Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1121-1132-3)

Publié le Mis à jour le

Bataille entre arabe et croisé
Bataille entre arabe et croisé

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1121-1132-3)

 

 » An 515 (1121). Bataille entre Balak et Josselin. Balak triomphe des Francs, dont il fait un grand carnage, et Josselin tombe entre ses mains avec Guillaume son cousin, et un grand nombre de ses plus braves guerriers. Josselin offre en vain de se racheter ; Balak reste sourd à ses propositions, et enferme son prisonnier dans la citadelle de Khortbert.

An 516 (1122). Mort d’Ylghazi ; son fils Timourtasch lui succède dans la principauté de Maridin.

An 517 (1123). Hostilités entre Mostarsched-Billah, khalife de Bagdad, et Dobays, fils de Sadakah, prince de Hillah (sur l’Euphrate). Le khalife marche en personne et attaque son ennemi. Dobays, après une vigoureuse résistance, prend la fuite, ainsi que son armée, et se dirige vers celles des tribus arabes qui étaient connues par leur bravoure. Il engage dans son parti la tribu de Montafek, [28] entre dans Bassora et la livre au pillage. De là Dobays se rend en Syrie et traite avec les Francs, à qui il suggère l’idée de tenter une attaque sur Alep.

Soleyman, fils d’Abd’aldjabber, fils d’Ortok, qui commandait dans Alep, céda aux Francs le château d’Atareb. Ils s’engagèrent à ce prix, à ne pas troubler Soleyman dans la possession d’Alep, qu’il ne pouvait plus défendre contre leurs efforts ; mais Balak, qui venait de s’emparer de Harran, accourut à Alep et l’enleva à Soleyman, son oncle, pour le punir de sa faiblesse vis-à-vis des Francs.

Les Francs entrent dans Khortbert et rendent la liberté à Josselin et à ses compagnons : mais bientôt après Balak vient la reprendre sur les Francs.

An 518. (1124). Les Francs prennent Tyr par capitulation. Cette ville était alors au pouvoir des khalifes d’Egypte depuis l’année 487 (1094). Les musulmans évacuèrent la ville avec ce qu’ils purent emporter.

Balak est tué au siège de la citadelle de Manbedj ; et Alep échoit en partage à Timourtasch, son cousin.

Les Francs assiègent Alep de concert avec Dobays. Déjà ils avaient élevé à l’extérieur de la ville des bâtiments pour se loger ; les habitants, effrayés de ces préparatifs, et sans espoir de secours de la part de Timourtasch, leur nouveau prince, qu’aucun danger ne pouvait tirer de son indifférence et de son goût pour le repos, recoururent à Borsaky. Sur la promesse qu’on lui avait faite de lui livrer la ville, le prince de Mossoul se mit en marche pour Alep. A son approche les Francs se retirèrent, Borsaky occupa la ville avec la citadelle, et l’incorpora au reste de ses états.

An 519 (1125). Borsaky prend Kafarthab sur les Francs. De là il marche sur Azaz, qui appartenait à Josselin. Les Francs se réunissent pour le combattre, le mettent en fuite, après lui avoir tué beaucoup de monde.

An 520 (1126). Les Francs réunissent leurs forces et se dirigent sur Damas ; ils campent dans la campagne de Saffar, auprès du village de Schakhab. Thogdekin se hâte de rassembler ses Turcomans et le reste de ses troupes, et vient à la rencontre des Francs. Il les joint à la fin du mois de dhou’lhidjdjeh (janvier 1127). Au fort de l’action, Thogdekin prend la fuite avec la cavalerie. Tandis que les Francs étaient à sa poursuite, l’infanterie, toute composée de Turcomans, ne sachant où se réfugier, tombe sur les tentes des Francs, tue tout ce qu’elle rencontre, pille les effets et les bagages sans éprouver de résistance. Cependant les Francs, lassés de poursuivre, reviennent sur leurs pas. A la vue du pillage de leur camp, ils se dispersent aussi.

Les Francs assiègent Rafanyeh et s’en rendent les maîtres.

La reprise de Jerusalem par les musulmans, Sebastien Mamerot
La reprise de Jerusalem par les musulmans, Sebastien Mamerot

An 521 (1127). Emad eddin Zengui, fils d’un ancien général de Malek Schah, obtint du sulthan Mahmoud la principauté de Mossoul.

An 522 (1128). Après la mort de Borsaki, Massoud son fils, qui gouvernait Alep en son nom, se rendit à Mossoul, laissant pour lieutenant à Alep l’émir nommé Koumaz, ou plutôt Kaimaz, qui fut ensuite remplacé par Kotlog. Celui-ci profita de la mort de Massoud pour se rendre indépendant et libre de tout frein, s’abandonna à ses passions tyranniques. Cependant Soleyman, que nous avons vu ci-devant maître d’Alep, était toujours dans la ville. Les habitants, pour se soustraire au joug de Kotlog, se remirent de nouveau entre ses mains. Pour Kotlog, il se fortifie dans la citadelle. Josselin, attiré par ces interminables querelles, fit acheter aux habitants sa retraite par une forte contribution ; mais ceux-ci, lassés de tous ces troubles, se livrèrent à Emad eddin Zengui, prince de Mossoul.

Mort de Thogdekin, qui de régent de la principauté de Damas en était devenu le prince : son fils Bouri lui succède.

An 523 (1129). Un ismaélien, nommé Bahram, se sauve de Bagdad et arrive à Damas, où il essaie de faire des prosélytes. Il était soutenu par le vizir de Bouri, prince de Damas, qui lui confia le commandement de Panéas. Bahram, enhardi par quelques, succès, s’empara successivement de plusieurs châteaux dans les montagnes des environs. Ayant été tué dans un combat par les habitants de la vallée de Taym, il fut remplacé à Pandas par un autre ismaélien, nommé Ismaël, et à Damas, par un certain Abouloufa. Celui-ci prit un tel empire sur l’esprit du vizir, qu’il était pour ainsi dire le maître dans la ville. Il écrivit aux Francs pour leur proposer la conquête de Damas, en échange de la ville de Tyr. Les Francs devaient se trouver devant Damas un vendredi, jour où les complices d’Abouloufa devaient occuper les portes de la grande mosquée. Ces intrigues parvinrent aux oreilles de Bouri ; il fit venir le vizir chez lui, le tua de sa main, et ordonna de faire main-basse sur tous les ismaéliens qui se trouvaient dans la ville. Les habitants, qui ne respiraient que la vengeance, les égorgèrent au nombre de six mille. Cependant les Francs ne manquèrent pas au rendez-vous. Vainement ils essayèrent d’attaquer la ville ; leurs efforts furent sans succès. Le froid et la rigueur de l’hiver les contraignirent de se retirer en désordre. Bouri sortit à leur poursuite avec ses troupes, et en tua un grand nombre. Quant à l’Ismaélien Bathénien qui commandait dans Panéas, il livra la place aux Francs, et s’établit au sein de leurs états.

Emad eddin Zengui part de Mossoul, avec l’intention apparente d’attaquer les Francs de Syrie. Arrivé en-deçà de l’Euphrate, il écrit à Bouri pour réclamer sa coopération dans cette expédition sacrée. Bouri ordonne à Sounedj son fils, qui le remplaçait à Hamah, d’aller se réunir à Emad eddin. Aussitôt ce dernier oubliant la sainteté des serments, s’empare de sa personne, pille ses effets et le bagage de ses troupes, et l’envoie sous bonne garde à Alep, lui et ses principaux officiers. En même temps Emad eddin se rend en toute hâte à Hamah, et la prend sans coup férir. De là il marche sur Emesse ; mais cette fois sa perfidie n’eut pas tout l’effet qu’il en attendait. Précédemment il s’était emparé par trahison de la personne de Kirkhan, prince de cette ville ; il le traînait partout à sa suite chargé de chaînes. Emad eddin assiégea Emesse pendant quelque temps, et même il contraignit son prisonnier d’essayer d’engager son fils, qui commandait dans la ville, à ouvrir les portes. Cette tentative n’ayant eu aucun succès, Emad eddin perdit tout espoir de soumettre Emesse, et s’en retourna à Mossoul, traînant à sa suite Sounedj et ses officiers. Ils étaient tous chargés de chaînes, et ce fut en vain que Bouri offrit une grande somme d’argent pour la rançon de son fils.

Les Francs s’emparent du château de Kadmous.

L'armée Ayyoubide mené par Salahudin al-Ayyoubi lors de la bataille d'Hatin
L’armée Ayyoubide mené par Salahudin al-Ayyoubi lors de la bataille d’Hatin

An 524 (1130). Emad eddin vient attaquer Atareb. Les musulmans avaient beaucoup à souffrir des courses des Francs qui en étaient les maîtres. La terreur qu’ils inspiraient était si grande, qu’ils partageaient pour ainsi dire avec les habitants d’Alep les revenus de leurs terres dans toute l’étendue de la partie occidentale de la province. Leurs courses se poussaient jusqu’au moulin, qui n’est séparé de la ville que par le chemin, et qui s’appelle, je crois, Oraybeh. Les Francs réunirent leur cavalerie et leur infanterie. A leur approche, Emad eddin interrompit le siège pour marcher à leur rencontre. Le combat fut chaud : Dieu accorda la victoire aux musulmans ; beaucoup de guerriers chrétiens y périrent ; quelques autres restèrent prisonniers. Les musulmans, enflammés par ce brillant succès, se remirent au siège, prirent la ville d’assaut, réduisirent à l’esclavage ceux qui avaient échappé à la mort. Atareb fut entièrement rasée, et elle ne s’est plus relevée de ses ruines.

Le khalife d’Egypte Al-Amer tombe sous les coups des Bathéniens, après un règne de près de trente ans. Hafedh, son cousin, lui succéda.

An 527 (1132-3). Schems elmolouk Ismaël, qui avait succédé à son père Bouri, dans la principauté de Damas, surprend la ville de Panéas, y entre de force, massacre ou fait prisonniers les Francs qui s’y trouvent, et s’empare ensuite de la citadelle par capitulation.

Les Turcomans marchent sur Tripoli. A la nouvelle de leur marche, les Francs sortent de la ville pour venir à leur rencontre. On en vient aux mains ; ils sont battus et se réfugient dans le château de Barin, où ils sont assiégés par les Turcomans. Le comte de Tripoli, vivement pressé, sort avec vingt cavaliers, laissant dans le château des forces suffisantes pour le défendre, et revient bientôt après avec toutes ses forces pour les dégager. Les Turcomans lui livrent un rude combat. Les Francs battent en retraite jusque vers Rafanyeh, et lis Turcomans se retirent aussi.  »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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