Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1194-1205)

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1 Archer monté Seldjoukie 12eme siècle
2 Askari mamelouk ay 13 eme sècle 
3 Emir Mamelouk 13 eme siècle 

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1194-1205)

 » An 590 (1194). La guerre éclata entre les deux frères. Déjà Malek Aziz était arrivé avec une armée sous les murs de Damas, lorsque les autres princes de la famille de Saladin vinrent interposer leur médiation et rétablirent la paix.

An 591 (1195). Malek Aziz marcha une seconde fois sur Damas ; mais bientôt abandonné d’une partie de ses troupes, il fut contraint de regagner précipitamment l’Egypte. Aussitôt Malek. Afdhal et Malek Adel marchèrent de concert à sa poursuite. Arrivés sous les murs de Belbeys, le sulthan de Damas proposait d’accabler un corps de troupes égyptiennes qui s’étaient enfermées dans la ville, ou bien de marcher droit sur la capitale, pour subjuguer tout le pays d’un seul coup. Son oncle tâchait de modérer son ardeur, en lui faisant accroire que cette proie ne pouvait plus lui échapper. Pendant ce temps, il écrivait secrètement à Malek Aziz, pour l’engager à recourir, dans cette circonstance, à la médiation du cadi Fadhel, qui vivait alors dans la retraite, dégoûte des affaires par l’indigne conduite des fils de Saladin. Fadhel vint à bout d’assoupir ces querelles, Malek Adel s’arrêta en Egypte pour y rétablir l’ordre, et Afdhal s’en retourna à Damas.

An 592 (1196). Comme le désordre allait toujours croissant en Syrie, le prince égyptien et son oncle crurent l’occasion favorable pour s’en rendre les maîtres. Malik-Adel devait se réserver le royaume de Damas, à condition d’en faire hommage à son neveu, comme véritable et unique héritier de Saladin. Tout étant ainsi convenu, ils marchèrent avec leurs troupes sur Damas, et s’en emparèrent sans peine, grâces à leurs intelligences avec une partie des officiers qui devaient la défendre. Malek Afdhal reçut en compensation la ville de Sarkhod, et Kheder, qui s’était enfermé dans les murs de Damas pour soutenir son frère, fut dépouillé de sa principauté de Bosra.

An 594 (1198). Un grand nombre de guerriers francs arrivent en Syrie ; [65] les chrétiens, se voyant en force, vont s’emparer du château de Béryte. Malek Adel se dispose à les attaquer, et vient camper à Tell-Adjoul, dans le voisinage de Gaza. Dès qu’il eut été joint par les secours qui venaient d’Egypte, de Jérusalem, de Naplouse, etc., il se dirigea vers Japha, y entra de force, et passa la garnison au fil de l’épée. Cependant les Francs venaient d’attaquer Tebnyn (c’est le château que les chroniques latines appellent Thoron). Aussitôt Malek Adel envoya réclamer l’appui du sulthan d’Egypte. Ce prince arriva précipitamment avec tout le reste de ses troupes, et opéra sa jonction avec son oncle devant Tebnyn. Les assiégeants, abattus par l’arrivée de ces nouvelles forces, se retirèrent précipitamment dans la ville de Tyr. Malek Aziz, rassuré par cette retraite, reprit le chemin de l’Egypte, laissant à son oncle la meilleure partie de ses troupes et ses pleins pouvoirs pour traiter de la guerre et de la paix. Le grand Sanker, qui commandait dans Jérusalem, étant mort sur ces entrefaites, le sulthan d’Egypte lui donna pour successeur Sarem ed-din-Kothlok, ancien mamelouk de son cousin Ferokh schah. Au retour de Malek Aziz en Egypte, les poètes célébrèrent la gloire qu’il venait d’acquérir. Voici deux vers faits en cette occasion :

« La victoire et le butin sont attachés à tes pas : c’est là l’escorte d’un général plein de gloire.

» C’est à toi que Joseph a confié sa chemise ; le sang qui en découle en atteste suffisamment l’origine.[66] »

Cependant Malek Adel, en temporisant à propos, mit les Francs dans la nécessité de demander la paix. Elle fut convenue pour trois ans, après quoi Malek Adel retourna à Damas.

An 595 (1198-9). Mort de Malek Aziz, au mois de Moharram (fin de novembre), à l’âge de vingt-sept ans. Comme Malek Mansour Mohammed, son fils, était en bas âge, les principaux émirs appelèrent Malek Afdhal en Egypte, pour gouverner, en son nom, en qualité d’atabek. Afdhal accourut en Egypte, et prit possession de la régence. Dans ce temps-là Malek Adel était occupé au siège de Maridin. Afdhal, croyant l’occasion favorable pour rentrer en possession de Damas, marcha en grande hâte sur cette ville, en ayant soin d’avance de se concerter avec son frère Dhaher, qui commandait dans Alep. A cette nouvelle, Malek Adel laissa le soin de continuer le siège à Malek Kamel, son fils, et s’avança vers Damas avec tant de célérité, qu’il y précéda de deux jours l’arrivée des princes confédérés.

An 596 (1199). Damas était serrée de très près par les deux frères ; tout annonçait sa prise prochaine, lorsque la discorde força les deux princes à se retirer. Afdhal reprit le chemin d’Egypte ; comme on était alors au commencement de l’hiver, une partie de son armée se débanda pour revenir au printemps. Malek Adel étant arrivé sur ces entrefaites, n’eut pas de peine à battre les troupes qui étaient restées. Le vainqueur marcha aussitôt sur le Caire, et força son neveu à lui en ouvrir les, portes, sous la fausse promesse de lui donner en échange Samosate, Mayyafarikîn, etc. Afdhal revint tout confus à Sarkhod ; son oncle s’empara des affaires, d’abord comme atabek du jeune Malek Mansour, et bientôt comme véritable souverain de l’Egypte. Dans le même temps, Malek Dhaher lui envoyait prêter hommage pour sa principauté d’Alep, avec promesse de tenir cinq cents hommes de ses meilleures troupes toujours prêts pour son service. (Ainsi furent réunies entre les mains de Malek Adel toutes les provinces de l’empire fondé par Saladin).

An 599 (1203). Malek Mansour, prince de Hamah, s’enferme dans Barin, afin d’observer les mouvements des Francs.

Comme ceux-ci venaient pour l’y assiéger, Bahram schah, prince de Baalbek, et Schyrkouh, prince d’Emesse, furent chargés par Malek Adel de voler à sa défense. Eu effet, les Francs marchaient sur Barin avec toutes les forces qu’ils avaient dans Tripoli, le château des Kurdes et leurs autres places. Une action s’engagea ; ils furent mis en déroute, laissant un grand nombre de leurs guerriers prisonniers.

Le 21 de Ramadhan (commencement de juin), dix-huit jours après cette brillante journée, les hospitaliers de Markab et du château des Kurdes, joints à d’autres corps francs du pays, livrèrent un second combat au prince de Hamah, qui était toujours à Barin. Les musulmans obtinrent une victoire complète, et tuèrent ou prirent un grand nombre de chrétiens.

An 600 (1203-4). Paix entre Malek Mansour et les Francs.

Le fils de. Léon (ou Lifou), prince de la Petite-Arménie, marche sur Antioche ; mais sur la nouvelle que Malek Dhaher, prince d’Alep, s’était déjà avancé jusqu’à Harem, pour venir à sa rencontre, il revient sur ses pas.

Les Francs ayant fait mine de tenter une attaque sur Jérusalem, Malek Adel partit de Damas pour réunir ses troupes, et vint se placer près du Mont-Thabor, en face des positions occupées par les Francs, où il les tint en échec jusqu’à la fin de l’année.

Une flotte chrétienne s’empare de Fouah (en Egypte, sur la branche du Nil qui passe à Rosette), et livre, pendant cinq jours, cette ville au pillage.

Un tremblement de terre fait de grands ravages en Egypte, en Syrie, en Mésopotamie, dans l’Asie mineure, en Chypre, dans l’Irak et jusqu’en Sicile ; les remparts de Tyr s’écroulent au milieu des secousses.

An 601 (1204-5). En vertu d’un traité conclu entre Malek Adel et les Francs, ceux-ci rentrent en possession de Japha, ainsi que de Lidda et de Ramlah, occupés auparavant l’une et l’autre, moitié par les chrétiens, et moitié par les musulmans. Après la conclusion du traité, Malek Adel donne congé à ses troupes, et se rend en Egypte.

Les Francs se jettent ensuite sur le territoire de Hamah, et poussent leurs courses jusqu’au village de Rakytha ; ils répandent la désolation dans la contrée, et s’en retournent avec un grand nombre de prisonniers ; mats bientôt la paix fut conclue avec cette ville, et tout rentra dans le calme.   »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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