Entrée en Ifrîkiyya d’une troupe de Turcs venu d’Orient (fatimide et seldjoukide) en 1095 dans l’état Ziride; ce qu’il en advint par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Publié le Mis à jour le

1 2 3
Les turcs seldjoukides en Antaolie 13eme siècle source Osprey
1) Archer Seljuq 
2) Guerrier seljuq 
3) Guerrier Cuman

[P. 164] Entrée en Ifrîkiyya d’une troupe de Turcs venu d’Orient (fatimide et seldjoukide)  en 1095 dans l’état Ziride; ce qu’il en advint par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

En 488 (10 janv. 1095), le Turc Châhmelik[64] s’empara par trahison de Yah’ya ben Temîm ben el-Mo’izz ben Bâdîs. Ce Châhmelik, qui était le fils d’un émir turc des pays d’Orient, dut quitter son pays à la suite de quelque affaire, et émigra en Egypte à la tête d’une troupe de cent cavaliers. Il y fut reçu avec distinction par le vizir fatimide  El-Af’d’al, émir el-djoyoûch, qui lui concéda des fiefs et lui donna de l’argent. Puis il fut exilé à la suite de certaines circonstances, et il dut s’enfuir avec ses compagnons ; leur bande réussit cependant à se procurer des armes et des chevaux, et se dirigeant du côté du Maghreb arriva à Tripoli. Les habitants de cette ville, peu satisfaits de leur gouverneur, chassèrent celui-ci et introduisirent les nouveau-venus, de sorte que Châhmelik devint émir de cette place. Mais Temîm, ayant appris cet événement, fit bloquer la ville par ses troupes, et les Turcs furent réduits à l’extrémité, si bien que les assiégeants restèrent vainqueurs. Châhmelik alors se rendit avec eux à Mehdiyya, et Temîm, enchanté du renfort que lui fournissait cette troupe de Turcs, disait qu’il lui était né cent enfants dont il saurait employer les services. Tout, en effet, réussissait à ces Orientaux. Néanmoins, au bout de peu de temps, des faits survinrent qui modifièrent les dispositions de. Temîm à leur égard, et Châhmelik, qui était un homme rusé et méchant, s’en aperçut. Sur ces entrefaites, Yah’ya, fils de Temîm, ayant entrepris une partie de chasse avec une troupe de grands, au nombre d’une centaine de cavaliers, emmena avec lui Châhmelik, car il n’avait pas tenu compte des recommandations de son père Temîm de tenir ce chef à l’écart. La poursuite du gibier les ayant entraînés un peu loin, Châhmelik s’empara par trahison du jeune prince et l’emmena, avec ceux des compagnons de celui-ci dont il put se rendre maître, vers la ville de Sfax. À cette nouvelle, Temîm monta à cheval et expédia à leur poursuite des troupes qui, d’ailleurs, ne les atteignirent pas, et Châhmelik put gagner Sfax avec Yah’ya ben Temîm. Alors le chef de cette ville, H’ammoû [ben Melîl], qui s’était antérieurement mis en état de rébellion contre Temîm, se porta à cheval au-devant du prisonnier, puis mit pied à terre pour marcher auprès de lui à pied ; il lui embrassa la main, lui donna des marques de respect et se déclara son serviteur. Pendant les quelques jours que Yah’ya passa à Sfax, son père ne dit pas un mot de lui ; il l’avait auparavant choisi comme héritier présomptif, et pendant cette détention il le remplaça en cette qualité par un autre de ses fils, nommé Mothenna.

Ensuite H’ammoû, prenant peur pour lui-même et craignant que le djond et les habitants ne se soulevassent avec Yah’ya pour mettre celui-ci sur le trône, écrivit à Temîm pour lui demander l’échange des Turcs et de leurs enfants (restés à Mehdiyya) contre Yah’ya. Le père de celui-ci adhéra, [P. 165] non sans quelque difficulté, à cet arrangement, mais après que Yah’ya l’eut rejoint, il le tint pendant quelque temps à l’écart ; cependant, son mécontentement disparut ensuite, et il le traita de la même manière qu’auparavant. Après cela, Temîm équipa un corps d’armée où figurait Yah’ya et qui marcha contre Sfax ; cette place fut prise après un blocus par terre et par mer qui dura deux mois, et les Turcs, qui s’y trouvaient réduits à l’extrémité et se voyaient les plus faibles, s’en retirèrent pour se rendre à Gabès.[65]

La rentrée en faveur de Yah’ya auprès de Temîm fut un coup sensible pour l’autre fils de ce dernier, Mothenna, qui fut envahi par la jalousie et ne cacha pas ses sentiments. Temîm, mis au courant de certains faits qui modifièrent les sentiments qu’il avait pour lui, le fit expulser de Mehdiyya avec sa famille et ses partisans, et Mothenna s’embarqua pour Sfax. Sur le refus que lui opposa le gouverneur de cette place de le laisser débarquer, il gagna Gabès, où se trouvait un émir du nom de Mekken ben Kâmil Dehmâni,[66] qui le reçut et le traita avec honneur. Mothenna lui exposa les avantages d’une attaque à tenter avec lui contre Sfax et Mehdiyya, au sujet desquelles il alluma ses convoitises, et s’engagea à subvenir aux dépenses du djond. En conséquence, Mekken réunit tout ce qu’il put de guerriers et s’avança contre Sfax en compagnie de Mothenna, ainsi que du Turc Châhmelik et des compagnons de celui-ci. Ils commencèrent donc l’attaque de cette place, au secours de laquelle Temîm envoya un djond armé à la légère. Les assiégeants reconnurent qu’ils ne pourraient emporter cette ville et se retirèrent pour se porter contre Mehdiyya, qu’ils commencèrent à attaquer. Yah’ya ben Temîm, qui dirigeait la défense, déploya beaucoup d’énergie, de bravoure, de décision et d’habileté, si bien que les assaillants n’arrivèrent à aucun résultat et durent s’en aller comme ils étaient venus. Mais Mothenna avait dissipé l’argent et les richesses qu’il avait, tandis que la situation de Yah’ya avait grandi et faisait de lui l’homme désigné.  »

notes:

[64] Dans le Bayân (i, 310 ; trad. fr., p. 450), où les faits qui suivent sont racontés plus brièvement, le nom de ce Turc est écrit Châhmâlik. Ibn Khaldoun n’en parle pas.

[65] « En 493 (16 nov. 1099), Temîm s’empara de Sfax et força Hammoû à chercher un asile auprès de Mogguen-Ibn-Kâmel, émir de Gabès. « (Berbères, ii, 38). Le Bayân dit de même (i, 311 ; trad.. 451) ; cf. infra, p. 345.

[66] Ce nom est défiguré en Mekîn ben Kâmil Dehesmâni dans le texte de Tornberg, en Medjal ben Kâmil dans le Bayân (ll.). Je l’ai restitué d’après Ibn Khaldoun, ii, 24, 35, 38, etc. ; infra, p. 345.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s