Le héro Yâghî Siyân est un émir d’Antioche de 1086 à 1098 officier du sultan seldjoukide Malik Shah Ie. C’est le premier des émirs syriens à subir l’invasion des croisades. Ibn al-Athir nous explique les événements :

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Combat singulier entre Robert de Normandie  et un cavalier Turc durant le siège d'Antioche lors de la première croisade 1096-1099
Combat singulier entre Robert de Normandie
et un cavalier Turc durant le siège d’Antioche lors de la première croisade 1096-1099

Le héro Yâghî Siyân est un émir d’Antioche de 1086 à 1098 officier du sultan seldjoukide Malik Shah Ie C’est le premier des émirs syriens à subir l’invasion des croisades. Ibn al-Athir nous explique les événements :

« Quand le seigneur d’Antioche, Yaghi Siyân apprit leur approche il redouta un mouvement des chrétiens qui demeuraient dans la ville. Il ne fit donc sortir, pour creuser les tranchées que la population musulmane; le lendemain, pour le même travail, il n’envoya que les chrétiens. Il les fit travailler jusqu’au soir, mais quand ils voulurent rentrer dans la ville, il les en empêcha en disant: «  Antioche est à vous, mais vous devez me la laisser tant que je n’aurai pas vu comment s’arrangent nos affaires avec les Francs. » Ils lui dirent: «  Qui protégera nos enfants et nos femmes? » Il répondit: «  Je m’en occuperai à votre place » et eux durent se résigner à rester dans le camp des Francs qui assiégèrent la ville pendant neuf mois. Yaghi Siyân manifesta un courage, une habileté, une fermeté et une prudence incomparables. La majeure partie des Francs périt. S’ils étaient restés aussi nombreux qu’à leur arrivée, ils auraient occupé tous les pays d’Islam. Yaghi Siyân protégea les familles des chrétiens qu’il avait expulsés d’Antioche et ne permit pas qu’on touchât à un cheveu de leur tête. Après s’être attardés longtemps sous les murs d’Antioche, les Francs se mirent en rapport avec un fabricant de cuirasses nommé Ruzbih [le nom peut aussi se lire  »  Firûz « ] qui était employé à la défense des tours, et lui promirent beaucoup d’argent et de terres. La tour qu’il devait défendre était contiguë au lit du fleuve et dominait une fenêtre qui s’ouvrait sur la vallée. Quand l’accord fut réglé entre les Francs et ce maudit fabricant de cuirasses, ils vinrent à cette fenêtre, l’ouvrirent, entrèrent et firent monter une grande troupe de gens à l’aide de cordes. Quand ils furent plus de cinq cents, ils se mirent à sonner de la trompette à l’aube, alors que les défenseurs étaient épuisés par la longue veille et par la garde. Yaghi Siyân s’éveilla et demanda ce qui se passait: on lui répondit que le son des trompettes venait de la forteresse, qui certainement avait été prise, alors qu’en réalité il provenait non de la forteresse, mais de la tour. Saisi de panique, il ouvrit la porte de la ville et s’enfuit follement avec une escorte de trente pages.

Son lieutenant, qui arrivait, demanda où il était passé; on lui dit qu’il s’était enfui, et lui-même s’enfuit à son tour par une autre porte, ce qui aida grandement les Francs, car s’il avait tenu bon une heure de plus, ils auraient été anéantis.

Puis les Francs entrèrent par la porte dans la ville et la mirent à sac; ils exterminèrent tous les musulmans qui s’y trouvaient: cela se passa dans les mois de jumada I [491/ avril-mai 1098; selon les sources occidentales, le 3 juin]. Quant à Yaghi Siyân, il reprit le contrôle de lui-même au lever du jour et s’aperçut qu’il avait parcouru dans sa fuite plusieurs farsakh [une farsakh ou parasange, équivaut à environ six kilomètres]. Il demanda à ses compagnons où il était; on lui répondit: «  à quatre farsakh d’Antioche » , et il se repentit de s’être mis l’abri au lieu d’avoir combattu pour chasser l’ennemi de sa ville ou pour mourir. Il se mit à pleurer d’avoir abandonné sa famille, ses fils et les musulmans, et de douleur, tomba de cheval sans connaissance. Ses compagnons voulaient le remettre en selle, mais il ne tenait plus debout, et était déjà presque mort; ils le laissèrent donc et s’éloignèrent. Un bûcheron arménien qui vint à passer, alors qu’il allait rendre le dernier soupir, lui coupa la tête et la porta aux Francs d’Antioche. Ceux-ci avaient écrit aux seigneurs d’Alep et de Damas pour leur dire qu’ils ne convoitaient pas d’autres terres que celles qui avaient appartenu autrefois aux Byzantins, cela par tromperie et perfidie, afin que les autres ne se portent pas au secours du seigneur d’Antioche. »

Ibn al-Athir , Somme des histoires in Francesco Gabrieli, Chroniques arabes des Croisades, Paris, Sindbad, coll. « La Bibliothèque Arabe », 1977, pp. 28-29

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

 

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