Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1261-1271)

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Le héro Az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari Sultan Mamelouk d'Égypte qui régna de 1260 à 1277 vainqueur des croisés et des Mongoles
Le héro Az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari Sultan Mamelouk d’Égypte qui régna de 1260 à 1277 vainqueur des croisés et des Mongoles

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1261-1271)

 » An 659 (1261). Sept îles, dans les environs d’Acre, sont englouties dans la mer avec ceux qui les habitaient. Les habitants d’Acre prirent le deuil à cette occasion, et implorèrent parleurs larmes la miséricorde divine pour leurs péchés, aux quels ils attribuaient ce désastre.

Bibars (Baybar) envoie Djémal eddin, fils de Salem,[73] en ambassade auprès de Manfred (Mainfroi), roi de Sicile. Nous allons laisser parler Djémal eddin lui-même : « Le père du prince auquel je fus envoyé, dit-il, s’appelait Frédéric ; il est connu par ses relations d’amitié avec Malek Saleh. Son fils Conrad lui avait succédé en Sicile et dans ses états d’Italie. Conrad eut pour successeur Manfred son frère ; c’est à celui-ci que je fus adressé.[74] Manfred m’accueillit avec bonté et me permit de rester auprès de lui dans la Pouille.[75] Il me faisait souvent l’honneur de m’admettra en sa présence, et j’eus occasion de reconnaître en lui beaucoup de mérite et un goût naturel pour les sciences intellectuelles. Il possédait parfaitement les dix traités d’Euclide ; c’est même à sa prière que je composai le traité de logique que j’intitulai l’Impérial. Non loin de la ville que j’habitais, se trouvait la ville de Luceria (Nocera de Pagani dans la Capitanate) ; elle était entièrement peuplée de musulmans, que Frédéric avait fait venir de Sicile).[76] On y fêtait le vendredi, et l’islamisme s’y montrait à découvert. La plupart des officiers de Manfred étaient musulmans ; son camp retentissait des cris des muezzins (qui appellent le peuple musulman à la prière), et notre religion pouvait y être publiquement professée. La ville que j’habitais était à cinq journées seulement de la ville de Rome. A l’époque où je quittai le pays, le roi de France et le pape, qui est le khalife des chrétiens, s’étaient ligués pour perdre Manfred. Le pape l’avait excommunié, à cause de son exclusive confiance dans les musulmans.[77] Un motif semblable avait précédemment fait excommunier Frédéric et Conrad. Voici un fait que je tiens de la bouche même de Manfred : Quand Frédéric perdit l’empereur son père (Henri VI), il était encore fort jeune ; grand nombre de princes francs se mirent sur les rangs pour lui disputer la couronne impériale, et chacun se flatta d’avoir le pape pour soi. Frédéric crût devoir user de supercherie. Il vit ses rivaux l’un après l’autre, et dit à chacun d’eux : « Je sais, pour moi, que je ne suis pas propre à cette dignité ; j’y renonce entièrement. Quand nous serons réunis auprès du pape, ouvre l’avis de laisser la décision de cette affaire au fils de l’empereur défunt. Les autres faisant de même, le pape me laissera maître du choix, et soit persuadé que je ne penserai à personne qu’à toi ; car vraiment je te veux du bien. » Frédéric en usa ainsi envers tous les prétendants, et cela d’un ton si persuasif, que tous s’y trompèrent. Le jour fixé étant arrivé, ils se réunirent à Rome auprès du pape. Après leur avoir demandé leur avis, le pape fit déposer la couronne au milieu de l’assemblée. Tous s’écrièrent qu’ils s’en remettaient entièrement à Frédéric. Celui-ci se levant aussitôt, dit d’un ton assuré : « C’est moi qui suis fils d’empereur ; la couronne et la dignité impériales m’appartiennent de droit ; et d’ailleurs j’ai pour moi vos suffrages. » En disant ces mots, il mit la couronne sur sa tête ; les princes dissimulèrent leur dépit, et Frédéric sortit la couronne sur la tête. Il trouva à la porte un détachement de cavaliers allemands, armés de toutes pièces et d’une bravoure éprouvée. Ainsi escorté, il arriva en Allemagne, pays originaire de sa famille. Le pape et le roi de France, ajoute Djémal eddin, attaquèrent Manfred avec toutes leurs forces, mirent son armée en déroute, et s’emparèrent de sa personne. Le pape le fit immoler à sa vengeance, et le frère du roi de France occupa ses états. Cette révolution eut lieu en l’an 663 (1264).[78]

An 661 (1263-3). Bibars arrive d’Egypte en Syrie, et vient placer son camp au Mont-Thabor. De là il envoie un détachement de ses troupes renverser l’église de Nazareth, qui est le lieu le plus révéré des chrétiens pour avoir donné naissance à leur religion. Ces troupes font ensuite une excursion sur le territoire d’Acre et les lieux environnants, et retournent chargées de butin. Bibars marche alors en personne, avec un corps d’élite, pour tenter une nouvelle attaque sur Acre, et vient à bout d’abattre une des tours qui en défendaient les approches. Cette expédition était postérieure à la première, ainsi qu’à la destruction de l’église de Nazareth.

Arabes, Turcs et Mongoles
Arabes, Turcs et Mongoles

An 663 (1265). Bibars part d’Egypte avec ses redoutables armées, et le 9 de djoumada premier (fin de février) commence le siège de Césarée : l’attaque est poussée avec vigueur et la ville est prise en quelques jours, c’est-à-dire, vers le milieu du mois. Bibars ordonne de la détruire, et le mois suivant va attaquer et prendre la ville d’Arsouf.

Mort de Houlagou, petit-fils de Gengis-Khan. Son fils Abiga hérite de ses états de Perse et de la Mésopotamie.

An 664 (1266). Le sulthan arrive en Syrie avec ses redoutables armées, et fait marcher un corps détache vers la côte de Tripoli. Pendant que ce corps occupait Kolayah, Haleb et Arka, le sulthan attaque Sefed, la presse de toutes parts, fait jouer ses machines de guerre. Malek Mansour, prince de Hamah, Tient le joindre pendant le siège. Les musulmans ne donnaient pas de relâche aux assiégés, et s’exposaient hardiment au danger ; aussi plusieurs payèrent de leur sang la prise de la place. Elle se rendit par capitulation le 19 de chaban (juin) ; les habitants furent ensuite tous passés au fil de l’épée.

Après la prise de Sefed, Bibars se rendit à Damas, d’où il envoya un corps considérable de troupes dans le pays de Sys (la petite Arménie) : ce corps était commandé par le prince de Hamah. Le pays de Sys à cette époque était au pouvoir de Haytom, fils de Constantin. A la nouvelle de la marche des musulmans, Haytom garnit tes défilés de la Cilicie de machines et de guerriers. En même temps ses deux fils se mirent en marche avec l’armée, pour venir à la rencontre de l’ennemi. Vains efforts, l’armée fut mise en déroute ; tout fut tué ou pris : l’un des fils de Haytom y périt ; le second, qui s’appelait Lyfoun, resta parmi les prisonniers. Les vainqueurs se répandirent aussitôt dans toute la contrée, s’emparèrent du château d’Amedyn, en massacrèrent les habitants, et enfin se disposèrent à retourner en Syrie, emportant avec eux un immense butin. A la nouvelle des succès de ses troupes, Bibars se rendit à Hamah, et s’avança jusqu’à Apamée à la rencontre de ses soldats victorieux. Arrivé à Kara, entre Damas et Emesse, il ordonna le pillage de la ville et le massacre des hommes en c’tat de porter les armes. Grand nombre de personnes y reçurent la mort, tout cela parce que les habitants de Kara, qui étaient chrétiens, enlevaient secrètement les voyageurs musulmans pour les vendre aux Francs. Quant aux enfants des chrétiens, ils furent emmenés en Egypte, et élevés avec les mamelouks turcs. Les uns devinrent émirs dans la suite ; les autres servirent comme simples soldats.

An 666 (février 1268). Au commencement de djoumada second, le sulthan arrive en Syrie, et enlève Japha aux chrétiens. Trois mois après il va attaquer Antioche, donne un assaut général, et prend cette ville de force. Les habitants sont massacrés, les enfants emmenés en captivité, la ville abandonnée au pillage. Antioche et Tripoli appartenaient au prince Bohémond, qui se trouvait en ce moment dans cette dernière ville.

Quelques jours après, le sulthan prend possession de Bagras, sans rencontrer de résistance. En apprenant la prise d’Antioche, les habitants avaient pris la fuite, et la citadelle était restée sans défenseurs. Le sulthan plaça dans Bagras une garnison avec les approvisionnements nécessaires. Ainsi tomba cette ville sous les lois de l’islamisme. On a vu que Saladin, en y entrant, l’avait entièrement rasée ; mais plus tard les Francs en avaient relevé les fortifications.

La paix est conclue entre Bibars et le prince du pays de Sys. Bibars consentit à rendre la liberté à Lyfoun, à condition que Haytom lui céderait Behesna, Derbessak, Merzeban, Raaban, etc., qu’il interposerait sa médiation auprès d’Abaga pour obtenir la liberté de Sauker Alaschker, qui avait été pris dans Alep par l’armée de Houlagou. Abaga se rendit aux prières du prince Haytom ; les places, Behesna exceptée, furent fidèlement remues, et Lyfoun fut renvoyé à son père.

An 668 (1269-70). Le sulthan attaque Acre, vient à Damas, et puis à Hamah.

An 669 (mars 1271). Bibars arrive en Syrie, et le 9 de chaban commence le siège, du château des Kurdes. Il redouble d’efforts contre la place, et la prend le 24 par capitulation. Il se rend ensuite devant la forteresse d’Akkar, l’attaque le 17 de ramadhan (avril), la serre étroitement et la force à capituler à la fin du mois. Un poète lui dit pour le féliciter :

« O dominateur du monde, bonne nouvelle ! te voilà au comble de tes vœux.

Akkar vaut bien Acre et même au-delà. »

De Damas le sulthan alla attaquer la forteresse de Korain.[79] Il s’en empara, la rasa, puis retourna en Egypte.

Bibars équipa dans cette même année une flotte de dix vaisseaux pour opérer une descente dans l’île de Chypre. La flotte vint se briser près du port de Limisso, et les équipages forent kits prisonniers. Le sulthan se bâta d’en équiper une nouvelle qui était le double de la première.  »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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