Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1157-1166)

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Bataille lors des croisades
Bataille lors des croisades

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1157-1166)

 

 

An 552 (1157). Plusieurs tremblements de terre se font sentir en Syrie, et y répandent la désolation. Hamah, Schayzar, Emesse, le château des Kurdes, Tripoli, Antioche et les places voisines eurent leurs remparts renversés, d’autres leurs citadelles. Nour eddin s’empressa de réparer celles de ses places qui avaient été endommagées, et fit faire des courses sur les terres des Francs, afin d’occuper ceux-ci sur leurs propres domaines. Un grand nombre d’hommes avaient péri sous les décombres de leurs maisons. On se fera une idée de ces calamités, par le fait suivant : Un maître d’école de Hamah se trouvait absent au moment du désastre qui fit périr tous ses écoliers ; quand la secousse fut passée, aucun des parents ne se présenta pour s’informer du sort de ces jeunes infortunés.

An 554 (1159). Au commencement de l’année, Abd’almoumen enlève aux Francs Mahadyah et le reste de la province d’Afrique, douze ans après l’entrée des Francs dans cette ville. Lé vainqueur mit tous ses soins à rétablir l’ordre dans le pays, et y céda des terres considérables à Hassan, ancien prince de la contrée.

An 555 (1160). Mort du khalife d’Egypte, à l’âge de douze ans, après un règne d’un peu plus de six ans. On s’occupa aussitôt de lui donner un successeur. Le vizir se rendit au palais, où on lui présenta un prince de la famille du khalife, d’un âge avancé ; mais sur un mot qu’un de ses amis lui dit à l’oreille, savoir, que son prédécesseur avait été plus fin, lui qui s’était donné un khalife qui avait à peine cinq ans, le vizir demanda un autre prince ; et c’est alors qu’il fit choix d’Adhed-Lidin-Allah, qui venait d’atteindre l’âge de puberté. Adhed était petit-fils du khalife Hafedh, par l’émir Youssouf, son père. Il fut donc reconnu solennellement, et le vizir le maria aussitôt avec sa fille, à laquelle il faisait une dot qui surpassait en richesse tout ce qu’on avait vu jusque-là.

An 556 (1161). Le vizir est assassiné par les intrigues de la tante du khalife, à l’instant où il entrait dans le palais. Il eut, avant de mourir, le temps de faire périr cette femme que le khalife lui avait abandonnée sans hésiter ; il obtint encore de transmettre le vizirat à son fils Rezyk, qui prit le titre de Malek Adel.

An 557 (1161). Nour ed-din entreprend le siège de Harem, et se retire sans avoir rien fait.

An 558 (1163). Nour ed-din est surpris par les Francs, dans la plaine située sous les remparts du château des Kurdes, où il était campé avec son armée. Déjà les Francs avançaient sur lui avec leurs croix, lorsqu’il monta précipitamment sur un cheval encore dans ses liens. Heureusement qu’un Kurde mit pied à terre pour le débarrasser. Ce fidèle serviteur fut tué, et Nour eddin s’acquitta envers sa famille, par le don de plusieurs terres considérables. Nour eddin, en se retirant, avait donné rendez-vous à ses troupes auprès du lac d’Emesse. Tous ceux qui échappèrent aux coups de l’ennemi s’y réunirent.

An 559 (1164). Nour ed-din envoie Assad eddin Schyrkouh, avec une armée, en Egypte.[38] Schaver, qui, après avoir été supplanté par Dhargam dans le vizirat, était venu implorer l’assistance de Nour eddin, suivait l’armée, dans l’espoir d’être rétabli ; il s’était obligé, à ce prix, de payer à Nour eddin le tiers des revenus de l’Egypte, la solde de l’armée prélevée. Dhargam fut vaincu à la première affaire, et fut tué près du tombeau de Seydeh Nefysseh[39] (dans les faubourgs du Caire) ; Schaver se remit paisiblement en possession de la dignité de vizir. Cette révolution eut lieu dans le mois de djoumada premier (avril). Deux mois s’écoulèrent à peine, que déjà Schaver avait oublié tous ses engagements. Schyrkouh voyant qu’il ne remplissait aucune de ses promesses, prit possession de la province de Scharkyeh et de Belbeys, sa capitale. Schaver, qui était loin de prévoir ce nouvel embarras, recourut aussitôt aux Francs, qui consentirent à venir le délivrer des troupes de Syrie. Les Francs, de concert avec les troupes égyptiennes, assiégèrent dans Belbeys le général de Nour eddin. Ils l’y tenaient enfermé, depuis trois mois, lorsqu’une diversion opérée par Nour eddin, et la prise de Harem, les obligèrent à proposer un accommodement à Schyrkouh. Ce général évacua la ville et la province, et arriva sans accident, avec ses troupes, en Syrie.

Nour eddin était entré dans Harem, au mois de ramadhan (août) ; cette ville s’était rendue à la suite d’un combat terminé à l’avantage des musulmans. Les Francs y perdirent beaucoup de monde ; sans compter un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels le prince d’Antioche et le comte de Tripoli ; Nour eddin y fit de plus un butin très considérable.

Trois mois après, Nour eddin prend Panéas sur les Francs, qui en étaient en possession depuis l’année 543 (1148).

An 561 (1165-6). Nour eddin enlève aux Francs le château de Monaytarah en Syrie.

An 562 (1166). Schyrkouh retourna en Egypte avec une année florissante, appuyée de deux mille hommes de cavalerie, et s’empara de Djyzeh (sur le Nil, en face du Caire). Aussitôt Schaver s’adressa aux Francs, qui, arrivant avec toutes leurs forces, poursuivirent Schyrkouh jusque dans la Haute-Egypte. Ils l’y joignirent près de la ville d’Abwan : un combat s’engagea ; les Francs et les Egyptiens furent défaits complètement. Schyrkouh occupa le territoire de Djyzeh, et en épuisa les ressources ; de là, il marcha sur Alexandrie, qui ouvrit ses portes, et y laissa son neveu Saladin pour la gouverner. Tandis qu’il s’enfonçait de nouveau dans la Haute-Egypte, les Francs et les Egyptiens assiégèrent Saladin pendant trois mois. Schyrkouh fut contraint de renoncer à ses projets, et de retourner à Alexandrie. Sur ces entrefaites, on entra en pourparlers, et la paix fut conclue. Schyrkouh s’obligeait à évacuer Alexandrie et l’Egypte, moyennant une somme d’argent. Quant aux Francs, une des clauses du traité les autorisait à avoir un commissaire au Caire, ainsi que la garde des portes de la ville ; ils devaient, en outre, recevoir tous les ans cent mille écus d’or sur les revenus de l’Egypte. Les troupes de Syrie évacuèrent Alexandrie, au milieu de schowal (commencement d’août 1167).

Nour eddin enlève aux Francs Safyta et Arymah.  »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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