Conquête de la Sicile par les Francs[61] En 484 (22 fév. 1091) les maudits Francs conquirent toute la Sicile, puisse Dieu rendre cette île à l’Islam et aux musulmans ! par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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L'entrée du croisé norman Roger dans la capital de la Sicile Arabo-islamique Palerme Balharm
L’entrée des croisés normand Roger I et Robert Guiscard dans la capital de la Sicile Arabo-islamique Palerme Balharm  1071

Conquête de la Sicile par les Francs[61] En 484 (22 fév. 1091) les maudits Francs conquirent toute la Sicile, puisse Dieu rendre cette île à l’Islam et aux musulmans ! par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

En 484 (22 fév. 1091) les maudits Francs conquirent toute la Sicile, puisse Dieu rendre cette île à l’Islam et aux musulmans ! En 388 (2 janv. 998), l’émir qui gouvernait cette île, Aboû’l-Fotoûh’ Yoûsof ben ‘Abd Allah ben Mohammed ben Aboû‘l-H’oseyn, qui tenait sa nomination de l’Alide El-’Azîz, prince d’Egypte et d’Ifrîkiyya, fut frappé d’une hémiplégie qui lui paralysa entièrement le côté gauche et affaiblit le côté droit. Il se fit alors suppléer par son fils Dja’far, et il continua ainsi de tenir le pays et de gouverner sagement jusqu’en 405 (1er juil. 1014). Alors se révolta contre Dja’far son frère ‘Ali, que soutenaient des Berbères et des esclaves noirs ; mais Dja’far envoya de la capitale contre lui un corps d’armée (djond), qui attaqua le rebelle le 7 cha’bân (30 janv. 1015) et lui tua quantité des nègres et des Berbères qui l’avaient suivi, tandis que le reste s’enfuit ; ‘Ali lui-même fut fait prisonnier et exécuté par ordre de Dja’far. Cette exécution du coupable suivit de huit jours sa révolte et fut très pénible à son père. Dja’far rendit alors un ordre d’exil contre [P. 130] tous les Berbères qui habitaient l’île, et ils furent eu conséquence déportés en Ifrikiyya ; il fit en outre massacrer tous les noirs sans exception, et recruta dès lors son djond, exclusivement chez les Siciliens. Mais la diminution de l’armée (permanente) alluma les convoitises des habitants contre les chefs, et bientôt éclata un soulèvement des insulaires, qui l’expulsèrent, lui enlevèrent le pouvoir et méditèrent de le mettre à mort. La cause de ce mouvement était qu’il avait nommé pour les administrer un homme qui les exploitait, prélevait la dîme sur leurs récoltes et traitait avec mépris leurs chefs et leurs maires ; d’autre part, Dja’far lui-même se montrait impérieux et orgueilleux à l’égard de ses propres frères. Le résultat fut que, au moment où il ne se doutait de rien, les habitants de Palerme, grands et petits, marchèrent contre lui et l’assiégèrent dans son palais, en moh’arrem 410 (8 mai 1019). Ils étaient tout près de s’emparer de sa personne quand son père Yoûsof, pour qui ils avaient de l’affection, se fit porter en litière au-devant d’eux et s’entremit pour les ramener à de meilleurs sentiments. Les assiégeants se mirent à pleurer en le voyant dans ce triste état de santé, lui exposèrent ce qu’ils avaient à souffrir de son fils Dja’far et lui demandèrent de le remplacer par son autre fils Ahmed, connu sous le nom d’El-Akh’al. Yoûsof fit le changement qu’on lui demandait, mais comme il craignait qu’ils ne tentassent quelque chose contre Dja’far, il le fit embarquer pour l’Egypte, puis lui-même en fit autant. Ils emportèrent avec eux 670.000 dinars, et Yoûsof, qui avait eu treize mille juments sans parler des mulets et autres bêtes de somme, n’avait plus, quand il mourut en Egypte, qu’une seule monture.

Quant à El-Akh’al, il se mit à exercer le pouvoir résolument et avec zèle : il leva des combattants et lança contre les pays chrétiens des colonnes qui y mirent tout à feu et à sang et en rapportèrent du butin et des prisonniers ; toutes les forteresses appartenant aux musulmans de Sicile reconnurent son autorité. Mais cet émir avait un fils du nom de Dja’far, par qui il se faisait suppléer pendant ses absences, et qui agissait tout autrement que son père. Plus tard, El-Akh’al convoqua les habitants de la Sicile et leur dit : « Je voudrais vous débarrasser de ces Africains qui prennent avec vous leur part dans ce pays qui vous appartient, et pour cela les chasser ». Mais sur la réponse qu’ils lui firent que, par suite des alliances contractées entre eux, tous ne faisaient qu’un même peuple, il les congédia, pour ensuite S’adresser aux Africains, à qui il tint le même langage. Ceux-ci ayant accepté ses propositions, il les réunit autour de lui et exempta leurs propriétés d’impôts tandis qu’il les faisait payer aux Siciliens. Alors quelques-uns de ces derniers se rendirent auprès d’El-Mo’izz ben Bâdîs pour se plaindre de ce qui leur arrivait, ajoutant qu’ils voulaient être ses sujets immédiats, sans quoi ils livreraient le pays [P. 131] aux chrétiens. A la suite de cette démarche, qui eut lieu en 427 (4 nov. 1035), il envoya des troupes commandées par son fils ‘Abd Allah, qui entra à Païenne et assiégea El-Akh’al dans le quartier dit El-Khâliça.[62] Les Siciliens eux-mêmes n’étaient pas d’accord, car certains voulaient soutenir El-Akh’al ; mais ce chef fut tué par ceux qui avaient provoqué la venue d’Abd Allah ben el-Mo’izz. Les dissensions ne firent alors qu’augmenter, et des reproches furent adressés à ceux qui soutenaient ‘Abd Allah : « C’est contre vous-mêmes que vous avez appelé un étranger ; tout cela, par Dieu ! ne peut pas bien finir ! » On arrêta alors de combattre les troupes d’El-Mo’izz, et les deux partis réunis les attaquèrent, les battirent et leur tuèrent huit cents hommes, de sorte que les vaincus se rembarquèrent pour l’Ifrîkiyya.

Les Siciliens prirent alors pour chef H’asan eç-Çamçâm, frère d’El-Akh’al ; mais tout tomba dans le désordre, les gens les plus vils exercèrent le pouvoir, chacun se déclara indépendant dans sa ville et on expulsa Eç-Çamçâm (de la capitale) : le k’â’id ‘Abd Allah ben Menkoût proclama son indépendance à Mâzara, à Trapani et autres lieux ; le k’â’id-Ali ben Ni’ma, connu sous le nom d’Ibn el-H’awwâs, à Castrogiovanni, à Girgenti et autres lieux ; Ibn et-Thimna, qui épousa la sœur du précédent, à Syracuse et à Catane. Or ce dernier, ayant eu un jour une discussion avec sa femme, en vint à échanger avec elle de graves injures, et comme il était ivre il lui fit ouvrir les veines des deux bras pour la laisser ainsi mourir ; mais Ibrahim, fils d’Ibn et-Thimna, accourut en apprenant ce qui se passait, et les soins des médecins qu’il appela purent rendre ses forces à la malheureuse. Le lendemain matin, son père, regrettant l’acte qu’il avait commis, invoqua son état d’ivresse pour s’excuser auprès de sa femme, qui feignit de lui pardonner. Quelque temps après, elle obtint de lui la permission d’aller voir son frère Ibn el-H’awwâs, et Ibn et-Thimna envoya en même temps à celui-ci les dons et cadeaux d’usage. Mais elle raconta à Ibn el-H’awwâs le traitement qu’elle avait subi : ce chef jura de ne pas la laisser retourner auprès de lui, et en effet il refusa de la rendre aux messagers envoyés par son époux pour la réclamer. Alors Ibn et-Thimna, qui commandait à la plus grande partie de l’île et au nom de qui se faisait la khotba dans la capitale, rassembla ses troupes et alla assiéger Ibn el-H’awwâs à Castrogiovanni ; mais celui-ci fit une sortie, lui livra une bataille où il resta vainqueur et le poursuivit jusqu’auprès de Catane ; il ne revint sur ses pas qu’après avoir tué un très grand nombre des fuyards.

[P. 132] En présence du complet désarroi de ses troupes, Ibn et-Thimna eut, — ainsi le voulait Dieu —, la diabolique inspiration de chercher secours auprès des infidèles, et il se rendit à Mileto, qui était au pouvoir des Francs depuis l’attaque qu’avait dirigée contre elle Bardwîl le Franc,[63] que nous avons racontée sous l’année 372, et où les Francs sont encore installés maintenant. Il alla trouver Roger le Franc, qui régnait alors dans cette ville et avait avec lui des guerriers de sa nation, et lui offrit de faire passer l’île sous son pouvoir. Comme il lui était objecté qu’il s’y trouvait un djond considérable qu’on ne pourrait arriver à soumettre, il répondit que ceux qui le composaient étaient divisés entre eux, mais qu’il avait l’oreille du plus grand nombre et qu’auprès d’eux ses ordres ne rencontreraient pas d’opposition. En conséquence, en redjeb 444 (oct.-nov. 1052), les chrétiens se mirent en campagne avec lui et, sans rencontrer de résistance, s’emparèrent de toutes les régions par où ils passèrent. Il les mena alors vers Castrogiovanni, et le blocus de cette place commença ; Ibn el-H’awwâs tenta une sortie qui ne réussit pas, car les Francs le mirent en déroute, et il dut rentrer dans la place. Puis les envahisseurs s’éloignèrent de là, mais pour continuer de s’avancer dans l’île, et ils se rendirent maîtres d’une foule d’endroits, qu’abandonnèrent alors beaucoup de savants et de gens vertueux qui y habitaient. Une troupe de musulmans de Sicile se rendit auprès d’El-Mo’izz ben Bâdîs pour lui exposer l’état misérable où se trouvaient réduits leurs compatriotes par suite des conquêtes considérables des Francs dans l’île. À la suite de leur démarche, ce prince fit équiper une flotte importante où il embarqua des guerriers et des provisions. Mais on était dans la saison d’hiver, et ces navires, partis pour Pantellaria, furent surpris par une tempête où la plupart firent naufrage et à laquelle un petit nombre seulement put échapper. Le départ de cette flotte fut pour El-Mo’izz une cause d’affaiblissement et servit d’autant la cause des Arabes, qui finirent par le dépouiller de ses états. Les Francs purent alors tout à leur aise, et sans que personne les empêchât, conquérir la plus grande partie de l’île, tandis que le prince d’Ifrîkiyya tâchait de tenir tête aux Arabes.

Temîm, qui succéda à son père El-Mo’izz, mort en 453 (25 janv. 1061), envoya aussi en Sicile une flotte et des troupes commandées par ses deux fils Ayyoûb et ‘Ali : le premier débarqua avec les troupes dans la capitale, tandis que le second débarqua à Girgenti. Ensuite Ayyoûb se transporta à Girgenti même, où ‘Ali (surnommé) Ibn el-H’awwâs le fit installer dans son propre palais et lui envoya de nombreux présents. Mais l’amour que conçurent les habitants pour le nouveau-venu, excita la jalousie d’Ibn el-H’awwâs, qui leur écrivit d’avoir à l’expulser. [P. 133] Son ordre étant resté sans effet, il marcha à la tête de son armée contre Ayyoûb, dont les Girgentins embrassèrent le parti ; ils combattirent avec lui Ibn el-H’awwâs, qui périt, dans la lutte, d’une flèche lancée au hasard, et l’armée proclama roi Ayyoûb. Il s’éleva ensuite entre les habitants de la capitale et les esclaves noirs de Temîm des querelles qui aboutirent à un véritable combat, et, la mésintelligence ne cessant de s’accroître, Ayyoûb et son frère ’Ali se rembarquèrent pour l’Ifrîkiyya en 461 (30 oct. 1068) ; nombre des principaux Siciliens et des marins partirent avec eux, de sorte que les Francs ne rencontrèrent plus aucun obstacle et s’emparèrent de l’île entière. Seules Castrogiovanni et Girgenti leur résistèrent et furent bloquées par eux : les musulmans qui s’y trouvaient furent réduits à la dernière extrémité, et le manque absolu de vivres les contraignit à se nourrir de cadavres. Girgenti dut se rendre la première ; Castrogiovanni résista trois ans encore, au bout desquels la situation devint si pénible que les habitants durent aussi rendre leur ville aux Francs en 484 (22 fév. 1091).

Roger devint ainsi le roi de l’île entière et y installa les Roûm et les Francs à côté des musulmans, mais sans laisser aux habitants ni bain, ni boutique, ni moulin. Ce prince mourut ensuite, antérieurement à l’année 490 (18 déc. 1096), et eut pour successeur son fils, qui portait aussi le nom de Roger. Celui-ci, suivant l’usage des princes musulmans, prit des aides de camp, des chambellans, des écuyers, des huissiers, etc., contrairement à la coutume des Francs, chez qui tout cela n’est pas connu. Il établit un bureau des réclamations, auquel s’adressaient ceux qui avaient à se plaindre de quelque abus, et où il rendait la justice, au besoin contre ses propres enfants. Il traita généreusement les musulmans, leur accorda ses faveurs et les défendit contre les Francs, ce qui lui gagna l’amour des fidèles. Il équipa une flotte considérable qui conquit les îles situées entre la Sicile et Mehdiyya, c’est-à-dire, par exemple, Malte, Pantellaria., Djerba, Kerkenna, et étendit ainsi son pouvoir jusqu’au littoral de l’Ifrîkiyya. Nous dirons ailleurs la suite de son histoire.  »

notes:

[61] Ce chapitre est traduit dans la Biblioteca, i, 442.

[62] Ce quartier de la ville, encore dénommé la Kalsa de nos jours, est longuement décrit dans la Biblioteca d’Amari, trad., i, 12.

[63] Lisez Othon II, voir ci-dessus.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

 

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