Règne du calife Omeyyade ‘OMAR II (Omar Ibn Abd al-Aziz) (99/717-101/720) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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VIII. — Règne du calife Omeyyade  ‘OMAR II (Omar Ibn Abd al-Aziz) [92] (99/717-101/720)  Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

 » Puis, vint le règne d’Omar, fils d’Abd al-’Aziz, fils de Marvân. Lorsque Soulaimân, fils d’Abd al-Malik, tomba malade de la maladie qui l’emporta, il résolut de faire proclamer khalife l’un de ses fils.

Un conseiller[93] l’en détourna et lui dit :

« Emir des Croyants, une des sauvegardes du khalife dans son tombeau, c’est de préposer à la garde de ses sujets un homme pieux. » Soulaimân répondit : « Je demanderai à Allah de m’indiquer le meilleur parti à prendre, et j’agirai en conséquence. »

Puis il consulta son interlocuteur au sujet d’Omar, fils d’Abd al-’Aziz. Cet homme approuva son choix et se répandit en éloges sur ‘Omar. Soulaimân écrivit et scella l’engagement qu’il prenait envers Omar, fils d’Abd al-’Aziz. Puis il appela les membres de sa famille et leur dit : Jurez obéissance à celui envers lequel je me suis engagé dans cet écrit », mais il ne le leur nomma pas.

Lorsque Soulaimân mourut, ce même homme, qui lui avait conseillé de prendre pour successeur ‘Omar, fils d’Abd al-’Aziz, réunit ces mêmes personnes, et leur cachant la mort du khalife : « Jurez une seconde fois obéissance », leur dit-il. Ils jurèrent, et lorsqu’il vit l’affaire décidée, cet homme leur fit connaître la mort de Soulaimân.

Omar, fils d’Abd al-’Aziz, se distingua, parmi les meilleurs des khalifes, par sa science, sa tempérance, sa piété, sa foi, sa crainte d’Allah. Il mena une vie exemplaire et mourut honoré. Ce fut lui qui mit fin aux invectives contre l’Emir des Croyants ‘Ali (que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui !). Or, les Omeyyades lui adressaient des injures du haut de la chaire dans les mosquées.

‘Omar, fils d’Abd al-’Aziz, dit : « Mon père Abd al-‘Aziz passait vite sur la prédication qu’il débitait très rapidement. Lorsqu’il venait à parler de l’Emir des Croyants Ali, il bégayait. Je lui en parlai et il me dit : mon cher enfant, tu t’en es donc aperçu ?

— Oui, répondis-je.

— Sache, reprit-il que si les gens du peuple savaient au sujet d’Ali, fils d’Abou Thâlib, ce que nous savons, nous, ils se sépareraient de nous pour se rallier à ses descendants. »

Calligraphie Ottomane en or sur feuille naturelle (1899), d'un poème du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz signé par l'artiste ottoman Sami .
Calligraphie Ottomane en or sur feuille naturelle (1899), d’un poème du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz signé par l’artiste ottoman Sami .

Lorsqu’Omar, fils d’Abd al-’Aziz occupa le khalifat, il supprima les invectives et y substitua ces paroles d’Allah (qu’il soit exalté !) :

« Certes, [94] Allah ordonne l’équité, la bienfaisance, la générosité envers les proches ; il interdit l’immoralité, tout ce qui est blâmable et l’injustice. Il vous exhorte. Peut-être réfléchirez-vous. »

Les poètes l’en louèrent, entre autres Kouthaiyyîr, l’amoureux d’Azza, dans les vers suivants :

Tu es devenu khalife et tu n’as pas insulté ‘Ali. Tu n’as pas traité injustement un innocent et tu n’as pas répété une parole d’impie.

Tu as parlé, et tu as confirmé ta parole par tes actes, et tout Musulman s’est trouvé satisfait.

Alors que la vie de ce monde s’était parée, telle une courtisane — qui se pare de ses atours, découvrant à tes yeux une joue et de beaux bras,

Et te lançant tantôt un regard furtif d’un œil languissant, et tantôt souriant en laissant voir des dents semblables aux perles enfilées,

Tu t’es détourné d’elle avec horreur, comme si elle t’avait fait boire un mélange de poisons et de coloquinte.

Et cependant tu occupais la plus haute place dans la vie de ce monde, et tu plongeais dans son gouffre comme dans un torrent rempli d’eaux débordantes.[95]

Voici l’élégie que composa, sur ‘Omar, le chérif Rida al-Mousawî[96] :

O fils d’Abd al-’Aziz, si mon œil pouvait pleurer un prince Omeyyade, je te pleurerais.

C’est toi qui nous a sauvés de l’injure et de l’insulte, et s’il était en mon pouvoir de te récompenser, je te récompenserais.

Tout ce que je puis, c’est de dire que tu as été en bonne odeur, bien que ta maison n’ait été ni en bonne odeur, ni sans tache.

O couvent de Siméon (Sim’ân), [97] puissent les pluies du malin ne point te dépasser, car ton mort est le meilleur mort parmi les descendants de Marvân.[98]

C’est à lui qu’il est fait allusion dans le dicton populaire : « Le balafré[99] et l’amoindrisseur sont les deux plus justes parmi les descendants de Marvân. » Nous parlerons plus loin de l’amoindrisseur, si Allah (qu’il soit exalté !) le permet.

La tombe du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz a alep en Syrie
La tombe du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz a alep en Syrie

La mort d’Omar eut lieu à Dair Sim’ân (couvent de Siméon), en l’an 101 (= 720 de J.-C).  »

notes du traducteur:

[92] Voy. l’intéressante notice que le Kitab al-aghâni, XVIII, 151-159, consacre à ce khalife. Voy. aussi l’Index de cet ouvrage, pp. 508 et suiv. Cf. le récit de Massoudi, Prairies d’or, V, 361 et suiv.; Ibn al-Athir, Chronicon, V, 27 et suiv.; G. Weil. Geschichte der Chalifen. I, 579-594.

[93] Ce conseiller se nommait Radja, fils de Haiwa. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, V, 27; Massoudi, Prairies d’or, V, 417. La biographie de ce savant, mort en 112 de l’Hégire (= 730 de J.-C), est donnée par Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 236, et par de Hammer-Purgstall. Litt. Gesch. der Araber, II, 131 ; G. Weil, Geschichte der Chalifen, I, 574-577.

[94] Coran, XVI, 92.

[95] Ces vers, avec d’autres encore, sont donnés par le Kitab al-aghâni, VIII, 153 et suiv., et par Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, p. 319.

[96] Sur ce fameux poète, né en 359 (= 970) et mort en 406 (= 1015) de J.-C), voy. Brockelmann, Geschichte der arabischen Litteratur, I, 32 : Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 5860. f° 242 v°; Cl. Huart. Littérature arabe, 86-87; Ibn Khallikan, trad. de Slane, III, p. 118; de Hammer Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, VII, 1218.

[97] Ce couvent est situé près de Hems : c’est là qu’est enterré ‘Omar fils d’Abd al-’Aziz. Cf. Yakout, Mou’djam. II, 671 : Massoudi, Prairies d’or, V, 416; Ibn al-Athir, Chronicon. V, 42.

[98] Ces vers sont donnés par Yakout, loc. cit.

[99] C’est ‘Omar II.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

Epée du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz
Epée du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz

 

(wikipedia) Umar II ou ʾAbū Ḥafṣ ʿUmar ibn ʿAbd Al-ʿAzīz1, né vers 682 et mort en 720 à Alep, est le huitième calife omeyyade. Il succède à son cousin Sulaymān en 717. ʿUmar II est parfois considéré comme le cinquième calife bien guidé de l’islam2 pour sa sagesse, sa justesse et sa grande piété

Selon certaines sources, ʿUmar ibn ʿAbd Al-ʿAzīz naît à Médine en 682. Il est l’arrière-petit-fils de ʿUmar ibn Al-Khaṭṭāb radi Allah anhu, deuxième calife dit bien guidé. Les sources rapportent que lors du règne de ʿUmar ibn Al-Khaṭṭāb, pendant une de ses sorties déguisé afin d’enquêter sur l’état de son peuple, il aperçoit une laitière qui refuse de vendre du lait frelaté comme le lui ordonne sa mère. Le lendemain, il envoie un officier acheter du lait de la jeune fille et apprend qu’elle garde toujours sa détermination, le lait reste pur. Peu après, il convoque la jeune fille et sa mère et leur fait savoir ce qu’il entend. En récompense, il offre à la jeune fille d’épouser son fils ʿĀṣim. Elle accepte, et de cette union naît Laylā, mère de ʿUmar ibn ʿAbd Al-ʿAzīz. Quant à son père, ʿAbd Al-ʿAzīz, il est respectivement le fils et le frère des califes omeyyades Marwān Ier etʿAbd Al-Malik. ʿAbd Al-ʿAzīz, successeur potentiel de son frère, meurt avant lui.

Ancienne photo de Médina  (Arabie Saoudite)
Ancienne photo de Médina (Arabie Saoudite)

Jeunesse

ʿUmar grandit à Médine. À la mort de son père, il est rappelé à Damas par le calife ʿAbd Al-Malik, qui le marie à sa fille Fāṭima. Sous Al-Walīd Ier, ʿUmar est nommé gouverneur de Médine. Contrairement à la majorité des gouverneurs, il forme un conseil avec lequel il administre la province. Son mandat est si remarquable qu’il n’y a pratiquement plus de plaintes envoyées à Damas. Sa réputation se répand à travers le Califat, si bien que de nombreux réfugiés affluent d’Irak pour fuir les exactions et les brutalités d’Al-Ḥaǧǧāǧ ibn Yūsuf Aṯ-Ṯaqafiyy. Ce dernier, furieux d’apprendre cette nouvelle, incite Al-Walīd Ier à révoquer ʿUmar de son poste. Le calife finit par céder à la demande d’Al-Ḥaǧǧāǧ, au grand dam de la population de Médine. Le successeur d’Al-Walīd Ier, Sulaymān, approuvant son cousin ʿUmar, qui continue à vivre à Médine, finit par le désigner comme successeur. ʿUmar, peu intéressé, n’accepte qu’à contrecœur de devenir calife, après avoir vainement tenté de dissuader Sulaymān.

La mosquée Ali a Medine (706_712) construite par le calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz
La mosquée Ali a Medine (706_712) construite par le calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz

Calife

Dès son arrivée au pouvoir en 717, ʿUmar II ordonne à Maslama ben Abd al-Malik de lever le siège de Constantinople, qui est en train de tourner au désavantage des Omeyyades, et de faire rentrer ses hommes en Syrie. Il envoie des provisions aux troupes, affamées durant le siège. À son arrivée à Damas, Maslama se rend à la cour du calife; ce dernier refuse de le recevoir. Il revient le lendemain avec 2 000 hommes, sans être davantage reçu. Ce n’est qu’au troisième jour, alors qu’il n’est accompagné que d’un seul esclave, que ʿUmar II consent à le recevoir, le sermonnant sur le bon usage des richesses, et Maslama se soumet3.

Nommé gouverneur du Khorassan par Sulaymān, Yazid ben al-Muhallab fait l’objet de plaintes, mais Sulaymān meurt avant de pouvoir intervenir. ʿUmar II envoie une lettre à Yazīd lui demandant de faire allégeance, de remettre le gouvernement du Khorassan à un de ses lieutenants et de venir à Damas. Yazīd remet son gouvernement à son fils Muḫallad. Il est arrêté à Bassorah et amené devant le calife. Celui-ci réclame le butin qu’avait pris Yazīd pendant ses campagnes dans le plateau iranien. Il nomme Al-Jarrah al-Hakamigouverneur du Khorassan en 718. Muḫallad, ayant appris l’arrestation de son père, se rend auprès du calife. Quelques jours après cette entrevue, il tombe malade et meurt. Yazīd reste en prison jusqu’en 720 où il parvient à s’échapper. ʿUmar II révoque également d’autres gouverneurs abusifs4.

En 719, Muḥammad ibn ʿAlī, père de celui qui deviendra plus tard le premier calife abbasside, Al-Saffah, commence à poser les premiers jalons du réseau qui fera tomber les Omeyyades5.

La citadelle d'Alep ville ou Omar II trouva la mort
La citadelle d’Alep ville ou Omar II trouva la mort

Mort

Peu apprécié par la noblesse en raison de ses réformes en faveur du peuple, ʿUmar II serait mort empoisonné, ses opposants ayant soudoyé un servant afin qu’il mette du poison dans un repas. Sur son lit de mort, il apprend la nouvelle, gracie le coupable et met l’argent qu’il reçoit du paiement punitif dans le trésor public. Il meurt à Alep, probablement le 10 février 720. Son cousin Yazīd II, autre fils de ʿAbd Al-Malik, lui succède.

omar ibn abd al aziz

Religion

Il fait appliquer la charia plus rigoureusement, fermant les débits de boissons alcoolisées et les bains publics où les femmes se mêlent librement aux hommes. Il renforce également l’application de l’aumône obligatoire, si bien qu’à la fin de son règne, il n’y a pratiquement plus de pauvre à qui donner de la charité.

Il fait recenser les hadiths afin d’éviter qu’ils ne se perdent, et ajoute aux actions humanitaires et de bienfaisance menées par ses prédécesseurs des programmes pour les orphelins et les démunis.

 

Réformes fiscales

ʿUmar II a lutté aussi contre les problèmes fiscaux concernant la conversion à l’islam. En effet, à cette époque, le Califat omeyyade est peuplé majoritairement de chrétiens, juifs, zoroastriens, etc. Leur conversion n’est pas forcée, mais ils sont sujets à des taxes plus élevées que les musulmans, d’autant plus qu’une fois convertis, on prélève sur eux la capitation (ǧizya) comme s’ils n’étaient pas encore musulmans. D’un point de vue financier, la conversion massive diminuerait les revenus de l’État, et certains gouverneurs découragent les conversions à l’islam, mais ʿUmar II tente de résoudre le problème, insistant sur l’égalité de traitement entre musulmans arabes et non arabes, et enlevant les obstacles à la conversion des non Arabes à l’islam.

Le lieu o ce trouve la tombe du calife Omeyyade Omar II ibn Abd al-Aziz à Alep en Syrie
Le lieu ou ce trouve la tombe du calife Omeyyade Omar II ibn Abd al-Aziz à Alep en Syrie

Personnalité

ʿUmar II a laisssé dans l’histoire une réputation de grande piété et de dédain du luxe comme des plaisirs terrestres. Il oppose son austérité et sa simplicité à l’extravagance devenue omniprésente dans les cours omeyyades. C’est ainsi qu’il met dans le trésor public les parures qui lui sont destinées, et abandonne le palais du calife à la famille de Sulaymān, préférant vivre dans des logements modestes. Il se vêt aussi de manière simple, passant parfois, inaperçu, au milieu de son peuple. Malgré son soutien populaire immense, il n’hésite pas à encourager publiquement le peuple à élire quelqu’un d’autre s’il n’est pas satisfait avec lui. Il confisque les biens saisis par de nombreux officiels et les redistribue au peuple. Craignant d’être tenté par la corruption, il n’accepte que rarement les cadeaux, et quand c’est le cas, il les dépose promptement dans le trésor public. Il encourage également sa femme, qui est fille, sœur et épouse de califes, à faire don de ses bijoux. De nombreuses autres anecdotes édifiantes existent sur son honnêteté et sa générosité. Impopulaire auprès de la cour omeyyade en raison de ses actions, le soutien du peuple fait que personne ne manifeste ouvertement son opposition.

Références

  1. en arabe : أبو حفص عمر بن عبد العزيز)
  2. Mohamed Bakhouch, « Le calife ‘Umar b. ‘Abd al-‘Azīz et les poètes », Bulletin d’Études Orientales, Damas, Institut français du Proche-Orient, vol. LVIII,‎ 2009 (ISBN 9782351591437, résumé [archive], lire en ligne [archive] [html]).
  3. Tabarî (trad. Hermann Zotenberg), La Chronique : Histoire des prophètes et des rois [« تاريخ الرسل والملوك (Tārīḫ ar-rusul wal-mulūk) »], vol. II, Arles, Actes Sud, coll. « Sindbad »,‎ 19 mai 2001 (ISBN 2742733183), p. 212.
  4. Ibid., p. 213-215.
  5. Ibid., p. 215.

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