Débuts de la dynastie berbère des Almohades muwahidun (1120) et règne de Mohammed ben Toûmert et d’Abd el-Mou’mîn.[93] ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Soldat berbère Almohade
Soldat berbère Almohade en 1120

[P. 400] Débuts  de la dynastie berbère des Almohades muwahidun (1120) et règne de Mohammed ben Toûmert et d’Abd el-Mou’mîn.[93]  ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

L’année 514 (1er avril 1120) vit les débuts de l’autorité du Mahdi Aboû ‘Abd Allah Mohammed ben ‘Abd Allah ben Toûmert, descendant d’Ali par H’asan.[94] Il appartenait à la tribu Maçmoûdienne des Hergha, dans les montagnes de Soûs au Maghreb, où leur établissement avait eu lieu lors de la conquête faite par Moûsa ben Noçayr. Nous allons ici, pour ne pas couper le récit des événements, narrer ce qui le concerne, lui et ‘Abd el-Mou’min, jusqu’à la prise de possession du Maghreb par ce dernier.

Dans sa jeunesse, Ibn Toûmert s’était rendu en Orient pour y étudier : il était juriste, homme de talent, connaissant la loi religieuse et sachant par cœur les traditions, passionné pour l’étude des principes fondamentaux (oçoûl) de la religion et du droite et au courant de toutes les finesses de la langue arabe ; il était en outre pénétré de la crainte de Dieu et vivait en ascète. Il poussa son voyage jusqu’en ‘Irak’, où il vit [Aboû H’âmid] Ghazzâli et El-Kiya [Harrâsi], et rencontra Aboû Bekr T’ort’oûchi à Alexandrie.[95] On dit que, au cours d’une conversation qui eut lieu entre lui et Ghazzâli touchant ce qu’il ferait au Maghreb pour conquérir le pouvoir, ce savant lui dit : « Cela ne réussirait pas dans ces régions-ci, où des gens comme nous ne laisseraient pas ainsi passer les choses ». [P. 401] Voilà ce que racontent des chroniqueurs du Maghreb, mais dans la réalité Ibn Toûmert ne se rencontra pas avec Ghazzâli.

De là il partit en pèlerinage, puis s’embarqua à Alexandrie pour regagner le Maghreb. Au cours de la traversée il ramena les passagers au bien, et les força à dire la prière et à lire le Coran. Il arriva ainsi à Mehdiyya, où régnait alors Yah’ya ben Temîm, en l’année 505 (9 juil. 1161). Il s’installa dans une mosquée au sud du Mesdjid es-sebt, ayant pour tout bagage une outre et un bâton ; les habitants vinrent l’écouter à l’envi et se mirent à recevoir les leçons qu’il leur donnait sur les diverses sciences, et quand quelque fait blâmable se passait à sa portée, il le redressait et l’empêchait de se reproduire. Cela étant souvent arrivé, le prince Yah’ya le fit venir, lui et plusieurs juristes, et après s’être rendu compte de la voie qu’il suivait et l’avoir entendu parler, il lui rendit de grands honneurs et demanda sa bénédiction.

Le saint homme se rendit de là à Monastîr, où il séjourna quelque temps en compagnie de plusieurs hommes vertueux ; il passa de là à Bougie, où il continua le même genre de vie. À la suite de l’expulsion dont il fut l’objet, il gagna, non loin de là, un village du nom de Mellâla, où il rencontra ‘Abd el-Mou’min ben ‘Ali, dont il jugea que le talent et l’ardeur étaient de nature à faire pronostiquer qu’il percerait et pourrait exercer le pouvoir. Comme il lui demandait son nom et celui de sa tribu, il apprit que cet homme descendait de K’ays ‘Aylân et appartenait à la tribu des Benoû Soleym : « C’est bien là, s’écria Ibn Toûmert, ce qu’annonça le Prophète, qu’à la fin des temps la religion trouverait un protecteur dans un homme de K’ays ; ce qu’il précisa, sur la demande qui lui fut faite, en ajoutant, de K’ays des Benoû Soleym. » Aussi fut-il bien aise d’avoir rencontré ‘Abd el-Mou’min. Celui-ci était né à Tâdjra, dans la région de Tlemcen, dans la tribu ‘Abiddes Koumiya,[96] lesquels s’étaient établis là en 180 (15 mars 796).

Tout le long de sa route le Mahdi ne cessait de s’occuper de la réforme des mœurs, et il arriva ainsi à Merrâkech, capitale du Prince des fidèles Yoûsof ben ‘Ali ben Tâchefîn. Il y trouva un relâchement qui dépassait tout ce qu’il avait vu jusqu’alors, et multiplia encore ses efforts dans sa prédication du bien. Il réunit de nombreux adhérents, et le peuple conçut de lui une opinion favorable. Il vit un jour passer près de lui le cortège de la sœur du prince même accompagnée d’un grand nombre de jolies suivantes [P. 402] ayant toutes le visage découvert, car telle était l’habitude des Almoravides, où les hommes seuls se voilaient la face. Il blâma leur manière de faire, leur commanda de se voiler, et il se mit avec ses disciples à frapper les montures de ces femmes, si bien que la sœur du prince tomba. L’affaire fut portée par devant ‘Ali ben Yoûsof, qui fit venir le perturbateur pour le faire examiner par ses légistes. Celui-ci se mit à prêcher le prince et à lui faire redouter (la colère divine), si bien qu’il provoqua ses pleurs. Aucun des légistes avec qui ‘Ali voulut le faire discuter ne put réfuter les arguments invoqués par le réformateur pour justifier sa conduite. Un des vizirs d’Ali, nommé Mâlik ben Woheyb,[97] dit à son maître que cet homme ne cherchait certainement pas à réformer les mœurs, mais à exciter un soulèvement pour commander quelque part, qu’il n’y avait qu’à lui infliger la peine de mort, dont il acceptait la responsabilité devant Dieu. Mais le prince n’y voulant pas consentir, le vizir lui conseilla de condamner l’agitateur à la prison perpétuelle, afin d’éviter ainsi des maux irréparables. ‘Ali était disposé à adopter ce parti, mais il en fut détourné par Beyân ben ‘Othmân, l’un des principaux Almoravides, et il se borna à expulser Ibn Toûmert de Merrâkech. L’exilé se rendit à Aghmât, y vécut dans la montagne et finit par arriver en 514 (1er avril 1120) à Soûs, où habitent la tribu de Hergha et d’autres tribus maçmoûdiennes. Ces populations vinrent à lui pour entendre ses leçons ; la foule augmenta bientôt, et les chefs eux-mêmes étant venus l’écouter, il se mit à les admonester, à leur parler du règne de Dieu, à. leur exposer, en regard des préceptes de l’Islam, les changements qui y avaient été introduits sous la forme d’innovations injustes et corruptrices ; « ce qui est prescrit par la loi, continuait il, ce n’est pas d’obéir à l’une de ces dynasties qui suivent des croyances mensongères, c’est de les combattre pour les empêcher de suivre cette voie ». Ces prédications, qui durèrent environ un an, firent de ses contribules, les Hergha, ses adhérents, qu’il dénomma Unitaires (mowah’h’idoûn) ; il leur dit que le Prophète avait annoncé l’arrivée du Mahdi qui devait faire régner la justice sur toute la terre, et qui devait se manifester dans le Maghreb el-Ak’ça. Dix hommes se levèrent alors, parmi lesquels ‘Abd el-Mou’min, et, lui disant que ces conditions n’existant que chez lui, il était bien le Mahdi, ils lui prêtèrent serment en cette qualité.

Ces faits, étant venus à la connaissance du Prince des musulmans, provoquèrent l’envoi d’une armée almoravide vers les montagnes où se trouvait Ibn Toûmert, qui, quand il sut qu’elle approchait, dit à ses partisans : « C’est à moi qu’en veulent ces soldats, et je crains qu’il n’en résulte malheur pour vous ; il convient donc que je quitte votre pays pour que vous n’ayez pas à en souffrir ». Alors Ibn Toûfiyân, [P. 403] un des chefs Hergha, prit la parole : « Crains-tu quelque chose du ciel ? — Certes non, car c’est du ciel que vous viendra le secours ! — Alors, tous les mortels peuvent venir nous trouver ! « La tribu tout entière adhérant à ces paroles : «Annoncez à cette faible troupe, dit le Mahdi, l’aide divine et la victoire ; avant peu vous aurez déraciné cette dynastie et serez maîtres du pays où elle règne maintenant. » Alors, descendant de leurs montagnes, ils marchèrent contre les troupes almoravides, qui furent battues et sur qui ils firent du butin. Cette victoire, conforme à la prédiction qui en avait été faite, confirma leur croyance en la mission du Mahdi, que vinrent trouver des bandes appartenant aux peuplades voisines, tint de l’Est que de l’Ouest, pour lui prêter serment de fidélité. Il reçut aussi l’adhésion d’une des plus importantes tribus, les Hintâta, chez qui il se rendit et dont il fit son (principal) appui. Sur la demande de députés venus de Tînmelel pour reconnaître son autorité, il alla se fixer dans ces montagnes et rédigea à l’usage de leurs habitants un traité sur l’unité divine et un autre sur les articles de foi ; il leur prescrivit de se bien comporter les uns à l’égard des autres, de ne porter que des vêtements courts et de peu de valeur, les excitant en même temps à combattre leurs ennemis et à expulser de chez eux les méchants.

[98]Il s’installa à Tînmelel et se construisit, en dehors de la ville, une mosquée où il allait avec plusieurs de ses partisans faire les (cinq) prières quotidiennes ; il rentrait en ville après la dernière prière du soir. Quand il se fut rendu compte de la multitude d’habitants de la montagne, ainsi que de la forte position de la ville, il redouta d’être abandonné par eux et les fit venir plusieurs jours sans armes, puis, par son ordre, ses partisans les assaillirent et les tuèrent par trahison dans cette mosquée même ; puis il pénétra dans Tînmelel, y fit un grand massacre, réduisit les femmes en esclavage et livra la ville au pillage. Quinze mille personnes y perdirent la vie. Ayant alors partagé entre ses compagnons les terres et les maisons (des morts), il entoura Tînmelel d’une muraille et bâtit un château-fort sur la cime d’un haut rocher. La montagne de Tînmelel était presque inabordable et renfermait des eaux courantes, des arbres fruitiers et des champs cultivés.

On raconte qu’il craignait les habitants de Tînmelel et que son attention se porta sur ce fait que beaucoup d’enfants étaient roux et avaient les yeux bleus, tandis que leurs pères étaient généralement bruns. En effet, une troupe nombreuse de mamlouks francs et roûmi, appartenant au Prince des musulmans, et qui étaient généralement roux, pénétraient une fois par an dans là montagne [P. 404] et y prélevaient ce qui leur revenait sur les sommes qui leur étaient assignées au nom du prince ; or ils s’installaient dans les demeures des habitants après en avoir expulsé les maîtres. Le Mahdi ayant demandé aux pères pourquoi ils étaient bruns tandis que leurs enfants étaient roux et avaient les yeux bleus, ils lui racontèrent la conduite des mamlouks ; et comme il leur reprocha leur lâcheté de souffrir une pareille indignité : « Mais, dirent-ils, comment donc pourrions-nous y échapper, car ils sont les plus forts ? — Là première fois, dit-il, qu’ils viendront comme d’habitude chez vous et qu’ils se seront dispersés dans vos demeures, chacun de vous n’a qu’à tuer son hôte ; puis, défendez votre montagne, qui est imprenable ». Ils suivirent ce conseil quand l’occasion se présenta et massacrèrent les mamlouks ; puis craignant la vengeance du Prince des musulmans, ils se retranchèrent dans leur montagne et en interceptèrent les abords, à la grande-satisfaction du Mahdi. Un corps d’armée almoravide fut envoyé contre eux, les tint assiégés dans la montagne et intercepta le passage des vivres. La disette devint si grande chez les compagnons du Mahdi que le pain manqua, de sorte qu’il faisait préparer chaque jour un plat de bouillie suffisant, et chacun n’avait, pour se soutenir toute la journée, que la quantité qu’il pouvait saisir en plongeant la main une seule fois dans le plat. Alors les principaux de Tînmelel s’accordèrent pour demander là paix au Prince des musulmans, de sorte qu’Ibn Toûmert recourut à la ruse.

Un de ses affidés, Aboû ‘Abd Allah Wancherichi, feignait d’être idiot et de ne rien savoir du Coran ni de la science [théologique] ; il bavait et avait les dehors d’un aliéné ; mais le Mahdi l’avait pris en affection et estime, disant que Dieu avait sur cet homme des intentions secrètes qui se manifesteraient quelque jour. Dans la réalité, Wancherîchi avait assidûment étudié le Coran et la science [théologique], ce qui était ignoré de tous. Cela étant, en l’an 519 (6 février 1125), le Mahdi sortit un jour pour dire la prière de l’aurore et aperçut près du mihrâb un homme bien vêtu et parfumé, qu’il feignit de ne pas connaître. [P. 405] Il demanda son nom, et l’autre répondit qu’il était Aboû ‘Abd Allah Wancherîchi, ce qui excita l’étonnement du Mahdi. La prière terminée, il fit approcher les assistants et leur dit d’examiner si cet homme était bien Wancherîchi, ainsi qu’il le prétendait. Comme le jour paraissait, on reconnut que c’était bien lui, et il répondit au Mahdi qui lui demandait ce qui s’était passé : « Cette nuit, un ange venu du ciel m’a lavé le cœur, et Dieu m’a enseigné le Coran, le Mowat’tâ,[99] les traditions et autres sciences ». Le Mahdi se mit à pleurer et déclara vouloir le mettre à l’épreuve ; l’autre se mit en effet à très bien réciter tous les passages du Coran qu’on lui demanda, de même que du Mowat’tâ et autres traités de droit et de théologie dogmatique. Cette scène remplit les assistants d’admiration et leur inspira une haute estime pour cet homme. Alors Wancherîchi leur dit : « Dieu très haut m’a communiqué une lumière par laquelle je saurai distinguer les gens destinés au paradis d’avec les réprouvés. Il vous ordonne de faire mourir ceux-ci et de laisser ceux-là tranquilles, et en témoignage de ma véracité, il a fait descendre dans tel puits des anges qui peuvent l’attester ». Aussitôt tout le monde se rendit au puits en versant des larmes de componction, et Ibn Toûmert, s’étant placé auprès de la margelle, fit une prière et prononça ces mois : « Anges de Dieu ! Aboû ‘Abd Allah Wancherîchi prétend telles et telles choses «. Alors les individus qu’il avait fait cacher dans le puits répondirent : « Oui, il a dit vrai ». Ayant reçu ce témoignage, il se tourna vers les assistants et leur dit : « Ce puits est pur et saint, car les anges y sont descendus ; aussi convient-il de le combler pour éviter qu’il y tombe aucune ordure ou qu’il soit souillé ». On y jeta donc des pierres et de la terre, et il fut bientôt comblé.

Alors Ibn Toûmert fit proclamer dans la montagne que tous les habitants eussent à se rassembler auprès du puits pour y subir un triage. Quand tout le monde fut réuni, Wancherîchi désigna ceux dont il redoutait, les intentions comme réprouvés et les fit précipiter du haut de la montagne, tandis qu’il marquait comme élus, en les plaçant à sa droite, les jeunes gens sans expérience et les hommes qui n’étaient pas dangereux. Soixante-dix mille individus périrent dans cette affaire, dont la conséquence fut de rassurer Ibn Toûmert, tant pour lui-même que pour ses compagnons, et d’affermir son autorité.

Tel est le récit du triage que m’ont fait plusieurs Maghrébins de grand mérite ; mais d’autres m’ont raconté le même événement d’une manière différente. Selon eux, Ibn Toûmert, ayant remarqué qu’il y avait un grand nombre de malfaiteurs et de pervers parmi les montagnards, fit venir les cheikhs des tribus et leur dit : « Vous ne saurez maintenir la religion dans sa pureté et sa force sans obliger le peuple à pratiquer le bien et à éviter le mal, [P. 406] et sans expulser de chez vous les pervers. Recherchez donc tous les malfaiteurs qui se trouvent parmi vous, et défendez-leur de continuer leurs méfaits ; s’il s’en trouve qui continuent, relevez leurs noms et faites-les moi parvenir pour que je statue à leur égard. » Une première liste lui fut ainsi fournie, puis il en demanda une seconde et une troisième.

Il compara ces listes, prit note des noms qui s’y trouvaient répétés et mit cette nouvelle liste entre les mains de Wancherîchi surnommé El-Bechîr. Ayant alors convoqué une assemblée générale de toute la population, il ordonna à Wancherîchi de passer les tribus en revue et de placer à sa gauche tous les pervers, tandis que ceux dont les noms étaient omis resteraient à sa droite. Cela fait, Ibn Toûmert fit lier tous ces misérables placés à gauche et les fit mettre à mort, chacun par ses propres contribules. Tel fut ce qu’on appelle le jour du triage.

Après avoir opéré cette sélection, Ibn Toûmert, qui vit les survivants animés de bons sentiments et tout disposés à lui obéir, forma avec les principaux d’entre eux un corps d’armée dont il confia le commandement à Abou ‘Abd Allah Wancherîchi et qu’il expédia vers les montagnes d’Aghmât, où se trouvaient des troupes almoravides ; mais celles-ci restèrent victorieuses et tuèrent beaucoup de monde. ‘Omar Hinlâti, l’un des principaux Almohades, fut blessé, et comme il restait insensible et sans pouls, on le crut mort : « Non, dit Wancherîchi, il n’est pas mort et il ne mourra qu’après avoir fait la’ conquête de ce pays. » Au bout de quelque temps, en effet, il rouvrit les yeux et reprit des forces, mais cela jeta le trouble parmi eux, et ils durent battre en retraite du côté d’Ibn Toûmert, qui leur adressa des exhortations et les loua de leur résistance. Après cela, il dirigea de continuelles incursions en pays musulman, mais dès qu’une armée se montrait, ses guerriers se tenaient dans la montagne, où ils étaient en sécurité.

Antérieurement déjà, le Mahdi avait divisé ses partisans par classes, dont la première, fournie par les plus nobles et les affidés les plus sûrs, s’appelait Ayt ‘achra, ou les Dix, dont le premier était ‘Abd el-Mou’min, le second, Aboû H’afç Hintâti, etc. ; la seconde, inférieure à là première et composée de chefs de tribus, s’appelait Ayt khamsin, ou les Cinquante ; la troisième, inférieure aux deux autres, était les Ayt sab’in ou les Soixante-dix.

Il donna à l’ensemble [P. 407] de ses compagnons et à ceux qui reconnaissaient son autorité le nom d’Almohades (al-mowah’h’idoûn). Mais, dans leurs récits, ce dernier nom ne s’applique qu’aux compagnons du Mahdi et à ceux de son successeur ‘Abd el-Mou’min.[100]

Les affaires d’Ibn Toûmert prospérèrent sans interruption jusqu’en 524 (14 déc. 1129). Il organisa alors une armée de 40.000 hommes, en grande partie fantassins, à la tête de laquelle il mit Wancherîchi et où figurait ‘Abd el-Mou’min. Ces troupes marchèrent contre Merrâkech, où était le Prince des musulmans ‘Ali ben Yoûsof, et l’assiégèrent de très près pendant vingt jours. ‘Ali envoya alors au gouverneur de Sidjilmâssa l’ordre de lui amener de nombreux renforts. Quand cet officier fut proche de l’armée du Mahdi, la garnison de Mérrâkech fit une vigoureuse sortie et attaqua les assiégeants par un autre côté ; nombre de ceux-ci furent tués, entre autres Wancherîchi, qui les commandait. Ils se rallièrent alors autour d’Abd el-Mou’min, par qui ils remplacèrent celui qui venait de tomber, et la lutte reprit et se poursuivit pendant toute la journée, si bien qu’au fort du combat ‘Abd el-Mou’min dut, pour la première fois au Maghreb, dire la prière de la peur aux heures canoniques de midi et de trois heures. Par leur nombre et leur vigueur, les Almoravides forcèrent les Maçmoûda (Almohades) à appuyer leurs derrières sur un grand jardin — qui chez eux porte le nom de boh’eyra — qui se trouvait de ce côté, de sorte que l’on parle de l’affaire du jardin, et de Vannée du jardin ; grâce à cette manœuvre, on n’eut plus à faire face que d’un côté. Mais quand la nuit survint, la plupart des Maçmoûda avaient mordu la poussière.

‘Abd el-Mou’min avait fait inhumer Wancherîchi sitôt qu’il était mort, et comme les Maçmoûda, qui s’étaient mis à rechercher son cadavre ne le trouvèrent pas, ils se dirent que les anges l’avaient enlevé.

Quand la nuit fut tombée, ‘Abd el-Mou’min se réfugia avec les survivants dans la montagne.  »

notes:

[93] De ce chapitre et des deux suivants on a inséré, j’ignore pourquoi, des extraits dans le Recdes histardes Croisades, i, 333-341. Je n’ai pu tenir qu’un faible compte de cette traduction.

[94] Cette généalogie est au moins douteuse, puisqu’Ibn Toûmert est Berbère ; voir aussi Berbères, i, 252 ; il, 84 et 161 ; Merrâkechi, trad., p. 454 ; Chronique des Almohades et desHafcides attribuée à Zerkechi, trad. fr., p. 1 ; Ibn Khallikân, iii, 205 ; iv, 97 ; Goldziher, Z. D. M. G., t. XLI, p. 30 et s.

[95] Les biographies de ces trois savants connus figurent dans Ibn Khallikân, ii, 621, 229 et 665.

[96] J’ai rétabli les noms ‘Abid et Koumiya (cf. Berbères, i, 251 ; voir aussi la biographie d’Abd el-Mou’min dans Ibn Khallikân, ii, 182),

[97] Voir sur ce personnage, Berbères, ii, 169 ; Prolégomènes d’Ibn Khaldoun, i, 247 ; Ibn Khallikân, iii, 209 et ii, 265 ; Merrâkechi, p. 160 ; Zerkechi, p. 5.

[98] Un fragment de ce chapitre, depuis ce point jusqu’à la p. 368, fin du 1er alinéa, figure dans les extraits traduits par M. de Slane (Berbères, ii ; 573-576). La présente traduction est, en quelques endroits, légèrement différente

[99] Titre de l’ouvrage où ont été recueillies les traditions juridiques de Wâlek sur lesquelles les juristes ont fondé les traités de droit malékite

[100] Merrâkechi donne aussi des détails sur cette organisation (trad. fr., p. 289).

 

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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Une réflexion au sujet de « Débuts de la dynastie berbère des Almohades muwahidun (1120) et règne de Mohammed ben Toûmert et d’Abd el-Mou’mîn.[93] ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh «  »

    aboualkacem a dit:
    18 mai 2014 à 2 h 48 min

    A reblogué ceci sur tribus Algeriennes.

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