Le commerce dans les Etats croisés latins d’Orient vu par le voyageur arabe andalous ibn Jubayr al-Kinani

Publié le Mis à jour le

 Abu Firas Al Hamadani à  Alep Bilad al-Sham
Commerçants chrétiens vénitiens venu d’Italie , en orient au Bilad al-sham (Syrie) lors des croisades

Le commerce dans les Etats latins d’Orient vu par le voyageur arabe andalous  ibn Jubayr al-Kinani

L’auteur de ce journal de voyage, Ibn Jubayr, est un musulman andalou qui accomplit le pèlerinage à La Mecque en 1184. Il revint par la Syrie pour prendre le bateau à Saint-Jean d’Acre, afin de revenir en Andalousie.
« Nous avons été témoins ce mois-là du départ de Saladin avec toute l’armée musulmane pour aller assiéger Hisn al-Karak qui est une citadelle chrétienne des plus importantes. En effet elle barre la route du Hedjaz et empêche les musulmans de circuler en terre ferme ; elle se trouve à environ une journée de marche de Jérusalem. C’est le point névralgique de la Palestine. De là on a une vue dégagée sur tout le pays. Cette forteresse est entourée d’habitations et on dit qu’elle comprendrait jusqu’à quatre cents villages. Saladin l’assiégea et l’encercla pendant longtemps. Alors, le va-et-vient des caravanes d’Egypte vers Damas à travers le pays franc ne fut pas interrompu ainsi que celui des Musulmans de Damas à Akka [Saint-Jean-d’Acre]. On n’empêchait aucun marchand de commercer, ni ne l’inquiétait. Les Chrétiens font payer une taxe aux Musulmans qui traversent leur territoire, ceux-ci jouissant d’une sécurité extrême ; les marchands chrétiens versent aussi en territoire islamique une taxe sur leurs produits, l’entente régnant entre eux et l’équité étant de rigueur en toutes circonstances. Les hommes de guerre s’occupent de leurs conflits pendant que les autres sont en paix, les biens matériels appartenant aux vainqueurs. C’est ainsi que les gens de ce pays se comportent alors qu’ils sont en guerre (…).
Mardi 10 de ce mois [18 septembre], nous arrivâmes le matin à Akka -que Dieu la détruise ! On nous conduisit vers le Diwan [la douane] qui est un caravansérail réservé au logement des
3caravanes. Devant la porte, on vit des banquettes recouvertes de tapis sur lesquelles se tenaient des secrétaires chrétiens de la douane qui avaient des écritoires en ébène ornées de dorures. Ils écrivaient et parlaient l’arabe. Leur chef, fermier de la douane, porte le nom de Sahib , titre qui lui est donné à cause de l’importance de sa fonction ; en effet c’est le titre qu’on donne à toute personne haut placée qui a une fonction autre que militaire. Toutes les taxes collectées reviennent aux fermiers qui ont pour cette douane des fermages importants. Les marchands déposèrent leurs marchandises dans le caravansérail et logèrent dans la partie supérieure. Un employé demanda qui n’avait pas de marchandises afin de vérifier s’il n’y en avait pas de dissimulées. Alors les marchands eurent la possibilité d’aller loger où ils voulaient (…).
[Saint-Jean d’Acre] C’est la capitale des Francs en Syrie, l’escale des bateaux aussi grands que des montagnes, le port que fréquentent tous les navires, comparable par son importance à celui de Constantinople, le rendez-vous des vaisseaux et des caravanes, le lieu de rencontre des marchands musulmans et chrétiens venus de tous les horizons. Ses places et ses rues sont si animées qu’on ne peut y mettre un pied. Dans cette ville, partout sévissent l’incroyance et l’iniquité, partout on voit des porcs et des croix. C’est une cité puante et sale qui regorge d’immondices et d’excréments. Les Francs l’ont conquise sur les Musulmans au cours des dix premières années du VIe siècle [XIIIe siècle]. L’Islam l’a pleurée à chaudes larmes et ce fut l’une de ses afflictions. Ses mosquées ont été transformées en églises et leurs minarets en clochers. »
Ibn Jubayr, Relation de voyage, 1184-1185, dans : Voyageurs arabes, La Pléiade, 1995, p. 309, 325, 326 et 332.

Ibn Djubayr al-Kinani (ابن جبير en arabe – nom complet Abū ad-Dīn al-Husayn Muhammad ibn Ahmad ibn Jubayr), également appelé Jabair (11451217) est un fonctionnaire de cour, intellectuel et écrivain d’Al-Andalous. Il raconta ses voyages à La Mecque dans sa Relation de voyagesal-Kinânî  Issu d’une famille de notables, d’ascendance arabe .

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