Prise de Merrâkech par ‘Abd el-Mou’min[108] de la dynastie berbère Almohade en 1146 et il réduit la tribu berbère des Dokkâla par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

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Prise de Merrâkech par ‘Abd el-Mou’min[108] de la dynastie berbère Almohade en 1146 et il réduit la tribu  berbère des Dokkâla par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Après s’être emparé de Fâs et des lieux voisins, ‘Abd el-Mou’min se mit en route pour Merrâkech, capitale des Almoravides et l’une des villes les plus grandes et les plus importantes. Ish’âk’ ben ‘Ali ben Yoûsof ben Tâchefîn, qui y régnait alors, était tout jeune. En 541 (12 juin 1146), ‘Abd el-Mou’min prit position pour l’assiéger à l’occident de cette ville et dressa ses tentes sur une colline, où il fit aussitôt bâtir des maisons pour s’y loger avec son armée ; il construisit aussi une mosquée, ainsi qu’une tour très élevée d’où il dominait la ville et pouvait surveiller ce que faisaient les habitants et les combats que livraient ses troupes. Pendant onze mois, celles-ci eurent à repousser de fréquentes sorties des Almoravides et leur livrèrent maints et maints combats. Les vivres commencèrent enfin à manquer chez les assiégés, et la famine ne tarda pas à. se déclarer chez eux. Enfin, un certain jour il dressa une embuscade [P. 412] et donna l’ordre aux troupes embusquées d’attaquer dès que se ferait entendre le roulement du tambour, tandis que lui-même, installé dans son observatoire, dominait le lieu de l’action. À un certain moment, les Almohades feignirent de fuir devant les assiégés pour attirer ceux-ci du côté où était dressée l’embuscade. Les Almoravides étaient déjà parvenus aux murs de la ville élevée par ‘Abd el-Mou’min et en avaient détruit une grande partie ; en vain les Maçmoûdites criaient à leur chef de faire donner les troupes de réserve : « Attendez, répondait-il, la venue de tous ceux qu’attirera l’espoir du butin ! » Au moment propice, le roulement du tambour donna le signal, les troupes placées en embuscade apparurent, tandis que les soi-disant fuyards, faisant volte-face, tombaient sur les Almoravides et les massacraient à leur gré ; d’autre part, une foule innombrable, dans sa hâte à fuir, s’écrasa auprès des portes.

Comme les cheikhs almoravides avaient, à cause de la jeunesse d’Ish’âk’ ben ‘Ali, pris en main la direction des affaires, il arriva que l’un d’eux, ‘Abd Allah ben Aboû Bekr, alla demander quartier à ‘Abd el-Mou’min et lui fit connaître les points faibles des fortifications.

Cela accrut l’espoir des assiégeants, qui jetaient la désolation dans la ville à l’aide de leurs tours et de leurs catapultes ; la famine y sévissait et l’on abattait les montures pour s’en repaître. Plus de cent mille individus du commun avaient déjà succombé à la faim, et les cadavres infectaient l’atmosphère, quand un corps de troupes européennes que le gouvernement almoravide avait pris à son service, se dégoûta des fatigues d’un si long siège et livra une des portes de la ville à ‘Abd el-Mou’min, contre la promesse de celui-ci qu’il leur ferait grâce. Ce fut par cette porte, appelée Bâb Aghmât, que les Almohades entrèrent, l’épée à la main, et emportèrent la ville de vive force ; tout ce qui s’y trouvait fut massacré, et l’on pénétra jusqu’au palais, d’où l’on arracha l’émir Ish’âk’ et les chefs almoravides qui s’y trouvaient. Pendant qu’on massacrait ceux-ci, Ish’âk’ versait des larmes d’effroi et suppliait ‘Abd el-Mou’min de le laisser vivre. Alors l’émir Sîr ben el-H’âddj, un brave d’entre les braves, un héros réputé qui était à côté de lui les mains liées derrière le dos, se redressa et lui cracha à la figure : « Est-ce pour papa et maman que tu pleures ? s’écria-t-il ; sois ferme ! conduis-toi en homme ! Quant à cet individu, c’est un impie et un infidèle ! » Les Almohades se précipitèrent aussitôt sur lui et l’assommèrent à coups de bâton. Malgré sa jeunesse, Ish’âk’ ne trouva pas grâce et eut la tête tranchée en 542 (Ier juin 1147). Avec lui [P. 4131 finit la dynastie Almoravide, qui avait régné soixante-dix ans et fourni quatre règnes, ceux de Yoûsof, d’ ‘Ali, de Tâchefîn et d’Ish’âk’.[109]

Après sept jours de massacres où périrent une foule de gens, ‘Abd el-Mou’min fit proclamer qu’il pardonnait aux nombreux habitants qui avaient pu se cacher. Il les sauva de la fureur des Maçmoûdites qui voulaient encore lès massacrer : « Ce sont, dit-il, des artisans et des boutiquiers qui pourront nous être utiles ». Après avoir : fait enlever les cadavres, il choisit Merrâkech comme siège de son empire. Son autorité était désormais assise, et il construisit dans la citadelle une grande mosquée d’une beauté et d’une solidité remarquables, tandis qu’il fit abattre la mosquée édifiée par Yoûsof ben Tâchefîn.

Ce dernier prince avait fort mal agi à l’égard d’El-Mo’tamid ben ‘Abbâd (de Séville), qu’il emprisonna, ’ ainsi que nous l’avons dit, et traita d’une manière’ indigne. Ce fut sans doute à cause de ce méfait que Dieu livra la postérité de ce monarque à un homme qui devait en tirer vengeance outre mesure. Béni soit le Souverain éternel dont le royaume ne finira jamais ! Ainsi, vont les choses humaines ; fi donc du monde ! fi de lui ! Prions Dieu de couronner nos œuvres par le bonheur éternel et.de faire que notre plus beau jour soit celui où nous comparaîtrons devant lui avec Muhammad (sws) et sa famille !

‘Abd el-Mou’min réduit les Dokkâla

En 543 (21, mai 1148), un Almoravide se rendit chez les Dokkâla, où il fut reconnu par les tribus de ce peuple, qui se mit à faire des incursions sur le territoire de Merrâkech.’Abd el-Mou’min, qui n’y avait d’abord attaché aucune importance, fut forcé par leur répétition fréquente de marcher contre eux en 544 (10 mai 1149), à la tête des forces les plus imposantes. À cette nouvelle, tous les Dokkâla, qui étaient réputés pour leur bravoure, se concentrèrent au nombre de 200.000 fantassins et de 20.000 cavaliers, dans un endroit du littoral très rocheux et très accidenté, où ils avaient tendu des embuscades pour inquiéter la marche de leurs adversaires. Mais ‘Abd el-Mou’min eut l’heureuse chance de s’avancer contre eux par un autre côté, de sorte que les Dokkâla, ne pouvant se servir des embuscades qu’ils avaient préparées, quittèrent.cet endroit et furent jetés dans la mer l’épée dans les reins. La plupart furent massacrés, leurs chameaux, leurs moutons et tous leurs biens furent pillés, leurs femmes et leurs enfants furent réduits en esclavage, si bien que le prix de vente d’une belle jeune fille tomba à quelques dirhems. [P. 414] ‘Abd el-Mou’min retourna en vainqueur à Merrâkech, et la consolidation de. son autorité le fit craindre par tout le Maghreb et lui attira la soumission générale.

notes:

[108] Ce chapitre est traduit dans l’Histdes Berbères, ii, 576.

[109] C’est en chawwâl 541 que la prise de Merrâkech et l’exécution d’Ish’âk’ sont placées par Ibn Khaldoun, le Kartâs et Zerkechi.

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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