Règne du calife Omeyyade HISHAM (105/724 — 125/743) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » :

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Dinar du calife Omeyyade de Damas  Hisham ibn Abd al-Malik
Dinar du calife Omeyyade de Damas Hisham ibn Abd al-Malik

X. — Règne du calife Omeyyade HISHAM (105/724 — 125/743)  Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » : 

 » Son successeur fut son frère Hicham, fils d’Abd al-Malik. Hicham était avare, très avare, mais il avait beaucoup d’intelligence, de la douceur, de l’austérité dans les mœurs. Son règne se prolongea, et il s’y passa de graves événements, parmi lesquels nous signalerons le meurtre de Zaid, [103] fils d »Ali, fils de Hosain, fils d’Ali, fils d’Abou Thâlib.

Voici dans quelles circonstances fut tué Zaid, fils d’Ali, fils de Hosain, l’imâm des Zaidites[104] (qu’Allah lui soit favorable !). Zaid était, dans la famille d’Ali, un des hommes les plus distingués par la science, l’austérité des mœurs, la crainte d’Allah, la bravoure, la piété, la générosité. Sans cesse il aspirait au khalifat et se considérait comme digne d’y prétendre. Or, cette pensée ne cessa pas de hanter son esprit, d’apparaître sur les traits de son visage et de lui échapper dans ses paroles jusqu’au règne d’Hicham, fils d’Abd al-Malik. Celui-ci le soupçonna d’avoir un dépôt que lui aurait confié Khalid, fils d’Abd-Allah le Qasrite, [105] l’ancien émir de Koûfa, et il l’envoya vers Yousouf, [106] fils d’Omar, émir de Koûfa à cette époque. Yousouf fit jurer à Zaid qu’il n’avait entre les mains aucune fortune appartenant à Khalid, puis lui rendit sa liberté. Zaid partit pour se rendre à Médine. Les habitants de Koûfa le suivirent et lui dirent : « Où vas-tu ? qu’Allah te prenne en pitié ! Tu as ici 100.000 épées avec lesquelles nous nous battrons pour toi, et nous n’avons chez nous qu’un petit nombre d’Omeyyades. Si une seule fraction d’entre nous s’attaquait à eux, elle suffirait à les battre, par la grâce d’Allah. » Ils stimulèrent Zaid par ces paroles et d’autres semblables. Mais celui-ci leur dit : « O mon peuple, je crains votre trahison ; car vous avez agi envers mon grand-père Hosain de la manière que vous savez. » Et il repoussa leur proposition. Ils dirent alors : « Nous t’adjurons par Allah de revenir ! nous risquerons pour toi nos vies, et nous te donnerons tels serments, tels pactes, tels engagements, que tu seras forcé d’y avoir foi. Car nous espérons que tu seras le vainqueur et que notre temps sera l’époque de la ruine des Omeyyades. » On ne cessa de le presser jusqu’à ce qu’on l’eût fait revenir sur ses pas. Puis, lorsque Zaid revint à Koûfa, les Chi’ites vinrent à sa rencontre, s’infiltrant petit à petit auprès de lui et le proclamant khalife. Il ne compta pas moins de 15.000 hommes de Koûfa inscrits sur ses contrôles, et cela sans compter les gens de Madâ’in, de Basra, de Wâsit, de Mossoul, et aussi du Khorasan, de Rey, de Djourdjân et de la Mésopotamie. Tous ces hommes demeurèrent à Koûfa pendant quelques mois ; puis, lorsque le plan de Zaid eut réussi, et que les drapeaux flottèrent sur sa tête, il dit : « Gloire à Allah, qui m’a accordé maintenant une vie religieuse parfaite. Je rougissais devant l’Apôtre d’Allah à l’idée de descendre demain le trouver auprès de la citerne, [107] sans avoir ordonné à son peuple aucune belle action, sans avoir détourné son peuple d’aucun méfait.[108] » Puis, lorsque Zaid vit ses partisans groupés autour de lui, il leva ouvertement l’étendard de la révolte et attaqua ceux qui le contrecarraient. Yousouf, fils d’Omar, réunit contre lui des armées, et s’avança à sa rencontre. Des deux côtés, les chefs rangèrent leurs troupes en bataille. La rencontre eut lieu, et de part et d’autre le combat fut acharné. Mais les compagnons de Zaid se séparèrent de lui, le trahirent, et il resta au milieu d’une poignée d’hommes. Il montra lui-même un beau courage et lutta avec acharnement. Une flèche l’atteignit et le frappa au front. Un chirurgien qu’il avait mandé parvint à l’extraire, mais Zaid y laissa sa vie et mourut sur l’heure. Ses compagnons creusèrent pour lui une fosse dans une rigole, l’y enterrèrent et firent couler l’eau sur son tombeau, dans la crainte qu’on ne mutilât son corps.

 

Lorsque Yousouf, fils d’Omar, l’émir de Koûfa, eut remporté la victoire, il chercha avec insistance le tombeau de Zaid. Mais il ne sut où le trouver. Un esclave le lui indiqua. Yousouf déterra Zaid, enleva son corps et le pendit. Le corps resta ainsi exposé pendant quelque temps, puis il fut brûlé, et les cendres en furent jetées et dispersées dans l’Euphrate. Puisse Allah le couvrir de sa miséricorde, lui donner la paix, maudire ceux qui lui ont fait tort et qui lui ont arraché sa part légitime ! Car il était mort martyr de sa foi, victime de l’injustice[109] !

Ce fut sous ce règne également que les émissaires des Abbâssides se répandirent dans les contrées orientales, que les Chiites s’agitèrent sourdement, que les armées d’Hicham guerroyèrent contre les Turcs de la Transoxiane et remportèrent sur eux une victoire, à la suite de laquelle Khâkân[110] fut tué. »

La tombe du calife Hisham ibn Abd al-Malik a Damas
La tombe du calife Hisham ibn Abd al-Malik a Damas

notes du traducteur :

 

[103] La vie de ce malheureux ‘Alide est racontée par Khalil ibm Aibak as-Safadi, Al-Wâfî bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 2064, f° 99 r°. Cf. Massoudi, Prairies d’or, V, 467-473, qui raconte la révolte et le meurtre de Zaid avec des détails intéressants. Voy. quelques anecdotes dans le Kitab al-aghâni. Index, p. 364. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, V, 171 et suiv.

[104] Sur la secte des Zaidites, voy. le passage des Prolégomènes d’Ibn Khaldoun, qui a été traduit par S. de Sacy dans sa Chrestomathie arabes II, 300. Aussi Massoudi, Prairies d’or, V, 273-275 et passim.

[105] Il avait été d’abord gouverneur du Hedjaz, sous ‘Abd al-Malik et sous le fils de celui-ci, Soulaimân. Cf. Massoudi, Prairies d’or, V, 278, 399 et 410-414. Voy. aussi la biographie de ce personnage que donne le Kitab al-aghâni, XIX, 53-64. Enfin une intéressante notice sur Khalid, fils d’Abd Allah le Qasrite est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 4 v°. Cf. Ibn al-Athir. op. cit., 171.

[106] Sur ce personnage, voyez le Kitab al-aghâni, Index, p. 719; Massoudi, Prairies d’or, V, 469-471; VI, 78: Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 853, pp. 3-12. Celle dernière notice renferme d’intéressants détails sur ce gouverneur de Koûfa. Cf. aussi Ibn al-Athir, Chronicon, V, 163 et suiv.

[107] C’est la citerne dont Muhammad (swsw)  abreuvera son peuple le jour de la Résurrection. Cette citerne est celle qu’on appelle le Kauthar. Cf. Tadj al-‘aroûs. V, pp. 83, in fine et 24 in medio; Coran, sourate CVIII, 1, et les commentaires, mais les auteurs arabes ne sont pas d’accord entre eux. Selon une autre tradition, le Kauthar serait, non pas un fleuve ou une citerne, mais un palais de perles où demeurera Muhammad (swsw)  au Paradis. Voyez la tradition d’Anas ibn Malik rapportée par le Prince de Teano, Annali del Islâm, I, p. 230, § 221.

[108] Ces actions sont recommandées par le Coran, LXV, 6 et V, 82.

[109] Tout ce récit est emprunté à Ibn al-Athir, op. cit., V, 181 et suiv.

[110] Khâkân est, comme on le sait, le titre que portaient les chefs de tribus turques et les rois du Tibet. Massoudi rapporte dans les Prairies d’or, IV, 38, d’après al-Fazâri, que l’empire du Khâkân des Turcs avait une superficie de 700 parasanges sur 500 et qu’il faisait partie de l’empire du Commandeur des Croyants. Ibn at-Tiqtaqâ n’a pas raconté ces événements, parce que son guide ordinaire, Ibn al-Athir, donne tant de détails sur cette expédition dans la Transoxiane qu’il n’a pas pu les résumer, comme il le fait d’habitude. Cf. Chronicon, V, 148 et suiv.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

 

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