Chronologie des croisades par le chevalier et historien kurde Abul-Fida (1277-1287)

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Guerrier élite mamelouk
Guerrier élite mamelouk

L’extrait de l’histoire d’Aboulféda commence à l’entrée des premiers croisés dans l’Asie Mineure, et se termine à l’année 1322. C’est un court précis des événements mémorables qui signalèrent la lutte entre les forces musulmanes et les guerriers de l’Occident

ABOULFEDA HISTOIRE GENERALE OU ANNALES EXTRAITS (1277-1287)

« An 676 (1277)  Bibars (Baybar) meurt dans le milieu de l’année 1277. Voici en quels termes quelques auteurs racontent sa mort : « On venait de voir une éclipse totale de lune. Aussitôt il se fît une rumeur générale qui annonçait la mort de quelque grand personnage. Bibars se crut menacé. Pour détourner l’effet de ce phénomène, il choisit pour victime un des princes de la famille de Saladin. Il l’attira auprès de lui, et lui fit boire un breuvage empoisonné qui l’emporta au bout d’un moment. Le sulthan en avait aussi goûté par mégarde ; il se sentit, bientôt une fièvre brûlante, dont il mourut. Malek-Saïd-Barkah, son fils, fut reconnu pour son successeur.

An 678 (1279). Malek-Saïd est contraint d’abdiquer par les émirs, et se retire à Carac, où il meurt quelque temps après. Kelaouti est nommé régent de l’empire. Quelques mots après il prend le titre de sulthan, et ajoute à son nom le titre de Malek Mansour, général invincible. Avec lui on vit régner la justice, les lois reprirent leur empire, et l’état fut sagement administré.

Dans le même temps Sanker-al-Aschker, qui gouvernait la Syrie, secoue le joug en gouvernement d’Egypte, et se rend indépendant.

An 679 (1280). Sanker est battu par l’armée Egyptienne, et se sauve du côté de l’Euphrate pour intéresser à sa cause le khan des Tartares.

Les chrétiens, enhardis par les succès-des Tartares, s’étaient livrés à quelques excès. Cette année Sayf’ eddin Bal-ban, qui commandait pour le sulthan dans le château des Kurdes, résolut d’en tirer vengeance sur la forteresse de Markab. Son entreprise échoua complètement ; les Francs mirent en fuite les musulmans, en tuèrent et en prirent un grand nombre.

An 680 (1281). Abaga s’avance en Syrie avec toutes ses forces : puis changeant de desseins, il se relire à Ràbabah, et laisse le commandement de l’armée tartare à son frère Mankou-Timour. Tandis qu’elle marchait sur Emesse, Kalâoûn réunit l’armée musulmane et dirigea sa marche du même côté. Les querelles s’étaient assoupies au moment du danger. Sanker-al-Aschker et le prince de Hamah arrivèrent avec leurs troupes pour défendre la cause de l’islamisme, et les musulmans se rangèrent dans l’ordre suivant : Le prince de Hamah était à la droite, protégé par les troupes de Damas ; Sanker commandait la gauche. Les guerriers arabes s’étaient placés à la droite, et les Turcomans à la gauche. A l’égard du centre, il était commandé par l’émir Tharanthai. L’action s’engagea dans les environs de la ville d’Emesse. Dieu favorisa le centre et la droite. Les Tartares, qui leur étaient opposés, furent enfoncés et poursuivis l’épée dans les reins. Quant à la gauche musulmane, elle prit honteusement la fuite. Ceux qui formaient l’aile droite des Tartares (elle était composée en grande partie de chrétiens, arméniens et géorgiens) poursuivirent les fuyards jusqu’aux portes d’Emesse, tuant tout ce qui s’offrait sous leurs coups : mais à leur retour voyant la déroute du reste de l’armée, ils prirent aussi la fuite. L’armée des Tartares était évaluée à 80.000 hommes, entre lesquels 50.000 Mogols seulement ; le reste était une réunion d’Arméniens, de Géorgiens, de Persans et d’autres nations. Toutes les villes musulmanes célébrèrent avec transport cette glorieuse victoire.

An 684 (1285). Dans les premiers jours de rebi premier (mai), Kalâoûn s’avance avec les troupes d’Egypte et de Syrie vers la forteresse de Markab. Cette place, où s’étaient établis les Hospitaliers (ils en avaient fait le chef-lieu de l’ordre après la prise de Jérusalem par Saladin), était située sur un lieu élevé et tellement forte, qu’aucun des sulthans précédents n’avait osé l’attaquer. Quand les postes eurent été distribués aux troupes, on ouvrit la brèche, et nombre de machines grandes et petites jouèrent à la fois. L’humble serviteur de Dieu, auteur de cet abrégé historique, se trouvait à ce siège, âgé de douze ans seulement. C’est la première scène guerrière dont je fus témoin : j’étais sous la conduite de mon père Malek Afdhal-Aly. Quand la brèche fut assez large, la garnison demanda à capituler. Le sulthan y consentit avec d’autant plus de facilité, qu’il désirait vivement conserver cette place ; car si les musulmans y fussent entrés de force, et que les fortifications eussent été entamées, il aurait été impossible de les rebâtir de nouveau. Le sulthan accorda donc la capitulation, mais sous la condition que les habitants sortiraient sans armes, et seulement avec ce qu’ils pourraient emporter. Les musulmans occupèrent Markab à la huitième heure du vendredi 19 du mois, jour mémorable où leur étendard flotta sur les murs de la ville. Ainsi furent lavées tant d’insultes qu’on avait à venger sur les Hospitaliers ; ainsi disparut le signe des ténèbres en présence du signe de lumière. Le sulthan commença par confiner les habitants dans un lieu de sûreté ; puis il prit diverses mesures pour rétablir l’ordre dans la place. Quand il eut tout réglé, il descendit sur la côte, et campa dans les champs près d’un lieu nommé la Tour de Kerfys. Il vint ensuite camper au pied du château des Kurdes ; puis se porta vers le lac d’Emesse.

An 686 (1287). Laodicée est attaquée par Hossam eddin Tharanthai. La place était défendue par une tour environnée de tous côtés par les eaux de la mer. L’émir se fit un chemin dans l’eau au moyen d’une jetée en pierre, s’empara de la tour, et la rasa. »

 

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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