Mort de ibn Tumert al Mahdi l’Almohade en 1130 et avènement de son adepte ’Abd el-Mou’min dans l’Occident Islamique par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Mort de ibn Tumert al Mahdi l’Almohade en 1130  et avènement de son adepte ’Abd el-Mou’min  dans l’Occident Islamique par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Le Mahdi était tombé gravement malade après le départ des troupes envoyées contre Merrâkech, et la nouvelle de leur déroute aggrava son état. Il demanda des nouvelles d’Abd el-Mou’min, et quand il sut qu’il était sain et sauf : « C’est, dit-il, comme si personne n’était mort ; rien n’est perdu, et c’est à lui qu’est réservée la conquête ». Les dernières recommandations qu’il adressa à ses partisans furent de le prendre pour leur chef et d’obéir entièrement à celui qu’il appela du nom de Prince des croyants (émir el-mou’minîn). Puis il mourut à l’âge de cinquante-et-un ou, selon d’autres, de cinquante-cinq ans, après avoir régné vingt ans.

‘Abd el-Mou’min retourna s’établir à Tînmelel, où il. s’attacha tous les cœurs par la manière dont il traita les habitants, en outre de sa générosité, [P. 408] de sa. hardiesse dans les combats, de sa fermeté dans les occasions périlleuses.

En 528 (31 oct. 1133), il équipa des troupes nombreuses, à la tête desquelles il se dirigea par les montagnes jusqu’à Tâdela, dont les habitants refusèrent de le reconnaître et qui lui résistèrent les armes à la main ; mais il les battit et conquit cette localité et le pays, environnant. Il poursuivit sa route dans les montagnes, soumettant quiconque lui résistait, et les Çanhâdji qui habitaient ces régions élevées reconnurent son autorité.

Le prince Almoravide, qui avait d’abord désigné son fils Sîr comme héritier présomptif, fit, par suite de la mort de celui-ci, revenir son autre fils Tâchefîn de l’Espagne, où il était gouverneur, et le désigna, en 531 (28 sept. 1136), pour son successeur. Il le mit à la tête d’une armée et l’envoya par la plaine au devant d’Abd el-Mou’min, qui s’avançait par la montagne, et qui, en 532 (18 sept. 1137), était sur un mont élevé du nom d’En-Nawâz’ir ; Tâchefîn était dans la plaine, et les deux adversaires se harcelaient, chacun se retirant devant l’autre, sans qu’il y eût de rencontre sérieuse. C’est ce qu’on appelle Vannée d’En-Nawâz’ir.

En 533 (7 sept. 1138), Abd el-Mou’min s’avança sous bois et par la montagne et alla installer son camp sur un sol dur et garni d’arbres dans la montagne de Kerrânt’â,[101] tandis que Tâchefîn campait vis-à-vis de lui dans une plaine dépourvue de végétation, et comme on était en hiver et que depuis nombre de jours la pluie ne cessait de tomber, cet endroit était transformé en un bourbier où les chevaux enfonçaient jusqu’au garrot, tandis que les hommes ne pouvaient avancer, car toute trace de chemin avait disparu ; on devait employer le bois des lances et les pommeaux de selles pour faire du feu, et les hommes mouraient de faim, de froid et de dénuement. Au contraire, l’armée d’Abd el-Mou’min, installée sur un sol dur et solide, se trouvait dans de bonnes conditions et pouvait s’approvisionner.

À cette époque, ‘Abd el-Mou’min envoya à Oudjda, dans la région de Tlemcen, des troupes commandées par Aboû ‘Abd Allah Mohammed ben Rak’wâ, l’un des Cinquante. Le gouverneur de Tlemcen, Mohammed ben Yah’ya ben Fânnou, qui eut connaissance de cette expédition, marcha contre lui à la tête des troupes almoravides, mais il fut défait et tué au lieu dit Khandak’ el-Khamr ; beaucoup de ses soldats périrent avec lui, et leurs dépouilles tombèrent aux mains de l’ennemi, qui ensuite se retira. ‘Abd el-Mou’min se porta alors [P. 409] avec toutes ses troupes chez les Ghomâra, dont les diverses tribus le reconnurent les unes après les autres, et chez qui il passa quelque temps. Il continuait toujours de s’avancer par les montagnes, tandis que Tâchefîn dans la plaine le suivait pas à pas. Cela continua ainsi jusqu’à l’an 535 (16 août 1140),[102] où ‘Ali ben Yoûsof mourut à Merrâkech et fut remplacé sur le trône par son fils Tâchefîn. Cette circonstance ne fit qu’accroître les désirs de conquête que nourrissait ‘Abd el-Mou’min, mais sans le faire descendre en plaine.

En 538 (15 juil. 1143), ‘Abd el-Mou’min alla assiéger Tlemcen et planta son camp sur une montagne qui domine là ville, tandis que Tâchefîn s’établit de l’autre côté. À la suite de diverses escarmouches, ‘Abd elMoû’min s’éloigna en 539 (3 juil. 1144) dans la direction de la montagne de Tâdjera,[103] et il envoya ‘Omar Hintâti avec des troupes contre la ville d’Oran, qui fut emportée par surprise ; mais Tâchefîn, sitôt qu’il l’apprit, se porta de ce côté, et ‘Omar évacua la ville. Tâchefîn campa en dehors de la ville du côté de la mer, en ramadan 539 (comm. 24 févr. 1145). Or le 27 de ce mois, date particulièrement honorée par les Maghrébins, Tâchefîn se rendit incognito avec un petit nombre des siens sur une colline qui est en dehors d’Oran et qui domine la mer, au sommet de laquelle se trouve un col très vénéré parmi eux et qui sert de rendez-vous aux dévots ; il voulait, en compagnie des gens vertueux qui faisaient ce pèlerinage, attirer sur lui la bénédiction divine. Mais ‘Omar ben Yah’ya Hintâti, prévenu de son projet, garnit cet oratoire de ses troupes et se rendit maître de la hauteur. Tâchefîn, craignant d’être pris, sauta sur son cheval et se lança dans la direction de la mer ; il tomba d’une falaise élevée sur les rochers et y trouva la mort. Son cadavre fut relevé et mis en croix, tandis que tous ceux qui l’accompagnaient furent mis à mort.

D’après une autre version, Tâchefîn s’était dirigé vers un fort situé sur une hauteur avoisinante, où il avait un grand jardin rempli de toutes sortes d’arbres fruitiers, et il arriva à ce moment qu’Omar Hintâti, chef des troupes d’Abd el-Mou’min, envoya une troupe de cavaliers qu’il renseigna sur les faibles forces installées de ce côté.[104] Les éclaireurs, qui ignoraient la présence de Tâchefîn, mirent le feu à la porte du fort, et le prince voulant fuir sauta sur son cheval, qui bondit de l’intérieur à l’extérieur des fortifications, mais tomba dans les flammes. Le cavalier fut fait prisonnier et bientôt reconnu, mais on ne put donner suite au projet de le mener à ‘Abd el-Mou’min, car il s’était cassé le cou [P. 410] et mourut presque aussitôt. Il fut mis en croix. Tous ses compagnons furent tués et son armée se dispersa sans qu’il se reconstituât aucun groupe important.[105] Son successeur au trône fut son frère Is’hâk’ ben ‘Ali ben Yoûsof.[106]

‘Abd el-Mou’min, à qui ’Omar fit sur le champ parvenir ces nouvelles, arriva le jour même de Tâdjera avec toutes ses troupes. Quelques débris de l’armée de Tâchefîn s’étaient réfugiés à Oran, où ’Abd el-Mou’min pénétra de vive force et où il fit un grand carnage. De là il se rendit à Tlemcen, qui se compose de deux villes séparées l’une de l’autre par quelques bonds de cheval (chawi) ; dans l’une, à Tâdjerart, se trouvait l’armée musulmane, mais l’autre, qui se nomme Ak’âdîr (Agadir) et qui est de construction ancienne, refusa de se rendre, ferma ses portes et se prépara au combat. Alors Yah’ya ben eç-Çah’râwiyya, ’qui commandait à Tâdjerart, s’étant enfui à Fâs, ‘Abd el-Mou’min s’y rendit en personne et fut reçu par les humbles offres de soumission des habitants ; mais il ne les accepta pas, et fit passer la plupart d’entre eux par les armes. Ses troupes entrèrent dans la ville, qu’il réorganisa et d’où il partit après avoir laissé un corps d’armée pour assiéger Ak’âdîr.

En 540 (23 juin 1145), il alla camper sur une colline dominant Fâs et assiégea pendant neuf mois cette ville, où se trouvait Yah’ya ben eç-Çah’râwiyya avec les soldats qui s’étaient enfuis de Tlemcen. Comme le siège se prolongeait, ‘Abd el-Mou’min détourna, à l’aide d’une digue en madriers, terre, etc., une rivière qui arrose cette ville, et la transforma ainsi en un lac navigable ; puis il perça brusquement la digue, et l’irruption des eaux fit tomber les fortifications et les constructions bordant le lit de la rivière.[107] Mais quand ‘Abd el-Mou’min voulut pénétrer dans l’a ville, les habitants le combattirent encore en avant des murs, et il ne put l’occuper que difficilement et incomplètement. Le gouverneur de Fâs et des cantons qui en dépendent, ‘Abd Allah ben Khiyâr Djeyâni, d’accord avec plusieurs des principaux de la ville, écrivit à ‘Abd el-Mou’min pour lui demander quartier pour les habitants, et à la suite d’une réponse affirmative, ils lui ouvrirent une des portes par où passa son armée. Quant à Yah’ya ben eç-Çah’râwiyya, il put s’enfuir à Tanger.

Cette conquête eut lieu à la fin de 540 (vers mai 1146).

‘Abd el-Mou’min procéda à l’organisation de Fâs ; il fit. proclamer [P. 411] que quiconque garderait des armes ou des provisions de guerre serait passible de la peine de mort, de sorte que tout le monde vint déposer entre ses mains les objets de ce genre. Il retourna ensuite à Miknâsa, où il édicta la même mesure et où il fit tuer tous les cavaliers et soldats du djond.

Les troupes restées devant Tlemcen continuaient les hostilités et se servaient dans leurs opérations de siège de catapultes, de tours et de mantelets. Le siège se prolongeait depuis un an environ, et la situation finit par peser aux habitants, si bien que quelques-uns d’entre eux, à l’insu du juriste ‘Othmân, qui les commandait, envoyèrent des messagers aux Almohades assiégeants et les firent pénétrer dans la ville. Personne ne se doutait de rien quand le massacre commença ; la plupart des habitants furent tués, les enfants et les femmes réduits en captivité ; d’énormes sommes d’argent et des pierreries d’une valeur inestimable constituèrent le butin. Ceux qui ne furent pas tués furent vendus à vil prix, mais cent mille personnes furent mises à mort en cette circonstance. — Il y en a qui disent qu’Abd el-Mou’, min assiégea lui-même Tlemcen, et que c’est de là qu’il partit pour se rendre à Fâs. Dieu sait la vérité.

‘Abdel-Mou’min envoya à Miknâsa un parti de cavaliers qui l’assiégea quelque temps, puis les habitants demandèrent quartier, et les capitulations furent respectées.

De Fâs, ‘Abd el-Mou’min alla conquérir Selâ (Salé). Quelques-uns des principaux de Ceuta vinrent faire leur soumission, et il accorda quartier à cette ville. Cela se passait en 541 (12 juin 1146).

notes:

[101] Le Merâçid (iii, 483) épelle ce mot; on le trouve orthographié autrement dans Edrisi (trad. p. 91), Ibn Haukal (p. 62) et le Kartâs (texte, p. 121, l. 22). Bekri ne parle pas de cette montagne.

[102] Cette date de 535 est en contradiction avec celle de 537 que donnent uniformément Merrâkechi (p. 176), Ibn Khaldoun (ii, 85 et 175), le Kartâs (texte, p. 107), Ibn Khallikân (iv, 464) et Zerkechi (p. 8).

[103] Sur le nom de Tâdjera, voir une note dans la trad. de Merrâkechi (p. 174).

[104] Le récit de l’auteur n’est pas très clair par suite de l’emploi de pronoms affixes dont les antécédents ne se laissent pas facilement déterminer.

[105] La date de la mort de Tâchefîn varie d’après les auteurs : on trouve les trois dates 539, 540 et 541 ; voir Merrâkechi, trad. fr., p. 177.

[106] D’après Ibn Khaldoun (ii, 86, cf. 180), Ibrahim ben Tâchefîn remplaça d’abord son père, mais son incapacité le fit promptement déposer et remplacer par son oncle paternel Ish’âk’ ben ‘Ali.

[107] Cf. le texte du Kartâs, p. 123, l. 7.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

 

 

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