Le géographe andalous Ibn Jubayr reviens sur la situation des Musulmans dans l’île de Sicile (as-Siqiliya) (1184-1185) sous le roi croisé normand Guillaume II (7 mai 1166 – 1189) 2

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L'Italie du sud   - - - -
L’Italie du sud et Sicile Normande 12 eme siècle par Osprey et Angus Mcbride

1 Chevalier Sicilien Normand 12 eme siècle –
2 Fantassin sud-italien du 12eme siècle –
3 Musulman sicilien fantassin du 12 em siècle –

« En cette cité, les musulmans conservent quelques restes de leur foi ; ils fréquentent la plupart de leurs mosquées et ils y célèbrent la prière rituelle sur un appel clairement entendu. Ils ont des faubourgs qu’ils habitent seuls, à l’exclusion des chrétiens. Les souks en sont fréquentés par eux, et ils en sont les marchands. Ils ont un cadi devant lequel ils élèvent leurs procès ; ils ont une mosquée principale où ils s’assemblent pour faire la prière et qu’ils ont grand soin d’illuminer en ce mois béni [ramadan]. Les mosquées ordinaires sont fort nombreuses, innombrables. Pour la plupart, elles servent de classes pour les professeurs de Coran. En somme, ces gens sont des isolés, séparés de leurs frères les musulmans, sous tutelle des infidèles, et ils n’ont aucune sécurité, ni pour leurs biens, ni pour leurs femmes, ni pour leurs fils. Dieu veuille les rétablir en leur état, grâce à une intervention favorable. (…)

L’un des édifices des infidèles les plus extraordinaires que nous ayons vus est l’église dite de l’Antiochien. Nous l’avons visitée le jour de la Nativité, qui est pour les chrétiens une très grande fête à laquelle ils se rendent en foule, hommes et femmes. Son architecture nous offrit un spectacle indescriptible, tel qu’il faut décider qu’elle est le plus merveilleux des ouvrages de ce bas monde. Ses murs sont, à l’intérieur, entièrement revêtus d’or, avec des plaques de marbre de différentes couleurs, tel qu’on n’en vit jamais de pareil ; les murs sont ornés partout de mosaïques d’or et couronnés d’arborescences en mosaïque verte. (…) Cette église a un clocher qui repose sur des piliers-colonnes en marbre de différentes couleurs, et une coupole y est élevée sur d’autres colonnes. C’est la construction la plus extraordinaire qui soit. Dieu veuille l’honorer bientôt de l’appel à la prière, par sa bonté et son intervention généreuse !

Dans cette ville, la parure des chrétiennes est celle des femmes des musulmans. La langue alerte, enveloppées et voilées, elles sont dehors à l’occasion de la fête dont nous venons de parler ; vêtues d’étoffes de soie brochées d’or, drapées dans des vêtements magnifiques, voilées de voiles aux couleurs variées, chaussées de bottines brodées d’or, elles se pavanent en se rendant à leurs églises ou plutôt à leurs gîtes ; elles portent, en somme, toute la parure des femmes des musulmans, y compris les bijoux, les teintures et les parfums.

Nous sortons de Palerme au petit matin du vendredi pour nous rendre à Trapani, à la recherche de deux navires s’en allant l’un en Andalus, l’autre à Ceuta ; tous deux avaient fait voile vers Alexandrie et transportaient des pèlerins et des marchands musulmans. Nous passons par une suite ininterrompue de villages et de fermes fort rapprochées ; nous voyons des labours et des cultures en un terroir tel qu’on n’en saurait trouver de plus généreux, de plus excellent, de plus étendu ; nous les comparons à celui de la campagne de Cordoue ; mais la terre est ici encore meilleure et plus forte. Sur notre route, nous passons une seule nuit dans une localité appelée Alcamo, grande et vaste, avec un souk et des mosquées. Les habitants de cette ville, comme ceux des fermes que nous avons rencontrées sur notre route, sont tous musulmans. Nous en partons à l’aube du samedi et, dans les environs, nous passons près d’une grande localité avec de nombreux bains d’eau chaude. Nous descendons de monture et délassons notre corps en nous y baignant. Nous arrivons à Trapani à la tombée de la nuit et nous nous installons dans une maison que nous prenons en location. (…)

Cette ville a un souk, un bain et toutes les commodités que l’on doit trouver dans une ville. (…) Elle jouit d’une aisance qui provient du bon marché des denrées que l’on y trouve, car elle possède un très vaste territoire en labour. Les habitants sont des musulmans et des chrétiens, chacune des deux fractions y ayant mosquées et églises. (…) Ce jour avait été jour de jeûne pour les habitants de cette cité. Ceux-ci célébrèrent la fête [de rupture de jeûne] (…). Les gens de la ville sortirent de la ville pour se rendre au champ de prières. Ils se mirent en marche avec timbales et trompettes. Nous fûmes surpris de cela, et de la licence que les chrétiens leur en laissaient. »

 

« La plus belle des cités de la Sicile est la résidence de son roi ; les musulmans l’appellent la cité al Madina al-Balharm et les chrétiens Palerme ; c’est là que demeurent les musulmans citadins ; ils y ont des mosquées et les souks qui leur sont réservés dans les faubourgs sont nombreux. Tous les autres musulmans habitent les fermes, les villages et les autres villes, comme Syracuse, etc. Mais c’est la grande cité, résidence du roi Guillaume qui est la plus importante et la plus considérable ; Messine ne vient qu’après elle (…)

L’attitude du roi est vraiment extraordinaire. Il a une conduite parfaite envers les musulmans ; il leur confie des emplois, il choisit parmi eux ses officiers et tous, ou presque tous, gardent secrète leur foi et restent attachés à la foi de l’islam. Le roi a pleine confiance dans les musulmans et se repose sur eux dans ses affaires et de l’essentiel de ses préoccupations, à tel point que l’intendant de sa cuisine est un musulman (…)

Ce roi a des palais superbes et des jardins merveilleux, particulièrement dans sa capitale. À Messine, il a un château, blanc comme la colombe, qui domine le rivage de la mer. Il a un choix nombreux de pages et de femmes esclaves. Il n’y a point de roi des chrétiens qui soit plus splendide en sa royauté, plus fortuné, plus luxueux que lui (…) Un autre trait que l’on rapporte de lui et qui est extraordinaire, c’est qu’il lit et écrit l’arabe. »

Ibn Jubayr, Relation de voyage (1184-1185) in Voyageurs arabes, Gallimard, 1995 

Tadhkira bi-akhbâr `an ittifâqât al-asfâr (Relations des péripéties qui surviennent pendant les voyages), plus couramment appelée Relation de voyages 

Ibn Djubayr al-Kinani (ابن جبير en arabe – nom complet Abū ad-Dīn al-Husayn Muhammad ibn Ahmad ibn Jubayr), également appelé Jabair (11451217) est un fonctionnaire de cour, intellectuel et écrivain d’Al-Andalous. Il raconta ses voyages à La Mecque dans sa Relation de voyagesIbn Djubayr al-Kinânî  comme ont nom l’indique est Issu d’une famille de notables, d’ascendance arabe d’andalousie . 

 

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