Tunis est capitale du califat Islamique après la chute de Baghdad sous les Hafsides :

Publié le Mis à jour le

L'état Hafside
L’état Hafside

Le dernier état de l’ancienne Ifriqiya avant l’ère Ottomane, le rôle de Tunis comme capitale califale Islamique après la chute de Baghdad :

 » L émir hafside de Tunis ne fut d’abord pour le gouvernement almohade qu’un simple gouverneur de province mais après la mort de Mohammed al-Nâssir la puissance des Almohades commença à décroître

A côté des descendants dégénérés d’Abd el Moumen s’élevèrent deux familles issues comme eux de la race berbère et de la tribu de Zenâta les Beni Merîn et les Beni Zeïyân .

Vers l’an 1250 les Beni Merîn (mérinides) étaient maîtres de Fès et les Beni Zeïân (zayyanides) de Tlemcen.

De leur côté les Beni Hafes profitèrent de l’affaiblissement du pouvoir central pour briser le lien de vasselage qui les avait rattachés jusqu alors à l’empire des Almohades et se déclarèrent indépendants.

Bannière Hafside
Bannière Hafside

Réduit à la seule province de Marrakesh  la monarchie d’Abd el Moumen s’amoindrissait de jour en jour.

Elle s écroula en 1269 sous l’effort des Beni Merîn un combat livré dans la province de Dukkâla emporta le dernier des Almohades et la dynastie qu’il représentait.

Le Maghreb se trouva alors partagé de nouveau en trois monarchies indépendantes les Beni Merîn à Fès (mérinides) les Beni Zeïân (zayyanides) à Tlemcen et les Beni Hafes (Hafsides) à Tunis

Le sultan Hafside Mulay Ahmad de Tunis
Le sultan Hafside Mulay Ahmad de Tunis

De ces trois empires le dernier était de beaucoup le plus considérable car il s étendait depuis le plateau de Barka jusqu au de là de Sétif et de Bougie et embrassait la moitié du Maghreb (1)

Aussi lorsque en 1258 le khalifat abbasside de Baghdad eut été renversé par les Tatares, Tunis devint elle la métropole religieuse de l’islam.

Bannière de la dynastie Hafside 1229-1574 ce fut sous cette dynastie que la La huitième croisade est une campagne militaire lancée par le roi Louis IX, futur « saint Louis », en 1270 à la suite des menaces que le sultan mamelouk Baybars fait peser sur les États latins d’Orient.
Bannière de la dynastie Hafside 1229-1574 ce fut sous cette dynastie que la La huitième croisade est une campagne militaire lancée par le roi Louis IX, futur « saint Louis », en 1270 à la suite des menaces que le sultan mamelouk Baybars fait peser sur les États latins d’Orient.

Il n y avait pas en effet à cette époque dans le monde musulman de souverain orthodoxe plus puissant que l’émir hafside.

C est à ce titre que les chérifs de La Mecque aussitôt après la prise de Baghdad lui envoyèrent leur soumission.

Elle fut lue en public à Tunis et dès lors les princes de la dynastie hafside prirent le titre d’émir el moumenîn Prince des fidèles et le surnom de Mustânser’Allah qui correspond à peu près à la formule  » Par la grâce de Dieu » (2)

L Espagne  et le Maghreb occidental suivirent l’exemple de La Mecque et reconnurent la souveraineté religieuse de Tunis.

Tous les regards se tournèrent vers la nouvelle Baghdad.

Le sultan Hafside Mulay Ahmad de Tunis
Le sultan Hafside Mulay Ahmad de Tunis

De tous les points du monde musulman des pèlerins accoururent pour la visiter.

Il est juste de dire que les souverains hafsides se montrèrent clignes de la haute fortune où les circonstances les avaient élevés.

Ils firent d’honorables efforts pour étendre et multiplier les relations commerciales du Maghreb et pour y encourager l’étude des sciences et des lettres.

Ainsi on les voit conclure des traités de commerce avec les principales puissances de l’Europe fonder des bibliothèques publiques ou les agrandir élever et doter des écoles construire des aqueducs et prendre enfin l’initiative d’un grand nombre de créations utiles. (..)

Ibn_Khla statue d'Ibn Khaldoun à Tunis Premier ministre Hafside à Béjaïa, mercenaire en chef des tribus Banou Hillal à Biskra, conseiller des princes de Grenade, égérie des dynastes de Tlemcen et de Fès, professeur à la Zitouna de Tunis, grand Cadi malékite du Caire, interlocuteur de Pierre le cruel de Séville et de Tamerlaaldoun
La statue d’Ibn Khaldoun à Tunis  qui fut le Premier ministre Hafside à Béjaïa, mercenaire en chef des tribus arabes Banou Hillal à Biskra, conseiller des princes Nasrides de Grenade, égérie des dynastes Zayyanide (berbère) de Tlemcen et des Mérinides (berbère) de Fès, professeur à la Zitouna de Tunis, grand Cadi malékite du Caire, interlocuteur de Pierre le cruel de Séville et de Tamerlan le sultan Turco-Mongol de Samarkand

Le califat Hafside par ibn Khaldoun :

L’émir Abu Zakariya le Hafside  se rend indépendant de la dynastie Almohade d’abd-al-Moumen par ibn Khaldoun:

Quand Abou-Zékérïa eut appris la conduite extraordinaire qu’El-Mamoun tenait à Marrakesh; comment il avait mis à mort beaucoup d’Almohades, surtout ceux qui appartenaient aux tribus de Hintata et de Tînmelel ; comment il avait ôté la vie à ses frères Ibrahîm et Abd-Allah[-el-Adel], celui qu’on avait détrôné; comment il avait ouvertement blâmé le Mehdi d’avoir prétendu à l’impeccabilité, proposé de nouveaux articles de foi, permis que l’appel à la prière fut fait en langue berbère, innové, par l’introduction d’un appel à la prière du grand-matin, donné une forme carrée aux monnaies et enseigné d’autres nouveautés ; comment, enfin, ce prince avait porté atteinte à la doctrine almohade en fondant sur d’autres bases l’organisation de l’empire, en supprimant le nom du Mehdi dans le prône du vendredi, en empêchant que ce même nom fût inscrit sur les monnaies et en faisant prononcer des malédictions publiques contre cet imam ; quand Abou-Zékérïa eut connaissance de ces événements, il résolut de proclamer la déchéance d’El-Mamoun l’Almohade, et, profitant, pour cela, de l’arrivée de quelques fonctionnaires que ce monarque venait de nommer à des places en Ifrîkïa, il les renvoya à leur maître et fit célébrer la prière publique au nom de son neveu Yahya-Ibn-eN-Nacer, qui se trouvait alors à la tête d’une insurrection dans la montagne des Heskoura.

Les pièces inovées Almohade de formes carrés décrite par ibn Khaldoun.
Les pièces inovées Almohade de formes carrés décrite par ibn Khaldoun.

Ceci se passa en l’an 626 (1228-9). Dès qu’il eut appris que Yahya était dans l’im puissance de rien effectuer, à cause de la faiblesse de son parti, il négligea ce prince tout-à-fait et se borna à faire la prière au nom de l’imam El-Mehdi.

A cette occasion, il prit le titre d’Emir et employa ce mot pour parapher ses lettres officielles; puis, en l’an 634 (1236-7), il se fit publiquement reconnaître pour souverain.

Alors, dans la prière du vendredi, à la suite du nom de l’imam El-Mehdi, on ajouta le sien avec la simple désignation d’émir sans aller jusqu’au titre d’Emir-el-Moumenin (commandant des croyants).

Les fonctionnaires de l’empire se permirent, cependant, de le désigner ainsi, jusqu’à ce qu’un certain jour, un des poètes, attachés à la cour, lui ayant récité un éloge en vers qui commençait ainsi : Courage j’ajoute le mot El-Moumenîn à celui d’émir.

Personnë ne mérite ce titre mieux que toi l il défendit à qui que ce fut de le lui donner, et tant qu’il régna, il ne voulut jamais l’adopter.

 Constantine, Algerie orientale.
Constantine, Algerie orientale.

PRISE DE BOUGIE ET DE CONSTANTINE.

Après avoir répudié la souveraineté de la famille d’Abd-el- Moumen et s’être déclaré indépendant à Tunis, l’émir Abou- Zékérïa marcha contre Constantine, l’an 626(1228-9).

Il tint cette ville investie pendant quelques jours, et, par suite des pro positions secrètes que lui fit Ibn-Alennas, il attaqua la place par un endroit mal gardé et y pénétra de vive force.

Le prince qui y exerçait le commandement et qui était fils d’Abou-Abd-Allah- el-Hardani, fils de Youçof-el-Acheri , fut fait prisonnier et remplacé par Ibn-en-Noman.

Cette conquête achevée, l’émir alla s’emparer de Bougie et se saisir du gouverneur, lecîd Abou- Amran, fils sussi du cîd Abou-Abd-Allah-el-Hardani.

Ces deux frères furent embarqués pour El-Mehdïa où ils devaient rester en détention et jouir d’une pension convenable; mais leurs fa milles furent transportées à Séville, en Espagne, sous la conduite d’Ibn-Aumaz *.

Avec les fils d’El-Hardani, l’émir Abou-Zékérïa envoya prisonniers à El-Mehdïa Mohammed-Ibn-Djamê, le fils de celui-ci et son neveu, Djaber-Ibn-Aun-Ibn-Djamê, tous chefs de la tribu de Mirdas, branche de celle d’Auf.

On y conduisit aussi Ibn-Abi-‘s-Cheikh-Ibn-Acaker, chef arabe douaouidien.Tous ces personnages furent enfermés dans la prison d’état.

Le ministre des finances à Bougie, Abou-Abd-Allah-el-Lihyani, qui avait embrassé le parti de son frère, Abou-Zékérïa, reçut de lui, plus tard, des charges d’une grande importance, et, toutes les fois que cet émir s’éloignait de Tunis, il y remplit les fonc tions de lieutenant.

En cette même année, Abou-Zékérïa confisqua les biens de son vizir Meimoun-Ibn-Mouça et l’envoya prisonnier à Cabes ; mais, plus tard, il lui permit de se retirer à Alexandrie.

Abou-Yahya- Ibn-Abi-‘l-Alâ-Ibn-Djamê, successeur de Meimoun dans le vizirat, conserva cette place toute sa vie.

Abou-Zeid, fils de Mohammed , frère cadet d’Abou-Yahya-Ibn-Djamê, fut choisi pour le remplacer et, jusqu’à sa mort, il conserva cette haute position.

Casbah Hammadite (11eme siècle) de Bejaia, Algerie
Casbah Hammadite (11eme siècle) de Bejaia, Algerie

MORT D’iBN-GHANÎA.

LE SULTAN ABOU-ZÉKËRÏA INSTALLE A BOUGIE , EN QUALITR DE GOUVERNEUR , SON FILS , L’ÉMIR ABOU – YAHYA- ZAKARÏYA.

Quand l’émir Abou-Zékérïa se fut rendu maître de l’Ifrîkîa, il prit aussitôt la résolution d’en expulser Ibn-Ghanîa.

Dans l’exécution de cette tâche, il remporta plusieurs victoires mémorables et parvint à chasser le chef almoravide de la province de Tripoli et du Zab.

Toujours acharné à la poursuite de son adversaire, il s’avança jusqu’à Ouergla, et ce fut alors qu’il bâtit la grande mosquée de cette ville.

Voulant ensuite mettre ses états à l’abri de toute attaque, il cantonna des corps d’armée sur les frontières et y établit des gouverneurs.

Pendant quelque temps, Ibn-Ghanîa, accompagné d’une petite troupe arabes de Soleimides, d’Hilaliens et d’autres Arabes, mena une vie errante dans les lieux où on l’avait repoussé, et il y mourut l’an 631 (1 233-4).

Comme il ne laissa pas de fib, on cessa de penser à lui, et Dieu effaça de la terre les traces de sa révolte.

Dès ce moment commença la prospérité de l’empire hafside ; l’esprit de la domination palpita dans le sein de cette dynastie, et le territoire dont elle était maîtresse prit une grande extension.

Abou-Zékérïa forma alors le projet de soumettre le Maghreb central et, en l’an 632, il quitta Tunis afin d’envahir les territoires occupés par les Zenata. Arrivé à Bougie, il y séjourna quelque temps et, de là, il alla s’emparer d’Alger.

Après avoir établi dans cette ville un gouverneur de son choix, il entra dans le pays des Maghraoua où il accueillit la prompte soumission de la famille Mendîl-Ibn-Abd-er-Rahman, et, voyant que les Beni- Toudjîn se disposaient à lui résister de vive force, il occupa la ville d’El-Bat’ha et les attaqua avec un succès complet.

Leur chef, Abd-el-Caouï-Ibn-el-Abbas, fut fait prisonnier et envoyé à Tunis.

La conquête du Maghreb effectuée, Abou-Zékérïa reprit le chemin de sa capitale et installa dans Bougie, en qualité de gouverneur, son fils, l’émir Abou-Yahya-Zékérïa.

Avec ce prince, il laissa un membre de la tribu berbère de Hintata nommé Yahya-Ibn- Saleh-Ibn-Ibrahîm, pour lui servir de vizir, et il plaça auprès de lui deux autres Hintatiens, l’un, nommé Abd-Allah-Ibn-Abi- Tehdi, en qualité de conseiller, et l’autre, Abd-el-Hack-Ibn- Yacîn, comme receveur des impôts.

Plus tard, il adressa à son fils une lettre de conseils dans laquelle il traita de toutes les ma tières qui regardent la religion, l’état et l’administration.

Ce document, émané d’une source aussi respectable, brille tellement par les pensées et le style que nous regardons comme un devoir de le reproduire .

Selon la description nous a donné le géographe Al-Udri , le mur a été d'une grande perfection et avait sept portes. Il a été construit de ciment et de tours semi-circulaires eu travaux au dernier niveau, qui se est ouverte dans une pièce fermée. Aujourd'hui, vous pouvez toujours voir les restes de certains de ces tours, en particulier dans le courant barrio del Carmen , dans la vieille ville de Valence
Valence, les reste du mur arabe et de l’un de ses tours, selon la description nous a donné le géographe  arabe Al-Udri , le mur de Valence  étais d’une grande perfection et avait sept portes. Il a été construit en ciment avec des  tours semi-circulaires 

VALENCE, MURCIE ET L’ESPAGNE ORIENTALE RECONNAISSENT LA SOUVERAINETE D’ABOU-ZÊKÉRÏA LE HAFSIDE ET LUI ENVOIENT UNE DÊPUTATION.

A l’époque où Ibn-Merdenîch-Abou-Djemîl-Zîan, fils d’Abou- Hamlat-Modafê, fils d’Abou-‘l-Haddjadj, fils de Sad, enleva la ville de Valence au cîd Abou-Zeid, fils du cîd Abou-Hafs, l’in fluence que la dynastie d’Abd-el-Moumen avait exercée en Espagne venait de s’éteindre.

Après la révolte d’Ibn-Houd contre El- Mamoun [le souverain almohade] et la guerre qui en fut la suite, Ibn-el-Ahmer s’empara d’Arjona; ensuite, de toute part, le tumulte des combats retentit dans ce malheureux pays.

Le roi chrétien [Saint-Ferdinand] attaqua, de plusieurs côtés, les frontières musulmanes, et le roi d’Aragon établit le blocus autour de Valence.

Pendant l’année 633 (1235-6), les musulmans eurent à soutenir sept siéges contre les chrétiens : deux à Valence, un à l’île de Xucar et Xativa, un à Jaen, un à Tavira, un à Murcie et un à Niebla.

D’un autre côté, la flotte génoise menaça la ville de Ceuta.

Le roi de Castille se rendit maître de Cordoue; celui d’Aragon occupa Xucar et plusieurs autres forteresses de la pro vince de Valence.

Pour faciliter le blocus de cette dernière ville, le roi d’Aragon fit élever le château d’Enessa et s’éloigna ensuite, après y avoir installé une garnison.

Zîan-Ibn-Merdenîch forma alors le projet d’attaquer les troupes établies dans cette place forte, et rassembla sous ses drapeaux les populations de Xativa et de Xucar, afin de marcher contre les chrétiens.

Dans la rencontre qui s’ensuivit, les musulmans furent mis en déroute, la plupart d’entre eux furent blessés ou tués, et Abou-‘r- Rebiâ-lbn-Salem, le plus savant traditioniste de l’Espagne, y trouva le martyre. Cette journée funeste présagea la chute de Valence.

La cavalerie chrétienne commença alors à inquiéter la ville par des incursions sans cesse renouvelées ; puis, dans le mois de Ramadan 635 (avril-mai 1 238), le roi d’Aragon vint y mettre le siége et la réduisit presque à la dernière extrémité.

Dans l’empire du Marrakesh, la dynastie (Almohade) d’Abd-el-Moumen était sans force; mais, en Ifrîkïa, venait de s’élever un nouveau royaume, celui des Hafsides.

Ibn-Merdenîch et les musulmans de l’Espagne orientale fixèrent donc leur espoir sur Abou- Zékérïa, et, croyant pouvoir ramener la fortune avec le concours de ce prince, ils lui envoyèrent un écrit par lequel ils le recon naissaient pour leur souverain.

Ibn-Merdenîch chargea son secrétaire, le jurisconsulte Abou-Abd-Allah-Ibn-el-Abbar, de s’y rendre aussi et de solliciter des secours.

Ce fut un jour bien solennel que celui dans lequel cette députation parut à la cour pour remplir sa mission.

Dans cette brillante assemblée, Ibn-el- Abbar récita son poème dont la rime est formée par la lettre s et dans lequel il implore le prince hafside de porter secours aux musulmans.

Nous reproduisons ici cette pièce remarquable :

« Que tu cavalerie,

— la cavalerie de Dieu,

— entre dans l’ Andalousie! pour délivrer ce pays; la route est frayée devant toi ».

Porte à l’Espagne suppliante un généreux secours; les op primés ont toujours invoqué ton puissant secours !

Accablé par ses douleurs, ce pays rend le dernier soupir I de combien de maux ne l’a-t-on pas abreuvé depuis le matin jusqu’au soir !

Malheureuse péninsule! tes habitants succombent, en victimes, sous les coups de l’adversité, et ton bonheur d’autrefois a fini par s’anéantir.

Avec chaque aurore survient une nouvelle calamité qui est pour toi un sujet de deuil, pour l’ennemi une fête.

Avec chaque soir arrive un nouveau désastre qui change la sécurité en crainte et la joie en tristesse.

Les chrétiens ont juré que le sort partagera entre eux tes trésors les plus précieux, [ces êtres] charmants que le voile [harem] dérobe aux regards.

En Valence et en Cordoue se passent des choses qui nous arrachent, non-seulement des soupirs, mais l’âme!

Dans plusieurs villes, l’infidélité est entrée, joyeuse et triomphante, pendant que la foi en est sortie tout éplorée.

Par suite des invasions, elles nous offrent un spectacle qui attriste la vue autant qu’il l’avait réjouie.

Que sont devenues leurs mosquées?

— L’ennemi les a changées en couvents!

— Et leurs lieux d’assemblée?

— On y entend le son de la cloche !

Comment, hélas ! rendre à al-Andalus ce qu’elle a perdu?

— Ces écoles où l’on étudiait le texte sacré et dont il ne reste que des ruines !

Où sont ces maisons de campagne où la main du zéphir butinait, à volonté, sur des robes [de verdure] et des manteaux brodés [de fleurs] ?

Là se trouvaient des bocages qui charmaient nos regards; mais leur fraîcheur a disparu, leur feuillage s’est desséché.

L’aspect des paysages qui les entourent produit maintenant un effet étrange : il force le voyageur à s’arrêter [pour répan dre des larmes] et l’habitant du sol à s’enfuir.

Comme les infidèles y ont promptement répandu la désolation!

Quelle ruine ! Semblables aux sauterelles, ils envahissent nos séjours pour les ravager.

Ils ont dépouillé Valence de sa parure en insultant ses frontières, ainsi que le lion chasseur accule saproie.

Où est la vie heureuse dont nous recueillions naguères les fruits savoureux? Où est la tige flexible [la belle à taille élancée] que nous faisions plier [vers notre sein] ? Un tyran, né pour perdre l’Espagne, en a effacé les charmes;

— pour la ruiner, jamais il ne dort, jamais il ne sommeille.

Les environs 1 frisonnèrent d’horreur quand il vint les occu per et mutiler leurs monuments superbes. Le champ lui est resté libre, et ses mains s’étendent pour saisir [un prix] auquel, à pas furtifs, il n’avait jamais pu atteindre [autrefois] .

Resté sans rival, il a vanté la doctrine de la trinité; mais si les unitaires* déployaient leur étendard, il n’oserait dire une parole.

Prince miséricordieux ! renoue le câble du[navire espagnol] auquel une guerre acharnée n’a laissé ni câble, ni mouillage. Fais revivre ce que l’ennemi y a détruit, de même que tu as remis en vie la doctrine du Mehdi.

Dans ces jours-là, tu fus le premier à courir au séjours de la vérité, et, chaque nuit, tu t’éclairais à la lumière de cette loi directrice.

Tu fus alors le champion de la cause de Dieu; [on t’y voyait agir] comme l’épée tranchante et comme le nuage qui verse ses eaux [bienfaisantes].

Tu as dissipé les ténèbres répandues par la doctrine almoravide 3, ainsi que les rayons du matin chassent la nuit obscure.

Voici des lettres, messagers qui invoquent ton aide; car tu es le meilleur de ceux_en qui l’homme réduit au désespoir puisse placer sa confiance.

Un navire, heureusement dirigé, est venu te trouver; il es père reconnaître en toi le seigneur bien-aimé, le maître intel ligent.

Porté sur l’Océan et ballotté par les vagues, il a essuyé également de légères et de rudes [épreuves].

Poussé par la tempête, il a déployé ses derniers efforts, à l’instar du coursier auquel tu fais déployer [ce qui lui reste de forces] pour atteindre le bout de la carrière.

Il est venu trouver [Abou- Zékérïa-] Yahya, fils d’Abd-el- Ouahed, fils d’Abou-Hafs, afin de baiser le sol que sa présence a sanctifié.

Ce prince auquel bien des royaumes obéissent comme seigneur spirituel et temporel; maintenant qu’ils ont revêtu la robe de sa bienveillance.

[Il est venu trouver un prince] dont chaque voyageur s’em presse de baiser la main, et vers lequel chaque malheureux accourt pour obtenir des bienfaits.

[Un prince] favorisé de Dieu, dont les flèches frapperaient les étoiles, s’il lui plaisait d’y viser, et auquel la limite du monde dirait, sans hésiter : « Me voici à ton service, » s’il lui ordonnait d’approcher. 

[A lui appartient] un émirat dont le drapeau est porté par la main du destin, et un empire dont la puissance entraine tous les obstacles *.

Chez lui, la lumière du jour provient de l’éclat de ses dents, et la couleur foncée de ses lèvres fournit des ténèbres à la nuit *.

On le croirait la lune, entouré, comme il l’est, d’un halo de gloire et d’une garde de lances qui étincellent [comme les étoiles] .

A lui, appartiennent deux stations : la terre et les pléiades; stations auxquelles ce qui est exalté [les planètes] et ce qui est enraciné dans la terre [les montagnes] doivent céder en sublimité.

Roi favorisé de Dieu ! tu seras pour l’Espagne un [signe de] majesté devant lequel les ennemis de la foi tomberont renversés. 

On regarde comme une nouvelle certaine que tu dois rendre la vie à ce pays en donnant la mort aux rois des Francs ‘.

Purifie [par le sang] ton pays [l’Espagne] de la souillure que lui imprime la présence de l’ennemi ; la pureté ne s’obtient qu’en lavant les souillures.

Qu’une armée invincible foule le sol espagnol, jusqu’à ce que la tête de chaque chef s’abaisse [devant toi].

Porte secours à tes serviteurs qui, au fond de l’Espagne orientale, ont les yeux remplis de larmes *.

Ils se sont dévoués à ton service; mais leur séjour, miné par une maladie, va s’écrouler, à moins que tu n’y portes remède.

Jouis d’avance du bonheur que tu goûteras en dotant l’An dalousie de chevaux sveltes et de lances effilés.

Indique lui l’époque de la victoire qu’elle s’attend à rem porter; espérons que le [dernier] jour de l’ennemi va bientôt arriver !

L’émir Abou-Zékérïa exauça cette prière et fit partir pour l’Espagne une flotte chargée de vivres, d’armes et d’argent, le tout évalué à cent mille pièces d’or.

Abou-Yahya, fils de Yahya- Ibn-es-Chehîd le hafside, qui commandait cette expédition, parut devant Valence et, trouvant la ville étroitement bloquée [ainsi que nous l’avons dit], il alla débarquer ces munitions à Dénia.

Comme personne ne s’y présenta au nom d’Ibn-Merdenîch pour les recevoir, il prit le parti de tout vendre et d’en rapporter le prix.

Valence souffrait alors à un tel degré par suite du blocus qu’un grand nombre des habitants mourut de faim; aussi, dans le mois de Safer 636 (sept.-oct. 1238), la gar-nison entra en pourparlers et livra la place à Djacma (Jayme), roi d’Aragon.

Ibn-Merdenîch quitta la ville lors de cette capitulation et passa dans l’île de Xucar où il fit proclamer la souveraineté d’ Abou-Zékérïa.

Quant à Ibn-el-Abbar, il repartit pour Tunis et entra au service du sultan. Ibn-Merdenîch ayant été expulsé de Xucar par l’ennemi qui était venu l’y assiéger, se rendit à Denia, dans le mois de Redjeb (février-mars 1 239) de la même année, et fit prêter aux habitants le serment de fidélité envers Abou-Zékérïa.

Ensuite, il pratiqua des intelligences avec les habitants de Murcie qui, vers le commencement de l’année, avaient reconnu pour souve rain Abou-Bekr-Azîz-Ibn-Abd-el-Mélek-Ibn-Khattab.

Secondé par eux, il força les portes de la ville, dans le mois de Ramadan (avril-mai 1239), ôta la vie à ce chef, envoya à l’émir Abou- Zékérïa l’adhésion des habitants et rangea sous son obéissance l’Andalousie orientale. En 637 (1239-40), ses ambassadeurs lui rapportèrent de Tunis un acte qui le confirmait dans le gouvernement de ce pays.

Il s’y maintint encore un an ; mais , s’étant laissé enlever la ville de Murcie par Ibn-Houd, il dut se retirer dans la forteresse de Lecant-el-Hosoun (Luchente).

En l’an 644 (1246), quand le roi de Barcelonne lui enleva cette place*, il se rendit à Tunis.

Tlemcen , Algérie Occidental
Tlemcen , Algérie Occidental

PRISE DE TLEMCEN ET SOUMISSION DES BENI-ABD-EL-OUAD A LA DOMINATION HAFSIDE.

L’émir Abou-Zékérïa, après avoir soustrait l’Ifrîkïa à la domination de la famille d’Abd-el-Moumen, aspira au trône de l’empire almohade et à la possession de Maroc. Pour y parvenir, il chercha d’abord à se ménager des intelligences avec les Zenata dont l’appui lui parut indispensable.

A plusieurs reprises, il mit en œuvre messages et sollicitations, dans l’espoir de gagner les chefs de ce peuple et, surtout, les émirs des Beni-Merîn, des Beni-Abd-el-Ouad, des Toudjîn et des Maghraoua.

A l’égard de Yaghmoracen l’abd-el-ouadite, une pareille tâche était très-difficile : ce prince, depuis sa soumission à la dynastie d’Abd-el-Moumen, n’avait jamais cessé de maintenir dans ses états l’autorité de l’empire almohade, et, animé d’un beau dévouement envers ses maîtres, il vivait en paix avec leurs amis et en guerre avec leurs ennemis.

Au khalife [almohade] Er- Rechîd,il avait donné de nombreux témoignagnes de fidélité, et, jaloux de mériter la bonne opinion de ce monarque, il lui avait envoyé, à plusieurs reprises, de riches présents et des objets rares et curieux de toute espèce.

Par ces démonstrations, il vou lait témoigner combien l’amitié des Almohades lui était précieuse* et combien il la préférait à celle des Mérinides, famille qui commençait à diriger ses tentatives contre le Maghreb et l’empire fondé par Abd-el-Moumen.

Pendant que le sultan Abou-Zékérïa considérait, avec une sé rieuse inquiétude, les liaisons qui attachaient ses voisins, les Abd-el-Ouadites et Yaghmoracen, au parti d’Er-Rechîd, il reçut la visite d’Abd-el-Caouï, émir des Beni-Toudjîn, qui vint, accompagné de quelques chefs berbères maghraouiens, membres de la famille Mendîl-Ibn-Abd-er-Rahman [-Ibn -Mohammed] , dans l’espoir d’obtenir des secours contre Yaghmoracen.

Cette députation lui représenta qu’il pourrait facilement s’emparer de Tlemcen et rallier à sa cause toutes les tribus zenatiennes; que, par l’occupation de cette ville, il aurait fait le premier pas vers la conquête de Maroc, et qu’enfin cette acquisition lui servirait d’échelle pour monter au trône qu’il ambitionnait, et de porte par laquelle il pourrait facilement envahir le Maghreb.

Touché par leurs prières et leurs sollicitations, il résolut la guerre, et, après avoir convié ses Almohades,ses troupes et tous ses alliés à une expédition contre Tlemcen, il rassembla sous ses drapeaux toutes les populations bédouines appartenant aux tribus arabes de Rîah et de Soleim qui reconnaissaient son au torité. Ces nomades se précipitèrent en masse vers le lieu de réunion avec leurs femmes et leurs troupeaux, de sorte qu’en l’an 639 (1241-2), il put se mettre en marche à la tête d’une armée immense.

D’après son ordre, l’émir Abd-el-Caouï-Ibn-Abd-el- Abbas et les fils de Mendîl-Ibn-Mohammed prirent les devants afin de rassembler leurs compatriotes, les guerriers de Zenata, de rallier leurs confédérés, les Arabes de la tribu de Zoghba, et de se poster sur la frontière de leur pays pour y attendre son arrivée.

Il pénétra lui-même dans le désert de Zaghez , région située au sud de Tîteri et formant la limite occidentale des courses entreprises par les Rîah et les Soleim. Voyant alors que ces Arabes hésitaient à le suivre plus loin avec leurs femmes et qu’ils cherchaient mille prétextes pour s’arrêter, il dut employer de l’adresse, et même, dit-on, des ruses, afin de réveiller leur courage et de les décider à marcher.

Il arriva, enfin, sous les murs de Tlemcen avec ses troupes almohades, les con tingents zenatiens et ses alliés arabes.

En traversant Milîana, il avait expédié à Yaghmoracen une ambassade chargée de lui ex poser les motifs de cette expédition et de l’inviter à faire sa sou mission.

Cette démarche n’eut aucun succès, et les envoyés durent revenir sur leurs pas. Quand l’armée almohade [hafside] eut pris position dans le voisinage de Tlemcen, Yaghmoracen sortit avec ses troupes pour lui livrer bataille.

Les Abd-el-Ouadites, accablés par une grêle de flèches, abandonnèrent bientôt le terrain et coururent se ré fugier derrière leurs remparts, mais les guerriers d’Abou-Zékérïa s’élancèrent en avant et franchirent les murailles de la ville, malgré la résistance des défenseurs.

Au moment de perdre ainsi sa capitale, Yaghmoracen rassembla sa famille, et, soutenu par une troupe d’amis et de domestiques , il se fraya un passage à travers les rangs de l’ennemi et réussit à se jeter dans le Désert.

Les Almohades [hafsides] envahirent la ville de tous les côtés, la mirent au sac et au pillage, dévastant tout et massacrant les femmes et les enfants. Le lendemain de cette journée affreuse, lorsque le tumulte de l’assaut se fut apaisé et que le feu de la guerre se fut éteint, les troupes hafsides revinrent à la raison et cessèrent leurs ravages.

Alors l’émir Abou-Zékérïa chercha un homme auquel il pourrait confier le gouvernement de Tlemcen et du Maghreb central et qui, établi là, sur l’extrême frontière, aurait pour tâche d’y remplacer l’influence de la dynastie d’Abd-el-Moumen par celle du gouvernement hafside et de défendre tout ce pays en cas d’in vasion.

Les plus illustres d’entre ses partisans reculèrent devant une telle responsabilité ; les émirs zenatiens eux-mêmes refusè rent de s’en charger, sachant qu’ils étaient trop faibles pour tenir tête à Yaghmoracen, chef dont tous connaissaient l’audace, lion que personne n’oserait relancer dans sa tanière et auquel on ne pourrait jamais enlever sa proie.

De son côté, Yaghmoracen ne s’endormit pas : sa cavalerie venait enlever du monde jusqu’aux abords du camp hafside, ou bien, postée sur les hauteurs, elle guettait tous les mouvements de l’ennemi. Bientôt, cependant, il changea de conduite et envoya des agents auprès du sultan [Abou-Zékérïa].

Cette ambassade lui annonça que Yaghmoracen désirait faire sa soumission, con tracter une alliance avec les Hafsides etles aider contre le souve rain de Maroc, prince dont le cœur brûlait de venger la prise de Tlemcen et la perte de l’Ifrîkïa; elle déclara que Yagh moracen demandait, en retour de son amitié , l’autorisation de soutenir, à lui seul, la cause des Hafsides [dans le Maghreb].

Abou-Zékérïa agréa cette proposition, et ayant alors reçu la visite de Sot-en-Niça, mère de Yaghmoracen, qui vint, de la part de son fils, pour régler et ratifier les conditions du traité, il lui fit l’accueil le plus honorable et la combla de cadeaux, tant dans le jour où elle arriva que dans celui où elle prit congé.

Outre ces conditions *, il accorda à Yaghmoracen la possession de certains cantons de l’Ifrîkïa et le droit d’y envoyer des percepteurs pour la recette des contributions.

Le dix-septième jour après son arrivée à Tlemcen, Abou- Zékérïa reprit le chemin de sa capitale.

Il était encore en marche quand les chefs almohades commencèrent à le mettre en garde contre le caractère ambitieux de Yaghmoracen et à lui conseiller de susciter des rivaux à ce prince chez les Zenata et les émirs du Maghreb central.

« Il faut humilier sa fierté, lui disaient-ils, et mettre obstacle à ses projets; ce serait même un acte de prudence que d’autoriser ces personnages à porter un habillement » royal et des emblèmes de commandement tout-à-fait semblables à ceux qu’on vient d’accorder au chef abd-el-ouadite. *

Par suite de ce conseil, Ahou-Zékérïa nomma Abd-el-Caouï- Ibn-Atïa le toudjinite, El-Abbas -Ibn-Mendîl le maghraonien et El-Mansour le melîkichien au commandement de territoires occupés par leurs tribus respectives.

Avec les diplêmes de leur nomination il leur expédia les insignes de la souveraineté pareils à ceux de leur rival, Yaghmoracen ; les autorisant à porter ces marques distinctives dans la capitale de l’empire, à la cour même, et dans les grandes réunions des chefs almohades.

Il s’empressa alors de rentrer à Tunis, le cœur tout joyeux d’avoir augmenté son royaume et atteint le but de ses désirs.

Devant lui il avait maintenant la perspective du Maghreb entier soumis à sa domination et de l’autorité des enfants d’Abd-el- Moumen cédant devant la sienne. Ayant tenu une séance royale, dans laquelle plusieurs royaumes lui tendaient le cou avec sou mission, ainsi que nous allons le raconter, il combla de dons les poètes qui étaient venus pour célébrer le triomphe de ses armes.

Vue générale sur la Giralda de Seville (Ishbiliya) Au 9eme siècle, sous le règne de l'émir Omeyyade Abd al-Rahman II, fut édifiée la première grande mosquée de Séville, à l'emplacement actuel de l'église du Salvador, situé non loin de la cathédrale. Il faut en réalité attendre les Almohades pour que soit bâtie la grande mosquée dont la Giralda constitue l'héritage le plus précieux. Au xiie siècle, les Almohades, fraîchement débarqués du Maghreb, décident de faire de la cité leur capitale, laquelle se peuple de plus en plus généreusement et renforce sa splendeur et son prestige.
Vue générale sur la Giralda de Seville (Ishbiliya) Au 9eme siècle, sous le règne de l’émir Omeyyade Abd al-Rahman II, fut édifiée la première grande mosquée de Séville, à l’emplacement actuel de l’église du Salvador, situé non loin de la cathédrale. Il faut en réalité attendre les Almohades pour que soit bâtie la grande mosquée dont la Giralda constitue l’héritage le plus précieux. 

 L’ANDALOUSIE Reconnaît LA SOUVERAINETÉ DES HAFSIDES. SEVILLE ET PLUSIEURS AUTRES CITÉS DE CE PAYS ENVOIENT AU SULTAN DE TUNIS LEURS ACTES DE FOI ET D’HOMMAGE.

A l’époque dont nous parlons, deux personnages fort considérés habitaient la ville de Séville.

L’un, appelé Abou-Merouan- Ahmed-el-Badji, avait pour ancêtre le célèbre Abou-‘l-Ouélîd *, et l’autre, nommé Abou-Amr’-Ibn-Djedd, descendait du fameux traditioniste, Abou-Bekr-Ibn-el-Djedd .

Héritiers de l’illustration de leurs aïeux, ils jouirent de tous leurs priviléges sous les khalifes [almohades], et, distingués également par leur piété et la régularité de leurs mœurs, ils s’étaient assurés le respect et le dévouement de leurs concitoyens.

Tel fut, en un mot, l’éclat de leurs vertus que les princes de la famille royale, gouverneurs de Séville, se guidaient par leurs conseils.

Malheureursement, l’Espagne était devenue le théâtre des plus graves désordres depuis la mort d’El-Mostancer : les cîds [descendants d’Abd-el- Moumen] se disputaient les lambeaux de la royauté; Ibu-Houd et Zîan-Ibn-Merdenîch avaient usurpé le pouvoir suprême dans les parties orientales de cette péninsule, pendant qu’Ibn-el-Ahmer tenait en révolte la partie occidentale.

En 626(1228-9), Ibn- Houd expulsa les Almohades par les armes , et emprisonna tous ceux de Séville , après avoir occupé cette ville.

Trois années plus tard, les habitants chassèrent de chez eux Abou-An-Nedjat-Salem , frère d’Ibn-Houd, et prêtèrent le serment de fidélité à Abou-Merouan-el-Badji.

Le nouveau souverain prit le titre d’El-Motaded (aidé de Dieu) et choisit pour vizir Abou- Bekr-Ibn-Saheb-er-Redd.

La ville de Carmona aussi reconnut la souveraineté d’El-Badji.

Un peu plus tard, ce chef fut assiégé par Ibn-Houd, et, pour mieux lui résister, il contracta une alliance avec Mohammed-Ibn-el-Ahmer qui, après avoir établi sa domination dans Cordoue, s’était emparé d’Arjona et de Jaen.

Les princes confédérés mirent en déroute les troupes d’Ibn- Houd et rentrèrent triomphants dans leurs états respectifs.

Alors [Ibn-el-Ahmer , qui]1 n’attendait qu’une occasion favorable pour pénétrer dans Séville, chargea son parent, Ibn-Echkîlola, de mener un corps de chrétiens et d’Arjoniens contre le camp d’El-Badji qui, après son retour à cette ville, avait fait dresser ses tentes en dehors des murailles.

El-Badji et son vizir furent mis à mort par les assaillants.

Cet événement arriva en l’an 631 (1233-4).

Ibn-el-Ahmer prit possession de Séville, mais, un mois ne s’était pas écoulé quand les habitants s’insurgèrent contre lui et procla mèrent de nouveau l’autorité d’Ibn-Houd , lequel leur donna encore pour gouverneur son frère’Abou-Nedjat-Salem.

Mohammed-Ibn- Houd mourut en 635 (1 237-8), et le peuple de Séville, ayant alors reconnu la souveraineté d’Er-Rechîd, seigneur de Maroc, prirent pour commandant [Abou-Abd-Allah-] Mohammed , fils du cîd Abou-Amran.

Nous avons déjà dit qu’Abou-Amran avait gouverné à Constantine * et que l’émir Abou-Zékerïa lui enleva cette ville, le mit en prison et déporta ses enfants en Espagne. Mohammed, fils d’Abou-Amran, fut élevé à Séville sous les yeux de sa mère.

Les habitants ayant proclamé Er-Rechîd, envoyèrent une députation à Maroc pour informer ce prince de ce qu’ils venaient de faire, et se mirent, en attendant, aux ordres de Mohammed. Cette révolution fut en grande partie l’ouvrage dIbn-el-Djedd.

Er-Rechîd confirma la nomination d’Abou-Abd- Allah [Mohammed], et, jusqu’à sa mort, événement qui arriva en C40 (1242), il eut toujours à se louer de la fidélité que lui montrèrent les habitants de Séville.

Lors de la prise de Tlemcen par Abou- Zékérïa, les Sévilliens jugèrent le royaume du Maghreb en péril et se décidèrentà re connaître la souveraineté de ce prince, ainsi que l’avaient fait les habitants de Valence et de Murcie, villes de l’Espagne orientale.

Xerès et Tarifa suivirent cet exemple, et, en l’an 641 , une députation nommée par toutes ces villes, partit pour Tunis afin d’obtenir d’Abou-Zékérïa un de ses parents pour chef.

Il fit choix de son cousin, Abou-Fares, fiis de Younos, fils du cheikh Abou-Hafs.

Quand le nouveau gouverneur fut arrivé à Séville, Ibn-el-Djedd lui remit le commandement, mais, en 643 (1245-6), ce même Ibn-el-Djedd usurpa le pouvoir, déporta Abou-Fares à Ceuta, fit une alliance avec le roi chrétien et effaça des contrôles de l’armée les noms de tous ceux qui persistaient à faire des incursions [sur le territoire chrétien] .

Ces hommes l’assassinèrent bientôt après, à l’instigation de leur capitaine Chefaf , lequel prit aussitôt le commandement de Séville, rappela Abou -Fares et y rétablit l’autorité d’Abou-Zékérïa. Le roi chrétien apprit cette nouvelle avec un vif mécontente ment et, rompant la trêve, il alla mettre le siége devant Séville, après s’être emparé de Carmona et de Marchéna.

Les habitants de cette ville, sur son refus d’accorder la paix, en confièrent le commandement à une junte composée du caïd Chefaf, d’ibn- Choaib, de [mon ancêtre] Yahya-Ibn-Khaldoun, de Masoud-Ibn- Khîar et d’Abou-Bekr-Choreih ; mais, plus tard, ils reconnurent de nouveau l’autorité du cheikh Abou-Fares. Pendant deux années ils soutinrent avec fermeté les attaques de l’ennemi, bien qu’ils eussent la douleur de voir Ibn-el-Ahmer paraître [avec les siens] au service du roi chrétien et l’aider à bloquer la ville.

L’émir Abou-Zékérïa tenta de leur faire passer des secours et arma quelques navires pour cet objet. Abou-‘r-Rebiâ-Ibn-el- Ghoreigher le tinmelélien, auquel il donna le commandement de cette escadre, se dirigea d’abord vers Ceuta, d’après les instruc tions de son maître, et, ayant fait équiper les vaisseaux apparte nant à cette ville, il les conduisit jusqu’au fleuve qui baigne les murs de Séville.

Empêché par la flotte chrétienne de péné trer jusqu’au port 1 [de Saint-Lucar], il repartit [pour l’Afrique] .

L’ennemi, auquel Ibn-el-Ahmer avait fourni des troupes et des munitions, contraignit, enfin, les habitants de Séville à signer une capitulation, et prit possession de sa nouvelle conquête en l’an 646 (1248).

Le roi chrétien donna pour chef aux traîtres qui voulaient y rester un membre de la famille d’Abd-el-Moumen appelé Abd-el-Hack-Ibn-Abi-Mohammed le baécien.

Vue sur Ceuta au nord du Maroc (Espagne) , les fortification furent battis par les Byzantins.
Vue sur Ceuta au nord du Maroc (Espagne) , les fortification furent battis par les Byzantins et les Omeyyades.

CEUTA, TANCER ET QASR-IBN-ABD-AL-KERÎM RECONNAISSENT ABOU- ZÊKÉRÏA LE HAFSIDE POUR SOUVERAIN.

Après qu’El-Mamoun eut levé le siége de Ceuta, son frère Mouça* céda cette ville à Ibn-Houd. Les habitants se révoltèrent quelque temps après, chassèrent El-Cachetîni, le gouverneur qu’Ibn-Houd y avait installé, et se mirent aux ordres d’Ahmed- el-Yanechti-el-Mowaffec ; puis, en l’an 635 (1237-8), ils sui virent l’exemple des habitants de Séville et reconnurent de nouveau l’autorité d’Er-Rechîd.

Ayant alors emprisonné El-Yanechti et son fils, ils envoyèrent chercher le cîd Abou-‘l- Abbas, fils du cîd Abou-Saîd et gouverneur des Ghomara, et lui remirent le commandement de la ville.

Par suite de ce changement, Er-Rechîd confia l’administration douanière de Ceuta à un natif de Séville, nommé Abou-Ali-Ibn-Khalas, qu’il avait à son service depuis quelque temps et dans lequel il croyait re marquer de grands talents administratifs.

Chargé de percevoir les revenus de Ceuta, Ibn-Khalas obtint, plus tard, de son maître, le gouvernement de cette ville; et cela vers l’époque où Youçof-Ibn-el-Amîr ‘ reçut du même souverain le commandement de la citadelle de Tanger et des navires de transport qui entre tenaient la communication entre l’Afrique et l’Espagne.

En l’an 640, lors de la mort d’Er-Rechîd, la plupart des villes espagnoles proclamèrent la souveraineté d’Abou-Zékérïa qui, devenu tout-puissant en Ifrîkïa, venait de soumettre Tlemcen.

Ibn-Khalas, ayant alors gagné beaucoup d’argent et de partisans, se tourna aussi vers cet émir et en embrassa le parti.

A la nou velle que le gouverneur de Tanger avait fait porter ses hommages au souverain de l’Ifrîkïa, les habitants du Casr-Ibn-Abd- el-Kerîm s’empressèrent d’imiter son exemple.

Alors Abou- Zékérïa déclara Ibn-Khalas gouverneur de la ville et province de Ceuta. Celui-ci équipa sur-le-champ un navire appelé El-Mei- moun (le fortuné), y embarqua son fils El-Cacem, chargé de présents pour la cour de Tunis, et le fit accompagner par Ibrahîm-Ibn-Sehl , littérateur distingué.

Le Meimoun périt corps et biens en sortant du port. Ibn-Khalas, tout accablé par ce malheur, s’adressa à l’amiral Ibn-el-Goreigher et le pria de le prendre à bord, lui et sa famille, et de le transporter à Tunis.

Cet officier venait de quitter les parages de Séville et de ramener, à Ceuta, la flotte d’Abou-Zékérïa. S’étant alors embarqué avec les gens de sa maison et ses trésors, Ibn-Khalas profita de la relâche du navire au port d’Oran pour descendre à terre afin de prendre quelque repos, et, après avoir mangé des figues qu’on lui présenta , il fut saisi d’une colique qui l’emporta sur-le-champ.

Ceci arriva en 646 (1248-9). Le sultan donna alors le gouvernement de Ceuta à son propre cousin, Abou-Yahya, fils d’Abou-Yahya-Zékérïa-es-Chehîd, fils dd cheikh Abou-Hafs, et l’y envoya avec Abou-Amr le sévillien, fils d’Abou-Khaled, auquel il venait d’accorder l’administration des revenus de cette place.

Abou-Amr avait été l’ami de Chefaf et l’ennemi d’Ibn-el-Djedd ; aussi, quand Chefaf perdit la vie, il chercha un refuge à Tunis et ce fut là qu’il obtint d’Abou- Zékérïa cette charge importante.

Depuis lors, aucun événement grave n’eut lieu à Ceuta jusqu’au moment où cette ville tomba au pouvoir d’Ibn-el-Azéfi , ainsi que nous le raconterons plus tard.

Vue sur Almeria
Vue sur Almeria al-Andalus

LA VILLE D’ALMERIA RECONNAIT LA SOUVERAINETÉ HAFSIDE D’ABOU- ZÊKERÏA.

En l’an 635 (1237-8), Mohammed-Ibn-Houd mourut à Almeria, et son vizir, Abou-Abd-Allah-Mohammed-Ibn-er-Remîmi, s’empara du commandement.

Cinq années plus tard, l’usurpa teur, se voyant étroitement bloqué par Ibn-el-Ahmer, reconnut Abou-Zékérïa pour son souverain et lui envoya un acte de fidé lité.

Ceci eut lieu vers l’époque où l’Espagne orientale se plaça sous l’autorité du même prince.

Ibn-el-Ahmer continua le blocus d’Almeria jusqu’à l’an [643 (1245-6) ], quand il s’en rendit maître, ainsi que nous l’avons dit dans l’histoire de ce chef*.

Er- Remîmi quitta alors la ville, avec sa famille et ses trésors, et trouva auprès d’Ibn-Khalas, à Ceuta, l’accueil le plus empressé.

Il reçut un logement, en dehors de la ville, au milieu des jardins de Ben-Younoch ; mais, en retour de l’hospitalité qu’on lui accorda, il complota la perte de son bienfaiteur».

Voyant, ensuite, ses trames découvertes et l’amitié d’Ibn-Khalas changée en mé fiance, il profita de l’arrivée de la flotte qui rentrait des parages de Séville pour s’y embarquer.

Arrivé à Tunis, il obtint d’Abou-Zékérïa une position honorable et se fixa dans cette capitale.

Il  y mourut propriétaire de plusieurs terres et villages et d’un grand nombre de belles maisons qu’il y avait fait construire.

Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)
Fort Nasride Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)

IBN-EL-AHMAR Le NASRIDE RECONNAIT LA SOUVERAINETÉ DABOU- ZËKÉRÏA.

Mohammed-Ibn-el-Ahmar se révolta dans Arjona, sa ville natale, contre l’autorité d’Ibn-Houd et parvint ensuite à s’emparer de Jaen, de Cordoue, de Séville et de l’Espagne [musulmane] occidentale.

Après une longue guerre, un raccomodement s’effectua entre ces deux princes et Ibn-el-Ahmer reconnut la souveraineté de son rival.

Plus tard, il se révolta de nouveau et, en l’an 636 (1238-9), à l’époque où Séville et Ceuta se dé clarèrent pour Er-Rechîd [l’almohade] , il envoya aussi à ce prince un acte de foi et hommage.

Tant qu’Er-Rechîd vécut, Ibn-el-Ahmer lui demeura fidèle ; mais, ensuite, voyant qu’Abou-Zékérïa [le hafside] était parvenu à fonder un empire en Ifrîkïa et espérait remporter de grands avantages [sur les Almohades], il fit célébrer la prière publique au nom de cet émir dans toutes les mosquées de ses états, et choisit Abou- Bekr-Ibn-Aïach, membre du corps des cheikhs à Malaga, pour porter cette nouvelle à Tunis.

Abou-Zékérïa reçut cette députation avec un grand plaisir; en la congédiant, il lui remit une forte somme d’argent pour subvenir aux frais de la guerre sainte, et, jusqu’à sa mort, événement qui eut lieu en 647 (1249), il ne cessa d’expédier des subsides à ses sujets espagnols.

Ibn-el-Ahmer brisa ensuite les liens qui le retenaient dans la dépendance et parvint à fonder un royaume.

Ruines des murs de Sijilmassa
Ruines des murs de Sijilmassa, Maroc 

SIDJILMASSA RECONNAIT L’AUTORITE D’ABOU-ZÉKERÏA ET LA REPUDIE ENSUITE.

En l’an 640 (1242), lors de la mort d’Er-Rechîd et l’avènement de son frère, Es-Saîd, un cheikh almohade, nommé Abd- Allah – Ibn – Zékérïa – el – Hezerdji , gouvernait Sidjilmcssa aunom dela dynastie d’Abd-el-Moumen *.

Es-Saîd , ayant été vivement offensé de certains propos injurieux qu’El-Hezerdji avait tenus à son égard, repoussa les excuses que cet officier lui fit parvenir et en déchira la lettre.

Effrayé du danger qui le me naçait, El-Hezerdji fit porter un acte de soumission à l’émir Abou-Zékérïa, qui venait d’occuper Tlemcen, et, en récompense de cette trahison, il reçut sa confirmation comme gouverneur de la ville et province de Sidjilmessa, avec la promesse d’obtenir bientôt un envoi d’armes et de troupes, afin de pouvoir se dé fendre.

Il venait d’y faire proclamer l’autorité d ‘Abou-Zékérïa, quand il vit arriver chez lui Abou-Zcid-Ibn-Ouagag *-e!-Gued- mîouï et Abou-Saîd-el-Aoud-er-Reteb, qui s’étaient enfuis de Maroc. Celui-ci continua sa route jusqu’à Tunis; mais Abou- Zeid resta avec El-Hezerdji à Sidjilmessa.

En l’an 641 (1243-4), ou en 640, selon un autre récit, le sultan Es-Saîd, dont ces deux fonctionnaires avaient abandonné le camp, marcha contre leur protecteur. Arrivé sous les murs de Sidjilmessa, il adressa une proclamation aux habitants pendant qu’Abou-Zeid-el-Guedmîouï les travaillait de son côté.

Il en résulta un soulèvement du peuple qui expulsa El-Hezerdji et donna le commandement de la ville à Abou-Zeid.

Le sultan reçut alors une dépêche dans laquelle cet officier lui annonça qu il était prêt à lui remettre la ville, et il y répondit par une lettre de remercîments et l’assurance que le passé serait oublié.

Quelques Arabes ayant rencontré El-Hezerdji, le conduisirent à Es-Saîd qui reprit la route de Maroc, après avoir fait mourir le traître et donné l’ordre d’en porter la tête à Sidjilmessa pour y être expo sée aux regards du public.

Cette ville rentra ainsi dans l’obéis sance, et demeura soumise au gouvernement almohade jusqu’à l’arrivée de certains événements dont nous aurons , ailleurs , l’occasion de parler.

Bannière de la dynastie berbère des Merinides de Fès (actuel Maroc) 1244 / 1269 – 1465
Bannière de la dynastie berbère des Merinides de Fès (actuel Maroc) 1244 / 1269 – 1465

LES  MERINIDES RECONNAISSENT LA SOUVERAINETÉ d’ABOU-ZÉKÊRÏA. LA VILLE DE MEQCINEZ SCIT LEUR EXEMPLE.

A l’époque où les Beni-Merîn et les Beni-Abd-el-Ouad adoptèrent la vie nomade, une guerre éclata entre ces deux peu ples, et, pendant la longue suite d’hostilités auxquelles ils continuèrent à se livrer, chaque parti se faisait soutenir par ses alliés et confédérés.

Quand la désorganisation se fut déclarée dans l’empire fondé par Abd-el-Moumen, chacune de ces tribus s’empara de la partie du Tell où elle avait l’habitude de séjour ner [pendant l’été].

Les Beni-Abd-el-Ouad furent les premiers à établir leur indépendance, grâce à la distance qui les séparait de Maroc, siége du gouvernement almohade et heu de rendez-vous pour les troupes de cet empire et pour les contingents fournis par les tribus.

Quand Abou-Zékérïa soumit la ville de Tlemcen, après avoir usurpé le trône de l’Ifrîkïa et subjugué le Maghreb central, les Beni-Abd-el-Ouad reconnurent son autorité; mais les Beni- Merîn ne montrèrent pas un semblable empressement, tant ils craignaient que ce prince ne favorisât les trahisons que ses nouveaux alliés pourraient tramer contre eux.

Ils se bornèrent à prendre un ton soumis, et, tout en se tenant hors de son atteinte, ils lui firent des belles promesses d’obéissance et l’encouragèrent dans ses projets ambitieux : ils le reconnurent pour khalife légitime, lui promirent de soutenir sa cause et s’engagèrent à former l’avant-garde de son armée, quand il marcherait contre Marrakesh.

Ils décidèrent même les tribus et villes du Maghreb qu’ils tenaient sous leurs ordres à embrasser le parti des Hafsides et à se mettre sous la protection de cette nouvelle dynastie.

Leur émir, Othman-Ibn-Abd-el-Hack, et Mohammed, son frère et successeur, maintinrent, à ce sujet, une correspondance suivie avec Abou-Zékérïa et lui envoyèrent des agents politiques, à plusieurs reprises.

Pendant ces entrefaites, le khalife Er-Rechîd mourut; Tlemcen tomba au pouvoir d’ Abou-Zékérïa; les tribus zenatiennes du Maghreb central se rallièrent à la cause de ce prince, et les villes de ce pays, ainsi que celles de l’Espagne, recherchèrent l’hon neur de faire partie de l’ empire hafside.

Les habitants de Miknaça [Mequinez] qui, depuis quelque temps, s’étaient mis sous la protection de l’émir [mérinide], Abou-Yahya, fils d’Abd-el-Hack, assassinèrent le gouverneur que la cour de Marrakesh avait établi chez eux et dont la conduite tyrannique leur était devenue insupportable.

Ils firent alors avertir Abou-Yahya de ce qui venait d’arriver, et, d’après le conseil de cet émir, ils proclamèrent la souveraineté d’Abou- Zékérïa.

Ce fut en l’an 643 (1245-6) qu’ils envoyèrent à ce prince la déclaration de leur soumission, acte qu’ils avaient fait dresser par leur cadi, Abou-‘l-Motarref-Ibn-Omeira. Ils obtinrent alors d’Abou-Yahya la promesse de sa protection, en attendant l’arrivée des secours que le sultan de Tunis devait leur envoyer.

Quand cette nouvelle parvint à Es-Saîd [le souverain almohade], il en fut outré de colère et voulut marcher tout de suite contre Miknaça.

La crainte de sa vengeance empêcha les révoltés de donner suite à leur projet, et une députation, composée de leurs docteurs les plus saints et les plus savants, obtint pour eux de ce monarque une amnistie entière.

Depuis lors, cette ville ne fît plus aucun mouvement jusqu’à l’époque où Es-Saîd en treprit l’expédition qui lui coûta la vie.

Vue sur la médina de Tunis, ville fondé par le général Ghassanide Omeyyade Hassan ibn Numan al-Ghassani (puisse Allah lui faire miséricorde) lors de la chute de Carthage en 698
Vue sur la médina de Tunis, ville fondé par le général Ghassanide Omeyyade Hassan ibn Numan al-Ghassani (puisse Allah lui faire miséricorde) lors de la chute de Carthage en 698

L’ÉMIR ABOU – YAHYA – ZÉKÊRÏA , SUCCESSEUR DÉSIGNÉ AU TRÔNE DES HAFSIDES , HEURT A BOUGIE , SIÈGE DE SON COMMANDEMENT. SON FRÈRE MOHAMMED EST DÉCLARÉ HÉRITIER DE L’EMPIRE.

Nous avons dit 1 qu’en l’an 633, l’émir Abou-Zékérïa-Yahya donna à son fils, Abou-Yahya-Zékérïa, le commandement de Bougie, forteresse qui avait été autrefois le siége de l’empire hammadite.

Il lui accorda, en même temps, le gouvernement de toutes les localités qui dépendaient de cette ville, telles qu’Alger, Constantine, Bône et le Zab.

Sous le poids d’une si vaste administration, le jeune prince déploya tant d’habilité, tant de savoir, de piété et de justice que, par son mérite seul, il aurait paru digne du khalifat.

Aussi, en l’an 638 (1240-1), son père le désigna comme suc cesseur du trône, et, ayant fait appuyer l’acte de cette nomina tion par les signatures de tous les grands du royaume, convo qués en assemblée générale , il ordonna que le nom d’Abou- Yahya fût prononcé dans la prière publique après le sien. A cette occasion, il dicta, pour l’instruction de son fils, la lettre de conseils qui circule encore dans le public.

Voici le texte de cet écrit :

« Que Dieu te dirige et te conduise qu’il te mène dans » une voie où tu puisse mériter sa faveur et trouver le bonheur » éternel ! Dieu veuille que tes actions soient toujours dignes » d’ éloges et que tes pensées restent toujours pures et ver- » tueuses.

Sache que le premier devoir de celui auquel Dieu a » confié la garde de ses créatures et à qui il fera rendre compte » même des moindres choses qui leur arriveront, est de ne » rien entreprendre avant d’être assuré que son projet sera agré- » able au Tout-Puissant. Après avoir placé sa cause, sa force et » ses moyens sous la protection de Dieu, qu’il agisse, qu’il tra- » vaille, qu’il combatte pour la défense des musulmans et qu’il » soutienne une guerre sainte pour l’avantage des vrais croyants. » Mais, d’abord, qu’il mette sa confiance en Dieu et qu’il renonce à tout pouvoir qui ne viendrait pas du Seigneur. »

Quand il te surviendra une affaire grave, une nouvelle fâcheuse , dompte l’emportement de ton cœur, retiens ton » ardeur, pèse bien les conséquences de ce que tu veux faire et » réfléchis avant d’agir.

Evite la précipitation qui dénote un » esprit faible et l’hésitation qui caractérise l’homme insouciant » et maladroit. Sache que les difficultés qui feraient reculer » même les plus habiles, peuvent être surmontées par la pa- » tience et la prudence, jointes aux conseils des militaires sages » et expérimentés ; alors il est permis de les aborder en invo- » quant l’appui et le concours de Dieu. 

Sois affable envers les soldats de tous grades, mais en les » traitant chacun selon son rang; si tu mets les inférieurs au » niveau des chefs, tu les jetteras dans l’insolence et la présomption, tout en indisposant les chefs et en portant atteinte » à leur dévouement. Si tu prodigues tes faveurs, tu les rendras » sans prix aux yeux des uns et des autres et tu scmeras la dis- » corde parmi tes propres partisans. Regarde le chef de l’armée comme ton père et les subordonnés comme tes fils; » traites-les avec condescendance et bonté ; écoute leurs avis, » et, quand tu auras pris une décision, mets ta confiance en » Dieu, car Dieu aime ceux qui ont recours à son appui. Sévère » pour toi-même, tu dois repousser l’amour-propre et la con- » fiance en ton propre mérite ; tu n’écouteras point les gens » égarés qui, voulant te tromper, diront : Tu es le premier des » hommes en puissance; tu les surpasses tous en libéralité, en » vertu et en bravoure. Sache que cela est mensonge et déception et que Dieu exaltera celui qui s’humilie devant lui. »

Il est de ton devoir d’examiner l’état de tes sujets et de pren- » dre des renseignements sur la conduite des fonctionnaires qui » les administrent et des magistrats qui leur rendent justice; ne » ferme les yeux ni sur leurs vertus, ni sur leurs fautes. Toutes » les fois qu’on t’invoquera contre l’oppression, fais-la dispa- » raître; punis les transgresseurs, sans distinction de rang; » châtie les crimes de tes agents, sans avoir égard ni aux liens » qui pourront les attacher à toi, ni aux services qu’ils auront » pu te rendre. Ne laisse pas à un seul individu le droit de te » présenter les pétitions de tes sujets et les plaintes des op- » primés ; ne te conduis pas à leur égard d’après sa volonté, mais attache à ta personne des hommes probes, véridiques, » qui rechercheront la vérité et qui se feront de nouveaux titres » à la faveur de Dieu par leur empressement à te faire parvenir » les réclamations de ceux qu’il a créés.

Avant de prendre une » décision, tu entendras chacun de ces agents en particulier; » car si tu te fies exclusivement 1 aux rapports et aux conseils d’un seul individu, tu t’exposeras à être entraîné dans la partialité par ses passions et ses préjugés, au point de sacrifier les intérêts du bon droit et de la vérité.

Si un homme vient te porter plainte pendant que tu es sur la route et en voyage, dis-lui de s’approcher et interroge-le, afin de bien connaître le sujet de sa réclamation ; réponds-lui avec bonté et douceur pendant que lu l’écoutes; l’attention, la commisération que tu lui auras montrées l’encourageront à te parler avec confiance et laisseront dans les esprits des grands et des petits une haute opinion de ta conduite comme administrateur et comme souverain. La vie et les biens de tout musulman sont choses sacrées pour quiconque croit en Dieu et au jour du jugement; on ne peut y toucher sans être autorisé par le Coran et les tradi tions du Prophète, et encore faut-il que le texte de la loi et la preuve du délit soient là pour justifier la sentence. Il en est autrement à l’égard de ceux qui attaquent et volent les musulmans sur les grandes routes, des gens qui persistent dans l’égarement et qui portent atteinte aux vrais croyants dans leurs personnes et leurs biens.

Pour ceux-là, il n’y a que l’épée, instrument qui extirpe le mal et qui guérit les cerveaux troublés par l’esprit du désordre. Ne pardonne jamais les défauts des hommes envieux, de ces gens qui, étant incapables d’aucun travail honnête, cherchent à ruiner la prospérité d’au- trui ; si tu leur pardonnes, ils se mettront à parler : puis, des paroles ils passeront aux actes, et c’est sur toi que retombera le mal dont ils se seront rendus coupables. Ici, il faut couper court au crime avant qu’il ne se propage : il ne faut pas l’attendre, mais le prévenir. 

Tu dois avoir toujours la pensée de la mort présente à l’es prit; ne te laisse pas séduire par les biens du monde, quand même tu croirais les tenir, et garde-toi de comparaître devant le Seigneur sans y être devancé par des bonnes actions, mar chandise dont tu retireras grand profit en l’échangeant contre la bienveillance de Dieu.

La résignation à sa volonté est le métier le plus profitable, la mine la plus riche à exploiter; et l’abnégation de soi est un trésor inépuisable. Au sujet de ces » paroles du Coran : Et nous avons laissé sur lui [cette béné- » diction] pendant les générations suivantes : Que la paix soit » sur Noé dans l’univers entier *\ un commentateur a dit:

 Cela signifie une bonne renommée dans le monde, parce qu’il » y laissa l’éternel souvenir de sa conduite méritoire et de ses » actions saintes et célèbres.

Qu’il te suffise donc, en fait des » biens mondains, de posséder un habit pour te couvrir et un » cheval pour te porter au secours des serviteurs de Dieu.

 Si tu gardes ces conseils sans cesse devant les yeux, j’ai » tout espoir que Dieu laissera remporter par ta main des vic- » toires qu’il aura rendu faciles, qu’ il te soutiendra sans cesse » et qu’il ne t’affligera que pour ton avantage. [Ainsi soit- il] » par la bonté de Dieu, par sa puissance et par sa majesté [ » Dieu veuille que tu sois de ceux qui écoutent pour retenir et » qui répondent à l’appel quand on les invite à suivre la bonne » voie.

Dieu est tout-puissant et digne d’être obéi. Il n’y a de » force, ni de puissance que par le moyen de Dieu très-haut! » Dieu nous suffit, et il est le meilleur des gardiens. »

Ce fut en suivant les conseils renfermés dans cet excellent écrit que l’émir Abou-Yahya se forma au trône et qu’il s’ac quit une haute position dans l’empire ; mais , en l’an 646 (1248-9), pendant qu’il se livrait à l’étude et à la dévotion, la mort vint l’enlever aux espérances qu’il avait éveillées dans tous les cœurs. Cet événement plongea le sultan dans un chagrin profond et fournit aux poètes le sujet de plusieurs élégies qui servirent à augmenter la douleur et à entretenir la tristesse du malheureux père. Dans une assemblée des grands officiers de l’empire, le sultan désigna comme son successeur l’émir Abou-Abd-Allah-Mohammed, frère du prince décédé, et il leur ordonna à tous d’apposer leurs signatures à l’acte de cette nomination.

Le port de Tunis
Le port de Tunis

MORT DU SULTAN HAFSIDE ABOU – ZEKÊRÏA. SUITES DE CET EVENEMENT.

Le sultan Abou-Zékérïa venait de quitter Tunis et s’était dirigé vers Constantine dans l’intention d’examiner l’état de cette province. Arrivé à Baghaïa , il passa ses troupes en revue et reçut une députation des Douaouida que lui amena Mouça-Ibn- Mohammed.

Ce cheikh, après s’être montré peu dispos à l’obéis sance, fit maintenant sa soumission. Le sultan était encore à Baghaïa quand il tomba malade ; mais , après son retour à Constantine, il recouvra la santé et se transporta à Bône.

Attaqué de nouveau par la même indisposition , qui se déclara, cette fois-ci, avec une grande intensité, il mourut en arrivant sous les murs de Bône, le 22 du mois de Djomada second 647 (2 octobre 1249) et dans la vingt-deuxième année de son règne.

Il fut enterré dans la grande mosquée de Bône ; mais, en l’an 666 (1267-8), quelque temps avant le siége de Tunis par les chrétiens, on transporta son corps à Constantine.

Abou- Abd-Allah-Mohammed, son fils et successeur désigné, fut aussitôt proclamé sultan.

A peine la nouvelle de cette mort se fut-elle répandue que plusieurs états, situés dans les pays lointains, cessèrent de reconnaître la souveraineté de l’empire hafside.

Partout où l’autorité d’Ibn-el-Ahmer se faisait sentir, on supprima le nom de cette dynastie dans la prière publique; mais Yaghmoracen-lbn-Zîan, seigneur du Maghreb central, lui resta fidèle et, jusqu’au siége de Tlemcen [par les Mérinides] , [son fils Othman] suivit l’exemple qu’il avait donné.

[Dans l’histoire des Beni-Abd-Ouad] nous expliquerons le motif de leur défection.

Ceuta était alors gouverné au nom l’émir Abou-Zékérïa par Abou-Yahya-Ibn-es-Chehîd , prince qui avait sous ses ordres Abou-Amr-Ibn-Abi-Khaled et le caïd Chefaf. Quand on apprit dans cette ville qu’Abou-Zékérïa avait cessé de vivre, une populace émeutée tua ces deux officiers et mit Ibn-es-Chehîd dans la nécessité de de s’enfuir à Tunis.

Cette révolte fut en grande partie l’ouvrage de Hadjoun-er-Rendahi1 lequel avait agi d’après les inspirations d’Abou-‘l-Cacem-el-Azéfi et d’autres notables de la ville, qui voulaient tous avoir Abou-l’-Cacem pour gouverneur.

Cette révolution eut lieu en l’an 647 (1249-50), et on célébra aussitôt la prière publique à Ceuta au nom d’El-Mor- teda [le khalife almohade] .

Tanger suivit l’exemple de Ceuta et reconnut pour chef un officier surnommé Ibn-el-Amîr *, auquel Abou-Ali-Ibn-Khalas avait délégué le commandement.

Cet Ibn-el-Amîr s’appelait Youçof; son père Mohammed, était fils d’Abd-Abd-Allah-Ibn- Ahmed-el-Hamdani .

Quand le caïd Rendahi et Abou-‘l-Cacem-el-Azéfi se furent emparés du pouvoir à Ceuta, Ibn-el-Amîr en fit de même à Tanger; mais, au lieu de reconnaître comme eux la souveraineté des Almohades, il y fit prononcer la prière publique au nom du sultan hafside.

Bientôt après, il remplaça ce nom par celui du khalife abbacide [de Baghdad], en y ajoutant le sien.

Cet état de choses dura jusqu’à ce qu’il mourut assassiné par les Mérinides.

Dans l’histoire de ce peuple nous donnerons les détails de cette affaire.

Les fils d’Ibn-al-Amîr se rendirent à Tunis avec leur beau-père, le cadi Abou-‘l-Ghanem-Abd-er- Rahman-Ibn- Youçof , un des émigrés musulmans qui avaient quitté Xativa [lors de la prise de cette ville par les Chrétiens, on 1244 de J.-C.].

Abou-‘l-Ghanem s’était alors fixé à Tanger et avait contracté une alliance matrimoniale avec la famille d’Ibn-el-Amîr.

Quant au cadi Abou-‘l-Cacem-el-Azéfi, il s’était fait remarquer par sa piété, ses talents, ses connaissances comme légiste et son habileté comme rédacteur d’actes et d’obligations.

Aussi, sous le règne du [dernier] sultan, il avait rempli , avec éclat, les fonctions de cadi dans la métropole de l’empire.

The_Duomo_of_Lucera Lugêrah la catédral du 13e sur une mosquée
Le Duomo de Lucera ou  Lugêrah en arabe, dans les pouilles une mosquée converti en cathédral au 13e siècle 

Fin de L’ISLAM EN SICILE LE RESTE DES MUSULMANS ET LEURS SITUATION :

En Sicile, les musulmans de Palerme jouissaient des mêmes droits que les chrétiens, tant dans la ville que dans les cam pagnes; avantage qu’ils devaient à un traité que le sultan [hafside] avait négocié en leur faveur avec le seigneur de cette île.

Depuis lors, la bonne harmonie s’était maintenue entre les deux peuples, mais la mort d’Abou-Zékérïa vint tout déranger.

Les chrétiens se portèrent à de graves excès contre les vrais croyans et les forcèrent à se réfugier dans les châteaux et lieux escarpés de l’île.

Les fuyards prirent pour chef un aventurier appartenant à la tribu [arabe] des Banou Abs; mais ayant été cernés et bloqués dans leur montagne, ils firent leur soumission.

Le vainqueur les déporta dans le pays situé à l’autre côté du détroit [de Messine] et les établit auprès de [Melfi,] berceau de sa puissance, au milieu d’une contrée riche et populeuse.

Il passa ensuite dans l’île de Malte, et, après avoir rassemblé tous les Musulmans qui s’y trouvaient encore, il les envoya joindre leurs coreligionnaires [dans la Pouille].

Devenu ainsi maître de la Sicile et des îles voisines, le tyran en fit disparaître l’islam et le remplaça par les doctrines de l’infidélité.

Vieille photo de Tunis du 19e siècle
Vieille photo de Tunis du 19e siècle

INAUGURATION DU SULTAN ABOU-ABD-ALLAH-EL-MOSTANCER.

En l’an 647 (1249), quand l’émir Abou-Zékérïa mourut sous les murs de Bône, ainsi que nous venons de le dire, les grands officiers de l’empire et les troupes du camp s’accordèrent pour reconnaître pour chef l’émir Abou-Abd-Allah, fils du monarque défunt. Mohammed-el-Lihyani , oncle d’Abou-Abd-Allah , leur administra le serment de fidélité.

Le nouveau souverain partit sur le champ pour Tunis, où il fit son entrée le 3 Redjeb de la même année (octobre 1249).

Le jour de son arrivée dans la capitale de l’empire, on lui renouvella le serment qu’il avait déjà reçu et on lui donna le titre d’El-Mostancer-Billah (qui cherche la victoire avec l’aide de de Dieu).

Quelque temps après, il se fit prêter le même serment pour la troisième fois , et choisit les mots suivants pour en composer son paraphe 1 : El-hamdo lillahi oues-chekro liïlah (louange à Dieu et reconnaissance à Dieu).

S’étant chargé du poids de l’empire, il fit arrêter et conduire à El-Mehdïa l’eunuque Kafour. serviteur intime de son père et intendant du palais.

D’après les ordres qu’il expédia dans toutes les provinces, les habitants s’empressèrent de lui envoyer leur déclaration de fidélité.

Il prit pour vizir Ahou’-Abd- Allah-Ibn-Abi-Mehdi , et pour cadi Abou – Zeid-et- Touzeri , précepteur de son cousin , le fils de Mohammed-et-Lihyani.

Dinar Hafside al-Mustansir

 LE FILS DE MOHAMMED-EL-LIHYANI SE «ET EN RÉVOLTE ET MEURT AINSI QUE SON PÉRE.

L’émir Abou-Zékérïa avait deux frères : Abou-Ibrahîm et Mohammed, surnommé El-Lihyani, à cause de la longueur de sa barbe (lihya). Bien que ce dernier jouissait de l’amitié toute particulière du sultan, la meilleure intelligence n’en régna pas moins entre les trois frères.

Abou-Abd-Allah-el-Mostancer ayant succédé à son père, Abou- Zékérïa, confia le vizirat à Mohammed-Ibn-Abi-Mehdi, personnage marquant de la tribu berbère des Hintata.

La jeuneusse du nouveau souverain, qui n’avait alors qu’environ vingt ans, inspira à ce ministre l’espoir de pouvoir le diriger à son gré.

Mais, pour atteindre ce but, il fallait vaincre la résistance que devait lui opposer l’entourage du sultan, troupe régulièrement organisée dans laquelle il n’y avait que des esclaves chrétiens et des musul mans espagnols appartenant à de bonnes familles.

Ces serviteurs fidèles devaient leur fortune et leur position au dernier sultan et formaient un corps de milice dont le nombre en imposa aux Almohades et dont les membres leur enlevaient les meilleurs emplois de l’empire.

Pour parvenir à ses fins, Ibn-Abi-Mehdi s’adressa d’abord aux frères du feu sultan, et chercha à leur inspirer le regret d’avoir laissé échapper le pouvoir.

N’ayant obtenu aucun en couragement de leur part, il se retourna vers le fils de Mohammed-el-Lihyani, et l’ayant décidé à le seconder, il le reconnut pour souverain et lui prêta secrètement le serment de fidélité en l’assurant que les moyens d’exécuter leur projet ne manqueraient pas.

Mohammed-el-Lihyani découvrit la trahison de son fils et en informa le sultan, pendant que le cadi Abou-Zeid-et-Touzeri, fidèle aussi à son devoir, lui fit parvenir la même nouvelle.

Le vingtième jour du mois de Djomada [premier] de l’an 648 (août 1250), Ibn-Abi-Mehdi se rendit de bon matin à la porte du palais, où il devait donner audience au public en sa qualité de vizir. Ayant alors fait arrêter son collègue Abou-Zeid-Ibn- Pjamê, il se rendit avec les chefs almohades à la maison où demeurait le fils d’El-Lihyani, et lui prêta le serment de fidélité.

Le sultan fit aussitôt monter ses partisans à cheval et donna au caïd Dafer, son affranchi, l’ordre d’attaquer les rebelles. Ces troupes en vinrent aux mains avec les Almohades dans le Mosalla », en dehors de la ville, et les mirent en pleine déroute. Cette rencontre coûta la vie à Ibn-Abi-Mehdi et à Ibn-Ouaz- guelden.

Dafer se dirigea ensuite vers la maison d’El-Lihyani,oncle du sultan, et le fit mourir ainsi que son fils, le même auquel les conjurés avaient engagé leur foi. Il prit alors leurs têtes pour les porter au sultan, et ayant rencontré en chemin Ibrahîm, l’autre oncle, accompagné de son fils, il leur ôta également la vie.

Les maisons des Almohades furent livrées aupillageet détruites de fond en comble. Quand la sédition fut étouffée et l’agitation apaisé, le sultan prodigua des récompenses à ses amis et partisans.

Il rétablit aussi dans le vizirat Abd-Allah-Ibn-Abi-‘l-Hocein, le même qui,à l’avènement du prince, avait dû céder devant l’ambition d’Ibn- Abi-Mehdi et quitter non-seulement sa place mais la ville.

Tout rentra alors dans l’ordre. Quelque temps après, les ennemis de Dafer complotèrent sa perte et représentèrent au sultan l’extrême illégalité de la con duite tenue par cet affranchi, qui avait ordonné la mort des oncles du souverain, bien que leur innocence fût parfaitement reconnue.

Prévenu de ces intrigues , et craignant la colère de son maître, Dafer pritla fuite et chercha un refuge chez lesDouaouida.

Hilal, client de Dafer, qui avait le plus contribué à le desser vir, obtint alors du sultan la place de caïd (général en chef).

Dafer continua pendant quelque temps à vivre en proscrit sous la protection des Arabes.

« Vue de Tunis pendant le siège de 1535 : en haut à droite, un enclos rempli de cervidés, légendé « Thiergardu » (parc à animaux sauvages) – et qui pourrait être la représentation de la résidence d’Abu Fihr, construite par al-Mustanṣir, – semble être un parc de chasse hafside, probable héritier direct de celui de Bizerte » tiré du : d’après Veneziano Agostino, avant 1540, gravure reproduite (non attribuée et non datée) dans TERRASSE Michel, 2001, Islam et Occident méditerranéen, Paris, Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, figure 32.
source : La question des parcs de chasse à l’époque abbasside : le cas emblématique de Sâmarrâ’

MONUMENTS DU RÈGNE DE CE SULTAN.

Parmi les constructions vraiment royales qui s’élevèrent sous les auspices d’El-Mostancer , nous devons signaler d’abord le parc de chasse qu’il forma auprès de Benzert , en l’an 650 (1252-3).

Une vaste étendue de terrain, située dans la plaine, fut entourée d’une clôture afin de procurer un séjour tranquille à de nombreux troupeaux de bêtes fauves.

Quand le monarque voulait se donner le plaisir de la chasse, il entrait à cheval dans ce parc, accompagné de quelques-uns des affranchis attachés à sa personne et de plusieurs fauconniers ayant avec eux des faucons , des sacres , des chiens slougui * et des léopards.

Comme la clôture empêchait le gibier de s’échapper, le sultan pouvait s’amuser toute la journée au gré de ses désirs et courir dans un parc magnifique dont le pareil n’existait pas au monde.

Voulant procurer aux dames de son harem la facilité de se rendre du palais au jardin de Ras-et-Tabïa * sans être exposées aux regards du public, il fit élever une double muraille depuis le palais jusqu’au jardin.

Ces murailles avaient dix coudées de hauteur, et l’intervalle qui les séparait avait aussi dix coudées et formait une voie de communication. Cette construction était bâtie avec tant de solidité qu’elle promettait de durer aussi longtemps que l’empire.

Ensuite il fit élever dans l’avant-cour de son palais le pavillon appelé Cobba Asarak(coupole asarak).

Ce dernier mot appartient à la langue des Masmouda (berbère) et signifie large et vaste.

Cet édifice forme un portique large et élevé, dont la façade, tournée vers le couchant, est percée d’une grande porte à deux battants artistement travaillés en bois et d’une telle grandeur que la force réunie de plusieurs hommes est nécessaire pour les ouvrir et les fermer.

Dans chacun des deux côtés qui touchent à celui de la façade s’ouvre une porte semblable à celle que nous venons de décrire.

La porte principale est [ainsi] du côté de l’occident et donne sur un énorme escalier d’environ cinquante marches.

Cet escalier est aussi large que le portique, et sa direction transversale est du nord au sud.

Les deux autres portes s’ouvrent sur des allées qui se prolongent jusqu’au mur d’enceinte et reviennent ensuite aboutir dans la cour même.

Lors de la présentation des chevaux de tribut », et pendant la revue des troupes, ainsi qu’aux jours de fête, le sultan se tient dans ce pavillon, assis sur son trône, en face de la grande porte d’entrée.

Ce bâti ment, aussi remarquable par la beauté de son architecture que par ses vastes dimensions, offre un témoignage frappant de la grandeur du prince et de la puissance de l’empire.

Dans le voisinage de la capitale il forma un jardin auquel il donna le nom d’Abou-Fehr et que l’admiration universelle a rendu célèbre.

On y voyait une forêt d’arbres dont une partie ser vait à garnir des treillages pendant que le reste croissait en pleine liberté.

C’étaient des figuiers, des oliviers, des grenadiers, des dattiers, des vignes et d’autres arbres à fruit; puis, les diverses variétés d’arbrisseaux sauvages, tels que le jujubier et le tamarisc, et tout cela disposé de manière à former de chaque espèce un groupe à part.

On donna à ce massif le nom d’Es-Châra (le bocage).

Entre ces bosquets se déployaient des parterres, des étangs, des champs de verdure ornés de fabriques et couverts d’arbres dont les fleurs et le feuillage charmaient les regards.

Le citronnier et l’oranger mêlaient leurs branches à celles du cyprès, pendant que le myrte et le jasmin souriaient au nénufar.

Au milieu de ces prairies, un grand jardin servait de ceinture à un bassin tellement étendu qu’il paraissait comme une mer.

L’eau y arrivait par l’ancien aqueduc; ouvrage colossal qui s’étend depuis les sources de Zaghouan jusqu’à Carthage et dont la voie passe tantôt au niveau du sol et tantôt sur d’énormes arcades à plusieurs étages, soutenus par des piles massives et dont la construction remonte à une époque très-reculée.

Ce conduit part d’une région voisine du ciel, et pénètre dans le jardin sous la forme d’un mur ; de sorte que les eaux , sourdissant d’abord d’une vaste bouche pour tomber dans un grand et pro fond bassin de forme carrée, construit de pierres et enduit de plâtre , descendent par un canal assez court jusqu’au bassin [du jardin] qu’elles remplissent de leurs flots agités.

Telle est la grandeur de cette pièce d’eau que les dames du sultan trouvent moins d2plaisir à se promener sur le rivage que de s’asseoir chacune dans une nacelle et de la pousser en avant,afin de remporter sur ses compagnes le prix de la vitesse.

A chaque extrémité du bassin s’élève un pavillon, l’un grand, l’autre petit, soutenus, tous deux, par des colonnes de marbre blanc et revêtus de mosaïques en marbre.

Les plafonds sont en bois artistement travaillé et se font admirer par leur construction solide autant que par la beauté des arabesques dont ils sont ornés.

En somme, les kiosques, les portiques, les bassins de ce jardin, ses palais à plusieurs étages, ses ruisseaux qui coulent à l’ombre des arbres, tous les soins prodigués à ce lieu enchanteur, le rendaient si cher au sultan que, pour mieux en jouir, il abandonna pour toujours les lieux de plaisir construits par ses prédécesseurs.

Rien ne fut négligé, de son côté, pour augmenter les charmes d’un endroit dont la renommée devait remplir l’univers.

Une rue arabe a Biskra, Constantinois par Gustavi Simoni
Une rue arabe a Biskra, Constantinois par Gustavi Simoni

ABOU-ISHAC, FRÈRE DU SULTAN Hafside , S’ENFUIT CHEZ LES ARABES RÎAH.

Le sultan El-Mostancer craignait beaucoup l’ambition de son frère Abou-Ishac, et, pour se garantir contre lui, il le tenait en surveillance et le traitait avec une rigueur et une sévérité extrêmes.

En l’an 651 (1253-4), il sortit avec ses troupes pour arranger quelque ‘affaire qui intéressait l’état, et, pendant sa marche, Abou-Ishac réussit à s’enfuir du camp et à passer chez les Douaouida, branche de la tribu de Rîah.

Les membres de cette puissante famille lui prêtèrent le serment de fidélité à Zeraïa *, endroit situé dans les dépendances de Nigaous.

Parmi les personnes qui se rallièrent ensuite à sa cause, Abou-Ishac reconnut avec plaisir un ancien serviteur de son père, l’affranchi Dafer, dont le dévouement et le rang élevé lui semblaient dignes des plus hauts égards.

Les insurgés allèrent alors mettre le siége devant Biskra et reçurent dans leurs rangs Fadl-Ibn-Ali-Ibn- el-Hacen-Ibn-Mozni, l’un des cheikhs de la ville.

Cet homme s’était tout d’abord prononcé en faveur d’Abou-Ishac et dut passer du côté des assiégeants parce que les autres notables de la place avaient tenu conseil pour le faire mourir.

Sa défection entraîna la soumission de Biskra.

Cette conquête achevée, les alliés d’Abou-lshac partirent pour Cabes, et, pendant qu’ils tâchaient de réduire cette forteresse , ils reçurent l’appui d’une foule d’Arabes nomades qui leur arrivèrent de tous les côtés.

Le sultan fut tellement inquiet des suites que pourrait avoir cette révolte qu’il enferma dans la citadelle tous les enfants du prince fugitif et les y retint sous bonne garde. Son vizir, Ibn-Abi- ‘1-Hocein, travailla, de son côté, à semer la division entre Abou- Ishac et Dafer.

Pour y parvenir, il fit entendre officieusement à la sœur de ce prince, laquelle se trouvait alors dans la capitale, que son frère ferait bien de se méfier de l’affranchi. Elle ne manqua pas d’en faire avertir Abou-Ishac, et cette communica tion eut le résultat auquel le vizir s’attendait.

Dafer ayant remarqué que le prince lui témoignait une extrême froideur, le quitta et s’en alla dans le Maghreb d’où il passa en Espagne.

Les bandes qui entouraient les drapeaux d’Abou-Ishac se dispersè rent aussitôt, et ce prince fut obligé de s’enfuir à Tlemcen.

De là, il se rendit en Espagne et se présenta à la cour de Mohammed-Ibn-el-Ahmar.

Accueilli avec de grands honneurs par ce monarque, ancien ami de son père, il obtint de lui une pension considérable et eut ensuite l’occasion de prendre part à la guerre sainte et de se distinguer dans plusieurs rencontres avec les infidèles.

Le sultan El-Mostancer ne cessa, jusqu’à sa mort, d’en voyer à Ibn-el-Ahmer des cadeaux et des députations almohades, afin de conserver sa bienveillance et l’empêcher de seconder les projets du fugitif, sur lequel, du reste, il obtenait des renseigne ments parla môme occasion.

Plus loin, nous raconterons comment Abou-Ishac parvint au trône de l’Ifrîkïa.

Après la mort d’El-Mostancer, Dafer quitta l’Espagne et alla débarquer à Bougie, d’où il envoya ses fils auprès d’El-Ouathec [le nouveau khalife], afin d’obtenir sa grâce et l’autorisation de partir pour la Mecque.

Le vizir [Ibn-el-Habbeber] qui, à cette époque, gouvernait en maître l’empire hafside, craignait tant l’influence de cet affranchi qu’il écrivit au gouverneur de Bougie, le cheikh almohade Abou-Hilal-Aïad-el-Hintati, lui ordonnant de le faire assassiner, plutôt que de le laisser partir pour l’Orient.

Dafer fut tué et ce crime demeura impuni.

Ses fils trouvèrent un refuge chez les Beni-Toudjîn et reparurent, plus tard, dans le cortége d’Abou-Ishac, quand ce prince revint en Afrique pour monter sur le trône.

Édifiée de 1231 à 1235 par l'architecte Ali ibn Mohamed ibn Kacem, sur les ordres du fondateur de la dynastie hafside Abû Zakariyâ Yahyâ (règne de 1230 à 1249)
La mosquée de la Kasbah (جامع القصبة) est une mosquée tunisienne située sur la place de la Kasbah à Tunis. Édifiée de 1231 à 1235 par l’architecte Ali ibn Mohamed ibn Kacem, sur les ordres du fondateur de la dynastie hafside Abû Zakariyâ Yahyâ (règne de 1230 à 1249)

HISTOIRE ET CHUTE DES BENI-AN-NÔMAN. EXPEDITION DU SULTAN DANS LE ZAB.

Les fils de Nêman appartenaient à la tribu des Hintata où ils tenaient le rang de cheikhs et de chefs de peuplade.

Sous le règne de l’émir Abou-Zékérïa, ils figuraient au premier rang parmi les fonctionnaires de l’empire, et, lors de l’avènement d’El-Mostancer, ils avaient obtenu en don le gouvernement de Constantine, ville qu’ils firent administrer par un de leurs parents.

L’aîné de ces chefs se nommait Abou-Ali ; les deux autres s’appelaient Meimoun et Abd-el-Ouahed.

Comme ils avaient trempé dans la conspiration [du fils] d’El-Lihyani, le sultan les fit tous arrêter en l’an 654 (4253-4), aussitôt qu’il eut raffermi son autorité et rétabli l’ordre dans ses états. Abou-Ali fut déporté à Alexandrie , Meimoun fut mis à mort, et, avec eux, disparut toute l’influence de leur famille.

Quelque temps après, un nommé Abou-Himara suscita une révolte dans le Zab.

Le sultan partit aussitôt de Tunis pour châtier les rebelles, et ayant fait essuyer à leurs bandes une défaite sanglante, il ôta la vie à leur chef, que l’on était parvenu à faire prisonnier.

La tête de cet aventurier fut portée à Tunis et exposée aux regards du peuple.

El-Mostancer se rendit ensuite à Maggara et en arrêta les notables, qui appartenaient tous aux tribus arabes  de Mirdas et de Debbab, branches de la grande tribu de Soleim.

Parmi eux se trouvèrent Rehab-Ibn-Mahmoud et son fils.

Il les envoya à El-Mehdïa pour y être mis au cachot, et, après ce coup de main, il rentra à Tunis chargé de butin.

Peinture panoramique de la sainte de la Mecque faite par Muhammad ‘Abdallah, pour le
Peinture panoramique de la sainte de la Mecque (Arabie Saoudite)  faite par Muhammad ‘Abdallah, pour le « the Delhi cartographer  » en 1845

LA MECQUE RECONNAÎT LA SOUVERAINETÉ  DBS HAFSIDES.

Le seigneur et gouverneur de la Mecque appartenait à la plus noble famille du monde, à celle des chérifs descendants d’El-Hacen, fils de Fatema [fille de Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui].

Il se nommait Abou- Nemi ; son frère s’appelait Idrîs.

Depuis l’époque où Salah-ed Dîn (Saladin)-Youçof, fils d’Aïoub le kurde, eut rétabli l’autorité spirituelle des khalifes abbassides en Egypte, en Syrie et au Hidjaz  (face au fatimides)», les chérifs de la Mecque avaient continué à reconnaître la souveraineté de cette famille.

Le droit de commander les pèlerins et d’administrer la ville demeura, toutefois, entre les mains de [Salah-ed-Dîn] qui le transmit à ses descendants, des quels il passa à leurs affranchis, ainsi que cela se voit encore de nos jours (les mamlouks).

Il s’éleva bientôt de vives contestations entre ces affranchis et les chérifs, et la lutte durait encore quand les Tatars vinrent renverser le khalifat de Baghdad et que la dynastie hafside s’éleva en Afrique, forte des vœux et de l’appui des peuples.

Il se trouvait alors domicilié à la Mecque un soufi [ou docteur ascétique] qui s’appelait Abou-Mohammed[-Abd-el-Hack]-Ibn- Sebâïn.

Cet individu, ayant quitté Murcie, sa ville natale, s’était d’abord rendu à Tunis, et, comme il était profondément versé dans la connaissance de la loi et des sciences intellectuelles, il avait affiché la prétention de s’être dompté au point de pouvoir marcher droit dans la voie du soufisme.

Il professait même une partie des doctrines extravagantes que l’on apprend dans cette école, et il enseignait ouvertement que rien n’existe excepté Dieu, principe dont nous avons parlé dans notre chapitre sur les soufis exagérés*.

Il prétendait même s’être acquis la faculté de régir selon sa volonté 3 toutes les diverses espèces d’êtres [et opérer des miracles].

Par suite de ces opinions, il se vit attaqué dans ses croyances religieuses et accusé de professer une doctrine impie et contraire aux bonnes mœurs; il finit même par encourir la réprobation d’Abou-Bekr-Ibn-Khalîl-es-Sekouni, ancien chef des théologiens de Séville et alors chef de ceux de Tunis.

Comme celui-ci avait déclaré qu’on devait poursuivre Ibn- Sebâïn comme criminel, les muftis et les traditionnistes s’a charnèrent contre le novateur dont ils repoussèrent les prétentions extravagantes.

Craignant que ses adversaires trouvassent assez de preuves pour le faire condamner, cet homme passa en Orient et se fixa à la Mecque.

Réfugié là, dans l’asile inviolable du temple, il se lia d’amitié avec le chérif, seigneur de la ville, et l’encouragea dans la résolution qu’il avait formée de reconnaître la souveraineté d’El-Mostancer, sultan de l’Ifrîkïa.

Voulant capter la bienveillance de ce monarque et trouver le moyen de se venger à son tour, il composa et traça de sa propre main la lettre par laquelle les chérifs de la Mecque acceptaient ce prince pour souverain

Quand le sultan reçut cet écrit, il convoqua tous les dignitaires de l’empire ainsi que le peuple, afin de leur en donner lecture.

Le cadi Abou-‘l-Berra, prédicateur de la cour, prit en suite la parole et, à la suite d’un long discours sur l’admirable style de la lettre, il signala l’excellent effet qu’elle devait produire dans le monde en faisant connaître le nouvel éclat que la gloire du sultan et de son royaume venait de recevoir par l’empressement des habitants de la Ville Sainte à reconnaître son autorité.

Il termina son discours par une prière pour la prospérité du monarque et renvoya l’assemblée.

Ce fut là un des plus beaux jours de l’empire Hafside.

Guerriers du royaume de kanem Bornu (Fezzan,Tchad et Nigéria)
Guerriers du royaume de kanem Bornu (Fezzan,Tchad et Nigéria) ancien soudan central

LES BENI-MERÎN» ET LE ROI DES NOIRS de KANEM ENVOIENT DES AMBASSADES AU SULTAN HAFSIDE.

Quand les Beni-Merîn eurent fait leur soumission à l’émir Abou-Zékérïa et reconnu la souveraineté des Hafsides, ils déci dèrent les habitants de Miknaça (Mequinez) , de Tèza, d’El-Casr et des autres localités qui leur étaient tributaires à expédier au sultan des adresses de félicitation et de dévouement.

Après l’avènement d’El-Mostancer au trône de Tunis et la proclamation d’El-Morteda comme souverain de Maroc, une guerre prolongée, dont nous avons déjà parlé 1 et dont nous rapporterons ailleurs les détails, eut lieu entre les Mérinides et les Almohades marocains.

En l’an 652 (1254), l’émir Abou-Yahya, fils d’Abd-el-Hack, envoya au sultan bafside une députation de cheikhs mérinides chargée de lui présenter les hommages et la soumission des habitants de Fez.

L’arrivée de cette ambassade produisit une sensation profonde dans tout l’empire, et le sultan lui-même en témoigna sa haute satisfaction par l’accueil bienveillant qu’il fit aux envoyés et par les présents dont il les combla au moment de leur départ.

Après la mort d’Abou-Yahya, son frère et successeur,Yacoub, expédia au sultan une nouvelle députation avec de riches ca deaux.

Cette mission eut pour but d’obtenir l’appui d’El-Mostancer contre le sultan almohade, El-Morteda, et de lui donner l’assurance que son autorité serait établie dans Maroc aussitôt que les Mérinides deviendraient maîtres de cette ville.

Plusieurs autres députations mérinides parurent successivement à la cour du sultan jusqu’à l’époque où Marrakesh succomba.

En l’an 655, le sultan El-Mostancer reçut un riche cadeau de la part d’un roi des Noirs, souverain de Kanem et seigneur de Bornou, ville située sur le méridien de Tripoli.

Parmi les offrandes que cette députation noire lui remit, se trouva une giraffe, animal dont les caractères extérieurs sont des plus disparates.

Les habitants de Tunis coururent en foule pour la voir, de sorte que la plaine regorgeait de monde, et ils ressentirent un étonnement profond à l’aspect d’un quadrupède dont la forme si étrange rappelait, à la fois, les marques distinctives de plusieurs animaux de diverses espèces.

En l’an 658 (1260), le prince Don-Henri, qui s’était brouillé avec son frère, le roi de Castille, vint à Tunis.

Le sultan le combla d’égards et de dons;. il l’établit à sa cour de la manière la plus magnifique et lui prodigua ces marques de considération que l’on réserve pour les souverains et les personnages du plus haut rang.

Cette suite d’ambassades contribua beaucoup à étendre la renommée et l’influence de l’empire Hafside.

NOTES

(1) Abû `Abd Allah Muhammad al-Mustansir étend les frontières de son État en soumettant le Maghreb, allant jusqu’à imposer sa suzeraineté au royaume de Tlemcen (Zayyanide dynastie berbère) , au Mérinides (dynastie berbère) de Fès et à l’Espagne des Nasrides (dynastie arabe) de Grenade et même le chérif de la Mecque . Les Hafsides deviennent totalement indépendants en 1236. Le successeur d’Abû Zakariyâ’ Yahyâ, Abû `Abd Allah Muhammad al-Mustansir, se proclame calife en 1255 et continue la politique de son père. C’est durant son règne qu’a lieu la seconde croisade de « Saint-Louis » qui se solde par un échec. Débarqué à Carthage, le roi meurt de la dysenterie au milieu de son armée décimée par la maladie en 1270 .

(2) A la chute des Abbassides à Baghdad en 1258, le monde musulman avais les yeux tournés ver les Hafsides de Tunis, et le sharif de la Mecque a reconnue l’autorité califale d’al-Mustansir , avant que les rescapé des abbasside ne sois accueillis au Caire par les Mamelouks . « Le Cambridge Histoire de l’Islam:
Publié par PM Holt, Peter Malcolm Holt, Ann KS Lambton, Bernard Lewis »

Bio et notice califat Hafside :

Sur le rapport entre la Mecque et les Hafsides par  Robert Brunschvig :  « l’investiture du calife Hafside par la Mecque, ne fut peut-être guère plus spontané que ne l’aavit été le couronnement de Charlemagne a Rome comme empereur en l’an 800″ (La Berbérie orientale sous les Ḥafṣides’ , page 42)

« La puissance Hafside de Tunis paraissait capable de défendre l’Islam à un moment où il était menacé à l’ouest par la Reconquista Espagnole et à l’Est par les hordes Mongoles. (..) Les Mamelouks d’Egypte et le Chérif de la Mecque le reconnurent même pendant un an comme leur suzerain »   Histoire générale de la Tunisie: Le Moyen âge – Page 364

source :

Recherches sur l’origine et les migrations des principales tribus de l’Afrique septentrionale et particulièrement de l’Algérie / par E. Carette et Antoine-Ernest-Hippolyte (1808-1890) Éditeur : Impr. impériale (Paris) Date d’édition : 1853

CHAPITRE VII Progrès de l irruption arabe sous le gouvernement des émirs berbères

page 414 titre  » Nouveau partage du Maghreb en trois dynasties indépendantes les Beni Merin a Fès les Beni Zcïân â Tlemcén et les Beni Hafes â Tunis »

page 415 titre « Tunis devient la métropole du monde musulman  »

page 416 titre « Etat permanent d agitation de la population arabe dans l émirat de Tunis déchirements et calamités Ibid Prise de Tunis par Charles Quint et la conduite des Arabes dans cette circonstance  »

Ibn Khaldoun, Histoire des  berbères et dynasties musulmanes. 

The Cambridge History of Islam: publié par P. M. Holt,Peter Malcolm Holt,Ann K. S. Lambton,Bernard Lewi

North Africa: A History from Antiquity to the Present Par Phillip C. Naylor 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s