Main mise arabe sur le Constantinois Algérien par Ibn Battuta

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Témoignage du voyageur berbère musulman de Tanger Ibn Battuta (1304 –1377sur la main mise arabe du Constantinois lors du début de son célèbre voyage : 

« A peine étions-nous arrivés à Bidjâïah (Bougie) que je fus pris de la fièvre.

Le pieux cheikh Abou Abd Allah Mohammed, fils de Houceïn, fils d’Abd Allah alkorachy (le Koraïchite), az-Zobeïdy (ce dernier surnom venait de ce qu’il était originaire d’une bourgade appelée Zobeïd, et située sur la côte voisine de Mahdiyah) me conseilla de m’arrêter en cette ville jusqu’à ma guérison; mais je refusai de suivre cet avis, et je répondis :

« Si Dieu a résolu ma mort, que du moins elle arrive pendant que je serai en route pour nie rendre dans le Hedjaz.

—Si telle est ta résolution, me dit-il alors, eh bien, vends ta monture et tes bagages les plus pesants; je te prêterai une monture et une tente, et tu nous accompagneras peu chargé.

Nous marcherons en toute hâte, de peur d’éprouver en chemin la perfidie des Arabes. »

Je me conformai à ses conseils, et Abou Abd Allah me prêta les objets qu’il m’avait promis. (Puisse Dieu l’en récompenser!)

Ce fut le commencement des grâces divines dont je fus l’objet pendant le cours de ce voyage au Hedjaz.

Rue de la médina de Constantine (Algerie) dans certaines partie des fortifications de la ville ont découvert des dédicaces au nom de l'empereur Romain Constantin , ces pierres furent récupéré au temps des omeyyades et abbassides sur des momuments byzantins pour construire la Médina
Rue de la médina de Constantine (Algerie)  Un poète satirique de Constantine écrivait vers 1800 : [Constantine] « s’est abâtardie, elle ne peut plus s’appeler ville à cause de la quantité de gens qui s’y sont installés… Kabyles… Chaouïa… vermine qui l’a rongée comme rongent les criquets… »
Cependant nous voyageâmes jusqu’à ce que nous fussions arrivés près de Koçanthînah (Constantine), et nous campâmes en dehors de cette ville.

Mais nous fûmes surpris par une pluie abondante, qui nous contraignit à sortir de nos tentes pendant la nuit, pour nous réfugier dans des maisons voisines.

Le lendemain malin, le gouverneur de la ville vint au-devant de nous.

C’était un chérif (arabe noble) très distingué que l’on appelait Abou’l Haçan.

Il examina mes vêtements, que la pluie avait salis, et ordonna qu’on les lavât dans sa maison.

L’ihrâm (le mizar ou almaïzar, fichu que les Arabes d’Espagne et d’Afrique roulaient autour de leur tête) était tout usé.

Cet officier m’envoya, pour le remplacer, un ihrâm d’étoffe de Baalbek, dans l’un des coins duquel il avait lié deux dinars d’or.

Ce fut la première aumône que je reçus pendant-mon voyage.

Nous partîmes de Constantine et marchâmes sans nous arrêter jusqu’à la ville de Bône (Boûnah Annaba), où nous demeurâmes plusieurs jours.

Nous y laissâmes les marchands de notre compagnie, à cause des dangers que présentait le chemin (les arabes); quant à nous, nous voyageâmes avec promptitude et nous marchâmes sans nous arrêter.

La fièvre m’ayant repris, je m’attachai sur ma selle avec un turban, de peur de tomber, tant ma faiblesse était grande.

Il ne me fut cependant pas possible de mettre pied à terre, à cause de la frayeur que je ressentais, jusqu’à ce que nous fussions arrivés à Tunis.

Les habitants de cette ville sortirent à la rencontre du cheikh Abou Abd Allah Az-Zubaydi et d’Abou’tthayib, fils du kadi Abou Abd Allah annefzâouy (al-Nafzawi  issue d’une tribu berbère).

Les deux troupes s’approchèrent l’une de l’autre en se saluant et en s’adressant des questions.

Quant à moi, personne ne me salua, car je ne connaissais aucun de ces gens-là.

Je fus saisi en moi-même d’une telle tristesse que je ne pus retenir mes sanglots, et que mes larmes coulèrent en abondance.

Un des pèlerins remarqua l’état où je me trouvais, et s’avança vers moi en me donnant le salut et en me réconfortant.

Il ne cessa de m’égayer par sa conversation, jusqu’à ce que je fusse entré dans la ville; j’y logeai dans le collège des libraires (al-madrasat al-qotobiîn).  »

Tiré du Voyage d’Ibn Battuta compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Tuḥfat al-nuẓẓār fī ʿağāʾib l-amṣār wa-ġarāʾib l-asfār par Abu Abdullah Muhammad Ibn Abdullah Al Lawati Al Tanji Ibn Battuta né le 24 février 1304 à Tanger et mort en 1377 àMarrakech, est un explorateur et voyageur marocain musulman, de souche berbère luwatie, qui a parcouru 3000 km en 29 ans de voyages à travers le monde, de Tombouctou au sud, jusqu’à la Bulgarie (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord, et de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits sont compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Tuḥfat al-nuẓẓār fī ʿağāʾib l-amṣār wa-ġarāʾib l-asfār

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