Mort en 1193 de Salahudin al-Ayyoubi par le chevalier et historien kurde Abul-Fida :

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Salahud-Din al-Ayyubiyy, tiré du film Kingdom of Heaven
Salahud-Din al-Ayyubiyy, tiré du film Kingdom of Heaven

Mort en 1193 de Salahudin al-Ayyoubi par le chevalier et historien kurde Abul-Fida :

 » An 589 (1193). Au commencement de l’année, Saladin se trouvait dans l’état le plus prospère à Damas : il fit avec Malek Adel une absence de quinze jours pour jouir du plaisir de la chasse. A leur retour dans la ville, son frère le quitta pour se rendre dans sa principauté de Carac, sans savoir qu’il le quittait pour toujours. Le vendredi 15 de safar (21 février), le sulthan monta à cheval pour aller à la rencontre des pèlerins qui arrivaient d’Arabie. Son usage était, quand il montait à cheval, d’avoir sur lui une espèce de cuirasse de cuir ou de lin. Ce jour-là il l’oublia.

Cependant une foule considérable s’était portée sur le même point, soit pour voir arriver les pèlerins, soit à cause de la présence du sulthan. Le prince, en les voyant venir, versa des larmes d’attendrissement, se reprochant de n’avoir pu partager leur bonheur. Après la cérémonie, Saladin rentra dans la citadelle. Le samedi 16, il se sentit un engourdissement extraordinaire. La nuit suivante, il eut un accès de fièvre bilieuse, et la maladie prit un caractère plus grave. Le quatrième jour il fut saigné ; et dès-lors son état ne cessa d’empirer. Le neuvième, il fut saisi d’un tremblement général accompagné de délire, de sorte qu’il ne fut pas possible de lui faire prendre aucun remède. Cependant la nouvelle de la maladie du sulthan avait mis toute la ville en rumeur : la douleur et ta consternation étaient peintes sur tous les visages ; les marchands cachaient leurs marchandises, et l’on chercherait vainement à peindre l’état où tout se trouvait alors.

La confrontation
La confrontation

Le douzième jour, c’est-à-dire la nuit qui précéda le 27, le sulthan se trouva à l’extrémité. L’imam de la mosquée de la Kellasseh monta à la citadelle pour passer la nuit auprès de lui, et ne le quitta pas jusqu’à ses derniers moments. Saladin expira le lendemain mercredi après la prière du matin. Il fut lavé par le khatyb de Damas. Le même jour on procéda à la levée du corps ; il fut placé dans une bière couverte, et l’on s’assura si les étoffes qui devaient servir à l’ensevelir provenaient d’un argent légitimement acquis. Le même jour, après les prières d’usage, il fut enterré dans la citadelle, au lieu même où il était mort. Son fils Malek Afdhal reçut les compliments d’usage, et n’oublia rien pour tranquilliser les esprits. « Tous les cœurs, dit Boha’ eddin, étaient absorbés dans la douleur ; tous les yeux étaient mouillés de larmes, et l’affliction fut si générale, qu’on oublia de piller la ville.[62] » Malek Afdhal fit construire plus tard à son intention un tourbeh (mausolée[63] auprès de la grande mosquée, sur l’emplacement d’une maison qui avait appartenu à un homme de bien. Trois ans après (592), il y fit transférer le corps de son père, marchant lui-même à pied à la tête du convoi, depuis la maison où il avait rendu l’âme jusqu’au lieu préparé pour cette destitution. Les prières finies, le corps fut mis en terre, et Malek Afdhal se relira dans le palais, où il reçut pendant trois jours les compliments de condoléance. Sitt’alseham, sœur de Saladin, distribua en cette occasion des sommes considérables aux pauvres.

Saladin était né à Tegrit sur le Tigre, et mourut âgé de 57 ans (lunaires), après avoir régné vingt-quatre ans sur l’Egypte, et environ dix-neuf ans en Syrie. Saladin, en mourant, ne laissa dans son trésor que quarante-sept pièces d’argent[64] (trente francs environ). C’était là tout ce qui lui restait des revenus de l’Egypte, du Yémen, de la Syrie, et d’une partie de la Mésopotamie : dans un tel prince, c’est nécessairement une preuve d’un excès de libéralité, puisqu’il ne laissait d’ailleurs ni maison, ni rien en propre.

Jamais Saladin ne différa d’un instant de s’acquitter de la prière ; jamais il ne s’en acquitta qu’en compagnie. Quand il formait une entreprise, il s’en remettait à la Providence, sans voir dans certain jour plus de vertu que dans un autre.

Ses mœurs étaient douces ; il supportait facilement la contradiction, et montrait beaucoup d’indulgence pour les fautes de ceux qui le servaient. Si quelque propos blessait son amour propre, il n’en faisait rien connaître, et n’en faisait pas plus mauvais visage à celui qui l’avait tenu. Un jour qu’il était assis chez lui, un de ses mameluks jeta violemment sa bottine à la tête de son camarade. La bottine, au lieu d’aller le frapper, vint tomber tout auprès du sulthan ; peu s’en fallut qu’il n’en fût atteint. Eh bien ! ce bon prince détourna la tête, comme pour ne pas s’en apercevoir. Sa conversation était réservée ; son exemple inspirait la même retenue aux autres, et personne en sa présence n’aurait osé déchirer l’honneur du prochain.

Exercice devant Salahudn al-Ayyoubi
Exercice devant Salahudn al-Ayyoubi

Avec Saladin, dit Emad eddin son secrétaire, moururent les grands hommes, avec lui disparurent les gens de mérite ; les bienfaits passèrent de mode, les méchants se trouvèrent à l’aise ; toute idée de bonheur s’effaça, la terre se couvrit de ténèbres, le siècle eut à pleurer son Phénix, et l’islamisme perdit son soutien.

Saladin laissait dix-sept fils et une fille. Malek Afdhal, l’aîné de ses fils, gouvernait la principauté de Damas du vivant de ton père, et s’y maintint après sa mort. Ses autres provinces, qu’il avait partagées à ses enfants et aux membres de sa famille, leur furent également conservées, à condition toutefois de reconnaître la suprématie de Malek Afdhal. Malek Aziz conserva l’Egypte, et Malek Dhaher Alep. Malek Adel, frère de Saladin, eut en partage Carac, Schaubek, et une partie de la Mésopotamie. Hamah, Salamyeh, Maarrah, Manbedj et la forteresse de Nedjm, restèrent entre les mains de Malek Mansour, fils de Teki Eddin Omar. Baalbek échut en partage à Bahramschah, fils de Ferukh schah, neveu de Saladin. Emesse, Rahabeh et Palmyre devinrent l’apanage de Schyrkouh, petit-fils de l’émir du même nom, qui s’était illustré par la conquête de l’Egypte. Bosra fut abandonnée à Khedher, fils de Saladin. Les châteaux et les places qui restaient encore, furent cédés à des émirs et à des généraux.

Cependant Malek Afdhal ne larda pas, par ses imprudences, à s’aliéner le cœur des-émirs de son père. Pousses à bout, ils se retirèrent en Egypte, et suggérèrent à Malik Aziz la pensée de s’y rendre tout-à-fait indépendant.  »

Plaque de la madrassa al-Aziziya et malheureusement du mausolée de Salahudin al-Ayyoubi, fait par son fils en 1195
Plaque de la madrassa al-Aziziya et malheureusement du mausolée de Salahudin al-Ayyoubi, fait par son fils en 1195

Aboul Fida ou Aboul Réda, en arabe أبو الفداء Abul-Fida (12731331) est un historien et un géographe musulman, Kurde.

Né à Damas dans la maison familiale, Aboul Fida appartient à la dynastie des Ayyoubides, qui est une branche de la dynastie Rawadi ou Rawandi. Il se distingua à la fois comme écrivain et comme guerrier pendant les croisades. Après avoir participé à la lutte contre les croisés, il entra au service du sultan d’Égypte Qalâ’ûn, et fut nommé par lui gouverneur, puis prince d’Hama en Syrie. Il est surtout connu par son ouvrage de géographie Localisation des pays, synthèse de la géographie littéraire et mathématique, et par ses travaux d’histoire : il abrégea et poursuivit jusqu’à son époque l’Histoire d’Ibn al-Athir.

On a d’Aboul Fida :

  • une Histoire abrégée du genre humain, en arabe, traduite partiellement en latin par Johann Jacob Reiske, sous le titre d’ Annales moslemici ;
  • une géographie intitulée Vraie situation des pays, traduite également par Reiske.
  • Un résumé (en arabe) de l’histoire des croisades tiré des « Annales » d’Abul Fida ainsi que son autobiographie (traduite en français) ont été publiées dans le « Recueil des historiens des croisades », Historiens orientaux, tome premier, publié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris, par l’Imprimerie nationale en 1882.
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