Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1110-1120)

Publié le

al-Bilad al-Sham sous les croisades
al-Bilad al-Sham sous les croisades

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1110-1120)

 » An 503 (1110, 2 juillet). Le 11 du mois de dzoulhidjeh, les Francs entrent dans Tripoli. Cette ville, cernée par mer et par terre, était plus étroitement serrée depuis le 1er de ramadhan (avril). Le khalife d’Egypte, dont le lieutenant commandait dans la ville, avait envoyé une flotte qui ne put entrer à cause des vents contraires. Les Francs prirent Tripoli d’assaut. Les habitants furent tués ou réduits à l’esclavage, et la ville éprouva tous les malheurs de la guerre. Heureusement qu’une partie des habitants s’étaient retirés précédemment à Damas, en vertu d’une convention rédigée avant l’occupation de la ville.[18]

An 504 (1110-1111, octobre). Au mois de rebi second, les Francs s’emparent de Sidon par capitulation.

Le prince d’Antioche marche avec un corps de Francs sur Atareb, dans les environs d’Alep, et la prend d’assaut après un siège assez long. Deux mille habitants[19] furent immolés à la vengeance des vainqueurs ; le reste fut fait prisonnier. Les Francs attaquèrent ensuite Zerdenah, la prirent d’assaut et lui firent subir le même sort. Ensuite ils se rendirent devant Manbedj (l’ancienne Hiérapolis), et enfin devant Bales, petite ville située sur l’Euphrate, et les trouvèrent l’une et l’autre entièrement abandonnées. Là, se termina l’expédition.

Cependant ces succès avaient répandu la terreur dans la Syrie. Pour obtenir la paix, Redhwan se soumit à un tribut de 33.000[20] dinars (écus d’or), ainsi qu’à une contribution en chevaux et en étoffes. Les autres états de la Syrie achetèrent la paix des Francs fort chèrement. Les habitants de Tyr s’obligèrent à un tribut de 7.000 écus d’or. Le fils de Monkad, prince de Schayzar, ville située sur l’Oronte, devait en payer 4.000, et Ali le Kurde, prince de Hamah, 2.000.

Je lis ceci dans Ibn-Khakkan, auteur du Dictionnaire des Hommes illustres, à l’article du khalife Al Amer. En l’année 511 (1118), Baudouin fit une attaque sur l’Egypte et s’avança jusqu’à Faramah, un peu à l’est des ruines de Péluse[21] ; il s’en rendit maître, la livra aux flammes, avec toutes ses mosquées grandes et petites. Une maladie, dont il fut attaqué, l’obligea à reprendre la route de Syrie. Il mourut en chemin avant d’arriver à El Arisch.[22] Ses gens ouvrirent son corps et déposèrent ses entrailles au lieu où l’on voit encore un cippe ou tombeau de pierres : le corps fut transporté à Jérusalem où on l’enterra dans l’église de la Résurrection. C’est du nom de ce prince que le terrain sablonneux situé au milieu du désert sur la route de Syrie, est connu encore aujourd’hui sous le nom de sables de Baudouin.[23] Le peuple regarde ce tas de pierre comme le tombeau de ce prince : mais il renferme seulement ses entrailles.

An 505 (mi-1112). Le sulthan Mohammed[24] envoie contre les Francs une armée sous la conduite de Maudoud, qui se trouvait à la tête de la principauté de Mossoul depuis la mort de Djekermisch ; il devait être secondé par les autres princes du pays. Les confédérés attaquèrent d’abord Edesse ; cette tentative ayant échoué, ils se dirigèrent vers Alep. A leur approche Redhwan fit fermer les portes de la ville, et se refusa à toute entrevue avec les princes confédérés, dont il redoutait les vues ambitieuses. Arrivés à Maarrah, ils se dispersèrent sans avoir rien fait.

An 506 (1112-3). A la nouvelle de la mort de Basile, prince de la petite Arménie, autrement dit le pays de Sys, le prince d’Antioche (Tancrède) se mit en marche pour s’en rendre maître. Il mourut en chemin, et eut Syrodjal (Roger) pour successeur.[25]

An 507 (1113). Coalition entre Maudoud, Tymurk, [26] prince de Sindjar, Thogdekin, etc. A l’approche de Maudoud, Thogdekin va à sa rencontre, et le joint près de Salemyeh, (ville située à deux journées de Hamah sur les limites du désert), d’où il l’emmène à Damas. Cependant les Francs avaient rassemblé toutes leurs forces ; ils avaient à leur tête le roi Baudouin et Josselin, prince de Tell-Bascher, Edesse, etc. Les deux armées en vinrent aux mains non loin de Tibériade, le 13 de moharram (29 juin). Dieu se déclara contre les Francs : ils prirent la fuite et essuyèrent de grandes pertes. Les musulmans rentrèrent victorieux dans Damas.

Redhwan ne laissait à sa mort qu’un fils nommé Alp-Arslan, âgé de seize ans, sous lequel la direction des affaires fut confiée à l’eunuque Loulou. Redhwan ne fut pas regretté ; sa vie criminelle et sa folle confiance dans la secte impie des Bathéniens, qu’il soutint de tout son pouvoir, avaient soulevé l’indignation générale. Aussi quand il ne fut plus, les habitants d’Alep firent main-basse sur tous les Bathéniens qui se trouvaient dans la ville, et pillèrent leurs biens.

An 508 (1114-5). Après que Maudoud fut tombé sous les coups d’un assassin, le sulthan Mohammed accorda la principauté de Mossoul à Aksanker-Borsaki, à la charge de se concerter avec les émirs et les princes des villes voisines pour accabler les Francs. Il s’éleva sur ces entrefaites des querelles années entre Borsaki et Ylghazi. Ce dernier battit son rival ; mais trop faible contre la puissance du sulthan, il se réfugia auprès de Thogdekin. Ils traitèrent l’un et l’autre avec les Francs, qui consentirent à les servir avec zèle. Quelque temps après, Ylghazi retournant dans ses états avec une faible escorte, fut enlevé dans les environs d’Emesse par Kirkhan, fils de Keradja, prince de cette ville, qui le retint longtemps prisonnier : il lui rendit enfin la liberté, après qu’ils se furent juré une éternelle alliance.

An 509-1115. Le sulthan envoie une armée nombreuse contre Thogdekin et Ylghazi. Elle passe l’Euphrate à Bakkah, se dirigeant vers Alep. Comme cette ville refusa d’ouvrir ses portes, l’année se rendit devant Hamah, qui reconnaissait les lois de Thogdekin. Elle fut assiégée, prise d’assaut, livrée au pillage pendant trois jours, et remise ensuite à Kirkhan.

Tandis que les troupes musulmanes étaient cantonnées dans Hamah, [27] Ylghazi, Thogdekin et les princes francs, leurs alliés, tels que le prince d’Antioche, celui de Tripoli, etc., étaient tous réunis à Apamée, attendant que les musulmans se fussent dispersés. L’hiver vint sur ces entrefaites ; les Francs se dispersèrent. Thogdekin rentra dans Damas, Ylghazi retourna à Maridin. Les musulmans, qui étaient dans Hamah, allèrent aussitôt s’emparer de Kafarthab, massacrèrent les Francs qui s’y trouvaient et pillèrent la ville. Ensuite ils attaquèrent Maarrah, qui appartenait aux Francs, puis Alep, mais ils furent surpris dans leur marche par le prince d’Antioche, qui les mit en pleine déroute, en tua ou en prit un grand nombre ; tout le reste se dispersa.

Les Francs, sans égard au traité, enlèvent Rafanyeh à Thogdekin. A cette nouvelle, Thogdekin accourt de Damas pour la reprendre, et massacre les Francs qu’il y trouve.

An 511 (1117). Loulou est assassiné, et les habitants d’Alep, de crainte de quelque entreprise des Francs, se livrent à Ylghazi, prince de Maridin ; les Francs surprennent le faubourg de Hamah, et s’en retournent après avoir tué plus de cent personnes.

An 513 (1119). Bataille entre les Francs et Ylghazi dans le territoire d’Alep. Les Francs se retirent, laissant beaucoup de morts et de prisonniers. Le prince d’Antioche resta parmi les morts. Ylghazi, animé par cette victoire, s’empare aussitôt de Zerdenah et d’Atareb. Cette bataille s’était donnée près d’Efryn, au milieu de rebi premier (fin de juin). Les deux vers qui suivent furent composés à cette occasion. Le poète s’adresse à Ylghazi :

« Ordonne ce qu’il te plaira ; ta parole sera remplie ; car tu partages avec le Créateur notre confiance.

« L’Alcoran a triomphé par ton appui, et l’Evangile pleure la mort de ses enfants. »

Josselin fait une incursion dans la province de Damas, dans le dessein de surprendre les Arabes de Rebyeh. A cette époque ils avaient pour chef Morra, fils de Rebyeh. Josselin s’égare dans sa marche ; ses troupes se trouvant tout d’un coup au milieu des Arabes, sont attaquées avec une grande vigueur et prennent la fuite, laissant un très grand nombre de morts et de prisonniers.

An 514 (1120). Ylghazi réunit les Turcomans au reste de ses troupes, et attaque les Francs près de Danyts-Albakl, dans le territoire de Sermyn. Le combat fut chaud. La victoire se déclara en faveur d’Ylghazi.

Josselin surprend différents corps d’Arabes et de Turcomans établis près de Seffyn. Il ramasse un riche butin en argent, bestiaux, etc., et se rend ensuite devant Bezaga, qu’il rase jusqu’aux fondements.  »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s