Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1206-1227)

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L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1206-1227)

 » An 603 (1206-7). Malek-Adel, en se rendant d’Egypte à Damas, fit mine d’attaquer Acre. Les habitants, pour conserver la paix, livrèrent tous les prisonniers musulmans qui étaient dans la ville. Arrivé à Damas, le sulthan en partit près du lac de Kedès, dans les environs d’Emesse, où ses troupes avaient ordre de se réunir. Dès que le mois de Ramadhan (fin d’avril) fut expiré, il alla attaquer le château des Kurdes puis s’empara de la tour d’Anaz, où il trouva de l’argent, des armes et cinq cents chrétiens ; enfin il entreprit le siège de Tripoli, fit jouer ses machines contre les murailles, détruisit les aqueducs qui conduisaient l’eau dans la ville, mit tout le pays à fou et à sang, après quoi il retourna au lac de Kedès.

An 604 (1207). Ce prince s’y trouvait encore, lorsque le comte de Tripoli conclut une trêve avec lui.

An 609 (1212). Malek-Adel fait construire une forteresse sur le Mont-Thabor ; les soldats et les ouvriers, réunis de différents côtés, y travaillèrent jusqu’à ce que l’ouvrage fût conduit à son entière perfection.[67]

An 613 (1216). Mort de Malek Dhaher, prince d’Alep, à l’âge de quarante-quatre ans. Il laissait deux fils, dont l’un, Malek Aziz ; lui succédait, à peine âgé de deux ans ; le second, Malek Saleh, avait déjà atteint sa douzième année.

An 614 (1217-8). Les Francs partent en foule de l’Occident, et viennent par mer à Acre. A cette nouvelle, Malek Adel se met en marche de l’Egypte, et vient prendre position à Naplouse. Aussitôt les Francs marchent à sa rencontre, et le contraignent, par la supériorité de leurs forces, à se retirer devant eux, jusque sur la colline d’Afyk. Les Francs eurent alors le champ libre, et répandirent la désolation dans tous les pays musulmans, jusqu’à Nowa, dans le Souad, qui fait partie du territoire de Damas ; tout le pays compris entre Beyssan et Naplouse fut mis à feu et à sang ; ils tuèrent ou prirent une incroyable quantité de musulmans ; après quoi, ils revinrent sous les murs d’Acre. Ce fut surtout pendant le jeûne du mois de ramadhan (novembre et décembre), que leurs attaques furent plus vives. Malek Adel vint ensuite camper dans la plaine de Saffar ; les Francs en profitèrent pour attaquer la forteresse qu’il venait de construire sur le Mont-Thabor ; puis ils y renoncèrent, et se trouvaient de retour à Acre avant la fin de l’année.

An 615 (1218-9). Au commencement de l’année, Malek Adel était campé dans la plaine de Saffar, et les Francs étaient réunis sous les murs d’Acre. Les chrétiens passèrent ensuite en Egypte, dans l’intention d’assiéger Damiette. Malek Kamel, qui gouvernait l’Egypte en l’absence de son père, accourut à la défense de cette ville, et tint quatre mois les Francs en échec. Pendant ce temps-là, Malek Adel envoyait successivement à son fils les troupes de Syrie qui étaient disponibles. Quand Malek Kamel vit réunies auprès de lui des troupes suffisantes, il prit l’offensive, dans l’espoir de chasser les Francs du pays.

Malek Adel quitte ensuite la plaine de Saffar, et vient camper à Alekyn, non loin de la colline d’Afyk ; c’est là qu’il fut surpris par la mort à l’âge de soixante-quinze ans (lunaires), Ce prince avait des mœurs douces, et vit toutes ses entreprises couronnées du succès ; son règne fut surtout remarquable par un bonheur domestique, jusque-là inconnu dans les fastes de la royauté ; car, pour ne pas compter les filles, il laissait seize fils, dont plusieurs déjà illustrés par des victoires, ou éprouvés dans l’administration des provinces. Comme aucun d’eux ne se trouvait alors auprès de leur père, Malek Moadham accourut de Naplouse, transporta son corps à Damas, avec les mêmes précautions que s’il eût été encore en vie, et s’empara des ressources et des trésors amassés sous son règne. C’est après son arrivée à Damas que Malek Moadham se fit prêter serment par les habitants de la ville, qui n’apprirent qu’alors la mort de Malek Adel. Quand cette nouvelle arriva en Egypte, Malek Kamel, qui était virement pressé par les Francs, en fut tout-à-fait consterné ; les troupes se mutinèrent, elle tumulte qui s’ensuivit le mit dans la nécessité d’abandonner ses positions. Un certain émir, nommé Emad eddin Ahmed, qui commandait un corps considérable de Kurdes, était alors dans l’armée ; enhardi par l’insubordination d’une partie des troupes, il conçut le dessein de renverser Malek Kamel. Cette révolution ne pouvait s’opérer qu’à l’aide de la confusion générale. Le désordre fut bientôt à son comble ; si bien que ce prince pensait déjà à renoncer au trône et à se retirer en Yémen ; heureusement que Malek Moadham, en apprenant cette nouvelle, accourut auprès de son frère, chassa du camp le chef de la révolte, et parvint à faire renaître le calme dans les esprits. Mais les Francs, pendant ce temps-là, avaient redoublé d’efforts contre Damiette, et cette ville se trouvait affaiblie, à la suite des troubles qui venaient d’avoir lieu.

An 616 (1219-20). Au commencement de l’année les Francs étaient encore sous les murs de Damiette, la serrant toujours de plus près. Le sulthan d’Egypte, sans les perdre unmoment de vue, écrivait lettres sur lettres à ses frères pour réclamer leur secours.

Malek-Moadham, qui commandait en Syrie, voyant les Francs si acharnés, craignit qu’après la prise de Damiette ils ne vinssent attaquer Jérusalem, dont Saladin avait fait une place forte, et qu’il ne lui fût pas possible de les empêcher d’y entrer. Il envoya donc des détachements de carriers et de mineurs pour abattre les murs de cette ville, et forcer une partie des habitants à l’évacuer.

Les Francs ne laissèrent pas de relâche à Damiette jusqu’à ce qu’elle fût prise le 10 de ramadhan (novembre). Les habitants furent massacrés ou faits prisonniers, et la grande mosquée convertie en église. Ce succès releva les espérances des Francs, qui se crurent déjà les maîtres de l’Egypte. Quant au sulthan, il prit position au point de séparation des deux branches du Nil, dont l’une a son embouchure à Damiette, et l’autre à Aschmoun Thenah ; son armée s’y logea, et donna ainsi naissance à la ville de Mansourah.

Jamais année ne fut plus désastreuse pour l’islamisme. Tandis que Damiette tombait sous les coups des Francs et voyait ses habitants victimes de la rage des vainqueurs, les Tartares, sous la conduite de Gengis-Khan, commençaient leurs sanglantes expéditions contre les états musulmans de l’Asie.

les croisades
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An 617 (1220-1). Le prince de Damas se jette sur les terres des Francs en Syrie. Il s’empare de Césarée, la rase, et va ensuite attaquer Atlit.

An 618 (1221). Après la prise de Damiette, les Francs crurent marcher à la conquête de toute l’Egypte. Ils étaient partis en conséquence de cette ville se dirigeant sur le Caire. Arrivés en force de Mansourah, on se battit de part et d’autre avec acharnement, tant sur terre que sur le fleuve. Le sulthan n’avait cessé de solliciter des secours auprès de ses frères et des princes de sa famille. Le prince de Damas se concerta avec son autre frère Malek Aschraf, prince de Harran, et avec Malek Nasser qui venait de succéder à Malek Mansour son père, dans la principauté de Humab. Bahram schah, prince de Baalbek, et Schyrkouh, prince d’Emesse, réunirent aussi leurs forces, et tous arrivèrent ensemble au camp musulman de Mansourah. Le sulthan vint à la rencontre de ses frères, et prodigua les égards et les honneurs aux princes qui s’étaient joints à eux. L’arrivée de ces forces releva l’espoir des musulmans et jeta l’abattement dans le cœur des chrétiens. Les efforts redoublèrent dès ce moment. Cependant le sulthan, de concert avec ses frères, ne cessait de réitérer ses propositions aux Francs. Il leur abandonnait Jérusalem, Ascalon, Tibériade, Laodicée, Djibleh, et toutes les autres places ; que Saladin avait soumises à l’islamisme, à l’exception de Schaubek et de Carac. Il demandait en retour que les Francs consentissent à rendre Damiette et à évacuer le pays. Les Francs furent intraitables ; ils exigeaient une somme de 300.000 écus d’or, en indemnité pour la reconstruction des remparts de Jérusalem qui avaient été récemment abattus. Ils voulaient d’ailleurs se faire céder les deux places de Carac et de Schaubek. On était encore occupé de ces négociations, lorsqu’un corps musulman passa secrètement sur le terrain situé entre Mansourah et Damiette, près du canal de Mehalleh, et fit une saignée au fleuve. Le Nil était alors au plus haut point de la crue, sans que les Francs sussent rien de ses débordements annuels ; l’eau s’épancha aussitôt par la saignée et inonda la contrée qui séparait Damiette du camp des chrétiens. Leurs communications avec cette ville se trouvèrent interceptées ; les approvisionnements ne purent plus leur parvenir, et bientôt ils se trouvèrent en proie à la plus horrible famine. Il fallut demander la paix en suppliant, et, pour l’obtenir, sacrifier Damiette et renoncer aux offres avantageuses que le sulthan avait d’abord proposées. Les Francs avaient avec eux des seigneurs fort puissants, au nombre de plus de vingt. Dans le conseil du sulthan, ceux qui inclinaient à la guerre, proposèrent de se les faire livrer, et de mettre ensuite pour prix de leur délivrance, la reddition de toutes les places que les chrétiens possédaient encore en Syrie, telles que Acre et autres ; mais l’avis contraire prévalut, à cause de la longueur de cette guerre qui se continuait depuis plus de trois ans et à cause de l’épuisement général. La demande des Francs fut donc accueillie. Ceux-ci ayant réclamé des otages ; le sulthan leur remit son fils Malek Saleh, alors âgé de 15 ans. Les Francs, de leur côté, envoyèrent le commandant d’Acre et d’autres seigneurs, ainsi que le légat du pape qui réside dans Rome-la-Grande. Ceci se passait le 7 de redjeb (fin d’août). Le sulthan admit les otages chrétiens en sa présence, les reçut en cérémonie, et sut donner beaucoup d’éclat à cette solennité par le concours de ses frères et des officiers de sa maison. Damiette fut remise le 19, avec toutes les fortifications nouvelles que les Francs y avaient élevées, et les poètes eurent là un beau champ pour célébrer les hauts faits du sulthan. Quelques jours après le sulthan fît en grande pompe son entrée dans la ville, accompagné de ses frères et de sa maison. Il donna ensuite congé à ses alliés, et se mit en marche pour le Caire.

An 623 (1226). Le prince de Damas fait alliance avec Gelal’ eddin, sulthan des Kharismiens, qui faisait alors la guerre dans la Géorgie et dans l’Arménie.

An 624 (1227). Quand le sulthan d’Egypte fut instruit des intelligences de son frère avec le sulthan des Kharismiens, il craignit de succomber sous des forces aussi formidables. Afin de déjouer les projets de son frère, il écrivit à l’empereur Frédéric, chef des Francs, pour l’engager de venir à Acre. Ce prince se laissa facilement persuader, d’après l’engagement du sulthan, de lui céder Jérusalem. Malek Moadham mourut peu de temps après à l’âge de quarante-neuf ans. Son fils Malek Nasser Saladin Daoud lui succéda dans la principauté de Damas.   »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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