Tobna, ville Abbasside d’Algerie :

Publié le Mis à jour le

La zone archéologique
La zone archéologique de « Tobna » situé près de l’actuel Barika (Algerie )l ne reste que des ruines de ce qui fut la plus grande ville de la route ancienne de Kairouan à Sijilmassa

Le géographe et Historien arabe andalous al-Bakri  (1014- 1094) dans sa Description de l’Afrique septentrionale; traduite par Mac Guckin de Slane reviens sur la population arabe de la ville de Tobna dans le constantinois du coté des Aurès (Barika) et sa fondation Abbasside :

 » Tobna, grande ville dont le mur actuel a été construit par l’ordre d’Abu Jafar al-Mansur (le deuxième calife Abbasside). Moussa ibn Nucayr al-Lakhmi ( général Omeyyade) qui s’empara de cette place et de tant d’autres, y fit vingt mille captifs; mais leur roi, Koceila, lui échappa.

Tobna est entourée d’une muraille en briques, et possède quelques faubourg et un château.

Dans l’intérieur du château ce vois un djama et un grand réservoir qui reçoit les eaux des jardins apparentent à la ville.

Quelques personne disent que Tobna fut Bâtie  par Abou Djafar Omar ibn Hafs al-Muhalabi (de la dynastie arabe des Muhalabides), surnomé Hezarmerd(1).

La Population, dont une partie seulement est arabe, est partagée en deux fractions qui sont toujours à ce quereller et à ce battre l’une avec l’autre.

Une tribu, appelé, les Beni Zekrah, habite dans le voisinage de la ville.

Ruines près de l'actuel Bitam en Algerie de l'ancienne Tobna Romaine, Omeyyade et Abbasside
Ruines près de l’actuel Bitam en Algerie de l’ancienne Tobna, Omeyyade et Abbasside

Voici ce que dit Muhammad ibn Yussuf :  » Le château de Tobna, énorme construction ancienne, est bâti en pierre et couronné par un grand nombre de chambres voûtées, il sert de logement aux officier qui administres la province, et touche au coté méridional du mur de la ville, il ce ferme par une porte de pierre (..)

Muhammad ibn Yussuf poursuivant :  “Le château de Tobna, énorme édifice de construction ancienne, est bâti en pierres et couronné par un grand nombre de chambres voûtées ; il sert de logement aux officiers qui administrent la province, et touche au côté méridional du mur de la ville. Tobna a plusieurs portes : Bab al-Khacan , beau monument construit en pierres ; Bab al-Feth (porte de la victoire), située dans la partie occidentale de la ville ; une rue, dont les deux côtés sont bordés de maisons (simat), s’étend à travers la ville d’une de ces portes à l’autre ; Bab Tehouda, qui regarde le midi et offre un aspect imposant et Bab Ketama, située au nord de la ville.

Au-dehors de Bab El Feth se trouve un vaste champ, grand comme les deux tiers de la ville et entouré d’un mur construit grâce à Omar Ibn Hafs al-Muhallabi (de la dynastie arabe des Muhalabides).”

Monographie de Tobna: (Thubunae) Volume 35 de Société Archéologique du Département de Constantine: Recueil des notices et mémoires de la Société Archéologique de la Province de Constantine
Monographie de Tobna: (Thubunae)
Volume 35 de Société Archéologique du Département de Constantine: Recueil des notices et mémoires de la Société Archéologique de la Province de Constantine

Al-Bakri  nous parle des Arabes de Tobna et leurs conflit avec les berbères :

« La rivière de Tobna s’appelle le Beitham; chaque fois qu’elle déborde elle arrose tous les Jardins et champs de la Banlieue et procure aux habitants d’abondante récoltes; aussi disent-ils que le Beitham est un magasin de vivre (Beit et-Tham).

Dans les guerres qui éclatent quelquefois entre les habitants d’origine arabe et ceux qui appartienne à la race mixte (née de Romains et de berbères), les premiers appellent à leurs secours les Arabes de Téhouda et de Setif, pendant que leurs adversaire ce font appuyer par les gens de Biskera et des lieux voisins.  »

Une mosquée fut construite par les Arabes Omeyyades ici , vers 706 sous Musa ibn Nusayr, et reconstruite par les Abbassides avec la ville par ordre du calife Abu Jafar al-Mansur en 768 par le gouverneur abbasside Omar ibn Hafs al-Muhallabi al-Azdi
Une mosquée fut construite par les Arabes Omeyyades ici , vers 706 sous Musa ibn Nusayr, et reconstruite par les Abbassides avec la ville par ordre du calife Abu Jafar al-Mansur en 768 par le gouverneur abbasside Omar ibn Hafs al-Muhallabi al-Azdi

Ibn Al-Athir  nous parle de la refondation Abbasside de Tobna dans son Kamil tarikh , histoire du Maghreb et de l’espagne:

« En 151 (25 janvier 768), El-Mançoûr (le deuxième  calife Abbassde) nomma au gouvernement de l’Ifrîkiyya Abou Dja’far ‘Omar ben Hafç, descendant du frère d’El-Mohalleb, c’est-à-dire de K’abîça ben Abou Çofra ; nous rapportons cette généalogie à cause de la notoriété d’El-Mohalleb.[160] La nomination d’Omar eut pour cause les craintes conçues par El-Mançoûr au sujet de cette province, à la suite de la mort violente d’El-Aghlab ben Sâlim. Il gagna Kayrawân en çafar 151 (24 février 768), à la tête de cinq cents cavaliers, et les principaux de la ville, s’étant réunis autour de lui, furent traités par lui avec honneur et générosité. Il s’installa dans cet endroit, et pendant trois ans tout marcha bien. [P. 458]

Il se rendit alors dans le Zâb, d’après l’ordre d’El-Mançoûr , pour y reconstruire la ville de Tobna,[161] et laissa à Kayrawân H’abîb ben H’abîb al-Mohallebi.

L’Ifrîkiyya se trouvant ainsi dépourvue de djond, les Berbères en profitèrent pour se révolter, et H’abîb, en voulant les combattre, fut tué.

Les Berbères se concentrèrent à Tripoli et choisirent pour chef Abou H’âtim l’Ibâd’ite, qui était un client de Kinda et s’appelait Ya’koûb ben H’abîb.

El-Djoneyd ben Bechchâr al-Asadi,[162] lieutenant d’’Omar ben H’afç à Tripoli, demanda à son chef des secours avec lesquels il pût combattre Abou H’âtim ; il en obtint, mais il fut battu et se réfugia à Gabès, où son vainqueur l’assiégea, tandis qu’’Omar, toujours au Zâb, s’occupait de reconstruire T’obna.

Une insurrection générale éclata alors en Ifrîkiyya, et bientôt T’obna fut assiégée par douze armées, entre autres celle d’’Aboû K’orra le Çofrite, composée de 40.000 hommes ; celle d’’Abd er-Rah’mân ben Rostem, qui en comptait 15.000 ; celle d’’Aboû Hâtîm, qui était très importante ; celle d’’Açim Sedrâti[163] l’Ibâd’ite, composée de 6.000 hommes ; celle d’’El-Mas’oûd Zenâti l’Ibâd’ite, formée de 10.000 cavaliers, etc.

‘Omar ben H’afç, qui voulait se dégager de vive force, en fut empêché par les siens, qui lui représentèrent que sa mort entraînerait celle de tous les Arabes qui l’accompagnaient.

Il eut alors recours à la ruse et fit offrir à Abou K’orra, chef des Çofrites, de lui payer sa retraite 60.000 dirhems, mais ce chef refusa : « Alors, dit-il, que depuis quarante ans on me salue du titre de khalife, irais-je donc, pour un misérable intérêt matériel, renoncer à vous combattre ? »

‘Omar s’adressa alors au frère d’’Aboû K’orra, à qui il fit remettre 4.000 dirhems et des vêtements pour l’engager à éloigner les Çofrites de son frère. Le marché fut accepté, et ce chef, ayant décampé la nuit même, fut suivi par les troupes qui regagnèrent leurs foyers, de sorte qu’’Aboû K’orra dut faire comme eux. Après le départ des Çofrites, ‘Omar envoya contre Ibn Rostem, alors chez la tribu berbère des Tehoûda, des troupes qui le battirent et le firent fuir à Tâhert.

La résistance d’’Omar porta un coup à la situation des Ibâd’itès, qui, laissant T’obna, se portèrent sur Kayrawân et l’assiégèrent sous la direction d’Aboû H’âtim, pendant qu’’Omar, toujours à T’obna, remettait sur pied les affaires de cette ville et la protégeait contre les attaques des hérétiques (khawâridj) du voisinage.

Mais quand il apprit la détresse de Kayrawân, il-marcha au secours de cette ville, [P. 459] en ayant soin de laisser quelques troupes (jound aabe) à T’obna.

Abou K’orra (le berbère kharijite) , désireux de profiter du départ d’’Omar ben H’afç (l’arabe muhalabide abbasside), alla bloquer T’obna ; mais la garnison fit une sortie, le battit et lui tua beaucoup de monde.

Aboû H’âtim, qui disposait de nombreuses troupes, avait établi un blocus sévère autour de Kayrawân, dont le trésor était vide d’argent et les greniers vides de vivres, car le siège durait depuis huit mois.

Le djond faisait matin et soir des sorties contre les hérétiques ; la faim le pressait et l’avait réduit à manger les bêtes de somme et jusqu’aux chiens ; beaucoup des habitants étaient allés rejoindre les Berbères, si bien que les hérétiques n’avaient plus qu’à entrer dans la ville.

Alors se répandit la nouvelle qu’’Omar ben H’afç arrivait de T’obna : ce chef, avec ses sept cents hommes, campa d’abord à Laribus,[166] et tous les hérétiques, abandonnant Kayrawân, marchèrent contre lui. Mais ‘Omar se porta vers Tunis, entraînant les Berbères à sa suite, puis revenant promptement vers Kayrawân, il y fit entrer les approvisionnements nécessaires en vivres, montures, bois, etc. Mais il se trouva lui-même assiégé par Abou H’âtim et les Berbères, et cela dura assez longtemps pour que ses guerriers dussent se nourrir de leurs chevaux tout en soutenant des combats incessants et quotidiens.

Comme la situation devenait intenable, ‘Omar annonça aux siens qu’il avait formé le plan de forcer la ligne des » assiégeants pour aller chercher des vivres en pays berbère et les leur ramener. Mais ils lui objectèrent qu’ils craignaient de rester sans lui, et il proposa alors d’envoyer, à cet effet, deux chefs qu’il désigna ; la proposition fut acceptée, mais ces deux chefs déclarèrent ne pas vouloir le laisser dans le camp assiégé et se séparer de lui. Il résolut alors de se jeter au-devant de la mort : en vain apprit-il qu’El-Mançoûr lui envoyait Yezîd ben H’âtim ben K’abîça ben el-Mohalleb, à la tête de 60.000 hommes, et lui conseillât-on d’attendre l’arrivée de ces forces avant de combattre, il ne voulut rien entendre et se fit tuer les armes à la main, le 15 doû’l-hiddja 154 (27 novembre 771).

Il fut remplacé dans son commandement par son frère utérin H’omeyd  ben Çakhr, qui conclut avec Abou H’âtim un arrangement aux termes duquel ni lui ni les siens ne cesseraient de reconnaître El-Mançoûr et ne seraient inquiétés par Abou H’âtim en ce qui touchait le noir (livrée des Abbâssides) de leurs vêtements ou leurs armes. On livra donc la place au chef berbère, [P. 460] qui fît brûler les portes de cette ville et en démantela les murailles.

La plus grande partie du djond se retira à T’obna.

Aboû H’âtim, apprenant l’arrivée de Yezîd ben H’âtim, se rendit à Tripoli et laissa l’ordre à son lieutenant à Kayrawân de désarmer et de disperser les hommes du djond.

Mais certains de ses partisans refusèrent de commettre cette déloyauté : ‘Omar ben ‘Othmân al-Fihri, qui était à leur tête, s’insurgea à Kayrawân et massacra les partisans d’Aboû H’âtim.

Le retour de ce dernier fit fuir ‘Omar ben ‘Othmân à Tunis, et Abou H’âtim regagna alors Tripoli pour y tenir tête à Yezîd ben H’âtim. On dit que trois cent soixante-quinze combats furent livrés entre les troupes du djond et les hérétiques, depuis le soulèvement de ceux-ci contre ‘Omar ben H’afç jusqu’à leur soumission complète.

mosquée abbasside tobna
Porte reliant la tour nord-est avec les mosquée Abbassides

Ibn hawqal (920-982)  reviens sur les arabes de Tobna en Algerie : .

« Cette ancienne ville (Tobna)  est bien arrosée et possède de nombreux jardins et des champs de coton , de froment et d’orge. Elle est entourée d’une muraille en briques. Les habitants se composent de deux tribus , l’une arabe et l’autre berbère; cette dernière est nommée Berkédjana . La plus grande partie de leurs terrains en culture doivent leur fertilité à l’irrigation . On y sème du lin , et toutes les espèces de grains y viennent en grande abondance. Il s’y trouve aussi de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons , de chameaux et d’autres bêtes de somme La méchanceté et l’envie ont depuis porté les habitants de Tobna à une guerre intestine où ils se sont massacrés les uns les autres; toute cette prospérité a disparu; la richesse et l’aisance ont fait place à la pauvreté et à la misère , et le peuple est maintenant dispersé dans tous les pays. »

ibn hawqal description de l’Afrique et de l’Espagne à la page 218

h

mosquée abbasside tobna

notes et sources :

1) cet émir fut nommé gouverneur de l’Afrique en l’an 151 (768 de JC) (voy, His, des b., LIp.379.)

2) Le nom d’Aboû Sa’îd el-Mohalleb ben Abou Çofra, mort en 83 hégire, est, en effet, célèbre dans les premiers temps de ) l’histoire de l’islam (Ibn Khallikan, III, 508 ; Ibn el-Athîr, index, p. 608 ; Bayân, I, 68, etc.).

3)  Tobna apitale du Zâb ; voir les différents géographes arabes énumérés par Fournel, I, 176. Sur les événements racontés ici, voir ibid., I, 369 ; Bayân, I, 65 ; Berbères, I, 221 et 379.

4) Ce nom est lu ailleurs El-Djoneyd ben Yesâr (ou Seyyâr) ‘al-Azdi de la tribu arabe de azd (B. I, 379 et 383 ; cf. Fournel, I, 379).

[163] Ou Seddarâti, en suivant l’orthographe de Belâdhori (i, 233).

[164] On lit ailleurs El-Misouer (Berbères, I, 380 ; Bayân, I, 65), et aussi El-Miçouer ibn Hâni, à côté du nom de Djerîr ibn Masoud (Berbères, I, 221 et 384), ce qui pourrait faire croire que des erreurs de copie ont fondu deux noms en un seul.

[165] Ou même quarante mille seulement, selon Ibn Khaldoun et Noweyri (Berbères, I, 220 et 380).

[166] Je corrige le texte, qui porte « El-Harich ».

[167] Je corrige le texte, qui lit, à tort, K’oteyba.

[168] ‘Omar ben Hafç périt en 153, d’après le Nodjoûm (s, 411).

[169] On trouve aussi ce nom écrit Djemil {Berbères, i, 381, 383, 384, etc.) ; le Bayân écrit Djemîl ben H’afç (i, 66). Cf. Fournel, i, 374 et 375.

[170] Les faits ne sont pas tout à fait présentés sous le même jour dans les Berbères (i, 383).

Les ruines de la région de Tobna Barika
Carte des ruines de la région de Tobna Barika Abbasside 

Description de l’Afrique septentrionale / par al-Bakrī, ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-ʿAzīz Abū ʿUbayd Allah(1040-1094) ; traduite par Mac Guckin de Slane*

Ibn hawqal  (920-982) description de l’Afrique et de l’espagne 

Blog arabe algérien sur la ville et le site de Tobna http://tobnabarika.blogspot.fr/

Grange, Raoul: Monographie de Tobna (Thubunae) 99-102 Jacquot ,Lucien  http://digi.ub.uniheidelberg.de/diglit/recconstantine1901/0021

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s