La mosquée d’Abu Marwan d’Annaba date du 9e siècle Aghlabide , reconstruite en 1033 par le souverain ziride Al-Muizz ben Badis dans l’actuel Annaba

Publié le Mis à jour le

La Mosquée de Sidi Bou Merouane  al-Assadi ( جامع سيدي بومروان en arabe) date du 9e siècle et a été reconstruite en 1033 par le souverain ziride Al-Muizz ben Badis.  (sur l’emplacement d’une ancienne mosquée abbasside Aghlabides d’ou l’influence) à Annaba.

Elle est construite en mortier de plâtre, mortier de chaux, brique, pierre. Le décor architectural extérieur est dessiné en briques, avec quelques plaques de marbre. Le décor intérieur est fait de carreaux de céramique, de tableaux de bois sculpté, et de plâtre sculpté.

La mosquée tient son nom d’un savant Maliki Sayyidî Abû Marwân al-Assadi al-Bouni d’origine arabe de la tribu de Assad  né à ishbiliya ( Seville) d’une famille venu lors des Futuhat Islamiya sous le califat Omeyyade,  il arriva dans la ville de Bouna (Annaba) dans les années 1087 ; il mourut en 1111. C’est certainement entre ces années que la mosquée lui fut dédiée.

L’architecture de cette mosquée mêle influences zirides, aghlabides (Abbasside) , fatimides et sanhajites. G. Marçais voit dans son plan un prolongement tardif et excentrique de l’architecture ifrîqiyyenne du IXe siècle (Aghlabide) , en raison de sa ressemblance avec la Grande Mosquée de Kairouan.

Les vieilles estampes qui montrent l’aspect originel de la mosquée avant sa transformation en hôpital à l’époque coloniale, attestent de cette forte ascendance aghlabide. La façade de la salle de prières avec ses colonnes couplées au niveau de la nef axiale, la coupole côtelée se dressant au-dessus du narthex et dans l’axe du mihrâb, la nef centrale plus large, semblent être des variations du style architectural kairouanais. Son plan présente un rapport d’une valeur de 2,2 entre la profondeur et la largeur, proche de celui que l’on trouve à la Grande Mosquée de Sfax du Xe-XIe siècle. La salle de prière hypostyle comporte sept nefs perpendiculaires et sept parallèles au mur qiblî déterminant ainsi des arcs dans les deux sens, particularité de plusieurs édifices de Tunisie (Grande Mosquée de Sousse), de Libye (mosquées d’Ahmed Pacha et Georgi) et d’Espagne (petite mosquée Bâb al-Mardûm de Tolède).

La cour était entourée de portiques. Le minaret quadrangulaire aux trois fûts superposés ressemble beaucoup au minaret de la Grande Mosquée de Sfax.

Sa partie inférieure abrite un petit oratoire doté d’un mihrâb.

Le seul monument possédant une tour avec salle de prière est la tour Khalaf de Sousse mais ce n’est pas un minaret.

La mosquée de Sayyidi Abû Marwân serait l’unique mosquée connue possédant une salle de prière dans son minaret.

Les mosquées algériennes présentent des colonnes groupées.

Celle d’Annaba, avant sa transformation en hôpital, était dotée de deux groupes de deux colonnes soutenant les coupoles du narthex et deux groupe de trois au niveau du mihrâb. Celui-ci se compose d’une niche curviligne en forme d’arc outrepassé comme dans les mosquées d’al-Azhar (Le Caire), de Tunis, de Sfax et de Sousse. La salle de prière est couvertes en voûte d’arêtes comme à la mosquée ziride de Sfax, mode de couverture qui s’imposa au Xe siècle et se maintint jusqu’au XIe siècle. Les merlons du minaret sont en forme d’arc brisé comme ceux de la tour du Ribat à Sousse. La mosquée de Sayyidi Abû Marwân était dotée de deux coupoles surmontant le narthex, qui ont disparu après 1830. Leur dôme décoré de godrons en zigzag évoquait ceux de la mosquée de la Qarawiyyin de Fès et la Qubbat ibn al-Qhaoui de Sousse. Les plus anciens dômes qui apparaissent nettement dans les mosquées d’Algérie sont ceux d’Annaba : ils étaient ovoïdes comme celui de la Coupole du Rocher à Jérusalem et probablement ornés de cannelures comme à la Qubba de Sousse.

La mosquée compte une riche collection de chapiteaux zirides de décors variés comme ceux que l’on trouve à Sousse, Monastir et Sabra al-Mansuriyya et qui dériveraient de chapiteaux coptes conservés au musée du Bûlaq selon Marçais, tandis que Lézine y voit une parenté avec les chapiteaux omeyyades de Syrie et ceux de l’Égypte pharaonique.

Ce fut Abou Marwane El Assadi El Bouni qui eut, en premier, la responsabilité de la mosquée Abou Leïth.

Il en fit non seulement une prestigieuse université théologique, mais aussi la mosquée où le rite malakite trouvait son appui. Si sa date de naissance, 439 de l’hégire (1037), et son lieu de naissance ont toujours été controversés par plus d’un historien, c’est dans « Ed Doura El Maknouna Fi Tarikh Oulama Bouna » que l’auteur Cheikh Ahmed El Bouni situe sa naissance à Ichbillia (Séville, en Andalousie).

Son nom est lui-même sujet à controverse, car l’inexplicable confusion de surnoms qu’on lui attribut demeure une énigme ; et si pour les Annabis il se prénomme Bou Marwane Ech-Charif, pour des générations d’historiens il s’appelle, entre autres, Abd El Malek Marwane Ben Ali Assadi El Katane El Bouni.

Dés son jeune âge, il se rend à Cordoue pour s’instruire sous la direction de deux grands maîtres, le professeur El Assili et le cadi Abou El Matraf dont il hérite la science.

De Cordoue et après un séjour en Orient, il apparaît en Afrique du Nord.

A Kairouan, il fréquente les cours de Abou El Hassen El Kabrissi ainsi qu’à Tlemcen ceux de Abou Jaâffar Ahmed Ben Nasr Ed-Douadi auprès duquel il demeure cinq années et où il acquerra une très forte personnalité.

De retour à Bouna où sa famille l’avait précédé, à peine est-il nommé imam de cette mosquée que se manifeste la grande vitalité de sa culture rapidement mise à la portée de toutes les classes sociales.

Il se consacre aussi à la réalisation d’une grande oeuvre, l’ouverture d’une université théologique aux lieu et place de la mosquée et où des cours publics feront l’admiration des tolaba ; parmi eux, qui sera plus tard l’une des plus grandes gloires littéraires d’Andalousie, El Imam Omar Ibn Hida, dont les écrits soulignent le haut savoir et l’éloquence de son professeur.

El Imam El Hida, originaire de Tolède, passa donc de nombreuses années à Bouna en compagnie d’une élite d’étudiants venue également d’Espagne. Au fil du temps, notables, savants et hommes de lettres célèbres séjournèrent à Bouna. Une des sommités du monde littéraire, Abou El Kacem Ibn Mohammed, connut aussi Abou Marwane El Bouni et étudia auprès de lui le fikh et l’analyse du Coran. Mais dans cette université en ébauche, il était assisté de son neveu El Fakih Omar El Katane El Bouni. C’était aussi un savant célèbre formé sans doute dans la Jamiâ d’Abou Jaâfer Ed-Daouadi. L’ouvrage le plus important du premier doyen de l’université de Bouna est sans conteste le commentaire du livre El Mouatta de l’Imam Malek, ouvrage qui fut repris par d’autres sommités de la littérature telles que Hatem Et-Trabelsi, Abou El Khala et Ali Amr El Qalini. Un exemple de cet ouvrage se trouve de nos jours à la célèbre université la Zitouna de Tunis.

Se permettre à travers ce livre, de commenter les conceptions de l’Imam Malek, l’un des quatre grands imams de l’Islam , c’était faire preuve d’une audace que seule une érudition incomparable peut autoriser. Ce livre affirma, dès lors, la prodigieuse culture de celui dont le nom devait désormais s’identifier à cette mosquée. A sa mort, vers 1111, il fut enterré dans l’une des salles de l’édifice auprès d’Abou Leïth El Bouni, concepteur et constructeur de la mosquée. Il eut pour successeur à la tête de l’université son neveu, Omar El Katane.

En 1832, la mosquée est transformée par l’administration coloniale française en hôpital militaire où elle perdit ses deux principales coupoles.

Rendue à l’islam en 1947, après les événements du 8 mai 1945, elle compte parmi les quatre hauts lieux de culte du Maghreb.

Après avoir été un institut d’enseignement islamique en 1967, elle fut transformée en un centre culturel islamique sur décision du ministère des affaires religieuses et des habous.

De nos jours, il existe encore à l’intérieure de la mosquée la tombe du célèbre théologien Abou Marwane El Bouni (l’emplacement du tombeau d’Abou Leïth El Bouni demeure cependant incertain).

Sources et références

Berbrugger, A., Algérie historique, pittoresque et monumentale, 3eme partie, province de Bône, Paris : Delahaye, 1843, pl. VII. Bourouiba, R., Apports de l’Algérie à l’architecture arabo-islamique, Alger : OPNA, 1956.

Bourouiba, R., L’art religieux musulman en Algérie, Alger : S.N.E.D., 1973.

Lessore, E. ; Wyld, W., Voyage pittoresque dans la régence d’Alger, Paris : s.n., 1835. Marçais, G.,

L’architecture musulmane d’Occident. Tunisie, Algérie, Espagne et Sicile, Paris : Arts et Métiers Graphiques, 1957.

http://annaba.net.free.fr/html/boumarwane5.htm

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s