La Bataille de Hattin 1187 Les musulmans s’emparent de Jérusalem et de presque toute la Palestine par le chevalier et historien kurde Abul-Fida

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Le massacre des croisés à Hattin
Le massacre des croisés à Hattin

La Bataille de Hattin ou de Tibériade. en 1187 Les musulmans s’emparent de Jérusalem (al-Quds) et de presque toute la Palestine par le chevalier et historien kurde Abul-Fida :

« Après la prise de Tibériade, tous les princes francs réunirent leurs forces, infanterie et cavalerie, et marchèrent contre Saladin. Celui-ci se mit aussitôt en mouvement ; c’était le samedi 25 de rebi second (4 juillet). Les deux armées en vinrent aux mains, et combattirent avec une grande bravoure. Au fort de l’action, le comte de Tripoli se jeta sur le corps qui lui était opposé. Teki-eddin, prince de Hamah, qui commandait ce corps, fit ouvrir les rangs ; le comte traversa les rangs ennemis, et se sauva en toute hâte à Tripoli, où il mourut peu de temps après de chagrin. La victoire se déclara pour les musulmans ; les chrétiens, entourés de toutes parts, furent tous tués ou faits prisonniers. Parmi les captifs on comptait le roi de Jérusalem, le prince Renaud, seigneur de Carac, le seigneur de Djebayl, le fils de Honfroy, le grand-maître du Temple, et un certain nombre d’Hospitaliers. Les Francs, depuis leur arrivée en Syrie, n’avaient pas éprouvé de défaite aussi désastreuse.

Site de la bataille d'Hattin
Site de la bataille d’Hattin (source: ospey)

Après le combat, Saladin s’assit dans sa tente ; il se fit amener le roi et le fit asseoir à ses côtés, comme la chaleur du jour était extrême, il lui présenta de l’eau de neige pour adoucir la soif qui le dévorait. Le roi ayant bu, en présenta à Renaud. « Ce n’est pas moi, s’écria aussitôt Saladin, qui ai dit à ce misérable de boire ; je ne suis pas lié envers lui. » En disant ces mots, il se tourne vers Renaud, lui reproche d’un air terrible la violation des traités, et la tentative qu’il avait faite sur les deux villes saintes ; puis il lève le bras et lui coupe la tête. A ce spectacle le roi tremblait de tous ses membres, mais le sulthan se hâta de le rassurer.

Les chrétiens évacuant Jérusalem sous le regard de Saladin par Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville
Les chrétiens évacuant Jérusalem sous le regard de Saladin par Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville

Saladin revient devant Tibériade, et fait capituler la citadelle. De là il marche sur Acre, l’assiège, et y entre par capitulation. Dans ce même temps Malek Adel, d’après un plan combiné avec son frère, attaquait le château, de Yaha et l’emportait d’assaut. Saladin ne rencontrant plus nulle part de résistance, partagea ses troupes en plusieurs détachements, qui occupèrent Nazareth, Césarée, Hayfah, Seforyeh, Maaltsa, Fouleh, et tout le territoire d’Acre. Les malheureux habitants de cette contrée éprouvèrent toutes les horreurs du pillage et de la captivité. Un autre détachement de musulmans marcha sur Naplouse, et entra sans combat dans la citadelle de cette ville.

Après la prise d’Yaha, Malek Adel se rendit devant Japha et la prit de force. De son côté, le sulthan s’empara de Tebnin par capitulation, et occupa ensuite Sidon, que son prince avait abandonnée. Il y entra le 22 de djoumada premier (22 août). Béryte ouvrit ses portes le 27, huit jours après l’arrivée de l’ennemi devant ses murailles. Sur ces entrefaites, le seigneur de Djobayl, qui était toujours prisonnier, proposa Djobayl pour sa rançon ; ce qui fut accepté. Il était célèbre par sa bravoure ; et par la guerre acharnée qu’il fît aux musulmans dans la suite, il les fît repentir de lui avoir rendu la liberté.

Cependant le marquis Conrad arrivait par mer devant Acre, sans savoir que les musulmans en étaient les maîtres. Le calme l’ayant surpris tout-à-coup à l’entrée du port, il amusa quelque temps Afdhal, qui commandait dans la ville, par des propositions que celui-ci avait la simplicité d’écouter : le temps étant enfin redevenu favorable, il mit à la voile pour Tyr, où il eut fart de se faire une grande autorité au milieu de ce concours de chrétiens qui affluaient de toutes parts dans la ville. Une des mesures de Saladin qui lui devinrent le plus funestes, et fut, indépendamment de l’arrivée du marquis, la faculté qu’il laissa aux habitants des villes conquises de se retirer à Tyr. Cette mesure ne servit qu’à augmenter le nombre de ses ennemis, et à relever le courage des Francs.

L'armée Ayyoubide lors de la bataille d'hatin mené par le sultan Salahudin al-Ayyoubi au nom du calife Abbasside
L’armée Ayyoubide lors de la bataille d’hatin mené par le sultan Salahudin al-Ayyoubi au nom du calife Abbasside

Saladin marche sur Ascalon, et y entre par capitulation à la fin de djoumada second (5 septembre), après un siège de quatorze jours. Il partage ensuite son armée en petites divisions qui vont s’emparer de Ramlah, Daroum, Gaza, Bethléem, Bet djebrail, Nadhroun, etc. Le sulthan se décida enfin à attaquer Jérusalem, malgré le nombre prodigieux de chrétiens qui la défendaient. Quand les mineurs furent sous les murs, et que l’assaut allait être livré, les habitants demandèrent à capituler. Saladin rejeta leur demande, en disant qu’il voulait entrer par l’épée comme les Francs y étaient entrés eux-mêmes ; mais au retour des envoyés, sur les représentations qu’ils lui firent du grand nombre des chrétiens, et des chances que pouvait leur donner le désespoir, il se rendit à leurs instances, y mettant cependant pour condition que tous ceux qui se trouvaient dans la ville paieraient une contribution par tête, un homme dix écus d’or, une femme cinq, les enfants deux ; et que ceux qui ne paieraient pas cette somme resteraient prisonniers. Cette condition fut acceptée, et la ville ouvrit ses portes le vendredi 27 de redjeb (commencement d’octobre), jour mémorable où les étendards musulmans flottèrent sur les remparts de Jérusalem. Les gens du sulthan s’étaient placés aux portes pour percevoir le tribut convenu ; mais ils mirent si peu de fidélité dans leur commission, que le trésor n’en retira qu’une somme légère.

Une croix dorée qui dominait le faîte de la chapelle de la Sakhrah, [57] attirait tous les regards. Les musulmans l’arrachèrent de force, ce qui excita un bruit extraordinaire : c’étaient des acclamations et des cris de joie de la part des musulmans, des cris de douleur et de rage de la part des chrétiens. Ceux-ci avaient pratiqué des greniers et un lieu d’aisance à l’Occident de la mosquée Alaksa. On les fit disparaître, et la mosquée fut rendue à sa première destination. On y plaça la chaire en bois à laquelle Nour eddin avait longtemps travaillé de ses mains, dans l’attente d’un si grand événement. (Cette chaire de bois était ornée d’ivoire et de bois d’ébène.)

Hattin
Hattin

Saladin ne quitta pas les environs de Jérusalem jusqu’au 25 de chaban (commencement de novembre) ; il y fit construire des monastères et des collèges ; et quand il eut réglé tout ce qui tenait à l’administration de la ville, il se rendit à Acre, et de là à Tyr. Le marquis qui commandait dans cette ville l’avait fortifiée d’un fossé, et se trouvait parfaitement secondé par ses guerriers. Le 9 de ramadhan (milieu de novembre), le sulthan campa sous les murs de la ville, et commença aussitôt les travaux du siège. Il comptait sur une flotte de dix voiles qui arrivait d’Egypte pour resserrer Tyr du côté de la mer ; malheureusement elle fut surprise par celle des Francs : cinq navires furent pris avec leurs équipages ; quelques musulmans seulement purent se sauver à la nage. Le siège fut continué quelque temps. Saladin se décida enfin à le lever, à la fin de schowal (commencement de janvier), il se mit en marche pour Acre et licencia son armée. Chacun s’en, retourna dans ses foyers. Quant au sulthan, il s’arrêta avec sa garde à Acre, d’où il envoya prendre Hounayn par capitulation.  »

 

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.

 

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