Règne de Yûssuf ibn Tashefîn l’Almoravide (1061 -1106) par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Guerriers Almoravide au palais des rois de Navarra Estella al-Andalus
Guerriers Almoravide au palais des rois de Navarra Estella al-Andalus

Règne de Yoûsuf ben Tachefîn l’Almoravide  (1061 –1106) par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

A la suite de sa conquête de Sidjilmâssa, Aboû Bekr en confia l’administration à l’un de ses proches cousins, Yoûsof ben Tachefîn Lemtoûni, et regagna le désert. Yoûsof traita convenablement les habitants, sur lesquels il ne préleva que la zekàt, puis passa quelque temps au désert. Aboû Bekr ben ‘Omar revint ensuite à Sidjilmâssa, où il séjourna un an, y exerçant un ‘pouvoir absolu et faisant faire le prône à son nom. Il s’y fit remplacer par le fils de son frère Aboû Bekr ben Ibrahim ben ‘Omar, et de concert avec Yoûsof équipa des troupes almoravides pour marcher contre le Soûs, [P. 428] qui fut conquis par (ce chef), homme pieux, juste, résolu, avisé et expérimenté.

Cette situation dura jusqu’en 462 (19 oct. 1069), où Aboû Bekr ben ‘Omar mourut au désert, à la suite de quoi les cohortes almoravides, se groupant autour de Yoûsof ben Tachefîn, reconnurent son autorité et le proclamèrent émir el-moslimîn. La suprématie dans les pays d’Occident [ou de Gharb] appartenait alors aux Zenâta, qui s’étaient élevés pendant la période des troubles, et qui étaient méchants, répréhensibles, injustes, ignorants en administration et en religion. Le nouveau prince et les siens, au contraire, respectaient la tradition et suivaient la loi religieuse. Il répondit à la demande de secours que lui adressèrent les Maghrébins et y conquit successivement et presque sans effort les forts et les villes ; ses nouveaux sujets voyaient leur situation meilleure, et l’en récompensaient par leur amour.

Yoûsof choisit ensuite l’emplacement de Merrâkech, lieu plat et alors sans constructions, point central du Maghreb comme Kayrawân est celui de l’Ifrîkiyya. Ce lieu est au pied des montagnes des Maçmoûda, c’est-à-dire de la population la plus puissante de ces régions et la plus indomptable dans ses repaires. Ce fut là qu’il fonda Merrâkech pour mieux écraser les révoltes possibles.de ces montagnards, et il y fixa sa résidence ; mais nul soulèvement ne se produisit. Il conquit les régions avoisinant le détroit, telles que Ceuta, Tanger, Salé, etc., et ses armées devenaient de plus en plus considérables. Toute la tribu de Lemtoûna et d’autres sortirent alors [dès lieux qu’elles habitaient auparavant] et rétrécirent leur voile.[19] Avant leurs conquêtes et alors qu’ils habitaient le désert, ils se voilaient pour se protéger contre le chaud et le froid, ainsi que font aussi les Arabes. Ils avaient le plus généralement le teint brun.[20] On donne aussi une autre origine à ce voile. Des guerriers Lemtoûna étaient partis en campagne contre un ennemi, qui se déroba et pénétra jusqu’à leurs tentes, où il ne restait que les vieillards, les femmes et les enfants. Quand les vieillards furent certains d’avoir affaire à l’ennemi, ils ordonnèrent aux femmes de revêtir les costumes des hommes, de serrer leurs voiles de manière à n’être pas reconnues et de prendre les armes. Ainsi fut fait, puis les vieillards et les enfants marchèrent en avant tandis que les femmes entouraient les tentes. L’ennemi en s’approchant vit tout ce monde qu’il crut être des hommes, et se dit : «Ces gens sont près de leurs femmes et vont combattre en désespérés ; mieux vaut emmener le bétail, et s’ils nous poursuivent nous les combattrons loin de la vue de leurs femmes ». [P. 429] Mais comme ils étaient en train de rassembler le bétail, les guerriers de la tribu arrivèrent, et les ravisseurs, pris entre eux et les femmes, subirent des pertes considérables, provenant surtout du fait des guerrières improvisées. Ainsi commença l’usage du voile, auquel ces peuples sont restés fidèles ; ils ne le quittent ni jour ni nuit, et l’on ne peut distinguer le, vieillard du jeune homme. Voici ce que, entre autres choses, on a dit du lithâm :

[Kamil] C’est à Himyar que remonte la noblesse de ce peuple ; mais si on les veut dire Çanhâdja, ils sont eux-mêmes tet cela suffit), Étant arrivés à réunir toute espèce de mérite, ils ont par modestie pris le voile.[21]

notes:

[19] Peut-être faut-il lire « et renoncèrent à l’usage du voile ».

[20] Cette fin de chapitre a été reproduite par Ibn Khallikan, iv, 468. Cf. Kartâs, texte, p. 88.

[21] Ces vers ont pour auteur, d’après le Kartâs (ll.) Aboû Mohammed ben H’àmid. Himyar et les Lemtoûna n’ont d’ailleurs rien de commun.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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