Poème « Avez-vous nouvelles des gens d’Andalousie » par le poète Abu Mohammed Salih Ben Abi Charif al-Rundi dit Abu al-Baqa (1204-1285) :

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« Avez-vous nouvelles des gens d’Andalousie » par le poète Abu Mohammed Salih Ben Abi Charif al-Rundi dit Abu al-Baqa (1204-1285) :

Abu Mohammed Salih Ben Abi Charif al-Rundi (أبو محمد صالح بن أبي الشريف الرندي) connu aussi sous le nom de Abu al-Baqa al-Rundi (aussi transcrit Abul Beca ar-Rondi ou bien Abu Al Baqae Arrondi) (أبو البقاء الرندي) est un poète arabe andalous originaire de Ronda, né en Séville en 1204 et mort à Ceuta en 1285 ,

Place Abul Beka à Ronda
Place Abul Beka à Ronda

Bien que peu d’information sont disponibles sur la vie de ce poète, il est devenu célèbre grâce à son poème Thrène de Séville 3 (dit aussi Thrène de l’Andalousie ou bien Oraison funèbre de l’Andalousie) (رثاء الأندلس) écrit en 1267 dans lequel il se lamente sur le sort des villes andalouses qui tombent les une après les autres aux mains des croisés  espagnols tel qu’il est le cas de la ville de Séville qui a été conquise par Ferdinand III de Castille en 1248. Abu al-Baqa al-Rundi a écrit ce poème aussi dans l’espoir d’avoir de l’aide des musulmans d’Afrique du Nord pour sauver ce qui reste de l’Andalus  

Ces événements déroule a la fin de l’état Almohades.

Accomplie, toute chose porte sa carence :
La douceur de vivre ne doit leurrer personne.
Tel que je vois, tout est affaire d’alternance,
Comblé un instant, on en pâtit l’éternité.
La vie ici-bas n’épargne jamais personne,
Jamais rien ne demeure longtemps inchangé.
Le temps lacère fatalement tout bienfait,
Dès qu’on érige trop haut ses moucharabiehs.
Et toute épée est promise au néant, fût-elle
Celle de Ibn Dhi Yazin
3, fût-elle dans deux fourreaux.
Où sont les rois de la couronne du Yémen
 ?
Et où sont donc les diadèmes ni les guirlandes
 ?
Où sont les bâtisses que fit Chadad à Irem
 ?
Où est le règne des Sassanides persans ?
Où sont tous les trésors amassés par Crésus ?
Où sont ceux de Ad, de Chadad et de Qahtan
7 ?
Ils subirent tous un imparable destin,
Et ce fut comme s’ils n’avaient jamais existé.
Les rois et les règnes qui furent en devinrent
Comme le récit d’un songe par un grand dormeur.
Le temps s’en prit à Darius et son assassin,
Puis Hanta Kosrau qui ne trouva point d’abri.
C’est comme si le Grand Cyrus ne fût jamais,
Que le règne de Salomon n’eût jamais lieu.
Les drames dus au temps sont tellement variés,
Et l’éternité a ses heurs et ses malheurs.
Un oubli vient adoucir toute catastrophe,
Or il n’est pas d’oubli pour ce qui frappa l’islam.
Un drame insurmontable s’abattit sur l’île
 ;
Ohod
 en croula et Thalan s’en affaissa ;
Touchée par le mauvais œil, elle fut mortifiée ;
L’islam disparut de maints pays et contrées.
Prenez à Valencia
 nouvelles de Murcie,
Et où est Xàtiva
, plutôt où est Jaén?
Et où est Cordoue
, qui est la cité des sciences
Où tant de savants connurent un grand renom ?
Où sont donc Séville
 et toutes ses promenades ?
Où est son fleuve à l’eau douce, toujours abondant ?
Ce sont les pierres angulaires du pays.
Comment y demeurer, dès lors qu’elles ne sont plus ?
Voici que la fontaine blanche pleure de peine
– Comme qui, éploré, pleure sa bien-aimée –
De voir un pays où l’islam n’est plus présent ;
Par lui déserté, par l’apostasie peuplé,
Et où les mosquées sont devenues des églises,
Où l’on ne voit plus que des cloches et que des croix ;
Même les mihrabs
, inanimés, en pleurent,
Et les minbars
, qui ne sont que du bois, en pleurent.
Vous qui êtes distrait malgré les leçons du temps,
Si vous, vous sommeillez, il est toujours en veille ;
Vous qui marchez gaiement tout à votre patrie,
Comment peut-on s’acclimater après Séville ?
Cette catastrophe fait oublier le reste,
Elle qui, jamais, ne tombera dans l’oubli.
Vous qui chevauchez des purs-sangs, au ventre mince,
Qui sur le champ de course sont tels des aigles ;
Vous qui portez les fines épées venues d’Inde
Comme un feu dans la poussière drue des sabots,
Qui gambadez outre-mer en toute quiétude,
Vous jouissez, chez vous, de dignité et de pouvoir.
Avez-vous nouvelles des gens d’Andalousie ?
Les caravanes ont transporté leur récit ;
Combien les pauvres gens nous appellent au secours,
Victimes et prisonniers, et personne ne bouge.
Pourquoi cette scission entre vous musulmans ?
Or, créatures de Dieu, vous êtes tous frères.
À moi ! âmes fières et bonnes volontés
Qui sont les partisans du bien et ses agents.
Oh ! vilenie d’un peuple connaissant la gloire
,
En est là par apostasie et tyrannie.
Hier encore, ils étaient les maîtres
 chez eux
Aujourd’hui, ils sont soumis en terre hérétique.
C’est pitié de les voir perdus, sans aucun guide,
Porteurs de tous les signes de l’humiliation.
Les voir pleurer, alors qu’on les donnait à vendre,
Vous aurait scandalisé et beaucoup peiné.
Il est des mères séparées de leurs enfants,
Tout comme une âme qui est de son corps dissociée.
Ou cette enfant belle comme un soleil levé
,
Comme si elle était jacinthe et corail,
Le Barbare la mène vers son lot forcée.
Les yeux larmoyants et le cœur endolori,
C’est pour de tels faits que le cœur fond de peine
S’il y reste une trace d’islam ou de foi.

3لِـكُلِّ  شَـيءٍ  إِذا مـا تَمّ نُقصانُ      فَـلا  يُـغَرَّ بِـطيبِ العَيشِ إِنسانُ
هِـيَ  الأُمُـورُ كَما شاهَدتُها دُوَلٌ      مَـن  سَـرّهُ زَمَـن سـاءَتهُ أَزمانُ
وَهَـذِهِ  الـدارُ  لا تُبقي عَلى أَحَدٍ      وَلا  يَـدُومُ عَـلى حـالٍ لَها شانُ
يُـمَزِّقُ الـدَهرُ حَـتماً كُلَّ سابِغَةٍ      إِذا نَـبَت مَـشرَفِيّات وَخـرصانُ
وَيَـنتَضي  كُـلَّ  سَيفٍ للفَناء وَلَو      كـانَ  ابنَ ذي يَزَن وَالغِمد غمدانُ
أَيـنَ  المُلوكُ ذَوي التيجانِ مِن يَمَنٍ      وَأَيـنَ مِـنهُم أَكـالِيلٌ وَتـيجَانُ
وَأَيـنَ مـا شـادَهُ شَـدّادُ في إِرَمٍ      وَأيـنَ  ما  ساسَه في الفُرسِ ساسانُ
وَأَيـنَ  مـا حازَهُ قارونُ من ذَهَبٍ      وَأَيـنَ عـادٌ وَشـدّادٌ وَقَـحطانُ
أَتـى  عَـلى الـكُلِّ أَمرٌ لا مَرَدّ لَهُ      حَـتّى  قَضوا  فَكَأنّ القَوم ما كانُوا
وَصـارَ ما كانَ مِن مُلكٍ وَمِن مَلكٍ      كَما حَكى عَن خَيالِ الطَيفِ وَسنانُ
دارَ  الـزَمانُ  عَـلى دارا وَقـاتِلِهِ      وَأَمَّ  كِـسرى  فَـما آواهُ إِيـوانُ
كَـأَنَّما  الصَعبُ لَم يَسهُل لَهُ سببٌ      يَـوماً  وَلا مَـلَكَ الـدُنيا سُلَيمانُ
فَـجائِعُ  الـدُهرِ أَنـواعٌ مُـنَوَّعَةٌ      وَلِـلـزَمانِ  مَـسرّاتٌ وَأَحـزانُ
وَلِـلـحَوادِثِ  سـلوانٌ يُـهوّنُها      وَمـا  لِـما حَـلَّ بِالإِسلامِ سلوانُ
أَتـى  عَـلى الـكُلِّ أَمرٌ لا مَرَدّ لَهُ      حَـتّى  قَضوا  فَكَأنّ القَوم ما كانُوا
دهـى  الـجَزيرَة أَمـرٌ لا عَزاءَ لَهُ      هَـوَى  لَـهُ أُحُـدٌ وَاِنـهَدَّ ثَهلانُ
أَصـابَها  العينُ في الإِسلامِ فاِرتزَأت      حَـتّى خَـلَت مِـنهُ أَقطارٌ وَبُلدانُ
فـاِسأل بَـلَنسِيةً مـا شَأنُ مرسِيَةٍ      وَأَيـنَ  شـاطِبة  أَم أَيـنَ جـيّانُ
وَأَيـن  قُـرطُبة دارُ الـعُلُومِ فَكَم      مِـن  عـالِمٍ  قَد سَما فِيها لَهُ شانُ
وَأَيـنَ حـمص وَما تَحويِهِ مِن نُزَهٍ      وَنَـهرُها الـعَذبُ فَـيّاضٌ وَمَلآنُ
قَـوَاعد  كُـنَّ أَركـانَ البِلادِ فَما      عَـسى  الـبَقاءُ  إِذا لَم تَبقَ أَركانُ
تَـبكِي  الحَنيفِيَّةُ  البَيضَاءُ مِن أَسَفٍ      كَـما  بَـكى لِفِراقِ الإِلفِ هَيمَانُ
عَـلى  دِيـارٍ مـنَ الإِسلامِ خالِيَةٍ      قَـد  أَقـفَرَت وَلَها بالكُفرِ عُمرانُ
حَيثُ المَساجِدُ قَد صارَت كَنائِس ما      فـيـهِنَّ  إِلّا نَـواقِيسٌ وصـلبانُ
حَـتّى المَحاريبُ تَبكي وَهيَ جامِدَةٌ      حَـتّى الـمَنابِرُ تَـبكي وَهيَ عيدَانُ
يـا غـافِلاً وَلَـهُ في الدهرِ مَوعِظَةٌ      إِن كُـنتَ فـي سنَةٍ فالدهرُ يَقظانُ
وَمـاشِياً  مَـرِحاً يُـلهِيهِ مَـوطِنُهُ      أَبَـعدَ  حِـمص تَـغُرُّ المَرءَ أَوطانُ
تِـلكَ  الـمُصِيبَةُ أَنسَت ما تَقَدَّمَها      وَمـا  لَـها  مِن طِوَالِ المَهرِ نِسيانُ
يـا أَيُّـها الـمَلكُ الـبَيضاءُ رايَتُهُ      أَدرِك بِـسَيفِكَ أَهلَ الكُفرِ لا كانوا
يـا راكِـبينَ عِـتاق الخَيلِ ضامِرَةً      كَـأَنَّها فـي مَـجالِ السَبقِ عقبانُ
وَحـامِلينَ سُـيُوفَ الـهِندِ مُرهَفَةً      كَـأَنَّها فـي ظَـلامِ الـنَقعِ نيرَانُ
وَراتِـعينَ  وَراءَ الـبَحرِ فـي دعةٍ      لَـهُم بِـأَوطانِهِم عِـزٌّ وَسـلطانُ
أَعِـندكُم  نَـبَأ  مِـن أَهلِ أَندَلُسٍ      فَـقَد سَـرى بِحَدِيثِ القَومِ رُكبَانُ
كَم  يَستَغيثُ  بِنا المُستَضعَفُونَ وَهُم      قَـتلى وَأَسـرى فَـما يَهتَزَّ إِنسانُ
مـاذا  الـتَقاطعُ في الإِسلامِ بَينَكُمُ      وَأَنـتُم يـا عِـبَادَ الـلَهِ إِخـوَانُ
أَلا  نُـفوسٌ  أَبـيّاتٌ لَـها هِـمَمٌ      أَمـا عَـلى الـخَيرِ أَنصارٌ وَأَعوانُ
يـا  مَـن لِـذلَّةِ قَـوم بَعدَ عِزّتهِم      أَحـالَ  حـالَهُم كـفرٌ وَطُـغيانُ
بِـالأَمسِ  كانُوا  مُلُوكاً فِي مَنازِلهِم      وَالـيَومَ هُـم في بِلادِ الكُفرِ عُبدانُ
فَـلَو  تَـراهُم حَيارى لا دَلِيلَ لَهُم      عَـلَيهِم  مـن ثـيابِ الذُلِّ أَلوانُ
وَلَـو  رَأَيـت بُـكاهُم عِندَ بَيعهمُ      لَـهالَكَ  الأَمـرُ وَاِستَهوَتكَ أَحزانُ
يـا  رُبَّ أمٍّ وَطِـفلٍ حـيلَ بينهُما      كَـمـا  تُـفَرَّقُ  أَرواحٌ وَأَبـدانُ
وَطفلَة مِثلَ حُسنِ الشَمسِ إِذ برزت      كَـأَنَّما  هـيَ يـاقُوتٌ وَمُـرجانُ
يَـقُودُها  الـعِلجُ لِلمَكروهِ مُكرَهَةً      وَالـعَينُ  بـاكِيَةٌ وَالـقَلبُ حَيرانُ
لِـمثلِ  هَذا  يَبكِي القَلبُ مِن كَمَدٍ      إِن كـانَ فـي القَلبِ إِسلامٌ وَإِيمانُ

Liens pour le poème : 

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