Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1228-1239)

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Les croisades
Les croisades

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1228-1239)

 » An 625 (1228). Le sulthan d’Egypte jugeant l’occasion favorable, envoya demander à ce jeune prince la forteresse de Schaubek. Sur son refus, il se rendit lui-même à Tell-Adjoul, d’où il envoya occuper Jérusalem, Naplouse, et autres places appartenant à son neveu. Dans cette circonstance celui-ci eut recours à son oncle Malek Aschraf. L’oncle accourut en effet de la Mésopotamie ; mais avec des vues bien différentes : car, en vertu d’un accord qu’il avait fait secrètement avec le sulthan, il devait se mettre lui-même en possession de la principauté de Damas, jusqu’à la colline d’Afyk ; le pays qui était en deçà de ce lieu (la partie méridionale de la Syrie), devait être cédée au sulthan, et Malek Nasser Daoud devait recevoir en indemnité Harran, Édesse, et les autres places occupées par Aschraf en Mésopotamie. Il fut aussi réglé que la principauté de Hamah serait retirée des mains de Malek Nasser, et donnée à son frère Malek Modhaffer.

L’empereur arrivait sur ces entrefaites à Acre avec ses troupes. Pour presser son départ, le sulthan lui avait envoyé l’émir Fakhr eddin (celui que nous verrons à la tête de l’armée musulmane au moment de la descente de St. Louis en Egypte). C’était dans l’espoir d’opposer l’empereur à Malek Moadham ; mais comme celui-ci venait de mourir, sa démarche tourna contre lui : car l’empereur en débarquant à Acre se dirigea incontinent sur Tyr, et bien que cette ville fût occupée également par les chrétiens et les musulmans, et qu’en vertu des traités elle dût rester démantelée, il en fit sa propriété, et ordonna d’en relever les murailles. Le reste de l’année se passa en ambassades réciproques entre les deux princes. Le titre d’empereuréquivaut, chez les Francs, à ce que nous appelons le chef des émirs : car il faut bien se garder de croire que ce fût le nom du prince Franc. Il s’appelait Frédéric. Ses états comprenaient la Sicile, ainsi que la Lombardie et la Pouille. « Je connais ce pays, dit le cadi Djémal eddin, [69] je l’ai parcouru en partie lors de ma mission auprès du souverain de cette contrée, sous Bibars Bendocdar. L’empereur s’était fait remarquer entre ton les princes Francs par ses belles qualités et un goût prononcé pour la philosophie, la dialectique et la médecine. Son inclination le portait vers l’islamisme, parce qu’il avait passé sa jeunesse en Sicile, où les habitants sont pour la plupart musulmans. »

Cœur de la bataille
Cœur de la bataille

An 626 (1228-9). Malek Kamel et Aschraf, son frère, pensèrent enfin à réaliser le plan qu’ils avaient précédemment concerté. Tandis qu’Aschraf assiégeait Malek Nasser dans Damas, le sulthan était occupé de satisfaire aux demandes de l’empereur. Celui-ci faisait le difficile, il fallut lui abandonner Jérusalem, à condition pourtant qu’il n’en relèverait point les murailles, et qu’on n’apporterait aucun obstacle au libre exercice du culte musulman dans la chapelle de la Sakhrah, et dans le reste de la mosquée Alaksa. Dans les hameaux des environs l’autorité devait rester concentrée entre les mains des musulmans. Enfin les chrétiens ne pouvaient pas dépasser les villages qui mènent d’Acre à Jérusalem. Telles furent les conditions du traité qui fut juré de part et d’autre. C’est au mois de rebi second (commencement de mars) que l’empereur prit possession de Jérusalem. Quand Malek Nasser apprit les bases du traité, il n’oublia rien pour en dévoiler la honte aux yeux des musulmans ; il y était d’autant plus porté qu’elle devait rejaillir tout entière sur son oncle, qui le tenait, dans ce moment, enfermé dans Damas. Il y avait alors dans la ville un prédicateur éloquent qui était l’idole de la multitude ; le prince le fit venir et lui montra la gloire qu’il allait acquérir si, en présence du peuple assemblé, il célébrait les précieux avantages qui relèvent le rang de la ville sainte, et déplorait la tache imprimée sur le nom musulman par l’abandon de Jérusalem aux chrétiens. Cet homme n’oublia rien pour se surpasser. Il débita d’un ton pathétique une pièce d’éloquence, où l’on remarquait ce vers d’un poète :

« Ces salles qui naguère retentissaient des paroles du prophète, sont maintenant désertes ; ce lieu, séjour chéri des vérités révélées, gît maintenant sous ses ruines. »

Ce discours fit un grand effet. Les assistants fondaient en larmes sans pouvoir modérer leur douleur. Mais comme Malek Kamel était enfin libre de toute inquiétude du côté de l’empereur, il vint en personne sous les murs de Damas, et força les habitants à en ouvrir les portes.

LeKrak

An 627 (1229-30). Les Francs du château des Kurdes tentent une attaque sur Hamah. Le nouveau prince de cette Ville, Malek Modhaffer, vient à leur rencontre, les joint au village d’Afyoun entre Hamah et Barin, et les met dans une déroute complète. Modhaffer rentre triomphant dans Hamah.

An 634 (1237). Mort de Malek Aziz, prince d’Alep, à l’âge de vingt-trois ans. Son fils Malek Nasser Youssouf lui succède, à peine âge de sept ans.

Les troupes d’Alep marchent contre Bagras, sous la conduite de Malek Moadham Touran schah, fils de Saladin. Cette place que Saladin avait détruite de fond en comble, avait été entièrement rebâtie par les Templiers. Les musulmans étaient sur le point de s’en rendre maîtres, lorsqu’à la suite d’un arrangement conclu avec le prince d’Antioche, ils durent se retirer. Tandis qu’ils retournaient à Alep, ils surprirent un corps de guerriers Francs qui avait jeté la terreur dans le faubourg de Derbesak, compris à cette époque dans le territoire d’Alep. Les musulmans en firent un grand carnage, firent beaucoup de prisonniers, et obligèrent le reste à prendre la fuite. Ils rapportèrent, comme trophée de cette brillante journée, les têtes de ceux qui avaient été tués dans le combat.

Malek Saleh qui gouvernait, au nom de Malek Kamel son père, les villes de Hisn-Kaifah, de Harran, d’Amide, et autres villes de la Mésopotamie, prend à son service les bandes de Kharismiens qui avaient fait la guerre sous Gelad’ eddin Mankberni. Ces barbares, après le meurtre de ce conquérant (en 629), s’étaient d’abord livrés à Kaikobad, prince Seldjoukide de l’Asie Mineure. Sous son fils Kaikhosrou, un de leurs principaux chefs ayant été mis en prison, ils s’enfuirent de l’Asie Mineure en dévastant tout ce qui se trouvait sur leur passage, et vinrent offrir leurs services à Malek Saleh, qui les accepta avec l’agrément de son père.

La citadelle de Salahdin au caire
La citadelle de Salahdin au Caiire

An 635 (1237-8). Mort de Malek Aschraf, prince de Damas, sans enfant mâle, à l’âge de soixante ans (lunaires). Malek Saleh Ismaël, son frère, lui succède conformément à ses dernières volontés. Aussitôt il cherche à liguer tous les princes voisins contre le sulthan, son frère, qu’on soupçonnait de vouloir réunir toute la Syrie à ses autres états. En effet, à peine celui-ci avait-il appris la mort d’Aschraf, qu’il s’était mis en marche pour se rendre maître de Damas. La ville ouvrit ses portes, et Malek Saleh reçut en échange Baalbek et la Cœlé-Syrie. Le sulthan voulait ensuite se venger du prince d’Emesse qui était entré dans la ligue, lorsqu’il mourut, âgé d’environ soixante ans. C’était un prince magnifique et fort respecté. Il maintint un ordre pariait dans ses états, lui-même il dirigeait les affaires, et lorsqu’il eut perdu son vizir, il refusa de le remplacer. Le Caire reçut par ses soins de grands embellissements. Il avait du goût pour les lettres ; il aimait à converser avec les savants, et prenait part à leurs discussions sur des points de grammaire ou de jurisprudence. Pour tout dire en un mot, les lettres eurent sous son règne beaucoup de chalande.

Après sa mort, les émirs prêtèrent serment de fidélité à Malek Adel, que Malek Kamel son père avait laissé pour le remplacer en Egypte, et nommèrent Malek Djowad Jonas pour gouverner la Syrie au nom de leur nouveau prince.

Les. Kharismiens quittent le service de Malek Saleh pour se livrer plus librement au pillage ; mais ce-prince se voyant menacé dans Sindjar par les troupes de Mossoul, abandonne aux Kharismiens Harran et Edesse, afin de les ramener dans ses intérêts.

An 636 (1238-9). Malek Saleh, fils de Malek Kamel, se fait céder la principauté de Damas, donnant en échange à Malek Djowad les places qu’il possédait en Mésopotamie. Des que Malek Saleh se fut bien établi en Syrie, il pratiqua des intelligences en Egypte, dans l’espoir d’y supplanter Malek-Adel, sans être aucunement arrêté par les démarches du khalife, qui n’oubliait rien pour réconcilier les deux frères.

An 637 (1239). Tandis que Malek Saleh était à Naplouse, sur la route d’Egypte, Malek Saleh Ismaël son oncle, et Schyrkoun, prince d’Emesse, lui enlevaient la ville de Damas. A cette nouvelle ses troupes l’abandonnèrent. A peine la journée s’était écoulée, qu’il se vit presque seul, ne sachant où diriger ses pas. Malek Nasser son oncle, prince de Carac, revenait alors d’Egypte. Il vint le prendre à Naplouse, et renferma à Carac dans un lieu de sûreté. Immédiatement après il se rendit à Jérusalem, où les chrétiens, après la mort de Malek Kamel, avaient élevé une forteresse. Il prit et rasa cette forteresse, ainsi que la tour de David, qui jusque-là était restée intacte.

Quelques mois après, Malek Saleh recouvra la liberté, et se rendit avec son oncle à la chapelle de la Sakhrah à Jérusalem ; là ils convinrent avec serment que lorsque Malek Saleh se serait emparé de l’Egypte, il abandonnerait à son oncle la Syrie et les villes de la Mésopotamie : mais quand Malek Saleh fut maître de l’Egypte, il se dispensa de remplir son serment, prétendant qu’il ne l’avait pas fait de plein gré. Cependant Malek Adel, à la nouvelle de l’approche de son frère, fut saisi d’une frayeur extrême. Il s’avança avec son armée jusqu’à Belbeys, comptant sur une puissante diversion en Syrie : tout d’un coup quelques mamelouks cernèrent sa tente, s’emparèrent de sa personne, et écrivirent à son frère de venir prendre possession du trône. Cette nouvelle causa à Malek Saleh une joie sans pareille. Il dirigea aussitôt sa marche vers le Caire, au milieu d’un immense concours de peuple et au bruit des acclamations générales. Le prince de Carac, qui ne l’avait pas quitté d’un jour, s’attendait à être investi de la principauté de Damas, ainsi qu’il avait été convenu. Pour s’en débarrasser, Malek-Saleh fit semblant de le faire arrêter, et aussitôt celui-ci reprit le chemin de Carac.   »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.

 

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