Défaite des Francs à la glorieuse bataille de Zellâk’a à al-Andalus, le 23 octobre 1086 entre les troupes du général almoravide Youssef Ibn Tachfin et celle des royaumes de Taifas contre celles du roi des croisés de Castille Alphonse VI par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Bataille en Andalousie sous les Almoravides
Bataille en Andalousie sous les Almoravides

[P. 99] Défaite des Francs à la glorieuse bataille de Zellâk’a à  al-Andalus,  le 23 octobre 1086 entre les troupes du général almoravide Youssef Ibn Tachfin et celle des royaumes de Taifas contre celles du roi des croisés de Castille Alphonse VI par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

 » Après l’arrivée d’El-Mo’tamid l’Abbadite à Séville, les cheikhs de cette ville, mis au courant du traitement infligé aux envoyés d’Alphonse et considérant la puissance des Francs, la faiblesse des musulmans et les demandes de secours adressées par certains d’entre eux à leurs ennemis pour combattre leurs propres frères, tinrent une réunion où ils se dirent que, grâce aux conquêtes des Francs, les musulmans ne possédaient plus qu’une faible partie de l’Espagne, et que, si cela continuait, le pays tout entier redeviendrait chrétien. Ils se rendirent en conséquence chez le kâdi ‘Abd Allah ben Mohammed ben Adham : « Tu sais, dirent-ils, quel est l’état de faiblesse et d’humiliation des musulmans, obligés aujourd’hui de payer la capitation qu’autrefois ils prélevaient. Voici donc ce que nous te proposons : c’est d’écrire aux Arabes d’Ifrîkiyya pour leur demander de se joindre à nous sous promesse de partager nos biens avec eux et de participer avec eux à la guerre sainte. — Je crains, dit le kâdi, qu’ils ne ravagent notre pays comme ils ont fait en Ifrîkiyya et que, négligeant les Francs, ils ne commencent par nous-mêmes. Mieux vaut recourir aux Almoravides, qui d’ailleurs sont plus rapprochés. — [P. 100] Eh bien ! écris donc au Prince des fidèles pour lui demander de passer chez nous et de nous envoyer quelques-uns de ses officiers ». El-Mo’tamid ben ‘Abbâd arriva pendant que cette affaire était en train, et le kâdi lui expliqua de quoi il était question. El-Mo’tamid voulut le charger de cette ambassade, mais Ibn Adham, pour être à l’abri de tout soupçon, refusa d’abord, puis il céda aux instances du prince et se rendit auprès de Yoûsof ben Tàchefin, à qui il porta le message, et à qui il exposa la crainte inspirée par Alphonse aux musulmans.

Yoûsof, qui était alors à Ceuta, donna aussitôt à ses troupes l’ordre de passer en Espagne et fit venir de Merràkech celles qui y étaient encore. Sitôt que les divers détachements furent successivement arrivés, il s’embarqua et vint rejoindre à Séville El-Mo’tamid, qui avait aussi réuni son armée, renforcée par une troupe formée de Cordouans et par des volontaires arrivés de tous les points de l’Espagne. Alphonse, informé de ces faits, convoqua ses chevaliers et sortit de Tolède, après avoir fait écrire à Yoûsof par un lettré musulman un message grossier où il était parlé avec exagération de sa force, de ses nombreux soldats et de ses préparatifs. Yoûsof chargea Aboû Bekr ben el-K’açîra, qui était un rédacteur de beaucoup de talent, d’écrire la réponse. Celle-ci était très bien conçue, mais quand le secrétaire la lut à son maître, celui-ci lui dit : « C’est trop long ; prends la lettre d’Alphonse et écris au dos : Ce qui arrivera, tu le verras ! »

Cette réponse donna peur au roi chrétien, qui reconnut qu’il avait affaire à un homme résolu et énergique, et il redoubla ses préparatifs. Il fit alors un songe où il se voyait monté sur un éléphant et portant un petit tambour dont il battait ; mais les prêtres à qui il le raconta, ne purent le lui interpréter. On fit venir un musulman habile dans cette science, et cet homme tâcha d’abord de se dérobera toute explication ; mais comme ses excuses ne-furent pas admises : « L’interprétation, dit-il, s’en trouve dans le Livre divin : N’as-tu pas ou comment ton Seigneur a traité les gens de l’Éléphant, etc. (Coran, s. CVI), et ailleurs : Lorsqu’un souffle fera sonner la trompettece jour-là sera un jour difficileun jour peu commode [P. 101] pour les infidèles (Coran, s. LXXIV, 8-10). D’après cela, toute cette armée que tu as réunie est vouée à la mort ». Quand son armée fut au complet, Alphonse, enchanté de la voir si nombreuse, fit venir ce musulman-et lui dit : «Voilà des troupes avec lesquelles j’affronterai le Dieu de Muhammad (pssl), auteur de votre livre sacré ! « Cet homme se retira en disant à un de ses coreligionnaires : « Voilà un prince perdu, lui et tous les siens », puis il cita le hadîth du Prophète (pssl) : « Il y a trois causes de perdition : cecicelaet l’estime exagérée qu’on a de soi-même[38] ».

Yoûsof et El-Mo’tamid s’avancèrent jusqu’au lieu dit Zellâk’a, dans le territoire de Badajoz, et Alphonse de son côté vint camper à dix-huit milles de là. Comme on avait mis Yoûsof en garde contre la sincérité des dispositions de son allié, qui pourrait peut-être ne pas risquer sa vie, il le plaça à l’avant-garde. Alphonse avait planté ses tentes au pied d’une colline, et El-Mo’tamid avait les siennes à la base d’une autre qui lui faisait face, de sorte que les deux armées s’apercevaient. Yoûsof était placé derrière la colline occupée par El-Mo’tamid, de sorte qu’Alphonse, qui commandait à 50.000 hommes et croyait n’avoir affaire qu’à l’armée qu’il voyait, tenait la victoire pour certaine.

Alphonse envoya un message à El-Mo’tamid pour décider quel serait le jour où l’on se battrait et où il chercherait à obtenir la suprématie : « Demain, répondit-il, est vendredi ; le dimanche suivra (bientôt) ; prenons jour pour lundi, car nous sommes fatigués[39] ». La chose était ainsi convenue ; mais le vendredi dès l’aube, Alphonse fit monter ses troupes à cheval pour attaquer traîtreusement l’armée d’El-Mo’tamid, qu’il croyait n’être pas soutenue. La bataille s’engagea, et les musulmans, qui avaient d’abord bien soutenu le premier choc, furent ensuite près de fuir ; mais El-Mo’tamid avait fait prévenir Yoûsof de l’attaque, en lui disant de le soutenir dans l’attaque contre le camp des Francs, et l’Almoravide avait suivi ces indications. Au fort de la bataille il y était arrivé, en avait massacré les gardiens et pillé ce qu’il renfermait. Alors les Francs lâchèrent pied, et El-Mo’tamid, les poursuivant l’épée dans les reins, les jeta dans les troupes de Yoûsof, qui se mirent également à les massacrer. Tous périrent, et Alphonse lui-même ne put se sauver qu’avec un petit nombre des siens. Les têtes des cadavres servirent à former de nombreux tas [P. 102] du haut desquels on criait l’appel à la prière, et quand elles entrèrent en décomposition, on les livra au feu.

Dans celle bataille, qui eut lieu un vendredi de la première décade de ramadan 479,[40] El-Mo’tamid fit preuve de vaillance et reçut plusieurs blessures à la face. Il n’y eut que trois cents cavaliers francs qui rentrèrent dans leur pays, et les musulmans recueillirent comme butin tout leur or, leurs armes, leurs montures, etc.

Ibn ‘Abbâd retourna à Séville, tandis que Yoûsof regagnait Algésiras, puis franchissant la mer, rentrait à Ceuta et de là à Merrâkech, où il resta jusqu’à l’année suivante.[41] Il retourna alors en Espagne, et en compagnie d’El-Mo’tamid et d’Abd Allah ben Bologgîn le Çanhâdjite de Grenade ainsi que des troupes, de ces princes, il alla assiéger Alédo, place très forte appartenant aux Francs ; mais bien qu’ils la serrassent de très près, ils ne purent s’en rendre maîtres et se retirèrent au bout de quelque temps, sans que les Francs, encore sous le coup de la défaite de l’année précédente, osassent les attaquer.

Ibn ‘Abbâd regagna Séville, pendant que Yoûsof s’en allait par Grenade, qui était sur son chemin, avec ‘Abd Allah ben Bologgîn. Mais l’Almoravide trahit celui-ci et le chassa de Grenade, dont il s’empara. Il trouva dans les palais de cette ville des richesses et des trésors tels qu’aucun prince d’Espagne n’en avait encore rassemblé : il y figurait entre autres un rosaire de quatre cents perles dont chacune était estimée cent dinars, ainsi que d’autres perles d’une valeur considérable, des vêtements, des ustensiles, etc. Le vainqueur emmena avec lui à Merrâkech les deux fils de Bologgîn, ‘Abd Allah et Temîm. Grenade fut le premier territoire d’Espagne dont il s’empara.

Nous avons relaté plus haut pourquoi les Çanhâdja étaient arrivés en Espagne et comment certains d’entre eux étaient retournés en Ifrîkiyya auprès d’El-Mo’izz. Cet ‘Abd Allah est le dernier d’entre eux qui resta en Espagne, et il repassa sur le littoral africain après fa prise de la ville où il régnait.

Après son retour à Merrâkech, Yoûsof vit reconnaître son autorité par les régions jusqu’alors réfractaires’ : le Soûs, Wargha et Kal’at Mehdi.[42] D’après l’avis des savants espagnols qu’il n’aurait le droit d’exiger l’obéissance qu’après avoir lui-même fait proclamer le khalife au prône et reçu de lui l’investiture pour les pays qu’il gouvernait, [P. 103] il envoya une ambassade à Baghdâd auprès d’El-Moktadi bi-amr Allah. Celui-ci lui envoya les robes d’honneur, les insignes et l’investiture, et l’Almoravide fut surnommé Prince des fidèles et Nâçir ed-Dîn.[43]

[P. 105] En 479 (17 avril 1086), Temîm ben El-Mo’iz d’Ifrîkiyya mit simultanément le siège devant les deux villes de Gabès et de Sfax et divisa ses troupes à cet effet.[44]

La bataille de Sagrajas ou Zalaca eu lieu le 23 octobre 1086 entre les troupes du général almoravide Youssef Ibn Tachfin et celle des royaumes de Taifas et celles du roi croisés de Castille Alphonse VI. Cet épisode de la Reconquista voit la victoire des armées islamique.

 

[P. 418]] Ruse employée par le Prince des fidèles et singulièrement découverte

Il y avait au Maghreb un homme du nom de Mohammed ben Ibrahim Djezoûli, chef de la tribu de Djezoûla, qui régnait dans toute la haute montagne qu’habite cette grande tribu, et qui avait des liens d’amitié et d’alliance avec le Prince des fidèles Yoûsof ben Tachefîn. Or, en 482 (15 mars 1089), ce dernier lui ayant fait demander de le rejoindre, Mohammed se mit en marche pour répondre à son appel ; puis la peur le saisit alors qu’il était près d’arriver, et il retourna dans sa montagne, où il prit les mesures nécessaires pour sauvegarder sa vie. Yoûsof alors lui écrivit en jurant qu’il ne lui voulait que du bien et ne songeait à aucune trahison, mais Mohammed ne se laissa pas fléchir. Alors Yoûsof, appelant un ventouseur, lui remit cent dinars avec promesse de lui en donner encore autant s’il parvenait à faire périr Mohammed ben Ibrahim de l’une ou l’autre façon. Cet homme partit en emportant avec lui des lancettes empoisonnées, et gagna la montagne de Djezoûla. Le lendemain de son arrivée, il se mit à crier dans le voisinage des lieux occupés par Mohammed les opérations auxquelles il se livrait, et ce chef l’entendant demanda s’il était du pays ; comme on lui répondait qu’il était étranger : « Je l’entends, dit-il, bien crier, et cela m’inspire des doutes ; qu’on me l’amène ! » Ainsi fut fait, et alors Mohammed, appelant un autre ventouseur, fit appliquer au nouveau-venu ses propres ventouses ; comme il résistait on le maintint, et il mourut bientôt des suites de l’opération, non sans qu’on admirât la clairvoyance de ce chef.

La nouvelle de cet insuccès ne fit qu’accroître le ressentiment de Yoûsof, qui, cherchant toujours quelque moyen de réaliser son dessein, [P. 119] parvint à mettre dans ses intérêts quelques compagnons de Mohammed. Ces gens reçurent de lui des pots de miel empoisonné, qu’ils portèrent à leur chef en disant : « On nous a apporté des pots du plus beau miel du monde, et nous avons voulu t’en faire cadeau ; les voici ! » Alors il fit apporter du pain et commanda à ses visiteurs de s’en servir pour goûter au miel qu’eux-mêmes apportaient ; en vain ils résistèrent, disant qu’ils ne voulaient pas manger, il menaça de faire périr par l’épée celui qui ne mangerait pas, et la nourriture qu’ils durent avaler leur fut mortelle à tous. À la suite de cette affaire, Mohammed écrivit à Yoûsof : « Tu as employé tous les moyens pour me tuer sans que Dieu t’ait laissé accomplir ton dessein ; renonce donc à tes mauvaises intentions ; Dieu t’a donné le Maghreb tout entier et ne m’a attribué que cette montagne, qui y fait le même effet qu’un museau blanc chez un taureau noir ; pourquoi ne pas te contenter des dons de l’Être Glorieux et Tout-puissant ? » Quand Yoûsof vit que ses projets étaient découverts et que d’ailleurs il ne pouvait rien contre une montagne aussi inaccessible, il le laissa tranquille.

 »

notes;

[38] Ce hadîth est reproduit intégralement par Dozy, Abbâd., ii, 38.

[39] J’ai suivi la leçon du texte, mais celle de Merrâkechi, par exemple (p. 114), paraît préférable.

[40] Sur la bataille de Zellâk’a, qui porte le nom de Sacralias chez les chrétiens, voir Merrâkechi, trad., p. 113 ; Abbadid., ii, 22 ; Ibn Khallikan, iii, 190 ; Mus. d’Esp., iv, 201 et 292 ; Kartâs, p. 93 du texte. Elle fut livrée le 23 octobre 1086 ou 12 redjeb 479.

[41] D’après Dozy (Mus. d’Esp., iv, 294), le retour de Yoûsof en Espagne et le siège d’Aledo eurent lieu en 483 H. (1090 J.-C), trois ans et demi après la bataille de Zellâk’a. Les ruines d’Aledo, entre Murcie et Lorca, subsistent encore (ibid.., p. 210).

[42] ) C’est-à-dire Kal’at Mehdi Ibn Towâla ; voir à ce sujet l’Hdes Berb., ii, 73 et 74 ; Istibçâr, tr. fr., p. 132 et 133.

[43] Cf. infra, p. 347.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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