Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1092-1098)

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Francs capturé par des musulmans
Franc capturé par des musulmans lors des croisades

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1092-1098)

 

An 485 de l’hégire (1092-1093 de J. C). Le sulthan Malec-Chah, voulant établir son frère Tutuch dans le gouvernement de la Syrie, donna l’ordre à Ak-Sonkor (gouverneur d’Alep) d’aider ce prince à conquérir toutes les parties de ce pays qui se trouvaient entre les mains du khalife Alide (Fatimide) qui régnait en Egypte. Ak-Sonkor partit avec Tutuch et alla prendre position devant Emesse, ville qui était (tombée) au pouvoir de Khalef Ibn Mola’eb (chef arabe). Tutuch s’étant emparé d’Emesse, fit prisonniers Khalef et les deux fils de ce chef ; puis il alla prendre (la ville d’) Arka et ensuite (celle d’) Apamée. — Nizam el-Molc (vizir de Malec-Chah) meurt d’un coup de poignard que lui porta un jeune homme, natif de Deïlem. —Le sultan Malek-Chah, étant sorti de Bagdad pour se livrer à la chasse, rentra avec une maladie dont il mourut. Il était fils d’Alp-Arslan, fils de Dawoud, fils de Micaïl, fils de Seldjouk. Ce fut le plus beau des hommes, tant d’âme que de corps. Son autorité s’étendait depuis les frontières de la Chine jusqu’à l’extrémité de la Syrie et depuis les contrées musulmanes les plus reculées du nord jusqu’au fond du Yémen. Les rois de Roum (les empereurs de Constantinople), lui payaient tribut. Son règne fut un temps de justice, de repos et de sécurité ; ses États jouissaient de la prospérité et de l’abondance. — Turcan Khatoun (la princesse des Turcs), femme de Malec Chah, cacha la mort de son mari, partit pour Ispahan avec les émirs qu’elle avait gagnés en leur distribuant de l’argent, et, arrivée dans cette ville, elle fit prêter aux troupes le serment de fidélité envers son fils Mahmoud. Ce prince n’avait alors que quatre ans et quelques mois. La khotba fut alors prononcée à Bagdad et dans d’autres lieux au nom de Mahmoud. De son côté, Barkiarok (fils aîné de Malec-Chah) rallia à sa cause les troupes nidamiennes (corps de mamlouks formé par le vizir Nizam el-Molc), et fortifia ainsi son parti. Avant alors mis en déroute une armée, que Turcan-Khatoun avait envoyée contre lui et les Nidamiens, il poursuivit les fuyards et les bloqua dans Ispahan.

An 486 de l’hégire (1093-1093 de J. C). Tutuch voulut profiter de la mort de son frère Malec-Chah pour s’emparer du sultanat, et partît de Damas avec une armée. Ak-Sonkor, seigneur d’Alep, se déclara pour lui ; Yaghi-Sian fit célébrer la prière publique dans Antioche au nom de ce prince, et Bouzan, seigneur d’Emesse, en Fit de même. Tutuch, s’étant mis enmarche avec Ak-Sonkor, prit d’assaut la ville de Nisibe, s’empara de Mossoul et se rendit dans l’Azerbaïdjan, après avoir soumis le Diar-Bekr. Barkiarok ayant marché contre lui afin de le repousser, Ak-Sonkor déclara qu’il s’était mis aux ordres de Tutuch pour la seule raison qu’aucun des fils de Malec-Chah ne s’était présenté pour occuper le trône ; mais « maintenant, dit-il, que Barkiarok, fils de ce sultan, s’est déclaré souverain, nous ne soutiendrons aucun autre que lui. » Il quitta alors Tutuch et se rendit auprès de Barkiarok. Tutuch, affaibli par cette défection, rentra en Syrie. — Les troupes d’El Mostanccer-Billah, khalife alide qui rejetait en Egypte, occupent la ville de Tyr.

An 487 de l’hégire. (1094-1095 de J. C.). Mort d’El-Moktadi-Bi-Amr, khalife de Bagdad. Son fils El-Mos-tadher-Billah Ahmed reçoit du peuple le serment de fidélité, et Barkiarok, qui venait d’arriver à Bagdad, lui engage aussi sa Foi. Le nouveau khalife était alors âgé de seize ans et deux mois. — Tutuch, étant rentré en Syrie après avoir évacué l’Azerbaïdjan, se mit à lever des groupes et parvint à rassembler une nombreuse armée. Ak-Sonkor, de son côté, fit des levées à Alep et reçut un corps de renforts que Barkiarok venait de lui envoyer sous la conduite de Corbogha. Dans la bataille qui s’ensuivit, une partie des troupes d’Ak-Sonkor passa du côté de Tutuch et le reste s’enfuit en désordre. Ak-Sonkor, qui s’était tenu ferme (sur le champ de bataille), fut fait prisonnier et conduit devant Tutuch. « Qu’auriez-vous fait, lui dit celui-ci, si j’étais tombé en votre pouvoir ? » Ak-Sonkor répondit : « Je vous aurais ôté la vie. » « Eh bien, reprit Tutuch, je vous traiterai comme vous m’auriez traité, » et il le fit mettre à mort. Tutuch, s’étant alors dirigé sur Alep, s’empara de cette ville et ôta la vie à Bouzan, qu’il venait de faire prisonnier. Corbogha, qui était aussi devenu son prisonnier, fut envoyé à Emesse et mis en prison. Tutuch s’empara ensuite de Harran et d’Edesse, envahit et soumit les provinces de la Mésopotamie septentrionale et se rendit maître du Diar-Bekr et de Khélath. Etant passé de là dans l’Azerbaïdjan, il y établit son autorité et alla ensuite prendre possession de Hamadan. Un ambassadeur envoyé par lui auprès d’El-Mostadher obtint de ce khalife que la khotba fût prononcée à Bagdad au nom de son maître. — Barkiarok, surpris (dans son camp) par un détachement de l’armée de Tutuch, s’enfuit à Ispahan, où se trouvait son frère Mahmoud. Quelques généraux au service de Mahmoud, l’ayant arrêté, voulaient lui faire ôter la vie quand, heureusement pour lui, Mahmoud mourut de la petite vérole. Toutes les troupes du prince décédé se réunirent alors autour de Barkiarok. — L’Émir el-Djoyouch Bedr el-Djemali mourut en Egypte, cette année. Toute l’autorité dans l’empire d’El-Mostancer appartenait à lui seul ; rien ne s’y faisait que par son autorisation. Il eut pour successeur son fils El-Afdal. El-Mostancer-Billah mourut aussi dans cette année, après avoir occupé le khalifat d’Egypte pendant soixante ans et quatre mois. Il fut remplacé par son fils. El-Mosta’li-Billah.

"Dieu le veut" par burenerdene
« Dieu le veut » par burenerdene

An 488 de l’hégire (1095 de J.C). Tutuch se dirigea vers (la ville de) Reï pendant que son frère Barkiarok souffrait d’une maladie. Celui-ci, s’étant remis de son indisposition, partit d’Ispahan avec ses troupes afin de livrer bataille à son rival. Le combat eut lieu dans le voisinage de Reï, et Tutuch, dont l’armée fut mise en déroute, resta ferme (sans reculer) jusqu’à ce qu’il fût tué. Barkiarok se trouva ainsi seul maître du sultanat

Rodouân, fils de Tutuch, revint à Alep aussitôt qu’il eut appris la mort de son père, et se fit proclamer souverain ; Sokmân, fils d’Ortok, s’empara de Saroudj ; Dokak, l’autre fils de Tutuch, s’évada secrètement d’Alep et se rendit à Damas, ville qui lui fut remise par Saoutikin, commandant de la citadelle. Il accueillit, alors très honorablement Toghlikin, mari de sa mère, qui était venu le joindre. Yaghi-Sian, seigneur d’Antioche, se rendit aussi auprès de Dokak.

An 489 de l’hégire (1096 de J. C.). Corbogha ayant été remis en liberté d’après un ordre que Barkiarok venait d’envoyer à Rodouân, rassembla autour de lui une foule d’aventuriers et alla mettre le siège devant Nisibe. Avant pris cette ville, il marcha sur Mossoul et l’obligea à capituler après l’avoir tenue bloquée pendant neuf mois. Il traita les habitants avec beaucoup d’humanité. — Les troupes du khalife égyptien enlèvent Jérusalem à Ilgazi et Sokmân, tous les deux fils d’Ortok.

 

An 490 de l’hégire (1096-1097 de J. C). Rodouân part d’Alep avec Yaghi-Sian dans le dessein d’enlever la ville de Damas à son frère Dokak. N’ayant pu exécuter son projet, il se dirigea sur Jérusalem et ne fut pas plus heureux, Yaghi Sian le quitta, alors et se rendit auprès de Dokak, à qui il représenta comme une chose très facile la conquête de la ville d’Alep. Dokak suivît ce conseil et marcha à la rencontre de Rodouân ; mais, dans le combat qui s’ensuivit, il eut à subir une défaite.

Le fléau des croisades additionné au mongoles
Le fléau des croisades 

An 491 de l’hégire (1097-1098 de J. C). Invasion de la Syrie par les Francs : prise d’Antioche et autres lieux. Les Francs s’étaient mis en marche l’année précédente. Avant franchi le canut de Constantinople. Ils pénétrèrent dans les États de Kilidj-Arslan, ibn Soleïman Ibn Koutoulmisch, à savoir : Icone et autres lieux. Dans une bataille livrée à Kilidj Arslan, ils lui firent essuyer une défaite. Se dirigeant ensuite vers le pays de Léon l’Arménien (la petite Arménie), ils débouchèrent du côté d’Antioche. Pendant neuf mois qu’ils tinrent cette ville assiégée, Yaghi-Sian y déploya une grande bravoure. Ils y pénétrèrent enfin de vive force, et Yaghi-Sian en fut si consterné qu’il s’enfuit de la ville pendant la nuit. Au lendemain, quand il eut repris ses esprits, il se mit à gémir sur le sort de sa famille, de ses enfants et des Musulmans. Telles furent ses souffrances qu’il perdit connaissance et tomba par terre. En vain ceux qui l’accompagnaient essayèrent de le remettre à cheval ; il n’avait plus assez de force pour se maintenir en selle. Alors on l’abandonna, le laissant couché sur le sol, et un Arménien, qui était occupé à couper du bois, le trouvant sur le point de rendre le dernier soupir, lui coupa la tête et la porta aux Francs dans Antioche. Yaghi-Sian était Turcoman d’origine et fils de Mohammed Ibn Alp-Arslan. Ce fut dans le mois de djoumada premier (avril-mai 1098) que les Francs se rendirent maîtres d’Antioche. Ils passèrent les Musulmans de la ville au fil de l’épée et mirent au pillage les biens des habitants. Corbogha, seigneur de Mossoul, ayant appris ce que les Francs avaient fait à Antioche, rassembla ses troupes et se porta en avant jusqu’à Merdj Dabek. Auprès de lui se réunirent Dokak, seigneur de Damas, Toghtïkin l’atabek (3), Djenah ed-Daula, seigneur d’Emesse, plusieurs autres émirs et une foule d’Arabes nomades. Djenah ed-Daula avait épousé la mère de Rodouan ; mais, s’étant ensuite séparé de ce prince, il quitta la ville d’Alep et alla s’emparer d’Emesse. Ces chefs marchèrent sur Antioche et y bloquèrent les Francs. Telle fut la consternation de ceux-ci qu’ils demandèrent à Corbogha la permission de se retirer librement, mais leur prière fut repoussée. Corbogha commença alors à user de mauvais procédés envers les princes et les émirs qui étaient venus se joindre à lui ; il agit avec tant de hauteur qu’il finit par les indisposer contre lui. Les Francs, vivement pressés et manquant de vivres, sortirent de la ville, livrèrent bataille aux Musulmans et les mirent en fuite. Un grand nombre des assiégeants fut tué, leur camp fut pillé, leurs armes et leurs approvisionnements servirent à soutenir les forces des Francs. Après la déroute des Musulmans, les Francs se portèrent contre la ville d’El Ma’arra et s’en rendirent maîtres. Les habitants furent passés au fil de l’épée : plus de cent mille hommes y furent tués et le nombre des captifs fut très grand. Les Francs, après être restés quarante jours à El-Ma’arra, se dirigèrent du côté d’Emesse ; mais les habitants de cette ville s’empressèrent de faire la paix avec eux. « 

 

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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