Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1188-1189)

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L'armée de Salahudin al-Ayyoubi, ver  al-Quds, par Osprey
L’armée de Salahudin al-Ayyoubi, ver al-Quds, par Osprey

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1188-1189)

 » An 584 (1188). Le sulthan passe l’hiver à Acre. Il se rend ensuite devant Kaukab, et charge l’émir Kaimaz du siège de cette place. Pour lui il entre dans Damas au mois de rebi premier (mai), au milieu des acclamations générales du peuple. Des ordres furent envoyés aux troupes dans toutes les provinces. Le sulthan ne s’arrêta que quelques jours à Damas, et se dirigea directement vers le lac de Kédès, à l’ouest d’Emesse, où devaient se réunir les troupes qui arrivaient en grande hâte de leurs cantonnements. Le premier arrivé fut Emad eddin Zengui, fils de Maudoud, prince de Sindjar et de Nisibe. Quand Saladin eût réuni toutes ses forces, il alla camper au pied du château des Kurdes, d’où il envoya faire des courses sur les terres des Francs. Il en partit le 6 de djoumada premier (commencement de juillet) pour se rendre à Tortose, qu’il trouva abandonnée ; ensuite à Marakyeh, également abandonnée : quant à la forteresse de Markab qui appartenait aux Hospitaliers, elle était trop bien défendue pour espérer d’y entrer. Saladin se détourna du côté de Djibleh, et entra le 6 dans la place, sans, rencontrer d’obstacle. La garde en fut confiée à l’émir Sabek’ eddin Otsman, prince de Schayzar. Saladin arriva le 24 devant Laodicée ; cette ville était défendue par deux forts qui, des les premières attaques, demandèrent à capituler. Le sulthan en remit le commandement à son neveu Teki eddin Omar, qui en répara les fortifications et en éleva de nouvelles. Teki eddin entendait fort bien l’art de fortifier les places, témoin la citadelle de Hamah, dont il dirigea lui-même la construction.

Saladin partit le 29 pour Sehyoun qu’il serra étroitement ; les habitants demandèrent à capituler, et l’obtinrent aux mêmes conditions que les habitants de Jérusalem. Les troupes du sulthan se partagèrent ensuite en plusieurs corps et se répandirent dans les montagnes, où elles s’emparèrent du château de Palatanos, abandonné de sa garnison, et des châteaux de Ayd et de Djemaheryn. Le sulthan quitta Sehyoun le 3 de djoumada second, et arriva devant le château de Bekas, que sa garnison avait abandonné dans l’espoir de se défendre plus sûrement dans celui de Schogr. Le sulthan attaqua Schogr avec vigueur, et, malgré la forte position de la place, força la garnison de capituler : c’est le 6 qu’il y entra ; il envoya incontinent son fils Malek Dhaher-Gazi, prince d’Alep, assiéger Sermynyeh. Cette ville fut prise ; les habitants n’obtinrent d’y rester qu’à la condition d’un tribut, et la citadelle fut détruite de fond en comble. Il est bon d’observer que dans cette place, comme dans les autres nommées précédemment, il se trouvait un grand nombre de prisonniers musulmans qui, outre la liberté, reçurent des vêtements et les aliments nécessaires.

Saladin s’étant rendu sous les murs de Botzayeh, l’attaqua par trois endroits différents, et ne donna pas de relâche à la place qu’elle ne fût en son pouvoir. C’est le 27 qu’elle fut prise d’assaut. Ceux des habitants qui avaient échappé à la mort restèrent prisonniers, ou furent réduits en servitude. Tous ces détails sont empruntés d’un témoin oculaire : c’est l’auteur du Kamel qui dit avoir pris une part active à toute cette brillante campagne, dans l’espoir que Dieu lui en ferait un mérite. Saladin se rendit ensuite au pont de fer situé sur l’Oronte, non loin d’Antioche, et s’y arrêta quelques jours pour donner aux troupes qui étaient en retard, le temps d’arriver. Puis il se rendit devant Derbessak, et commença l’attaque le 8 de redjeb (fin d’août). Cette ville capitula le 19 ; il ne fut permis aux habitants de se retirer qu’avec les habits qu’ils avaient sur eux. De là le sulthan marcha sur Bagras, qui capitula aux mêmes conditions. Ces succès jetèrent la terreur dans l’esprit de Bohémond, prince d’Antioche. Il envoya demander un armistice et la paix, et s’engagea à rendre la liberté à tous les prisonniers musulmans qui étaient dans ses états. Cette condition fut acceptée, et on convint d’une trêve de huit mois. Bohémond était à cette époque le plus puissant seigneur franc de la Syrie ; la ville de Tripoli s’était mise sous sa protection après la mort de Raymond, et le fils de Bohémond y commandait dans ce moment au nom de son père.

Ces expéditions et ces négociations terminées, Saladin alla à Alep et de là à Damas. Comme on était déjà au 3 de chaban (fin de septembre), il avait donné congé à Emad eddin et aux troupes des provinces orientales. Saladin en quittant Alep, se détourna du chemin pour visiter le pieux Scheik Abou Zakaria, qui, par des actes qui tenaient du prodige, était devenu l’objet de la vénération générale. Le sulthan était accompagné de l’émir Kassem Abou Foleytah, prince de Médine. Cet émir, dont le regard était pour Saladin une source de bénédiction et la société un gage de bonheur, avait été témoin de tous ses succès, et exerçait un grand empire sur son esprit.

Saladin était arrivé à Damas dans le mois de ramadhan (novembre). Comme on lui demandait un congé général pour les troupes qui avaient besoin de repos, il répondit : « La vie est courte, encore n’en connaît-on pas même le terme. »

Saladin, en se dirigeant vers le nord de la Syrie, avait laissé une partie de l’armée à Malek Adel, le chargeant du siège de Carac et des places voisines. Carac s’était rendu à la première sommation, ainsi que Schaubek et les places des pays environnants.

Cependant Saladin quitta Damas vers le milieu de ramadhan, et attaqua Sefed, qui ouvrit ses portes. Il se rendit ensuite devant Kaukab, qui avait résisté jusqu’à ce jour aux efforts de Kaimaz. Le sulthan renouvela les attaques et fit capituler la ville vers le milieu de dhou’lka’deh (premiers jours de janvier 1189). Les habitants de toutes ces places avaient été dirigés sur Tyr ; mais la suite fit voir combien cette mesure était imprudente. Le sulthan vint ensuite à Jérusalem célébrer la fête des sacrifices, et de là se rendit à Acre, où il resta, jusqu’à la fin de l’année.

An 585 (1189). Saladin vient camper dans la plaine d’Oyoun. Le seigneur de Schakyf-Arnoun (Renaud de Sidon) vient l’y trouver, et s’engage à lui ouvrir les portes de Schakyf, passé un terme qu’il détermina. Mais Renaud ne voulait en cela qu’amuser le sulthan ; car, trois jours avant l’expiration du délai, Saladin l’ayant fait venir pour régler les détails de l’occupation de la ville, il prétendit que les habitants refusaient de se rendre. Saladin s’empara de sa personne, et l’envoya à Damas, où il fut enfermé.  »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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