d’appoint pour un seul dirhem nouveau. Le pain fut tarifé à un dirhem nouveau les douze ratls. Le dinar fur changé à dix-huit dirhems nouveaux. Un certain nombre de meuniers et de boulangers furent fouettés et condamnés à une promenade infamante, car les clients faisaient la queue pour avoir du pain et encore ne leur vendait-on que du pain mouillé. La crue du Nil fut déficiente et s’arrêta à treize coudées et quelques doigts. Les prix haussèrent : aussi, Mas’ûd Saqlabi, le préposé au rideau, reçut-il l’ordre d’enquêter sur les prix. Il rassembla les propriétaires de greniers, les meuniers et les boulangers, mit sous séquestre la totalité des grains entreposés sur le rivage du Nil et interdit de les vendre à d’autres personnes qu’aux meuniers. Le teillis de blé fut tarifé à un dinar moins un qirat, l’orge à un dinar les dix waibas, le bois à brûler à un dinar les dix charges, et d’ailleurs l’ensemble des grains et toutes les denrées furent tarifés. Plusieurs individus reçurent le fouet et furent promenés en ville. La population s’apaisa dès qu’elle put obtenir du pain, puis on eut de nouveau beaucoup de mal à s’en procurer, et, vers le soir, on en trouvait difficilement. L’ordre fut renouvelé d’une façon pressante de ne vendre du blé qu’aux meuniers, et quelques dépôts furent l’objet de perquisitions : le blé qu’on y recueillit fut réparti entre les meuniers à un prix déterminé. L’inquiétude était grande : la charge de farine se vendait un dinar et demi, et le pain un dirhem les six ratls. Le Nil cessa de monter, et la population récita à deux reprises la prière des rogations. Les prix montèrent et la charge de farine atteignit six dinars. Le canal fut ouvert alors que le niveau du fleuve était à quinze coudées. La panique était à son comble, et le teillis de blé valait quatre dinars ; la waiba de riz, un dinar ; la viande de bœuf, un dirhem le ratl et demi ; la viande de mouton, un dirhem le ratl ; les dix ratls d’oignons se payaient un dirhem ; trois onces de fromage se vendaient un dirhem ; l’huile de table, un dirhem les huit onces ; tandis que l’huile d’éclairage coûtait un dirhem le ratl.
La hauteur de la cure en l’année 1008 fut de quatorze coudées et quelques doigts, et il résulta de cette déficience pour la population de graves dommages qui se prolongèrent jusqu’à l’année 1009. Le canal fut ouvert le 12 septembre, alors que le Nil avait atteint quinze coudées, et le 16 septembre, il baissa encore. La consternation fut générale et la population vit surgir le spectre de la faim ; une foule se rassembla dans la rue Bayn al-Qasrayn pour supplier Hâkim de veiller aux intérêts de tous, le sollicitant de ne pas les abandonner. Hâkim enfourcha son âne, sortit par le Bab al-Bahr et, s’arrêtant un instant, déclara : « Je pars pour la mosquée de Râshida. Je fais devant Dieu le serment que, si à mon retour, je trouve sur le passage de mon âne un endroit dépourvu de grains, je ferai trancher le cou de quiconque m’aura été dénoncé comme accapareur, je ferai mettre le feu à sa demeure et confisquerai sa fortune ! » Puis il se remit en route et resta absent jusqu’à la fin de la journée. Tous les habitants du Vieux-Caire qui avaient emmagasiné des grains s’empressèrent de les enlever de leurs chambres, de leurs logements ou de leurs greniers, pour les déposer dans les rues. On payait un dinar le louage d’un âne pour une seule course. Le peuple fut enchanté de pouvoir se rassasier. Hâkim donna des instructions pour qu’on lui fournit chaque jour les quantités nécessaires et répartit cette obligation entre les propriétaires de grains, tout en leur accordant un délai ; il autorisa la vente au taux qu’il avait fixé, tolérant en outre un léger profit : ceux qui s’y refuseraient verraient mettre leurs grains sous scellés, et il leur interdit d’en vendre la moindre quantité avant la rentrée de la future récolte. Les propriétaires répondirent à ses désirs et obtempérèrent à ses ordres : les prix baissèrent et tout péril fur conjuré. « C’est à Dieu qu’appartient la conclusion des événements.»


Source : Maqrizi, 
Le livre des famines, traduit par Gaston Wiet, E.J. Brill, 1962

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