Le chevalier arabe Ussama ibn Munqidh al-Kinani reviens sur la nature barbare et impudique des francs

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Bataille entre croisés et musulmans
Bataille entre croisés et Musulmans

 

« Chez les Francs – Dieu les condamne à l’enfer ! – il n’est pas de vertu humaine qui soit appréciée en dehors de la valeur guerrière ; nul chez eux n’a de rang ou de prérogative en dehors des chevaliers, seules personnes qui soient appréciées. Ce sont eux qui donnent des conseils, qui jugent et qui condamnent. (…)

On me présenta un chevalier qui avait une tumeur à la jambe (…). Je mis un emplâtre au chevalier, la tumeur s’ouvrit et s’améliora ; je prescrivis une diète à la femme pour lui rafraîchir le tempérament. Mais voici qu’arriva un médecin franc, lequel déclara : « Cet homme ne sait pas les soigner ! » et s’adressant au chevalier, il lui demanda : « Que préfères-tu ? Vivre avec une seule jambe ou mourir avec les deux ? » Le patient ayant répondu qu’il aimait mieux vivre avec une seule jambe, le médecin ordonna : « Amenez-moi un chevalier solide et une hache bien aiguisée ». Arrivèrent le chevalier et la hache tandis que j’étais toujours présent. Le médecin plaça la jambe sur un billot de bois et dit au chevalier : « Donne-lui un bon coup de hache pour la couper net ! » Sous mes yeux, l’homme la frappa d’un premier coup, puis ne l’ayant pas bien coupée, d’un second ; la moelle de la jambe gicla et le blessé mourut à l’instant même. (…)

Examinant alors la femme, le médecin dit : « Elle a dans la tête un démon qui est amoureux d’elle. Coupez-lui les cheveux ! » On les lui coupa et elle recommença à manger de leur nourriture, avec de l’ail et de la moutarde, ce qui augmenta la consomption. « C’est donc que le diable lui est entré dans la tête », trancha le médecin, et saisissant un rasoir, il lui fit une incision en forme de croix, écarta la peau pour faire apparaître l’os de la tête et le frotta avec du sel… et la femme mourut sur-le-champ. Je demandai alors : « Vous n’avez plus besoin de moi ? » Ils me dirent que non et je m’en revins après avoir appris de leur médecine bien des choses que précédemment j’ignorais.

Les Francs n’ont pas l’ombre du sentiment de l’honneur et de la jalousie. Si l’un d’entre eux sort dans la rue avec son épouse et rencontre un autre homme, celui-ci prend la main de la femme, la tire à part pour lui parler tandis que le mari s’écarte et attend qu’elle ait fini de faire la conversation ; si cela dure trop longtemps, il la laisse avec son interlocuteur et s’en va. (…) »

Usâma ibn Munqidh (1095-1188), Des enseignements de la vie. Traduits et commentés par André Miquel, Imprimerie nationale, Paris, 1983

Ousâma, fils de Mourschid, de la famille des Banou Mounkid, naquit à Schaïzar, ville de la région d’Alep en Syrie (4 juillet 1095). Il avait trois ans à peine qu’Antioche tombait au pouvoir des croisés (3 juin 1098). Un an plus tard, Jérusalem, conquise en 636 par le khalife Omar, était enlevée à l’islamisme, et la Qoubbet-es-Sakhra — le dôme de la Roche — ou mosquée d’Omar était affectée au culte du Christ Sa vie couvre la période faste des états croisés, entre la prise et la perte de Jérusalem. Il ne quittait sa cité natale que pour des missions à Damas, au Caire, en Irak, où il conduisit des expéditions militaires, avant d’en être banni en 1131 par l’émir, son oncle, qui le jalousait et le craignait. Il se mit ainsi au service, tour à tour, des Bourides de Damas, des Zenghides (il se lia notamment d’amitié avec Imad ed-Din Zengi), des Ayyubides, des Fatimides et des Artuqides. Courtisan au Caire, il trempera dans des complots et intrigues de palais, qui conduiront à son bannissement. Il perdit la majeure partie de sa famille en 1157, lorsqu’un tremblement de terre détruisit Chaizar. Dans un Proche-Orient alors dominé par les croisés et les Turcs (suite à la conquête seldjoukide et à la croisade), Chaizar était une des rares places encore aux mains des Arabes.

 

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