Débuts de la dynastie berbère Almoravide par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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L'armée  Islamique venu d'Afrique du Nord mené par l'émir berbère des Almoravides Yussuf ibn Tashfine débarquant en Andalousie
L’armée Islamique  Murabitun venu d’Afrique du Nord mené par l’émir berbère des Almoravides Yussuf ibn Tashfine débarquant en Andalousie

[P. 425] Débuts de la dynastie berbère Almoravide par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh «  [16]

Les Almoravides, dont la dynastie commença en 448 (20 mars 1056), se composent de diverses tribus  berbères qu’on fait descendre de Himyar (arabe du yémén). Les plus célèbres sont les Lemtoûna, dont fait partie le Prince des fidèles ‘Ali ben Tâchefin, les Djedâla et les Lamta. Sortis du Yémen à l’époque d’Aboû Bekr Çiddîk’, qui les envoya en Syrie, ils passèrent en Egypte, d’où ils se rendirent avec Moûsa ben Noçayr au Maghreb. Ils suivirent ensuite Târik’ jusqu’à Tanger, mais leur amour de l’isolement les poussa de l’intérieur (çah’râ), où ils habitèrent jusqu’à l’époque dont il s’agit.

A cette date, c’est-à-dire en 448 (20 mars 1056), un nommé Djawher, des Djedâla, qui aimait la religion et les gens pieux, passa en Ifrîkiyya avec l’intention de faire le pèlerinage. Il rencontra à Kayrawân un légiste qu’entouraient de nombreux étudiants et qui, à ce qu’on croit généralement, s’appelait Aboû ‘Imrân Fâsi.[17] Djawher écouta ses leçons, et les manières de faire des étudiants lui plurent. A son retour du pèlerinage, il dit au légiste : « De tout ce que tu enseignes, il n’y a, dans le désert où nous habitons, que les deux chehâda[18] et la prière qui soient connues de quelques privilégiés ; fais-moi donc accompagner de quelqu’un en état de nous enseigner les pratiques islamiques. » ‘Abd Allah ben Yâsîn Gozoûli, légiste vertueux et habile, fut désigné à cet effet. Quand Djawher arriva avec son compagnon dans la tribu des Lemtoûna, il mit pied à terre et prit par la bride le chameau d’ ‘Abd Allah ben Yâsîn, pour ainsi honorer (le dépositaire de) la loi musulmane. On vint saluer Djawher en lui demandant ce qu’était son compagnon : « C’est, dit-il, un homme qui connaît la tradition du Prophète et qui vient vous enseigner les préceptes obligatoires de l’Islam.» On leur fit bon accueil et on les hébergea, puis le légiste, se rendant à leur demande, leur exposa ce que le musulman doit croire et pratiquer : « Ce qui concerne, lui dirent ces hommes, la prière et la dîme (zekât) ne fait pas difficulté ; mais quant à ce que tu dis que le meurtrier sera tué, le voleur amputé, le fornicateur flagellé ou lapidé, ce sont là des règles dont nous n’admettons pas le caractère obligatoire ; adresse-toi donc à d’autres que nous ! » Les deux acolytes durent alors se retirer, tandis qu’un vieillard très âgé les examinant disait : « Si ce chameau a quelque succès dans ce désert, il en sera parlé dans le monde ! » Djawher mena alors son compagnon chez les Djedâla, ses contribules, et le légiste les exhorta, ainsi que les tribus voisines, à reconnaître l’autorité de la loi religieuse, [P. 426] mais il n’obtint pas un succès complet, car tout le monde ne reconnut pas l’autorité de ses prédications. Puis, comme ceux qui étaient restés incrédules se réunissaient dans des intentions hostiles, Ibn Yâsîn dit aux néophytes : « Vous devez combattre ceux qui résistent à la vérité et refusent de reconnaître les lois musulmanes. Comme ils se préparent à la lutte, dressez votre étendard et choisissez-vous un chef. — C’est toi, lui dit Djawher, qui seras le chef. — Non, dit le légiste, ce sera toi, car moi je ne suis que le dépositaire de la Loi. — Mais, reprit Djawher, s’il en était ainsi, ma tribu opprimerait le reste du peuple, et c’est moi qui en aurais la charge ! —Alors, dit Ibn Yâsîn, nous prendrons Aboû Bekr ben ‘Omar, chef des Lemtoûna, qui est un personnage dont on loue la conduite et à qui les siens témoignent beaucoup d’obéissance. L’amour du commandement lui fera accepter notre offre, et sa tribu, qui le suivra, nous apportera son concours ». Aboû Bekr accepta en effet les propositions que lui firent ces deux hommes, on lui prêta serment de fidélité sous la dénomination, que lui donna Ibn Yâsîn, à ‘Emir el-moslimîn, puis ils retournèrent chez les Djedâla, où les vrais musulmans se rallièrent à eux. Ibn Yâsîn se mit alors à leur prêcher là guerre sainte et leur donna le nom de Morâbitoûn (Almoravides). Ceux qui leur étaient hostiles se réunirent dans l’intention de les attaquer, mais les Almoravides se tinrent cois : Ibn Yâsîn et Aboû Bekr se bornèrent à réclamer contre ces méchants le secours des pacificateurs des tribus auxquels ils appartenaient Ceux-ci surent attirer à eux ceux-là, si bien qu’ils rassemblèrent de un même lieu environ deux mille de ces injustes et perturbateurs : on fit bonne garde autour d’une tranchée qui les contenait, puis on les fit sortir par petits groupes, qu’on égorgea les uns après les autres. Alors la plupart des tribus du désert, obéissant à la crainte, reconnurent l’autorité des Almoravides, dont la puissance se consolida.

De son côté, ‘Abd Allah ben Yâsîn s’occupait de (prêcher) la science (religieuse), et des étudiants s’étaient groupés autour de lui pour recevoir ses leçons. Mais toute l’autorité était entre ses mains et celles d’Aboû Bekr ben ‘Omar, de sorte que Djawher Djedâli laissé de côté fut insensiblement envahi par la jalousie et se mit par-dessous main à susciter du désordre. La chose ayant été découverte, une réunion fut tenue où les manœuvres qu’on lui imputait furent prouvées, et la peine de mort fut prononcée contre lui pour infraction à son serment de fidélité, menées contre l’autorité et tentative de lutte contre les partisans de la vérité. Il fut exécuté, après avoir fait une prière de deux rek’a, et en manifestant sa joie d’être tout près d’aller jouir de la vue de Dieu. Cependant les tribus se soumettaient au pouvoir nouveau, et la mort châtiait les réfractaires.

[P. 427] En 450 (27 févr. 1058), à la suite d’une sécheresse dont souffrirent ces régions, Ibn Yâsîn envoya les plus misérables d’entre eux dans le Soûs pour y prélever la zekât. Neuf cents hommes s’avancèrent ainsi jusqu’à Sidjilmûssa, firent une récolte de quelque valeur, puis rentrèrent chez eux.

Puis le désert leur parut trop petit, et ils voulurent, pour répandre la parole de vérité, passer en Espagne et y aller combattre les infidèles. Ils pénétrèrent dans le Soûs el-Ak’çâ, mais les habitants s’unirent pour leur résister, si bien que les Almoravides durent fuir, tandis que le légiste ‘Abd Allah ben Yâsîn était tué. Aboû Bekr ben ‘Omar, d’abord forcé de battre en retraite, réunit une armée nouvelle et pénétra dans le Soûs avec deux mille hommes montés ; mais quand il se vit en présence de douze mille cavaliers du Soûs et des Zenâia, il leur fit demander de les laisser passer pour pouvoir aller en Espagne combattre les ennemis de l’Islam. Sur le refus qu’on lui opposa, il se mit à prier Dieu et à l’invoquer en ces termes : « Si nous sommes dans la vérité, secours-nous ; sinon, fais-nous disparaître de ce monde » ! Lui et les siens entamèrent alors une lutte furieuse où Dieu leur donna la victoire ; les gens du Soûs et leurs alliés durent fuir, nombre d’entre eux furent massacrés, et les Almoravides recueillirent un butin considérable. Enhardis par ce succès, ils marchèrent sur Sidjilmâssa, auprès de laquelle ils campèrent en lui réclamant le paiement de la zekât. Cette demande ne fut pas accueillie, et le chef de la ville marcha contré eux ; mais il fut battu et subit des pertes sérieuses, à la suite de quoi les assaillants pénétrèrent en vainqueurs à Sidjilmâssa, en 453 (25 janv. 1061).

notes:

[16] Voir notamment le Kartâs, texte, p. 75 ; Ibn Khallikan, iv, 448 ; Dozy, Histdes Musulmans d’Espagne, t. iv ; Berbères, ii, 67.

[17] Aboû ‘Imrân Moûsa ben ‘Isa Fâs’i mourut en 430 ; voir ms 5032 de Paris, f. 135 vº, et 851 d’Alger, f. 28.

[18] C’est-à-dire les deux attestations renfermées dans la formule : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Mohammed est son Envoyé ».

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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